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MORT DE MARCEAU

J. ERY AINE EDITEUR

DE LA LlBl^RTÉ.

tour souillées ; pleurons celui qui a réuni la valeur aux sentiments d'humanité ; tranquille comme la lune daus un ciel d'hiver, sa mémoire verse aujourd'hui ses rayons glacés sur les deux peuples.

LES DFAX NAIIONS.

Quand cesserons-nous ces guerres cruelles? Quand les hommes réconciliés dans un sentiment de charité universelle, détesteront-ils enfin les jeux de la haine, de l'emportement et de a mort? Quand finiront ces rivalités meurtrières et ces ravages ?

Quand luira le jour où nous transformerons nos baïonnettes en fer de bêche? Ce jour-là, nous viendrons tous autour du tombeau de Marceau, le prier de bénir nos instruments de travail.

On ne vit jamais rien déplus triste ni de plus touchant que ces funérailles 1

Ce que nous devons dire, c'est que le gouvernement français se montra très froid sur une perte que nos ennemis envisageaient avec stupeur. L'Autrichien avait rendu de grands honneurs au corps de Marceau ; le Directoire ne lit rien pour témoigner publiquement la douleur (lu pays. Cette indifférence aurait Heu de nous étonner, si, obéissant alors à un mouvement de réaction et de vengeance, le gouvernement n'eût, depuis quelque temps, pris à coeur d'effacer les gloires qui se rattachaient au p.irti républicain.

A Paris , on ne s'aperçut pi esque i)as de la mort de Marceau ; le parti royaliste, qui dominait dans le Directoire et dans la ville, se contenta de changer le nom de la rue de Chartres et de lui donner le nom du général mort au service de son pays. Ce fut tout (IJ.

(1) «La statue du g/'in'Tal Marceau vient de sortir des mains de M. Préauit, statuaire. C est un beau fragment il'art national. Cmnment se fnit-il que les haines intérieures contre Marceau persistent encore? Un ministre de la réaction a refusé dernièrement trois canons l>our couler en bronze celui qui a porté si loin l'Iiunneur du nom français. Marceau u'a trouvé jusqu'ici de mouuiuent que clici l'étranucr. »

hussuru ET isua

Quelque temps après, un autre convoi militaire traversait lentement Coblentz; il arriva au fort du Pétersberg, au milieu d'un feu continuel d'artillerie et de mousqueterie, auquel les Autrichiens répondaient régulièrement. C'était le corps de Hoche qu'on venait déposer à la même place où l'avait été celui de Marceau.

L'entrevue de ces deux frères d'armes , tombés l'un et l'autre dans l'éclat de la jeunesse, avait quelque chose de si touchant et de si particulier, que tous les yeux en étaient mouillés de larmes. Trois jours avant sa mort. Hoche avait

contribué d'une somme de 1,200 francs pour la translation des cendres de Marceau, qu'il venait rejoindre aujourd'hui.

La mort de Hoche est enveloppée d'un nuage. Nous ne chercherons pas à découvrir la main qui a versé le poison dans cette énergique nature. Ce qui est certain , c'est que Hoche faisait obstacle aux vues personnelles et ambitieuses de Bonaparte. Son attachement au régime républicain était connu. Toute usurpation sur la souveraineté du peuple aurait eu à compter avec le sabre du général en chef des armées du l{hin. On l'avait entendu dire plus d'une fois : « Je vaincrai les contre réi-olutionnaires ; cl quand j'aurai sauvé ht pairie, je briserai mon épre ! » On ne lui en laissa pas le temps.

Kiendeplus navrant que cette lente déperdition de forces qui signala le terme d'une vie robuste et agitée.

L'état de dépérissement dans lequel il tombait de jour en jour, l'altération de ses traits amaigris, ses yeux éteints, son teint très pâle, l'abattement de ses facultés morales; tout cela ressemblait fort à l'état de la République , qui luttait , elle aussi, contre un poison caché.

