‹ Histoire des martyrs de la libertéChapitre 46 sur 49 · LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION

MAS«.\CnF<S DU MIDI. ASSASSI.NATS DU MAttl^CHAL BRl'NE, DES CR.NÉRAIV I.AliAllDE ET RAMEL — EXÉCITION DESJlMEAl'X DE LA ItÉOl.E — LAUÉDO\ÈUE. — PilOCÈS ET MORT DU UARÉCIIAL NEV.

Pour tous les hommes qui avaient prandi dans les luttes de la Répuliliqiie eldc l'Empire, le drapeau blanc était un drapeau étranger, apporté en France par des mains étrangères.

Il existe aujourd'hui une nuance du parti légitimiste qui vou Irait, dit-elle, combiner le principe de la souveiaineié du peufile avec le dogme de l'iiérédi é monarchique. Si les légiiimislcs ont véritablement une si grande foi dans l'ajjpel au peuple, s'ils croient, comme ils le répètent tous les jours que la nation est avec eux, comment se fait-il qu'ils aient touiours éviié de ronsuller le pays dans les circonstances suprêmes où la France a été sur le point de changçr la forme de son gouvernement?

C'était en 1791, un roi de France venait de trahir indignement la parole qu'il avait donnée à son peuple et à sa Consliiutinn. Il s'était enfui de nuit comme un niallaiteur. Oii allait-il? Il se dirigeait, sans bruit, vers nos fionliores du Nord où l'altenflaieiit les armées étrangères des souverains et l'armée plus étrangère encore des émigrés, qui faisidenl tous cause commune avec le château des Tuileries. Arrêté, comme ôiage de la Révoluiion, par le premier citoyen venu, ce roi est ramené dans sa berline à travers les Hots pressés, écumanis. irrités d'une population qui l'insulle. La malédic ion partout gronilanie sur cette mer de têtes vient mourir contre les vitres léririées di- la portière. Il rentre dans sa ville de Paris; la populatittn l'accueille, chapeau sur la lêle, par le moine sihnci' ([u'oii déploie ^Ul■ le chemin des criminels ei des condamnés à mort. Ce retour est, en ell'ci, l'exécuiion de la royauté.

Chemin faisant, ce roi dégradé rencontre ses armes effacées, son ciiiir e brisé, les insignes de sa prérogative loyale traîm's dans la bouc. La multliude avait, en son absence, délloré ses appartements; elle s'était ((iiicliée dans son lit et dans celui de la leine. Une pluie d injures ei de lazzis avait ruisselé sur son ti(ine vide. On n'apasd'iche d'une pareille liumiliaiinii. Ceilesladi cli' aïK e deL(UiisX\'l était positive, visible, éclatuule; il avait siyué lui-même son

abdicaiion en prenant la fuite. Qui (|uille volouiaireincnt son troue le perd, La naiiini avait le drcii de se constituer, ce jour là même, en Hépubl que.

Cependant l'.Xssembli'e na ion de, après avoir lléiii ceux qui araieiit enlevé le roi (lietion rdicnleei | u'''iil('j ssaie de restaurer Louis XVI sur le trône. Dm- [)arlie de la ni. ion résiste, pro:este. Suivant elle, le roi est déchu en droit comme en fait; il a lâchement ahan loniié son pose : il n'a plus la con'iance de son peu île sur l-ipn-l il a vendu al irer l'invasiou étrani-'ère; la terrible coireciion <\i}t' les campagnes iiiflignées lui ont .'ait subir da is un parcours de Irer'e lii'ues a pour jamais fli'tri sa prérogative royale. Avant de le reineitrc en possession de la couronne qu'il a librement abdiquée par sa fuile. du moins qu'on cimsuile le pays! Le cas en vaut la peine II y a au moins doute : hé bien! qu'on éclaircisse ce dou e par l'appel au peuple.

Des Citoyens paisibles, mais termes, se réunissent. .Vnimés par ces sentiments de jusiice, ils se mettent r n devoir de rédij^er et de signer une pétition dont voici b-s termes : « Les citoyens de Paris rassembi 's lii(^r, en grand nombre, vou'ureni vous porter leurs al rm s: ils fuient étrangement cionnis de ne pouvoir péuéirer dans la maison n itionale. Profondément affligés, qiioi(|ue luu'iours con'ian's, ils ont arrêté que. sans armes et daiisle plus grand ordre, ils iraient aujourd'hui, 15 juilli't, se presser et s'unir au sein de la patrie pour y faire une pét tion tendant à ce que vous suspendiez louie déterniiiialion sur le soit de Louis XVI, jusqu'à ce que le vœu bien prononcé de l'empire français ait été efficacement émis. »

Celle pé'iiiou est écariée: les citoyens de Paris se réunissent alors au Ch imp-de Mars, el là, sur l'auiel de la patr e, ils rédigent une nouvelle adiesse aux représeui^Miis de la nation. « Un grand crime se commet : Louis \VI fuit; il abandonne indignement son pos'e, l'empire est à deux doigts de l'anaichie; des citovens l'arrêtent à Vaiennes; il est ramené à P.iris. Le peujile de cette cipitale vous demande instamment de ne point prononcer sur le sort du coupable, sans avoir entendu l'exiiression du vœu des qu iircvingt-trois autres départemenls, » Qu'arriva t-il? Comment les royalistes répondirent-ils à cette demande de ra[)pel au peuple? Ou frémit de le dire : Ils y répoii lirent par l'assa.'-sinat. Des bandesdc garde naiionale .irnii''e péni''trèrent au pas de course dans le l'.haiiip-dc-.Mars, tirent feu et couchèrent par terre des femmes, des enf. nls, de> vii^illards. Pour la première fois, depuis89. le drapeau de roidre se teignit en rouge dans le sang des citoyens.

Voilà par quels arguments les royahsies réfutèrent alors les apôlres du droit national qui , dans des circonstances aussi graves, après une infraciion aussi évi leiile des devoirs constituiioiini'ls, demandaiciii que li- pays l'i'it appelé à se prononcer sur la forme du gouvernement. On les égorgea, uliima raiin reijum

Antre circoiislance où l'appel au ppn"le fut également respf cté par les royalisies. C'éiaii en 1814. I 'Empire éiail tombé d'unie grande chute L'aifjle blesse au liane s'éiait anattu d'un vol lourd sur les deniieis débris di' la grande armée, La France se trouvait livrée à l'ennemi, sans ijnuveinemenl, sans lois, (^eiles l'occasion éiaii belle pour les I pariisans de la nuniarcliii' éleciive, C'elaii le moment ou jamais de réj;i''nérer les pri''lendiis droits de la brandie aînée lies Ronrbons en reinnipiiii ces droits dans le .-uf- 1 frage universel. On devait convoquer le pays ; le lil-on ?

Uiif Sf'ult* viiix iov;ili>tC sVIcva-l-rlIe des proromlpurs de la iiriiiiie poui- sauver de ce pranil naulfage la liheilé, l'cli'ciiiin populaire? Iléjas ! non On imposa de ()ar le dioit divin, de par les baîonneiles à la Fi'ance une dynasiie, un fonveniPincnt , une cliarte. La sonveiaineté naiionale fut conf'S née. l'élran^'er aid .n», |iar une race que la France av.iii frappée dniis Louis XV'l.

Loin d'ôire élue par la n iiion. la dynasiie des Rourbons de la blanche aînée n'éiuii consen ii- (|ue par une minorilé inipercep'iiile. La pri-uve, vous la connaissez. Quand N<- P'il on apparut seul, oui seul, eniende/.-vous, sui un coin de la Fi'aiicc, il atllra subitement le pays à lui p;ir le niagnéiisnie de sa force el de sa grandeur. Ce ne fut sur toute sa loiiie qu'une aecliim ilion infinie La restauration s'était évanouie comme un rêve. Lt-s Dour' ons, on ne s'en souvenait plus. Il élail évideni i|ue celle famille n'avait dans la n Ilion aucune racine. Que vont faire les royalistes? Ileconnaî.re leur erreur, abjurer les droils de la force, déclinei le choix de l'eiranger. consulter rojiinion du pays? Il.s s'en gardent bien. Après le désastre de Waterloo, quand la France aisse retomber le drapeau tricolore de ses mains Inisées, ils nieuriri-.senl Sa volonté sous le faix des circonstances. Louis XVill lègue de nouveau par la grfice de rinvasion. Que la FciMiee ne s'in(|iiièie pasde se choisir UN ;;ouvernemenl -, Alexandreel les Cosaques vont iiouivu ; il> ont décillé pour elle. Mespect au sabre I

Quand on s'csi pissé du conseniement populaire pour s'installer sur le iroiie. il f.u: i'éf;ner malgré la nation. Ce lui le sort de Louis XVill. On s'étonne que la resUinralion, diiis les commencemenis surtout, ait été violente et sanguinaire -. elii- m' pouvait fias ètrcî autrement. Ce qu'elle n'avait pas dem indé au libre choix des ciloy<'ns, (Ile fut cmiraiiili; de le deniau'lerà la force, (domine tous les jiouvoii's contestés dans leur Oiijiine. dans leur droit, file avait besoin d'imposer silence à ses ailversaires; pour Ije pas périr, elle lui.