Au milieu des horreurs d'une maladie qui s'attachait à ses os comme la robe teinte du sang deNessus, Hoche ne cessait de s'intéresser aux alfaires publiques. « .\ssassiner les patriotes ! écrivait-il, à un de ses amis, négociant de Francfort; assassiner les acquéreurs de biens nationaux ; intimider le peuple; donneraux républicains et à leurs institutions les dénomiiiationsles jilus flétrissantes; corrompre, diviser, pervertir lu niorule publique, en la couvrant d'un mastiue

IllSTOIRK DES MARTYRS

religieux; logilimer les forfiiiis; faire évader les criminels des prisons , ou leur faire oblenir grâce par des trihuiiiiux vendus au royalisme... ce plan des parlisans de Louis XVIU je l'ai vingt fois fait connaître au gouvefnement ; vingi fois, j'ai fait apercevoir la manière dont il était exécuté. Mais, quels ministres avions-nous? »

Le cœur de Hoche saignait à la vue d'un gouvernement de conspirateurs qui ne se couvraient des couleurs républicaines qu'afm de mieux entrepremire contre la Uépublique. Cependant, il eut un moment de relour à l'espérance, à la vie. La manière dont il s'était identifié à la cause de la Révolution lui faisait considérer les affaires publiques comme les siennes propres. A cinq heures du matin , un courrier lui apporta la nouvelle du 18 fruclidor Oubliant l'état de sa santé. Hoche s'élance aussitôt de son lit, et court réveiller les oiticiers de son étai-n»ajor. « Vive la République ! Venez vous réjouir avec moi, mes amisf la République triomphe 1 s'éeria-t-il; les traîtres ne sont plus. » Le médecin entre en ce moment dans sa chambre. D'aussi loin qu'il le voit, Hoche de lui crier: « Docteur, je n'ai plus besoin de vous; voilà le remède. » Et il lui montrait la dépêche.

La découverte de la conspiration royaliste, l'arrestation des traîtres, le réveil momentané de l'esprit républicain; tout cela avait redonné à Hoche quelque force et quelque confiance ; mais il retomba bientôt dansson découragement, il se sentait mourir, et la République avec lui. Le 18 fruclidor, c'était le soleil d'automne qui brille, qui réchaufle , mais qui n'a pas la force de ranimer la nature.

Il ne regrettait qu'une chose, c'était de ne s'être point trouvé à Paris pour seconder la victoire du 18 fructidor et pour ramener le mouvcunent aux principes du 10 août. Cette journée mémorable du 10 août il l'avait célébrée avec ses frères d'armes, avant la nouvelle de la défaite des royalistes. « Peut-être, leur disait-il, peut-être aurons nous à assuier la tranquillité iiitérieui e que des fanatiques et des rebtdies aux lois républicaines essaient de troubler. Combien ils s'abusent ces perfides ennemis I Sans songer au peuple, sans songer à vous, ils nuMlitent de rendre la France à l'es cl. ivagc dont vous lavez affranchie pour toujours Semblables aux conseillers de Louis XVL avant la j(jurnée du 10 août, ils espèrent nous redonner des maîtres. Le fanatisme, l'inirigue, la corruption, le désordredans lesflnancf's, l'avilissement de nos insiiiuiioiisrépublicaines et des hommes qui ont rendu de grands services, voilà les armes qu'ils emploient pour ariiver à une dissolution sociale, qu'ils disent être l'effet des circonstances, nous leur opposerons la loyauté, le courage, le désintéressement, l'amour des vertus, dont ils ne connaissent que le nom, et ilsseiont vaincus. »

On voit qu'un tel homme était un obstacle très sérieux aux intrigues et aux complots des ennemis de la Révolution. Cet obstacle, ils résolurent de le su|)prinier, par quels moyens, gran<l Dieu! se défaire successivementdeshonmies qui personniliaienl le mouvement national, avait été depuis le commencemenlde la Révolution la |>oliiique des royalistes, ils s'étaient ainsi débarrassés de Marat par iefer d'un assassin. Au S) thermidor par une intrigue parlementaiie et un couteau de guillotine ils s'étaient débarrassés de Robespierre, de Saint-Just, de Coulhon, de Lebas. Après le 1) thermidor, comme la Révolution n'était plus dans la presse, ni à la tribune, comme elle était passée dans nos armées, c'est

à un général que la réaction s'attaque par l'assassinat. Du poison à Hoche!