Ce siTiii UU'' ern-m-de croire qu'en exerçantses ravages. la terreur rovali>t(' us:M alors de représailles. Il n'en est rien. Les lioiiimi-s de 93 ivaieiil depuis longii'mps disparu. Il y a mieux: I un d'eux, un léfiieih-. Fuuché, siége.iit d.iiis les conseils de Louis XVill La plupart des hommes qui lomliérenl alors sons 1 1 main des as^^assins ou sous le 1er des luis appartenaient à l'empire, non à la Itépulilique. Qinlques-unes de ces victimes de la restauration, — je iioiiirais ci er les frères Fauciier de la lleole, avaient même iémoij;né pul)rqiienient leui- iiidiyn.ilion Contre la jusiiee ri'Voliiiioiinaire.

Il ne faut pas paili'C de représailles. En renouant avec le supplice, l.i restauration renou.iil avec les bonnes Ira- «liioiis de la monarchie Le passé revenait, la dynasiie des Bourbons revenant, le passé du Irône el de l'auiel ; or ce passé celait I inijuisiiion, li!S iliauibres ardentes, les parlemenîs. etc., etc. Il fallait, pour eue d.ms la biume voie, remonlei' jusqu'au domiii'cain Toiipn-mada (jui étal)lii la forme jur'dii|ue du tribun il de I iinpiisilion esp ignole : en quatorze ans le procès lui fait à qu iire vingt mill<^ individus, et six mille d'entre eux fureni brûlés solemiellenient dans lie;» auto-da-fé. Voilà au moins de la justice! Si vous voulez des massacres, parle/, moi de celui des Vandois à M.iimloletà Cabrièrc, en Lj'io; plusdequalie mille personnes lies lieux sexes péiireiit par le fer cl par le feu. On voit donc que, pour irouver la tcricui, lu monaichiode

1815 n'avait iiulleniont à jeter ses yeux et ses souvenirs sur 9'5; elle n'avait {|u'à regarder en arrière dans son histoire et dans celle de l'Église.

Quand on ne gouverne pas avec le pays on se comlamne îi gouverner malgré le pays. La rcsiauralion ayant nus son préieiiilu droit d'hérélilé au-dessus des droits de la nation, fut faialemenl conduite à réprimer le seniiment poi>ulaire. Klle ne pouvait tout d'abord se maintenir que par l'iiilimidalion et la force. L'inlimidaiion, elle la cberclia dans les supplices; la force, elle la prit dans les baïonnettes étrangères.

Nous passerons rapidement sur les lisons de guerre civile qu lu rentrée des Houi bons alluma par toute la France, mcedu jicr ignés. 11 n'cnlie point dans l'esprit de notre livre de remuer des ferments de haine ni d'agiter des souvenirs lâchés de sang. Il faut laisser cela aux royalistes qui spéculent sur les fantômes de 93

Quand le disasirc de Waterloo retentit d'un bout h l'autre flu lerriioire. il y souleva des manilèstations bien dilférentes. On vit se déclarer deux pays dans un seul, la France de la Sainte-Alliance et la France de la révolulion.

Dans le midi. les prèlrescl les nobles ne négligèient rien pour di''lcri.nner un innnense soulèvement du fanaiisme inonarchi(|ue et religieux. Quoique Napoléon ctit rétabli le culte da"s les églises, quoi<|u'il eijt rouvei'l aux émigri's les portes (le la France , le clergé ni Paris ocratie ne lui pardonnaient point son origine révolutionnaire. Ce qui faisait sa popul.irité dans la nation était pour les anciennes castes piivilégiées un motif de haines incessantes — et dissimulées. Tant que la victoire lui fut fidèle, ces haines se turent, 'l'ouïes les églises retentirent |)endanl son ri'gne du bruit des Te Deuiii el des |)rières ollicielles: — niaisrpiand, après les cent-jouis, l'emiieteur relevé, eul lléclii de nouveau dans les champs de Waleiloo. oli I alors loules les espérances royalistes S(! tournèrent vers le drapeau blanc. Le plus triste à dire, c'est (pie dans le Iressaillement du Mi li, à la ir>uvell(!de la def.iite de nosarni'cs, il entra moins d'cnihoiisi isuK! (pii^ (le vengeance.

Celte V ngeance. les no!)li!S l'avaient rappoiléede l'exil; à l'acte de clénuMicc et de conciliaiiim qui abaissait bs barrières de la loi devant des lioiiinies qui avaient (iris les armes contre leur pays, les émigrés répon lirent par l,i haine. Oui, ils liaissiieni les acquéreurs de biens n ilionaux ipii detenaieni . ininstemeni selon eux. leurs propriétés; ils haïss lient Napoléon lui-ni(^me qui déienait aussi injnsiemenl le liôiie de Louis XVIII. Ciande lei^'on ! On ne gagne rien, après une révol'iiion, ?i rappeler de l'exil les proscrits de la loi. lanl qu'on ne leur rend pas tout ce (|ue celle révolution leur a f lit perdre.

Le clergé était mu par les mêmes considéiations Dans le lelour des Bourhons il voyait h' n'Iablissement de la itiino et des aulies béiiélices ecch'si istirpies . il espéiail ressaisir, sous les successeurs de Louis Xlll l'inlluenee dunl il jouissait sous l'ancien régime: il déu^stail dans les fonctioniiaii'es de rem|iiie les In-ritiers de celhî l'evoln ion (jui avail vendu ses I ieiis et i|ui av dl sacrifié ses intérêts matériels au salut de l'Ktat. Ilesigné , il le parut d'ab(n(l: mais (|u and le momenl fut venu (h nnmtrerquelle haine avail distillée goutte à goutte dans son cour la perle de ses anciens bénél ces, oh ! alors son zi-le ne connut plus de bol nés. On le vil ah.rs pousser contre les débiis de rtmpirc lu main des inulliludes i(;norantcs.

Ce fut de Marseille que partit le signal des exécutions royalistes. Goûter le sang de la révolution, les réacteurs du Midi n'y avaient pas manqué depuis le 9 thermidor, toutes les fois que l'occasion s'en était présentée; mais les assassinats n'avaient fait que les mettre en appétit. L'heure de se satisfaire avait sonné. La chute du trône impérial ouvrit l'ère des massacres,

C'était un dimanche. Le jour où Dieu se reposa est à Marseille le jour où l'homme s'ennuie. On n'a pas d'idée de la tristesse de cette belle ville, quand ses habitants partis, dès le matin , pour leurs cabanons ou leurs bastides, abandonnent les rues au silence, à la solitude et au soleil. Le bruit de la défaite de Waterloo circule dans les groupes désœuvrés qui occupent çà et là les places muettes. Le dimanche, dans le Midi, appartient encore plus que les autres jours de la semaine à l'influence cléricale : les offices, les sermons, les cérémonies de l'Eglise, loin de modérer et d'adoucir les passions politiques, n'avaient au contraire fait qu'exciter les têtes.

On adresse aux soldats de la garnison , ou pour mieux dire, à la cocarde tricolore, des vociférations et des injures. Les soldats y répondent par leur sang-froid et par le chant de la Marseillaise. La population, qui fermentait alors dans la ville, n'est pas très belliqueuse, c'est là son moindre défaut; elle se compose de pauvres familles qui, vivant sous la loi de l'aumône, appartiennent aux riches et aux prêtres; la main qui les faisait agir était connue. Tant que le canon fut dans la ville, il suffit à maintenir l'émeute ; — mais les troupes ayant évacué Marseille, l'heure des massacres et du pillage sonna.

Les demeures des citoyens signalés comme bonapartistes sont dévastées. Les maisons pillées, on assassine les propriétaires. Nous avons vu nous-même le théâtre de ces sanglantes exécutions. Les arbres du Cour, des pans de murs sinistres, des angles de rues débouchant sur le port, nous ont raconté les détails de cette abominable journée. Les noms des victimes et des bourreaux sont restés dans la mémoire des habitants. Il y a tel ruisseau qui semble encore teint de sang. Les balles des assassins poursuivaient des femmes, des enfants jusque dans les flots de la mer où ces malheureux cherchaient à se sauver, en nageant. Un drapeau blanc fut planté sur un tas de cadavres, à demi recouvert d'un voile noir.

On a voulu rapprocher les assassinats royalistes des massacres du 2 septembre. Nous repoussons de toutes les forces de notre conscience cette indigne assimilation. Qu'on déteste le massacre en lui-même, soit; mais il y aurait de limmoralité à confondre les mobiles si différents qui ont déterminé les actes du 2 septembre et ceux du 25 juin 1815.

Au 2 septembre 1792, la révolution était menacée ; l'ennemi était à la frontière et dans nos prisons; les intelligences des étrangers du dedans avec les étrangers du dehors étaient visibles. Quelques révolutionnaires, en petit nombre, pour terrifier l'intérieur, pour jeter la défense nationale dans la nécessité de vaincre , crurent utile de couper cette main que les détenus tendaient à travers leurs barreaux aux armées de Brunswich.

Au25 juin 1815, les royalistes n'avaient, pour justifierleurs crime s ni l'excuse de la lutte, ni le prétexte d'un danger public: c'était l'assassinat après la victoire. Ils tuèrent, non pour fermer le territoire français aux armées étrangères, mais

pour l'ouvrir à l'invasion; ils tuèrent par goût, par haine, par tempérament; ils tuèrent pour tuer.

Les massacres du 2 septembre étaient une mesure de sûreté publique; les massacres royalistes du 25 juin 1815 étaient une vengeance.

Marseille avait donné l'exemple : Avignon ne voulut point rester en arrière; le maréchal Brune traversait cette ville, revenant de Toulon ; on se jette sur ses chevaux, on les dételle. A la suite de quelques alternatives, durant lesquelles l'émeute royaliste se forme, éclate, rugit, le maréchal, surpris dans une chambre par deux assassins qui le couchen en joue, l'un après l'autre, tombe.

Son corps est précipité dans le Rhône.

A Nîmes, Trestaillons, à la tête de bandes organisées , tuait, pillait, ravageait. Ce scélérat, aidé par des hommes aussi méchants que lui, Servan, Truphème et quelques autres, avait mis l'assassinat et le vol sous la protection (ki ciel. Ce n'était dans la ville et dans les campagnes du Gard qu'un long frémissement. La guerre civile se compliquait , entre les catholiques et les protestants, d'une guerre de religion. Tuer les huguenots, c'était faire plaisir à Dieu et au roi. Ces attentats furent, je ne dirai pas dénoncés, mais légèrement indiqués à la Chambre des députés par la voix de l'honnête M. Voyer d'Argenson. — « C'est faux! à l'ordre!» Tels sont les cris qui partent de tous les bancs. En vain le président réclame le silence : « On doit laisser l'orateur s'expliquer. — Non ! répliquent plusieurs voix, de telles faussetés révoltent! il est impossible de contenir son indignation. «Voyer d'Argenson demeure à la tribune, balbutie quelques paroles d'excuse. La chambre furieuse n'entend point à cela : elle exige son rappel à l'ordre. Telle est l'enquête que provoqua tout le mal commis dans le département du Gard parla main des bandits royalistes. Traduits en justice, les auteurs de ces meurtres étaient d'ailleurs tous acquittés. La chambre, s'associant à celte impunité, déclarait faux d'affreux assassinats dirigés contre toute une classe de citoyens, qui avaient alors la population d'un déparlement entier pour témoin , qui ont maintenant l'histoirepour vengeance. Les assemblées ont beau couvrir de leur agitation passionnée la voix du sang, cette dernière voix finit toujours par se faire entendre.

« La liberté ou la mort!» Ce cri si perfidement interprété par les ennemis de la Révolution française, ce cri dedévoûment à une idée sublime , était remplacé dans tout le Midi par le cri de : a Les Bourbons ou la mort ! »

Nomjjreux , les auteurs de ces assassinats ne l'étaient pas à Nîmes; forts, ils l'étaient, dit-on, de la complicité de la classe riche et du clergé catholique; ils l'étaient surtout de la protection des tribunaux.

Voici du reste un fait qui en dit plus que tous les récits et que tous les commentaires : quand enfin on voulut apporter quelque soulagement aux maux qui désolaient la population nîmoise, on appela les Autrichiens sur le département du Gard. Alors seulement la province respira : la rançon de guerre, l'invasion, l'ennemi, tout cela parais-. sait doux auprès de l'autorité des royalistes.

A Toulouse, le général Ramel venait de tomber sous les coups de la réaction ; ses assassins sont absous.

Bordeaux ne pouvait laisser à Marseille ,àNime8. à Toulouse, à Avignon , le monopole des senlimciils royalistes. Triste et honteuse époque où le dévoùment au roi se prouvait par l'ardeur qu'on mettait à débarrasser la Restaura-

tion (Ic^ ses ennemis ! Il y a quelque chose de plus horrible , selon moi, que le meurtre commis, dans un moment de fureur, par une multitude exallée; c'est l'assassinat qui s'accomplit lentement, froidement, à l'ombre des lois. Tel fut celui des frères Faucher.

César et Constantin Faucher étaient retirés à la Uéole, près Bordeaux , au moment où les armées étrangères mettaient le |)ied sur le sol de la Franco, en 1811. Tous deux républicains, ils avaient servi l'Empire, le regardant comme une i)rolesiation contre les monarchies étrangères. Le désastres de nos armées les fit soriir de l'existence calme et modeste dans laquelle ils s'étaient 1 un et l'autre enveloppés. Au moment où la France , par une inconstance bien digne d'une épo que sans principes , suivait la forlune dans tous ses écarts, seqid tur forlunam ul sein per : au moment oii les généraux, les fonctionnaires publics qui tenaient tout de Napoléon , donnaient au monde l'exemple de 1 1 plus scandaleuse in gratitude ( 1 ) , cii\ seuls, immobiles, au milieu de l'ébranlc ment général, essayé rent de relever le drapeau de 93, le drapeau de la défense nationale.

Nés à la même heure, de la même mèi-e, les jumeaux (c'est ainsi (|u'on désignait les doux frères ) étaient unis l'un à l'autre par ces liens de sympathie mystérieuse que la nature a tracés dans le ma sang. Leur ressem l)lance était si parfaite

qu'elle trompait leurs parents eux - mômes. Dans leurs garnisons, ils étaient obligés, pour éviler les continuelles

(1) Nous devons à une commnnii'ation pnriiciilière la lettre suivanli- , adressée par le (liioiU' DalmaiioA un préfet de l'Empire:

« Je vois avec peine la ilétcrmination ipie vons avez prise de donner votre démission d'nne niagisirauire que vous occupez d'une manière si distinguée pour le bien du service de Sa Majc.ité , el je ne saurais trop vous engager à vous nieltro au-dcSsus des (iropos que les envieux tiennent sur votre compte. Voire conduite et vos succès en administration les forceront à se taire ; et il ne leur restera que le regret d'avoir pu un instant ébranler votre constance sans vous supplanter. Ne doutez Jamais, monsieur le baron, de l'intérêt que je prendrai à tout ce qui vous regarde; c'est ce même intérêt qui m'engage aujourd'hui à vous faire revenir sur une résolution, que je juge être l'effet d'un premier

méprises de leurs camarades et de leurs subordonnés, de porter une fleur différente à leur boutonnière. Mêmes étaient les émotions de leur cœur. Ils avaient grandi, ils s'étaient battus ensemble; ensemble ils souffraient de l'injure faite au territoiie national. On pouvait dire des sentiments des deux frères pour la patrie que c'était le même enfant aimant deux fois sa mère.

Kntrés l'un et l'autre au service, la même année, ils furent nommés le même jour et pour le même fait généraux de brigade.

De conspiration, on n'en avait point à leur opposer d'autre que la conspiration de la France tout entière, à laquelle ils s'étaient associés par un généreux mouvement d'enthousiasme et de patriotisme. C'en fut assez pour déterminer leur mort.

Circonvenus , à la Réole, par les menaces et les colères de la réaction bourbonienne, ils avaient annoncé l'intention de défendre leur domicile contre ceux qui manifestaient la resolution de le violer. « Dans cet état de choses, écrivaient- ils au général Clauzel , notre maison est réellement en état de siège , et au moment même a«i nous vous écrivons , nos armes sont là... » Cette lettre confidentielle remise par le général Clauzel à .\L de Tournon causa leur perle. On se servit d'un prétexte de détention d'armes pour ^- les atteindre.

Or, voici, selon le procès-verbal de visite, quelles étaient les armes trouvées à la Réole, qui parurent alors si menaçantes à un gouvernement a|)|]uyé sur un million de baïonnettes étrangères : « Deux fusils doubles de chasse, huit fusils simples' de chasse, dont trois hors de

mourcmenl de spiisibilili!, qui doit léderau désir de consacrer vos tulenlx au service du rui. »

Qu'on mette la fidélité ik un lioinnie bien au-dessous de la fidélilé qu'on doit aux intérêts du pajs, nous le concevons; mais que tics généraux , comblés des faveurs de l'ICmpire, quittent Napoléon jiour I ouis XVllI , un liomme pour un liomme, qu'ils cherchent A cnli.iinrr d'autres consciences dans leur lAche désertion morale, à faire taire dans d'autres cœurs un premier mouvement de sciisiOililé, voilà ce que nou8 hIAmons. ,

service; un fusil de munilion; une carabine de chasse; deux paires de pislolcis d'arçon ; trois sabres de cavalerie légère; deux briquets ( sabres d'infanterie) , dont un sans fourreau; sept vieilles épées dont cinq ne peuvent sortir du fourreau; huit pétards, montés sur affût, ilu calibre du petit doûjl et propres seulement à faire du bruil ; sept piques dont deux pour drapeaux, n

L'ordre n'en fut pas moins lancé d'arrêter les frères Faucher de la Réole. Or dans ces temps de proscription et d'orage, citoyen arrêté, hommejugé; homme jugé, homme mort.

Le Blémorial Bordelais raconte dans ces teimes leur arrestation... •« Constaniin et César Faucher de la Réole, ces deux misérables que leur conduite forcenée a su rendre si fameux parmi nous, et dont on ne prononce le nom qu'avec horreur, viennent enfin d'être pris et jetés dans les prisons. Il est impossible de peindre l'indignation de ce peuple immense, groupé autour d'eux, et les accablant des injures les plus outrageantes : monstres I bêtes féroces! scélérats! Telles étaient les épithètes qui leur pleuvaient de toutes parts... Les paysans surtout étaient furieux et tous voulaient les mettre en pièces. Un de ces paysans tenait même déjà César par son habit; un mouvement de plus et il était perdu... Si des êtres, aussi vils, aussi profondément méprisables pouvaient être humiliés de quelque chose, ils l'eussent été sans doute de se voir ainsi l'objet de l'exécta^ tion publique, et de ne devoir leur salut qu'cà ceux-là mêmes qu'ils tourmentèrent le plus, durant leur odieuse puissance... Le procès de ces coupables s'instruit sans relâche à la Réole. Nous pouvons donc espérer qu'enfin justice sera faite de leurs infâmes turpitudes. Puisse leur chdtimenl effrayer ceux qui seraient tentés de les imiter! mais puissent surtout de bien plua grands coupabk'K encore ne pas échapper à celui qu'appelle sur leurs léles la France indifinée de leurs exécrables forfaits^ »

On a beaucoup déclamé contre les excès de la presse en 93; hé bien, nous mettons au défi de découvrir dans aucune feuille #3 la Révolution , saiis excepter même les plus violentes , un semblable oubli des droits du malheur et des devoirs de la pitié , une si audacieuse provocation au meurtre, un si criminel empiétement sur le domaine de la justice. Non , dans les plus mauvais jours de la terreur^ on ne retrouvera rien de semblable au langage de cette feiiillc royaliste.