Ses forces baissaient de moment en moment, les germes d'une mort inéviiable se développaient dans son sein déchiré par les soufl'rances. Il dit adieu à ses amis, à sa jeune femme, qui |)leuraient, à ses frères darmes: « Veillez, ajouta-t-il, sur la République! »

Un coup de canon tiré de demi-heure en demi-heure annonça que Hoche n'était plus.

On lui fit des fuiiéiaillcs militaires qui rappel;iient celles de Marceau et qui confondirent ainsi deux pertes, deux, douleurs en une seule.

Parmi les voix qui s'élevèrent sur son tombeau, il en est une qui devait s'élcindre bientôt, elle aussi, au milieu des camps, la voiiide Chamjjionnet. « Hoche, s'éciia-i il. avait consacré son existence entière à la cause de la libeité. En vain, les. factions qui lenièreni successivement de renverser la République cherchèrent à se l'aliaclier: inaccessible à tout autre sentiment qu'à celui de l'amour de la pairie, il dédaigna leurs offres et ne craignit pas de mériter leur haine.

«Persécuté et calonmié par elles, il opposa à la persécution une constance inébranlable dans ses piincipes, à la calomnie sa vie, ses actiuns et'l'estime de ses frères d'aiines; récemment encore, lors de cette crise teirilile qui menaça notre constitution, nous l'avons vu marcher invaiiablement dans la ligne qu'il s'était tracée, mépriser les clauxuis des traîtres et donner au gouvernement une assistance qui a puissamment concouru à faire avorter leurs sinistres projets (1). »

A peine Hoche et Marceau eurent-ils cesser d'existé, que l'esprit de réaction s'enipaia des armées elh'S- mêmes. L'heure d'une nouvelle forme de trouveinement avait sonné. Le général Bonaparte se présente dans la sali ■ du conseil des Cinq Cents et viole la re[)réseniation nalioiiaU;. Ou connaît les détails de cette journée impie. La Hévoluiion allait mourir sous sa forme populaire. Il était seuli'ment décidé que la France porterait aux nations européennes les germes d'une libert(; qu'elle n'avait plus.

Le crime de Na|)oléon n'est pas seulement de s'être emparé de vive force de la Révolution -française , rie l'avoir forcée à s'incarner dans sa personne; son ciime fui d'avoir changé le caractère même de la guerre. La Conveniion n'avait pl'is les armes que pour la défense du lerriioire; elle avait fait la guerre sainte, la guerre des principes, lagueire du pays; Napoléon fit la guerre de coiiqu;'les.

A quel point ce voleur de pixjvinccs avait-il fanatisé tout un peujde de soldats 1

Lorsque dans les brouillards d'une balnille sombre. Monté sur son ctieval il passait connue une oiiibie. Les vieux soldais troués ainsi que des diapeaux, Les plumets agili-s sur de vides chapeaux,

(I) Chnmpionnet alla rejoindre Hoche et Marceau dans la tombe, non saii£ laisser un rayon de gloire au front de la Ri^voli.tinn françiise. Il y a quekine années, nnlie ancien camarade de Sainie Pélas;ie, llinii Doiiritle, avait ouverlà Valence une souscription pour él ver une slaliie au général républicain. Les autorités de la ville, le piéfel, la maire, témoigner, nt peu dVmpiessemenl à encourag. r celte œuvre patriulique. Nous sommes passé tr. is fois i Valence; la statue de cet enfant du peuple aurait ponrt .ni bien tait sur la place au clair de lune.

Kn 1840, il y avait au salua un beau porliail de Chauipionuel , par Jylçj Vauiier.

DE LA Lir.ERTÉ.