Quel devait être l'état des populations méridionales auxquelles chaque matin les principaux organes du parti royaliste soufflaient ainsi le feu des plus scélérates passions?Dans toutes les législations le prévenu est sacré , res sacra miser. De ((uel nom flétrir les injures que la feuille incendiaire de Rordeaux vomissait alors sur la tête de deux accusés, contre lesquels il n'existait d'autre charge que la haine publique ".' Et celte haine par qui était-elle alluUiée? Quand on voit la presse se faire Técho d'indignes calomnies, quand on la voit exciter au meurtre la main déjà si expéditive de la justice, la main tremblante des populations égarées, on ne doute plus que les crimes de la réaction n'aient été organisés en 181.3 par des meneurs qui voulaient ériger l'échal'aud en système.

V Puissent de bien plus (jrands coujiables encore ne pas échapper au chcUimcnl qu appelle sur leur tète la France indiquée de leurs exécrables forfaits. » Il paraît que ce vcru charitable s'adressait à Clau/.i'l iui-nii'ine; il paraît (jue la

réaction des honnêtes gens , dans sa soif du sang bonapartiste , avait pris les jumeaux , à défaut du maréchal , qu'elle ' n'osait point encore atteindre. Féroce et lâche !

Les frères Faucher étaient protégés par une ordonnance royale du 2i juillet, qui interdisait dans les termes lés plus formels toute espèce de poursuites pour les faits antérieurs au retour du roi ; mais on sait ce que valent ces sortes de protection devant la justice des partis; ce fut précisément sur les faits de leur conduite antérieure au retour du roi que porta ce simulacre de procès; l'accusation de dé[)ut d'armes, qui avait motivé l'arrestation des deux frères, avait été abandonnée en présence du procèsvcjbal de visite : la mauvaise foi la plus complaisante n'avait pas su voir dans ce matériel de guerre une menace sérieuse pour l'ordie public, ni pour la royauté.

Extraits des prisons de la Réole, César et Constantin Faucher furent conduits au château du Hà, pour y être mis à la disposition du procureur-général du roi. La manière dont ces deux braves furent interrogés par les agents de la monarchie fait bien voir que la justice politique en 1815 ne cherchait pas des coupables, mais des victimes. « Nous pouvons être des victimes réservées, avaient répondu les deux frères aux demandes des magistrats qui trahissaient trop la pensée de vengeance cachée sous les formes de la justice, mais nous ne serons jamais des victimes résignées. Si l'on nous frappe , on nous frappera debout. »

Le ridicule , le grotesque même se mêlait, dans ce triste procès, au caractère tragique d'une accusation capitale.

Voici un échantillon de l'interrogatoire et des charges hyperboliques ^ dont, à défaut de charges réelles, la justice s'armait contre les prévenus. — D. Le k mai à votre arrivée de Paris n'avcz-vous pas distribué à la Réole, à très petits morceaux, au petiple qui entourait votre maison, un gros pain qtte vous lui dîtes que l'usurpateur vous avait donné dans ce but? — if. Nous avons bien vu nos prêtres et notre archevêque encenser Napoléon comme le représentant du Très-Haut; nous avons bien vu le pape le montrer au peuple en le déclarant l'oint du Seigneur; mais il restait au délire de la réaction actuelle d'en faire le prototype du Christ, en supposant qu'on pouvait le donner sous forme de pain aux adeptes. ».

La loi des suspects était rétablie de fait; c'est en vertu de celte loi qu'on poursuivait les Faucher.

Cependant le chef du parquet de B rdeauv, craignant sans doute la lumière que la juiidic'.ion civile attirerait sur ce procès, se hâta de mettre Ici Faucher à la disposition de l'autorité militaire.

A leur entrée dans le fort du Hà, les frères Faucher avaient pris place dans la division des condamnés au bagne. On trouva bientôt qu'ils ne méritaient pas tant d'égards. Il existait au fort du Hà une sorte de donjon qu'on appelait la Tour, et dans ce donjon, une grande jiièce comme sous le nom de la Chambre du feu. Quelle dérision ! car celle chambre était ouverte à tous les vents ot formée d'épaisses murailles suintantes. Dix-sept galériens, de l'espèce la plus dangereuse, l'avaient quittée la veille pour se rendre au bagne de Rochefort. C'est là que furent conduits, un soir, César et Constantin. Voyant la nudité de ces lieox. ils demandèrentau concierge de leurlnonter seulement leurmalle pour qu'ils puissent s'y asseoir: refus. Cet honime, à ses risques et périls, avait inliodiiit dans la chambre un matelas

et une mauvaise couverture « Nous sommes au scciel,

« éciivirent-ils à leur nièce, mademoiselle Anaïs Faucher; « nous sommes au secret; nous n'avons ni table, ni chai- « ses, mais, en revanche, nous avons un lit à la turque, un « matelas jeté sur deux bottes de paille, puis un égout à « deux toises (le notre couche (1). Figurez-vous dans un coin « notre cruche, vos deux derniers paniers de fruits, une « bouteille de vinaigre, et nos chapeaux couverts de pa- « piers. Cet ensemble est vraiment |)illoresque, et si Pous- « sin lavait connu, nous le retrouverions certainement dans « le Teslameutd'lîudainidas.

« J'ai imaginé, pour suppléer aux chaises que nous

« n'avons pas, de nous asseoir sur notre paille en nous « tournant le dos, nos échines s'arcboutant l'une et l'autre, « et vous ne concevez pas combien ces dos.sicrs-là valent « mieux que ceux des chaises. N'avez-vous jamais joué au « Mariafje dit Capucin?... »

Cet enjoùnicnt tout militaire a quehjue chose qui l'ait mal, quand on le rapproche des horreurs de cette captivité.

Cependant, on ciiait, dans les rues de Bordeaux, avec l'autorisation du préfet, le récit de la mort du maréchal Uruue. Etait-ce un encouragement à imiter le zèle des royalistes du Midi?

Une autie nouvelle venait contrebalancer ce que l'arrêt des bandits d'Avignon avait de sinistre et de menaçant pour les Faucher; la duchesse d'Angoulème s'approche de Bordeaux. Elle vient, elle est vcrme : les fenêtres des maisons se pavoisent durant le jour, s'allument pendant la nuit; le bruit de ces fêtes, la clarté de ces illuminations, de ces feux d'ai^tifice, arrivf! jusque dans le cachot des jumeaux delà i'iéjle, parles tleux ouvertures grillées qui donnent entiée au vent et à la pluie. Le ca-ur des quelques habitants qui avaient su se défendre contre les enliaînemenls de la haine s'ouvrait à l'espérance : «Nos murs, disaient-ils, ne seront pas souillés par uni' cxéculiou à mort; la duchesse d'Angoulême, c'est la clémence qui entre dans Bordeaux. " — Us se trompaient : c'était la vengeance.

Les tortures de la captivité ne faisaient qu'augmenter de jour en jour danshî fort de Hà... « Pour être moins lour- « mentes de la vermine, écrivaient les deux frères, nous « iu)us découvrons : mais un moment après, nous sommes « raides <le nos blessures et de nos douleurs. Nous leinel- « tons alors sur nous la mauvaise couverture ; nous nuus << pressons bien l'un contre l'autre; la chaleur, la moiteur « viennent, et de petits accès de fièvre sont les moindres (I résultais de cette maijiie d'être. Nous ne pouvons dor- « mir f(ue le jour. A'ous s;ivez iiue nous ne buvions pas de « vin; il nous devient néciîssaire comme remède »

Openilanl, les illusions lu^ cessaient de (laiterie cti'urde quel(|ues amis qui s'intéiessaienl encore aux Faucher. « On nommera les disputés le 2o, .se disaient-ils; on doit passer uiu! revue le 27; on dansera le 2J : le plaisir rend l'aime sensible. Est-ce que tant de fêtes peuvent avoir lieu sans pai'don? »

Madame la duchesse d'.\ngoulême visita les abords du foil de Hà; une joyeuse cavalcade la suivait.

(Ij Au niveau du sol, il existait Uans l'lntùrioi:r du cacliul un trou l)ij;iiil, ilfint on dfvine l'usage, et d'oii s'ocliappait u^e odeijr si infecte, imc .iliii i-phcrc si t^paisse, que les d ux frères lUuii'nt obligée <liiiant la ni;il il' ^o li'air (IctxiiU pour ri'i=[iii' r.

« Pour notre couverture, écrivait Constantin ;\ sa nièce, « c'est un objet de curiosité; on paierait pour la voir. Mon « bonnet de nuit pèse plus qu'elle, et, toutefois, elle est « grande, mais elle a ]>lus de cent ans de seivice et sur la « paille. Elle n'a plus de corps, elle n'a presque plus d'âme; « elle est devenue de la couleur d'une mauvaise carotte, et « elle s'élève au moindre vent comme les graines d'arti- « chaut que vous voyez voler dans l'air. Nous craignons « même souvent de la [)erdre, parce que les rafales, entrant « dans notre bouge comme dans la rue, celle chère cou- « verture,au moindre birottlel, s'échappe de nos mains, et « s'enfuit par les ouvertures de la muraille. »

Madame la duchesse d'.Vngoulême, reçue ;iu son des cloches, s'en alla pour ainsi dire de Bordeaux par un chemin de fleurs; c'était l'espérance des malheureux prisonniers qui s'éloignait.

Le capitaine rapporteur avertit les deux frères qu'ils allaient com])araîlre devant un conseil de guerre. On leur laissait un jour pour leur défense. Ils avaient le droit de désigner un avocat Leur choix se porta sur une connaissance, un allié , M. Bavez. Celui-ci déclina ce dangereux devoir. La parole de l'avocat, cette chose sacrée qui appartient à tous , même aux plus grands criminels, un ancien ami la refusait à un ami. Nous n'ajouterons rien à l'indignité de ce silence; il nous suflira de faire juger la conduite de M. Bavez par un homme dont on ne suspectera pas l'atlachementà la légitimité. Voici ce qu'écrivait M. de Peyronnet du fond de sa retraite, en 1840 : « Alors (il veut dire à l'époque du procès) j'étais à Paris, chargé d'une mission parle collège électoral de la Gironde. Si j'avais été dans mou pays,j'aurais certainement défendu les deux accusés. Comme je l'ai dit et publié dans le temps, j'ai le droit de le publier de nouveau et de le redire. Ce n'eût pas été d'ailleurs la première fois ; il n'y avait pas bien longtemps que, bravant pour eux les vessenliments et les violences de leurs nombreux ennemis, j'étais allé dans leur propre ville, à la Réolc, exposer ma sûreté et peut-être ma réputation , pour préserver, sinon leur vie, au moins leur fortune, près de tomber tout entière au pouvoir de ceux qui les jioursuivaient. »

N'ayant pas trouvé de défenseur à Bordeaux, dans une ville pleine d'avocats et de légistes, les accusés, affaiblis par la fièvre , allaient comparaître seuls devant le tribunal. Au moment où , les portes de la prison s'étant ouvertes, ils traversaient la foule, un torrent de malédictions et d'insultes éc'ala sur leurs têtes. Un liaci'c s'avance pour les recevoir. — ;V pied! crièrent plusieurs voix. César et Constantin, se tenant par la main, marchèrent au milieu des huées vers le Cliàteau-'rrompelte, où les attendaient les juges. — Si l'on peut appeler juges les délégués d'un pouvoir ombrageux et cruel.

Nous ne faisons du reste le procès ni aux institutions , ni aux hommes, mais aux circonstances; ce sont elles qui ont été impitoyables.

Le malin même ïc Mrmorial bordriai.s, qui ne cessait dc' provoquer à un acte de vengeance politique, osait écrire : « llien ne prouve mieux le jugement déjà porté par l'nfiinion publique que le refus unanime des avocats les plus distingués de notre barreau de prêter leur ministère à ces accusés. »

Ce refus était sans exemple dans l'histoire de nos luttes civiles. La vérité est que M. Bavez, en s'absieunnl , venait de p'.onoMcnr rarrêi demortdcs Fauche-,

A l'audience, les deux Faucher se montrèrent ce qu'ils avnicntloujoursélé, résoluseldignes Ils s'élevèrent souvent jusqu'à l'éloquence. « Ce qui éionna surtout les auditeurs, dit M. Vuulaljulie, c'est la facililé avec laquelle chacun des jumeaux continuait la pensée et la discussion de celui des deux que la fatigue forçait à se reposer; ayant la même taille, les mômes vêtements, le même son de voix, l'un d'eux se taisait depuis longtemps lorsque l'on croyait encore qu'il continuait de parler (1). »

Les deux frères n'avaient qu'une finie; ils pensaient en quelque sorte dans le même cerveau.

A cette question d'usage : — « Accusés, quels sont vos noms, âges, [irofessions . lieux de naissance et domicile? » — ils répondirent par la voix de Constantin : « Nous nous appelons César et (Constantin Faucher, âgés de cinquantesix ans, natifs et domiciliés delà Méole; quanta nos titres, nous ne renonçons point au bénéfice légitime résultant des grades et qualités que nous ont valus nos services et nos blessures reçues à la défense de la pairie, mais nous déclarons prendre habituellement les titres de citoyens français, ne regardant les autres que comme bons à distinguer des fonctions donton quitte les décorations dès qu'on cesse de les exercer. »

Cet hommage rendu à l'égalité n'était pas de nature à leur concilier la bienveillance des juges.

Ils furent condamnés l'un et l'autre à l'unanimité des voix.

Leur nièce, cette jeune Anaïs, qui passe derrière les ombres et les terreurs de cet horrible procès, comme une vision charmante; cet ange de dévoûment qui ne cessait de veiller sur le sort des prisonniers, qui errait autour du sombre fort du Hâ, comme une âme plaintive; qui touchait les pierres et les geôliers eux-mêmes par la douceur de sa voix, cette tendre fille qui ne vivait que pour consoler, exigea de ses deux oncles qu'ils se pourvussent en révision.

Le conseil de révision s'assemblait le 2G. La difficulté, qui le croirait? était de trouver un avocat. Anaïs en découvrit un , M. Émérigeon. Mais l'avocat , devant le conseil, avant de présenter les moyens de nullité en faveur de ses clients, crut devoir se disculper lui même de la tâche qu'il avait acceptée. « Nous ne pouvons croire, dit-il, que notre conduite, que noire pénible dévoûment, soient critiqués ou blâmés par aucun de ceux dont nous sommes jaloux de conserver l'estime. Ils ont assez hautement éclaté, dans les temps afi'reux que nous venons de traverser, les nobles sentiments qui animent les avocats du barreau de Boideaux. Tous nous avons constamment refusé de parliciper à des jugements ouàdes arrêts rendus au nom de l'Usurpateur... Chargés plus particulièrement de la défense de César Faucher, nous ne devons nous occuper ni de ses opinions, ni de sa conduite, ni même des délits qui lui sont imputés. »

Si j'étais chargé de faire le procès au gouvernement d'alors, je ne voudrais pour tout acte d'accusation que celte pièce accablante. Un avocat qui se défend de défendre un accusé ! On ne vit rien de pareil en 93. Non, jamais, sous la Terreur, le droit de défense ne fut inquiété (2j; jamais ceux qui l'exercèrent ne crurent faire un acte décourage, jamais, du moins, ils n'en demandèrent excuse à la vindicte publi-

(1) Histoire des deux Uestauralidns.

(2) Ctiaiiveau-Lagarde, qui avait di^'fcndu Cliarlotte Corday au milieu des circonstances les plus graves, vivait encore il y a qupl(iues aniK^es.

que. « Nous ne pouvons croire que notre conduite... » On ne fit jamais une plus sanglante crilique des circonstances sous lesquelles la justice était alors opprimée.

Cette lâche, si réduite qu'elle fût parla déclaration qu'on vient d'entendre, était encore trop lourde, trop compromettante dans ces jours de terreur et de |)ersécution royaliste ; M Emérigeon ajoute : « Nous sommes ici les avocats de la loi plutôt que les défenseurs des accusés.... »

On peut donc dire que sous le règne de Louis XVIII, considéré par certains écrivains royalistes comme un régime de liberté, un homme accusé d'un crime imaginaire ne put trouver en France, dans ce pays du courage politique, un défenseur. Cela suffit à juger une é|)()que.

Un Fouquier-Tainville royaliste porla la parole. On ne vit jamais une si sotte exagération de langage, un tel mépris cynique de toutes les convenances, un oubli si brutal de ce que l'accusation elle-même devrait toujours res])ecter dans le malheur.

Ce qu'il y a de plus triste à dire, c'est que toute cette cruauté était une fiatlerie. Se montrer l'ennemi des révolutionnaires, faire mourir les bonapartistes, tout cela éiail un moyen de témoigner son attachement à Louis XVIIL

I e jugement du conseil de guerre fut confirmé.

II n'y avait plus qu'à procéder à l'exécution : elle fut fixée au lendemain, 27 septembre.

Ce que les jumeaux regrettaient en quittant la vie, ce n'était pas une terre qu'ils voyaient partout souillée autour d'eux par des uniformes étrangers, par les crimes de l'invasion ; ce n'était pas une vie dont ils avaient accompli la plus belle moitié au service de leur pays; non, c'étaient les têtes chères qu'ils laissaient derrière eux, c'était cette nièce si aimée, si aimante, qui avait trouvé le moyen de jeter des fleurs sur leur captivité même ; mais ils surent réprimer celte tendresse touchante. L'amour de la patrie et de la famille leur arracha quelques larmes; mais ces larmes, Dieu seul les vit couler. A peine si la trace de leurs regrets se retrouve dans une lettre suprême écrite à leur neveu. « La « catastrophe qui nous frappe, lui disent-ils, et qui vous « prive de vos deux meilleurs amis, est pour nous un coup « de foudre! Nous ne vous en parlons que pour vous dire « qu'elle est l'époque où nous vous laissons le soin de nous « remplacer, de vous occuper du bonheur de votre sœur et « de vos frères.... »

Ceci dit, \\i refoulèrent leur cœur : plus de faiblesse. Voici les derniers mots de leur dernière lettre : « Dans une « heure, mon frère et moi ne serons plus : nous allons « marcher au-devant du peloton qui doit nous fusiller; l'of- « ficier qui nous commande nous fait prévenir qu'on nous « attend. »

Il était dix heures, l'exécution était fixée à onze. On h's attendait efTectivement; la tlTstanceà parcourir de la prison au lieu du supplice était de près d'une lieue.