I.o.î c DOIS (iv(>nli'<^« pt !"« imncnn"! ilVpiVs, El ii'S ini'ii lip s tfpnrs et los Ils cmipi'cs , El I s ciii!v;iii\ l)l9*s.''S Si' tr.ii ai.t sons If mors, Et 1.1 voix iloj viv:inis ol le râle îles mnris, Et Ips timhonrs l)ri-i'< et los m li'is .loaHiiPS, Et ip< l)i-avi>s coiic 'l's ?iir le ilns en slnlues, Et t'>us le-; e imbulints cminnt avec fureur; Vive Napoléon! et vive reiiipe.eur!

Un linmniP se tlrossa l'ovant ce sombre Mnloch qui buvait le siii;,'el ios libeili-s du pays; il loiiilia |)ercé fie balles; ni iis. en nioucant , il piésagea la cbule de l'empereur: c'étaii Malel.

181V ! date filiale et désaslreuse qu'on voudrait rayer de notre bisioire, Napoléon, ce boulet couronné, était venu inourii- contre un tas de neige: celui que loules les forces successives do l'Europi' n'aviieiil pu ébranler, venait d'êire vaincu par la naluie. Le fantôme du Nord avec toutes ses glaces s'élait dressé devant ce bardi voyageur, qui menaçait de dévorer le monde , et lui avait dit : Ibi ileficil oibi.i.

La nouvelle de l'immense désastre de nos armées venait de jcler la consiernaiion dans Paris. Lui, vaincu ! c'était à n'y pas croiie. Jamais pourtant calamité ne fut plus poignanie, ni plus réelle. En vain, comme un lion liarcejé , Napoléon se reiourne-i-il plusieurs fois, terrible el frémissani , pour enfoncer ses grillés au liane de rcniH'mi qui le poursuivait. Grand, il le fut du moins dans ce monicnt-là, ce n'était plus un lionm'C, un ambiiieux: c'était le génie du leriiloire aux prises avec les phalanges de riiiv.ision. L'heure sombre, l'heure implacable avait sonné, l/empire, celle éterniléde dix ans. allait (inir. ICsl-ce po>sibltr? Home est tombée, c'est vrai; mais !a France ! mais l'empire 1 mais N ipoli'oii ! Ouoi ! Tout cela, néant, rt''ve, fumée ! Oh ! je comprends maintenant le di'SenchanlemciU des hommes, qui croyaient l'empereur éternel, qui s'étaient habitués à meltie leur conliaiice dans ses insiiiutions, et qui ont vu s'évanouir tout ccl.i comme un peu de chaume allume.

Il revint ! Ou annonce au bruit du tambour que Napoléon est retrouvé. A celle nouvelle, Louis XVIII se réveille et fuit. I,a France n'avait pu s'habiluer à la honte; elle en voulait à cette dynastie des Bourbons, que la défaite seule de nos armées avait lamcni'e sur le trône. Aimé, Napoléon ne l'ctaii pas : les mères lui redemandaient leurs lils qu'il avait cruellement sacrifiés à son ambition implacable; les citoyens lui redemandaient les libertés publiques (|u'il avait conlisquécs. les démocrates lui redemandaient la souveraineté du peuple qu'il avait noyée dans le sang et dans la pourpre M. lis, du moins, cet homme n'humiliait pas le caractère national. Nous allions donc reprendre notre revanche de Moscou ; nous s.ivions le chemin des capitales. Il faut laisser ù d'autres le privilège de décrire les émotions si mêlées de ce grand jour, le 2o mnrs! S'il fut reçu avec un enthousiasme soniliie, mais véhément, c'est que, malgré ses crimes, malgré les hlessures qu'il avait faites atix priihi|)es de 93, Napoléon était encore la dévolution faite homme.

Keleversaforiuin-eti relevant les libertés [iubli(|ues. Napoléon le |iouvait: il ne le fit pas II | ouvait devenir l'homme (le la nation, il aima mieux être riinmme d'une armée II m t une seconde fois son salut dans des me^uies el des dispo.-^i.ions militaires qui ruvaieiil si ciuellement trompé. Surexciter les forces |io|iul .ires , tb chainer la ilévoluiion, c'eiit été la taCi.que de ilanion , pour couviir le teniluire

d'une vaste défi^nse nationale. Napoléon recula devant celte apparition de 03. Il voulut vaincre en comprimant.