Leur sérénité d'àme ne se démentit pas un instant. En descendant au greffe, ils dirent à M. Henri Fonfrède, qui fondait en larmes : « Le temps ordinaire de la vie est de soixante ans; nous en avons cinquante-six Ce n'est donc que quatre années qu'on nous vole. »

L'autorité militaire avait ordonné un vaste déploiement de forces. Une haie d'infanterie et de cavalerie s'étendait du fort du Hà jusqu'à la Chartreuse, cimetière de Bordeaux, lieu désigné pour l'exécution.

Avant de franchir la porte du greffe, ils s'embrassèrent

tenrlremcnt l'un et l'autre, afin de dérober aux flétrissants regards de cette foule ennemie les derniers épanchemenls d'une aniilié qu'elle aurait peut-être prise pour de la faililesse. Unis par les liens d'une sympathie rare que la nature réserve aux êtres nés le même jour, de la même mère, les deux frères allaient mourir deux fois dans la même mort.

César et Constantin, revêtus comme toujours d'habits pareils, portaient, ce jour là, des pantalons de molleton et des ciimisoles blanches; leur col de chemise était rabattu. C'était un triste et solennel spectacle que de voir s'avancer, d'un pas égal, la tête haute, le maintien feime, ces deux hommes si semblables, qui, se tenant par la main, venaient s'otlVir en sacrillce à la liberté!

Enfants de la Révolution française, ils avaient grandi l'un et l'autre au milieu des orages : attachés par principe, par tempérament, par conviction à la forme républicaine, les jumeaux de la Réole n'avaient point lié leur cœur ni leurs efforts à la cause de Napoléon; ce n'est point à son secours qu'ils accoururent pendant lesCent-Jours, mais au secours du territoire, qui était menacé par l'invasion, au secours de nos droits politiques, au secours des idées libérales, que la politique astucieuse et froide de Louis XVIII voulait absorber dans son gouvernement.

Combattre les Bourbons en 181a, c'était combattre l'ennemi. D'hostilité jjersonnelle envers Louis XVIII, les frères Faucher n'en avaient aucune; d'amour pour la politique de Napoléon, ils n'en avaient pas : tout au plus s'ils se sentaient de l'attachement pour ses malheurs; mais ils aimaient la nation, mais dans ce moment suprême où le pays tout entier était menacé dans un homme, ils se rallièrent à cet homme, ils lui apportèrent le concours de leurs bras, leur fortune, leur vie.

Si, connue on le raconte, les deux Faucher avaient pris le <leuil le 21 janvier 1793, à la nouvelle du supplice de Louis XVI, on voit que tout en aimant la forme nouvelle de gouvernement que la France s'était alors donnée, leur cœur n'était |)oint inaccessible à la pitié. — De la pitié! Le successeur de Louis XVI mort guillotiné en eut-il pour eux?

Pour établir le règne des Bourbons en 181.", il eût fallu dénationaliser la France. C'est à cela que travaillaient les ministres et les agents de Louis XVIII. 11 était nécessaire. pour l'honneur du pays, pour le salut des idées vraiment libérales, pour le maintien des traditions révolutionnaires, que deshonmies, reconiniandables parleuis services, protestassent jusqu'à la nioit contre un système d'avilissement et de servitude morale.

De toutes nos libertés, celle qui était le plus menacée par la seconde Ilestauration, c'était la liberté religieuse; le clergé catholique, redevenu l'organe de Dieu dans l'État. aHiehail hautement la prétention de dominer les consciences. Voilà pourquoi les jumeaux, quoique plus croyants au fond que les hommes dont ils subissaient l'infâme justice, tinrent à écarter le prêtre de leurs derniers instants; voilà pourquoi ils s'abstinrent de toute pratique extérieure qui eût pu être regardée comme une concession aux idées régnantes.

La population de Bordeaux, d'abord malveillante et stoïque, cette multitude à laquelle la presse royaliste donnait chaque malin le mol d'ordre et soutllail les passions haineuses, avait vu sortir les deux frères avec une curiosité

bruyante et insensible; mais peu îi peu, le silence la gagna, puis avec le silence !la pitié; le peuple est naluiellement bon; il faut seulement qu'il soit le maître de ses émotions pour que cette bonté se manifeste. — Les jumeaux étaient arrivés sur la place de l'exécution.

Ici un souvenir • vingt-deux ans auparavant, les deux frères Faucher rtiarchaient, comme aujourd'hui, au supplice : « Arrivés au pied de l'écluifaud, un représentant du grand et terrible pouvoir qui défendait alors laFrance contre l'Europe avait arrêti'! le bras du bourreau et rendu aux deux frères la vie et la libi?rté. » Cette fois, allaient-ils être encore sauvés par l'intervention d'une main souveraine? Le passage de la duchesse d'Angouléme dans la ville de Bordeaux, dont elle avait emporté les hommages et les vical ; la parole de Louis XVIII qui avait promis découvrir d'un oubli politique les faits aniérieurs à 1815, tout pouvait faire conjecturer qu'il en serait ainsi. Vain espoir! La clémence de la Terreur était venue : la clémence du roi ne vint pas !

Un otlicier se présenta pour leur bander les yeux : « Non, monsieur, dirent-ils; nous savons regarder la mort! — Il faudrait du moins vous mettre à genoux- — Il y a trop de gens qui s'y mettent aujourd'hui. Nous n'avons de pardon à demander qu'à Dieu. » Ils se placèrent devant les soldats, debout et toujours unis par la main, lien sacré de l'amitié fraternelle que la mort même ne pouvait rompre!

César passa le bras autour de la taille de son frère pour le rapprocher de lui dans cette extrémité. — Près, plus près encore ! — ^ Puis tournant la tête vers les soldats, il ciia : Feu !

Tous deux tombèrent. César tué, Constantin blessé au ventre. Un soldat l'acheva d'un cou|) ;ie fusil.

On assure qu'il y eut des applaudissements.

Ainsi finirent ces deux honnnes >incèrement voués à leur pays et à la liberté : un même jour les avait vus naître, un même jour les vit mourir.

Le feu ni le couteau ne s'arrêtaient pas; les haines se ])rolongeaient par les supplices. Avec la force, on vit, mais à la condition de ne point laisser la terreur s'énerver. Il est alors nécessaire d'augmenter les moyens de répression avec le nombre des ennemis qui augmente. Quand on a tui' une fois, il faut tuer encore !

A Paris, Labédoyère rencontiail la même justice que les frères Faucher, devant un conseil de guerre, auquel la présence des officiers belges, anglais, allemands, russes, dictait, pour ainsi dire, la sentence de mort! On frémit quand on songe sous quelle pression fonctionnaient alors ces tribunaux, déjà si portés par eux-mêmes à la violence !

Une jeune femme de dix-m-uf ans résolut d'en appeler de la sentence des juges royalistes au roi lui-même. Belle, inspirée par un amour profond pour son mari, elle se jette précifiilamment, toute baignée de pleurs, aux genoux de Louis XVIII, au moment oii le roi s'apprêtait à monter en voiture. « Grâce! sire, f/rdce! » A cette voix, l'apathique monarque reconnaît lentement madame de Labi'doyère. Le visage royal devient sévèi'c ; « Madame, lui dit-il, je connais vos sentimenis pour moi ainsi que ceux di; votre famille (Ij; je regrette de vous refuser : je ne peux qu'une

(1) Madame de Labédoyère, née de Cliasteltux, appartenait à une fa- I mille royaliste.

HISTOIRE Df:S MARTVT.S

/ seule chose pour voire mnri, je ferai dire des messes pour le repos de son âme. » (Histoire des.de ux Kcstaurations.)

Siinglante dérision dans la bouche de ce gros homme goutteux et esprit fort, qui ne croyail . à rien! Le mot de Louis XVIII caractérise d'ailleurs admirablement la Kestauralion, ce long carnaval religieux. Les cérémonies, les processions, les messes du Saint-Espril , les jubile, ne servaient alors qu"à masquer l'incurable scepticisme, le libertinage à froid dont l'ancienne noblesse Mait atteinte depuis le règne de Louis XV. Tout cela n'était qu'hypocrisie. Par une coquetterie nouvelle et bien digne de ses allures, la vieille aristocratie avait imaginé do se fa rder de Dieu.

Labédoyère venait de tomber sous les 1 jalles dans la plaine de Grenelle.

Au tour de Ney, maintenant. Son pro ces eut pour cadre ce palais du Luxembourg, que Louis XMII avait peuplé de ses créatures. On connaît les péripéties et le dénoûment île ce sombre drame judiciaire. A Dieu ne plaise que nous fassions du maréchal Ney un martyr de la liberté ! Sa vie est empreinte de ce servilisme militaire que l'Empire avait incarné dans nos mœurs; dans toute sa conduite, dans les faits même les plus honorables qui moti vèrent sa condamnation à mort, il montra moins de dignité réelle que de faiblesse et d'entraînement vers la gloire , moins d'attachement pour son pays que d'attachement <i un homme, mais en revanche sonépéc avait porté la terreur dans les armées ennemies, du temps où la France était encore debout : c'est cette épée qu'on voulait punir.

On ne lit pas aujourd'hui sans un frémissement la liste des juges qui prononcèrent dans ce lugubre procès. — " M. le vicomte de Chateaubriand : la mort ! — Quelle tache sur ce grand nom 1

Que dire de ceux qui, comme M. le comte Mole , nous parlent aujourd'hui de la grandeur de la France sous le règne du grand homme, de l'élévation de nos rapports avci' les puissances étrangères, des cadeaux que nous faisions aux rois, nos voisins, en leur envoyantle rebut de nos ingénieurs civils (1), — et qui, en i815, sous les yeux de l'ennemi, nous pourrions presque dire sous son ordre, consommèrent froidement dans un homme le sacrifice , la dégradation de l'Empire!

Parmi les juges qui ont voté la mort, je lis un nom célèbre : Desèze. Si ce M. Desèze, pair de France, est, comme je le crois, l'avocat qui défendit Louis XVI devant la Convention nationale, je me demande comment celui qui protestait en 93 contre l'échafaud politique , voulait relever ce même échafaud en 1815.

Quelle logique 1

Les partis royalistes n'en font pas d'autres : ils reprochent à la Révolution française de s'être servie de la raison d'Etat, et cette raison d'Etat, non-seulement la monarchie l'avait inventée, mais encore la Ficslauration la retourna comme une arme de guerre contre les vaincus de Waterloo.

Quelle bonne foi !

Entre la position de la Chambre des pairs en 1815 et celle de la Convention nationale en 93, il y a d'ailleurs une différence sur laquelle on nous permettra d'insister. Au moment où les élus du peuple prononçaient l'arrêt de mort sur Louis Capet , la Révolution était partout militante, liar-

(1) Dans une ic'ccntc féancede l'Assemblée législnlive.

celée ; au moment où les élus de Louis XVIII prononctient la même peine contre le maréchal Ney, la Restauration était partout victorieuse ; les convenlionnels ont pu cioirc à tort ou à raison que l'échafaud d'un roi affermirait le règne de la souveraineté nationale; les pairs, en 181.5, n'avaient pas besoin du sang d'un général pour cimenter un ordre de choses, établi sur l'invasion étrangère. Ce n'était pas seulement un sacriiice inhumain; c'était un sacrifice inutile.

La grâce de Ney fut demandée à Louis XVIII. Si j'en crois le témoignage d'un ancien pair de France qui assista dans le temps à ces tristes débats et qui s'abstint de voter, la plupart des pairs qui avaient prononcé la peine la plus forte, comptaient intérieurement sur la'clémence royale Ils croyaient accommoder ainsi leur conscience avec le désir d'être agréables. Ces deux mots « la mort » placés au bout de leur nom sur la liste, c'était une apostille à l'adresse du château.

M. de Richelieu , cette petite maîtresse de l'ancien régime, qui avait des attaques de nerf, qui portait de l'ambre dans ses poches, qui fumait dans des pipes turques et jouait continuellement avec un gros singe , se chargea de cette commission suprême et délicate. Il fut admis chez Louis XVIII â minuit et demi. L'exécution devait avoir lieu au point du jour. Le roi écouta son ministre; ouvrit plusieurs fois sa tabatière et se montra inflexible. « Ma famille ne me pardonnerait pas cette grâce, dit le monarque. »

La duchesse d'Angoulême avait prononcé le grand mot : « il faut des exemples! » Devant ce mot , tous les membres de la famille royale s'étaient inclinés. — Comme si depuis le temps que la monarchie et l'Eglise donnent des exemples, si depuis les Templiers, Jean Hus et tant d'autres, la base du trône et de l'autel en était plus solide , pour être baignée de sang !

La duchesse d'Angoulême disait : Vengeance ! la voix do 1830 a dit : Justice!

Les réactions sanglantes attirent à dislance ics révolutions.

A la même heure où Louis XVIII et M. de Richelieu causaient tête à tête, dans une chambre du château des Tuileries, toute chargée de froides dorures, le secrétaire-archiviste delà pairie, M. Cauchy, venait lire dans un cachot du Luxembourg la sentence de la chambre au condamné à mort. Lorsque le secrétaire-archiviste arriva à la longue énuméralion des titres du maréchal : « Passez, monsieur, lui dit ce dernier : dites tout simplement Michel Ney. » — 0 Egalité, ii faut bien que les plus fiers et les plus vains le rendent hommage devant la mort!

Nous pourrions comme d'autres raconter sur des récits authentiques la mort de Ney; nous aimons mieux citer lextuellemeni quelques lignes de la feuille ollicielle, le Moniteur, qui avait si souvent enregistré avec emphase les hauts faits et les exploits du maréchal. Rien d'aussi saisissant, en pareil cas , que les noies commtiniiiuées. Cette feuille , qui dans sa brutale mobilité, passait de l'Empereur au Roi et du Roi à l'Empereur, était alors un écho des jugements si divers prononcés d'un jour à l'autre sur les homn^.es , dans ces temps d'orages politiques: héros de la veille, traîtres du lendemain.

8 décendjrc 1815. Intérieur : « Le maréchal Neva subi sa condamnation aujourd'hui â neuf heures du matin. H avait demandé les secours de la religion, et il a été acconi-

DE LA Linr'RTI'.

pagné au lieu de l'cxûculion, sous les murs do l'Obsorvatoiie, par M. le curé de Saint-Sulpice. Il a donné le signal du fou et est tombé sans mouvement. »

Dansle même numéroà l'article Zi.rfeneijr.on lit : «L'inquisition d'Espap:ne a publié dans la forme ordinaire l'index des livres prohibés. A resccption du catéchiJme et des livres de prières réimprimés, tout ce qui a paru pendant la Révolution jusqu'au retour de Ferdinand III est défendu.»

Le lendemain 9 décembre, le Moniteur revient sur la nouvelle de la veille : « L'arrêt de condamnation rendu ' hier par la chambre des pairs contre le maréchal Ney a été exécuté sur la place de TObservatoirc, ce matin à neuf heures vingt minutes.

« Dès trois heures la garde du condamné avait été remise à M. le maréchal-de-camp comte de Rochcchouart, commandant de la place de Paris,* chargé par M. le général comte d'Espinois , commandant de la division, d'après les ordres du roi, de faire les dispositions nécessaires pour assurer l'exécution de l'arrêt.

« La sûreté intérieure et extérieure du palais a été dès ce moment confiée à la vigilance de M. de Rochcchouart , et il a été donné décharge du prisonnier à l'huissier de la chambre qui l'avait écroué. »

A la même page, on lit : « Nous avons la satisfaction d'annoncer aux habitants de Tarn-et-Garonne que ce département aura encore le bonheur de jouir durant quelques moments de la présence de S A. R. Mgr le duc d'Angouléme. Ce prince doit passer à Montauban lundi prochain et déjeuner chez M. le préfet. 11 daignera passer en revue la garde nationale. »

Le maréchal Ney était évidemment couvert par l'article 12 de la convention militaire du 3 juillet 1813. Cet article portait en substance : « Nul ne pourra élrc poursuivi à cause de sa conduite ni de ses opinions politiques, pendant les Cent-Jours. » Sa mort fut une violation du droit des gens, une violation de toutes les lois humaines et divines. « La capitulation était tellement protectrice, s'était écrié devant la chambre des pairs le maréchal Ney, que c'est sur elle que j'ai compté. Sans cela croirait-on que je n'aurais pas préféré mourir 1 3 sabre à la main? «Cela eût mieux valu sans doute pour son honneur et pour celui de la France, que de tomber obscuréments dans l'allée de l'Observatoire, sous les balles des soldats français.

La chambiedcs pairs, érigée en cour de justice extraordinaire , croyait, bien entendu, juger sans appel. Elle avait compté sans l'intervention d'un tribunal qui devait réviser tôt ou tard ses arrêts; c'est pourtant à ce tribunal que l'accusé Ney en avait appelé devant ses juges do la sentertce qui allait le frapper.

M. Dupin cherchait à abriter la défense du maréchal derrière un moyen préjudiciel : « Le traité du 20 novembre 18l5, qui trace une nouvelle démarcation du territoire français a laissé, disait-il , sur la droite, Sarrelouis, lieu de naissance du maréchal Ney. — Le maréchal n'est plus français. «AlorsNey :«Oui,jesuis français et je mourrai français. Jusqu'ici ma défense a paru libre; maintenant on l'entrave. Je remercie mes défenseurs du dévoùment qu'ils m'ont témoigné et qu'ils me témoignent encore ; mais qu'ils cessent ma défense plutôt que de la présenter incomplète. Je fais comme Moroau : J'en appelle à l'Europe et à la postérité. » De ce tribunal-là les pairs de Louis XVIII se croyaient alors bien éloignés; ils sourirent.

Elle est venue celle postérité; ells est venue celte sentence de l'opinion publique qui , non-seulement a cassé le jugement de la chambre, mais qui encore a flétri les juges. La chambre des pairs a été châtiée en 1830 par l'aboliiion de l'hérédité de la pairie et par l'ii^usion de l'élément bourgeois. Plus tard la royauté de juillet, voulant donner à la mémoire de Ney, à ses mânes irritées une satisfaction , s'avisa d'un singulier moyen pour prolester contre le jugement du 6 décembre 1815 : elle appela dans le sein de celle même pairie le fds du maréchal Ney qui, sans autre titre que la gloire de son père, vint s'asseoir sur ces mêmes banquettes, d'où était partie en 1815 la voix du sang.