Cependant la nation lespirait, en se voyant délivrée d'un gouvernement imposé par la défaite La France s'était, pour ainsi dire, retrouvi'e elle-même. A peine les premiers él.ins de la joie nalianale furent-ils satisfaits , qu'il fallut songer au lendemain. Le lendernain , c'était la guerre avec toute l'Lurope qui se levait contre nous. Une seule chose ei'it pu vaincre la Sainte-Alliance, c'était la Révolution; mais de cette révolution l'empereur lui-même en avait peur. Lesdilliculés eiaient immenses. A l'iniéiieur, les nobles, le clergé auxquels Napoléon avait eu la faiblesse de rendre leur iniluence dans l'Ktat, profitaient do l'éloignement des forces militaires, j^our affaiblir nos moyens de défense nationale. Les ennemis avaient des amis dans la N'endée, dans le .Midi, dans loule la France. A l'extérieur, c'était bien pis encore : la vaste com^piration des rois, des pajies, des émigrés amoncelait à l'horizon des nuées de peuples qui allaient fondre sur notre armée; celte armée, elle-ménie, était composée de conscrits qui détestaient le régime impérial. Fleurus ranima un instant toutes nos espérances; Fleurus , nom beau comme la gloire , triste coinrne le dernier rayon de la gloire nationale. Deux jours après, l'ère impéri;de ail lit s'anéantir dans les pl.iiiiesde Waterloo. Cette l'ois, la chute était irréparable; un exil sans retour, une humiliation sans lendemain, une défaite sans revanche. L'empei'eur était tombé; peu de chose: mais la grandeur nationale, mais l'intégrité du leiriioire ; voilà sur quelle ruine coulèrent les lai mes du pays. Oh ! ce n'est pas la terrible Convention, si hideusement calomniée; non. ce n'est pas elle qui aurait laissé, après une seule bataille perdue, envahir le territoire français par une horde de barbares, 0 Uépubli((ue, oia élais-tu?

Le 9 thermidor avait décnpité la défense nationale. Les plaies de la France saignaient le sang des campagnes, de ces canifiagnes que la Hévolulion avait couvertes de sa [)rotection et de sa sollicitude. Il fallut boire la honte jusqu'il l'amertume, jus(|u';i la lie. dans cette même coupe où un homme avait bu livresse dt! l'ambition satisfaite. O désespoir! nos moissons détruites, mangées en herbe, foulées par les pieds des chevaux: nos chaumières dévastées, nos villages errant dans les bois; nos filles et nos temmes violées : voilà quel déluge de maux le bras de l'héioïque Convention avait repoussé ; voilà ce que rentêtement et l'avidité d'un homme attiraient sur nos campagnes livrées au pillage I

Napoléon fut conduit, pieds et poings liés, sur un rocher aride, morne. Oh I ce n'est pas cet homme que nous plaindionc! Martyr, oui ; mais martyr de son ambition et de ses desseins personnels; ce que nous plaignons, e'esl le sang des enfants du peuple répandu, comme une monnaie de gloire, sur tous les points de l'Europe, qui devaient être plus tard les témoins de aotre déroute: c'est le désespoir des mères dont Nipoléon avait enlevé les fils pour les mettre à la gueule du canon . et dont il ne sut pas même défendre la cabane ; c'est l.i Uevoluiion ((uecet liommeavait piiscsaign^iiiie, qu'il avait faii monter en croujie sur .son cheval, à l.iquelle il avait promis la victoire sur le monde, et à la- (pielle il ne donnait, en dernier lieu, que la défaite, la honte, l'invasion élrani;ère; ce que nous plaignons, c'est la nation obligée de se lefiigier dans les bras de l'ennemi el derrière les baïonnettes de la Sainte-.41iiance, pour trouver, à dé-

faut de la Constitution que cet homme avait détruite, à iléfaut des franchises populaires qu'il avait écrasées sous le talon de sa botte , une charte et quelques misérables libertés, octroyées par une main qui signait l'avilissement lie la France !