Là ne devait pas s'arrêter le châtiment. A la Révolution de 1848, la chambre des pairs fut punie non-seulement de la mort du maréchal Ney, mais encore de la part qu'elle avait prise dans les condamnations politiques. Une voix éloquente , s'élevant dans l'enceinte même de la pairie, lui avait prophétisé sa ruine. « Dans quelques années , avait dit Michel (de Bourges) , le palais du Luxembourg sera rasé ; à la place oii vous êtes s'élèvera un poteau ; et sur ce poteau on lira : L'opprobre des juges fait la gloire des cojidamnés. »

Le palais du Luxembourg n'est pas rasé, mais il est vide; aucun poteau ne s'élève pour porter aux yeux les sacramentelles paroles de l'oralcur; mais, ces paroles à la vue des murs sinistres, déserts, frappés par la malédiction populaire, tout le monde les retrouve dans sa conscience.

Dans l'allée de l'Observatoire, à l'endroit où Ney tomba , il est un mur qu'on dit avoir été taché par le sang du général, un mur qui a été souvent badigeonné depuis ce lemps-là et qui sert d'enclos à un bal d'étudiants et de grisellcs : après la Révolution du 2i février, la dévotion populaire, toujours si louchante dans sa naïveté , suspendit à ce mur des couronnes d'immorielics. Une sorte de chapelle expiatoire, avec le buste en plaire du maréchal et une simple gravure dans un cadre de bois, s'éleva sous une rangée d'arbres. Ces gages de piété et de sympathie envers la mémoire du maréchal Ney s'adressaient moins à l'hoirime qu'au martyr. Courage à part, sa vie comme celle de tous les généraux de l'Empire, avait été vulgaire; il avait renié dans sa conduite les principes de la Révolution française , mais sa mort, dont le motif fut honorable, demeure gravée dans le cœur (J^i peuple comme un témoignage des infamies de 1815. Les invasions s'effacent; le sang reste.

Malgré ses vengeances, la Restauration s'était attaché, qui le croirait? les feriimes et les poètes. Ces natures légères et sacrées, comme dit Platon, s'étaient allendries aux malheurs de celte dynastie qui revenait de l'exil. Quelquesunes, il faut le dire , étaient poussées au devant des Bourbons par des motifs moins rcspeclables. La vue des uniformes étrangers, la curiosité de ces nouveaux visages, plus que tout cela le bon ton qui décide à Paris souverainement des émotions el delà sensiiiililé des femmes, tels étaient , il faut en convenir, les singuliers mobiles qui ralliaient à la cause de l'étranger le cœur des belles Parisiennes , nonseulement dans l'aristocratie , mais même dans la classe bourgeoise.

Au moment où des femmes agiîaient de leur balcon un mouchoir blanc pour saluer le passage de nos amis les ennemis, au moment où quelques-unes, entraînées par le délire royaliste, se précii)itaicntaux genoux des chevaux princiers: au moment où d'autres, oubliant leur lierlé nalu-

relie, leur rang, quelquefois même la pudeur, abandonnaient leurs mains et leur taille dans nos janlins publics à des danses fort mêlées, une femme allait donner au monde, dans le fond d'un cachot, l'exemple du plus beau dévoùment conjugal : nous avons nommé madame de Lavalette.

Elle avait vainement imploré de Louis XVIII la grâce du condamné à mort : « Je ne peux faire autre chose que mon devoir, «avait répondu ce froid et im|ilacable sire. Madame de Lavalette vient à la Conciergerie, donne ses vêtements de femme à son mari , l'habille , le fait sortir à sa place , et reste entre les mains des féroces agents de Louis XVIII , qu'irrite encore la fuite du prisonnier. Quelle grimace va faire demain la guillotine à laquelle on avait promis sa proie I

Le mécontentement fut très profond au château des Tuileries. Lavaleite tenait d'un subterfuge de comédie et de l'habile dévoùment d'une femme ce qu'il n'avait pu obtenir de la clémence royale.

Les émoi ions de cette terrible journée troublèrent, quelques années plus tard , la raison et le cœur de cette héroïqui^ femme. Voilà donc ce que la Restauration réservait aux plus nobles courages : l'échafauil ou la folie 1

Résumons-nous : le Midi teint de sang (Ij, des assassinais jurkliqucs (2) dans toute la France; l'étranger jetant le glaive (le Brennus dans la b..lance de la justice, voilà ce que les plus âgés d'entre nous ont vu, voilà ce que nos pères nous ont raconté, le soir, au coin du feu domestique, avec des larmes dans la voix.

Au moment oti le couteau se- levait et s'abaissait pour se relever encore sur la tête des bonapartistes, ces enfants dégénérés de la Uévolution française, la Restauration ne songeait qu'à remplir nos villes, nos places publiques de cérémonies expiatoires. Sur la place de la Concorde (nom dérisoire), à l'endroit oii l'échafaud de Louis XVI avait été dressé, devait s'élever un monument funèbre. On avait versé d'avance sur le pavé régicide l'eau bénite avec les prières. Qu'on lave le sang, soit; qu'on abolisse jusqu'au souvenir de l'échafaud, nous y consentons; mais qu'on invoque le pardon du ciel sur une exécution à mort, quand soi même on rougit pour des crimes politiques le pavé de celte même ville, là est le cynisme.

Les juges du maréchal Ney, de Labédoy^re , des frères Faucher, ont absous ceux de Louis XVI.

Il y en a, nous le savons, qui font une grande différence entre la mort de Louis Capet et celle des victimes de la Restauration ; il y en a qui dénient à un peuple le droit de punir son roi, et qui accordent au roi le droit de punir ses sujets. Nous n'admettons pas ces distinctions ridicules. Devant la justice, devant l'échafaud , un homme pour nous est un homme. Il n'y a pas deux sangs. La vie des frères Faucher de la Réole était aussi précieuse que celle de Louis XVI. L'égalité devant le sang entraîne nécessaire-

(1) Étant à Marseille nous eûmes à sniucnir avec un des journaux royalistes de ta looalit(^, la Gaze te du Midi, une discussion sur tes massacres qui avaient souillé la ville en 1815 Pour loute jusiilication cette Gaztlte en fut réduite à publier une liste plus ou inoins exacte des victimes qui avaient succombé. A celte étrange manière de se détendre, nous opposerons les paroles que M. de Lamartine adressait aux journées de septembre : «Le mal n'est pas dans le nombre des victimes ; il est dans l'acte lui-même. »

(4) M. de Sclioaen.

ment l'égalité devant la loi; ceci posé, il ne s'agit plus ijue de connaître les motifs de la peine, pour savoir si elle fut juste ou injuste.

Placée sur ce terrain net et précis, la question sera bien vite résolue.

Pouiqnoi les frères Faucher, pourquoi Labédoyère , pourquoi Ney, pourquoi Joachim Murât, pourquoi tant d'autres ont-ils été condamnés à mort; en 1K13, par la pairie ou i)ar des commissions militaires'? — ■ La conscience publique répond: Pour avoir voulu repousser l'invasion du territoire français.

Pourquoi Louis XVI a-t-il été condamné à mort par la Convention nationale ? — Les faits répondent : Pour avoir voulu attirer les armées étrangères sur le territoire français.

Entre ceux qui ont été frappés pour avoir défendu leur pays, la nation, et celui qui a été frappé pour l'avoir trahie, qu'on choisisse I

Quant à nous , notre choix est fait : si nous sommes portés à reconnaître dans ces deux ordres de condamnés des victimes attendrissantes, nous ne voyons qu'un coupable.

En 93, au moment ou l'idolâtrie loyale, bannie de la raison populaire, s'était réfugiée dans les cœurs, la République n'eùt-elle pas mieux fait, dans son intérêt, de respecter ces obstacles délicats en épargnant leroi "? C'est une thèse qu'on peut soutenir et que nous ne jugerons pas ici; mais si aux yeux des royalistes , aux yeux même de quelques républicains sincères , la mort de Louis XVI avait été une faute politique, la Restauration s'enlevait à elle-même les bénéfices de cette faute , en opposant des supplices à un supplice.

Barrère avait dit : « II n'y a que les morts qui ne reviennent pas. » Barrère s'était trompé : en 181.5 , c'étaient les morts qui revenaient. Oui , c'étaient Louis XV^I et Marie- Anioinette qui, prêtant à Louis XVIH et à la duchesse d'Angoulème le prestige du martyre, remuaient autour de l'un et de l'autre les apitoiements de la foule. Sans celte émotion, sans la mélancolie de tels souvenirs, qu'eussent été cet homme gras et cette fcnmie sèche ? Le peu de sympathie que le peuple, toujours facile à l'attendrissemcni, faisait paraître sur le passage des Bourbons , ne s'adressait ni au roi ni à sa suite, mais aux malheu s de sa race. Un tel enseignement eût dû édairer Louis XVllI.si les rois étaient capables de recevoir des leçons. Se trompant lui-même sur ces démonstrations de la sensibilité publique, il voulut répondre aux justices de 93 par les vengeances qui n'avaient pour elles ni l'excuse de la lutte , ni celle de la déit use du territoire national. Ce fut sa perte.

La Restauration a commis bien des fautes qui ont armé peu à peu contre le trône ses amis eux-mêmes; pendant quinze ans, elle a repris une à une les quelques libertés qu'elle avait fait semblant d'octroyer au pays; mais il y a une faute qui dépasse toutes les autres, c'est d'avoir mis contre elle une puissance dont le siège est dans les cœurs , la Piété.

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DE l.A LlBl'llTÉ.

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