Le moment est venu de jeter un coup d'œil en arrière sur les causes qui amenèrent le déclin de la République et de l'Empire.

L'origine de tous les malheurs de la Révolution française fut dans la tendance à l'autorité. Il arriva aux idées philosophiques exactement ce qui était arrivé aux idées chrétiennes; elles se laissèrent envahir dans la victoire par l'organisation de la vieille société ; elles voulurent se faire gouvernement. De ce jour tout fut perdu. La contradiction que nous avons si fréquemment relevée dans les principes de l'Evangile et dans la constitution politique de l'Eglise, nous la retrouvons en 93 dans l'alliance de la liberté et de la dictature. Des hommes cminents, des martyrs que je vénère, (épuisèrent leur énergie, leur éloquence, leur sang et celui des ennemis de la Révolution, sur ce déplorable malentendu. Le mouvement ne devait point s'arrêter à moitié chemin, la Révolution, une fois entrée dans une voie de pouvoir et de dictature, devait aller jusqu'au bout; elle devnit uller jusqu'à l'Empire. Le Comité de salut public lui avait montré la voie.

La Révolutionfrançaisequi venait protester contre toutes les dominations, eut le tort de vouloir dominer à son tour : '•lie crut donner de la force aux idées philosophiques en les appuyant sur des institutions renouvelées du vieux monde; flic s'empara du droit de justice, le droit seigneurial par exrellence, et de quelques autres armes à l'aide desquelles la monarchie et l'Eglise s'étaient rendues terribles. Loin de se lortifier par ces emprunts à l'ancien régime, elle énerva sa juissance morale. Les délégations, les magistratures révolutionnaires habituèrent le peuple à voir la Révolution dans certains tribuns considérables qu'il s'était donnés pour chefs. La nation se prépara de la sorte à donner définitivement sa démission dans un homme.

Le gouvernement du peuple par le peuple, sans intermédiaires, pouvait seul fermer la route à une restauration impériale ; ce gouvernement, Marat l'avait réclamé mille fois dans sa feuille a«arc/i(V/Me ; Robespierre l'avait défini ; mais entraînés l'un et l'autre, vers une dictature éventuelle, par la nécessité des circonstances, et enlevés bien vite par le couteau, ils n'eurent pas le temps de remettre la nation en possession d'elle-même.

C'est la liberté seule qui pouvait détruire en France le gouvernement personnel ; la Convention fut au contraire forcée d'exagérer le principe d'autorité.

Presque tous les actes de l'autorité, en 93, furent desactes réactionnaires ; tous les actes du peuple furent des actes de progrès.

Du jour où la constitution républicaine fut obligée de jeter les yeux sur tels ou tels hommes pour la défendre, elle l'ut perdue. L'obstacle à la contre-révolution ce n'était, ni Hoche, ni Marceau, ni Chanipionnet, c'était la multitude. Or, cette multitude, le gouvernement la tenait àdislance des alluires publiques. Découragée elle-même de son rôle dans la Révolution, elle ne croyait plus au succès. Son intervention s'était évanouie avec la puissance des hommes qui la représentaient.

La Révolution s'était incarnée dans les anciennes institu-

tions de la société française, dans le gouvernement, dans la justice, dans l'armée; elle s'était personnifiée dans des hommes d'Etat, dans des généraux ; d'un tel ordre de choses au changement de la forme républicaine il n'y avait qu'un pas.

L'empire était fait depuis longtemps quand Napoléon fut sacré empereur.

Voyez du reste l'inexorable logique des choses :— En faisant alliance, il y a douze siècles, avec le principe d'autorité, avec la raison d'État, l'Église chrétienne s'oblige à reconstituer de toutes pièces le paganisme , à couvrir de son caractère sacré les intérêts qu'elle a jusque-là combattus comme impies, à protéger les institutions sociales qu'elle a vouées au feu éternel. — En faisant alliance avec le principe d'autorité, avec la raison d'État, la Révolution française se condamne à adorer peu à peu ce qu'elle a brûlé, à donner protection , sous d'autres formes, aux intérêts privés que la philosophie déclare ennemis de l'intérêt général, à rétablir les privilèges que la justice du peuple avait détruits, à reconstruire enfin , sous les yeux du monde étonné, le vieil édifice social avec ses deux vieilles têtes, le pape et l'empereur.

Au plus fort de son enthousiasme, la France était-elle vraiment napoléonienne? Distinguons; ce qu'elle aimait dans cet homme, ce qui lui faisait supporter le poids de son abominable tyrannie , c'est que Napoléon était le fléau des rois étrangers, la main avec laquelle la nation frappait les vieilles monarchies. Il avait enseveli nos libertés dans la gloire; mais il semailles idées françaises sur les champs de bataille avec les boulets. L'histoire condamne sans doute cette hécatombe de nos droits politiques, celte absorption de vingt-quatre millions d'âmes dans une seule, cette substitution d'une pensée personnelle à la pensée d'un grand peuple, toutes conséquences d'un coup d'État criminel; mais après les phases par lesquelles avait passé la Révolution française, après les orgies de thermidor, après l'avilissement du Directoire, la nation ne pouvait peut-être se relever qu'en se faisant soldat dans un soldat.

Napoléon pratiqua l'extermination en grand. Il mit le système de la terreur à la pointe des baïonnettes. Il fit du 93 à coups de canon. Au lieu de hacher les têtes avec le couperet, il les broya (ce qui plaît davantage aux hommes) par la mitraille. Ce sombre génie du mal jetait par brassées les conscrits dans le feu des batailles, comme le hardi chauffeur jette le charbon de terre dans la fournaise de la locomotive. Ce système de terreur européenne, auprès duquel l'échafaud de la Convention n'est qu'un instrument plein d'innocence et de candeur, un vrai mouton de la Saint-Jean, voilà pourtant ce que la France a admiré dans Napoléon, ce que les poètes ont chanté sur toutes les lyres, ce que les bonnes femmes racontent dans les veillées d'hiver, avec des larmes plein les yeux. Non,' la France ne se serait jamais livrée à ce délire sanglant, à ces accès de fureur et de gloire, où elle a fini par laisser ses membres déchirés, palpitants, comme ceux du divin Orphée, si derrière cette gigantesque tuerie, elle n'avait entrevu dans Napoléon autre chose que Napoléon, si elle n'avait entrevu la liberté future des peuples.

Tout en détrônant la souveraineté du peuple, Bonaparte rendit hommage dans la pratique de la guerre au principe même de la révolution. Les grandes victoires qu'il remporta ne furent obtenues que par une application nouvelle de la

force démocratique. La politique des masses mise en rapport avec l'art des batailles, c'est à cela que Napoléon dut de briser l'une après l'autre les armées ennemies. On connaît le système stratégique de cet homme : rassembler à un certain moment toutes ses forces sur un point donné. Appliquez ce système au travail et vous aurez l'association.

Il y a une erreur que professent certains esprits sincères, mais aveuglés. Cette erreur consiste à croire que si Napoléon l'eût emporté à Waterloo, il eût pu se transformer, et diriger alors vers des conquêtes politiques celte activité prodigieuse qui le poussait dans les batailles. Tout génie, si grand qu'il soit, a ses limites. Qui peut, d'ailleurs; faire supposeï dans le caractère bien connu de Napoléon qu'il eût assez d'étolît en lui-même pour ei fournir à deux hommes? Comment celui qui avait brutalement bassement, lâchement persécuté la pensée des temps modernes, dans la personne de Chateaubriand , de Benjamin Constant, de Né pomucène-Lemercier de madame de Staël eût-il pu, ensuite, si faire le promoteur de cette pensée religieuse, politique, sociale'' Comment celui qui avait indignement maltraité Gall eût -il jiu encourager les décou vertes de la science , cette révélation nouvelle? Comment celui qui avait dédaigné le.-> expériences de Fulion et les conquêtes de la vapeur sur la nature, eût-il pu se mettre à la tête du mouvement de l'industrie? Non, cet

homme n'était propre qu'à une oeuvre, et cette œuvre était épuisée.

Napoléon ne représente ni une doctrine, ni un système, ni un principe; il représente une nécessité historique. Ce que cet homme devait le plus redouter au monde, c'était d'être en mesure; de gouverner.il avait peur de la paix, et il avait raison de la craindre : la paix l'eût tué en dévoilant son impuissance à dominer un état de choses tranquille. Il ne maintenait la France qu'en l'enivrant par l'odeur de la poudre. Il est tombé à temps. Sa mission était de tuer la guerre en exagérant les moyens d'extermination. Il a démoralisé le boulet comme Carrier avait démoralisé le supplice.

Loin de nous l'idée de rabaisser Napoléon : qu'il reste sur sa colonne, qu'il reste dans son ciel homérique! Napoléon a été un des accidents de la Révolution française. Il fallait que la nation, après s'être sacrée dans la liberté, se sacrât dans la gloire, pour que les peuples voisins, apercevant sa pensée partout, son bras partout, reconnussent la mission providentielle de cette race gauloise qui donne la lumière aux autres après se l'être donnée à elle-même: elle nourrit l'humanité de sa substance, de son sang versé sur tous les champs de bataille. Mais ne demandez rien de plus

à l'Empereur ni à l'Empire. Napoléon eût été impuissant après la victoire comme après sa chute. Lui , donner à la France la liberté 1 lui, se faire l'âme d'un ordre nouveau fondé sur l'égalité des droits, sur l'association et sur 1 harmonie des intérêts ! Erreur. Penser ainsi, ce serait méconnaître la loi du progrès, ce serait égarer son admiration sur des chimères : les forces matérielles d'un peuple peuvent bien, à un moment donné, s'absorber dans un seul homme ; les forces morales , non.

La France s'appartioBt , la France n'est point avec un honmie, ni avec un souvenir; la France est avec ellemême. Encore moins songe- 1- elle aujourd hui à pactiser avec la mort.

.| Oh I si Napoléon pouvait parler aux Rouget i nouveaux courtisans

DEMBENiKi. I lie l'Empire , du fond

|de son exil, du fond de la tombe , il leur dirait : « Laissez-moi dans mon passé grandiose , laissez-moi dans la majesté de mes souvenirs ; je fus ce que je pouvais être. N'usez pas mon nom et ma mémoire , en faisant de ce nom et de cette mémoire nationale un drapeau de guerre civile. Assez ! ne profanez pas mon linceul par des tentatives de résurrection brutale; ne secouez pas ma poussière , ne tourmentez pas mes os. Je fus le génie militaire de la France; la voyant trahie par son étoile, je lui ai laissé le glaive de l'étranger dans le sein, et je m'en suis allé mourir. Que me voulez-vous, maintenant? qu'atlendezvous de mon nom? Demandez la vie aux vivants, cherchez l'esprit nouveau dans les générations nouvelles, continuez à vQtre manière, sous d'autres formes e» selon vos besoins,

IITSTOIRE DES MARTYRS

le niouvpiiii'nl rovolmioiiniiire floni jp fus le poitP-pI;nve Je n'iii lien à vous îippien lie. moi, rhoniitie du passé mili taire, rien h vous dire Soyez par vous mêmes, faiiescf (|ue j'ai l'ail: renouvelczcequi lonihe. Au lieu de vouspeiicliersur ma fosse, pendiez vous sur l'aliîme léiiébrmx di-s sociétés modernes, et aspirez dans voire &me l'àme fiémissanie des multi:udes. Ne ooii>ullez pas la mort, roii-ullcz rinstincl des généralions en mal d'avenir. Soyez de voire lemps. ne soyez [)as du mien; ne refaites pis rKinpiie, vieille chose; faites à riiumanité, qui aspire et qui suall'ie, uii iiiuiide nouveau. »

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