‹ Histoire des massacres de Syrie en 1860Chapitre 12 sur 22 · LB LIBAN. SI · texte numérisé non relu

LB LIBAN. SI

pagnie sont respectées , et les effets de l'entre* preneur sont sauvés; mais ceux de l'ingénieur et de plusieurs autres employés sont pillés^ ainsi que les plans, devis et études de la route, que 1 on se hâte de brûler comme des sortilèges des Francs. La maison où était installée l'administration de la route de Damas avait arboré le drapeau tricolore en signe de protection. La vue de ce pavillon, si respecté jusqu'alors, dont les plis couvraient comme d'une égide inviolable celui qui Tarborait, n'arrête pas un instant les Druses, et» après avoir été pillée, la maison qu'il surmontait est détruite parles flammes. Interrogés sur cette différence de conduite relativement à rétablissement de M. Bertrand et à la maison des agents de la route de Damas, les Druses répondent qu'ils ont reçu l'ordre d'épargner les ûlatures» mais rien autre chose»

Pour terminer les scènes de la journée du 30 mai , il me reste à parler du sort des habitants de Ël-Mouhallakat-ed-Damour. C'est un village situé près des bords du fleuve Damour, à l'extrémité méridionale de la plaine de Beyrouth. Bien que sa population fût toute chrétienne , il dépendait du Kalmakamat druse; et lorsque les premiers bruits d'une guerre pro-

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chaine avaient éclaté, Kassim-Bey avait déclaré le prendre boos sa protection spéciale* Inquiets , malgré cette déclaration, les habitants

avaient envoyé une dépulalion à Khuurcliidpacha qui leur avait répondu : a Vous n'avez rien à craindre, puisque Kassim vous protège. Mais si vous avez des craintes, venez vous réfugier à Beyrouth sous ma sauvegarde. »

Malgré ces annonces rassurantes, dès le premier jour des massacres, le village fut as* sailli par une bande de Druses qui se mirent à saccager et à incendier les maisons. Alors

la population, effrayée de cette attaque, mais confiante dans la promesse du pacha, prit le chemin de Beyrouth* Elle était environ à la moitié de sa route, lorsqu'elle fut cernée et assaillie par les Druses, conduits par leur kaï- ' makam en personne , qui massacrèrent là une grande quantité de femmes et d'enfants, lesquels se laissèrent égorger comme de pauvres victiitaes sans défense.

La journée du 31 mai fut témoin du dernier effort de résistance des chrétiens aux environs de Beyrouth. Ils avaieat eu quelques succès la Teille. Mais, pour maintenir cette heureuse ' fortune, les chrétiens du district où les combats s'étaient engagés avaient besoin de ne pas demeurer seuls. Il leur fallait Tappui des populations des districts entièrement chrétiens, particulièrement celui de leurs voisins » les belliqueux habitants du Kesraouan, la terreur des Druses. Or, khourchid-pacha en établissant son camp près de Baabda se trouvait, par un hasard qui s^nbie singulièrement prémédité, avoir intercepté la seule route par laquelle les gens du Kesraouan pouvaient venir au secours des Maronites chez lesquels avait comnjeneé la lutte. Déplus, en faisant tirer le canon la veille sur la troupe de Tanious- Schahiui il avait donné la preuve que si les guerriers du Kesraouan s*avapçaient vers le

Meta , il s*opposerait par la force à leur

marche.

Cependant le dans la matinée une bande de chrétiens venant de tontes les parties du

Metn et forte de deux a Uois cents hommes, poursuivant l'offensive reprise la veille par les Maronites» vint attaquer les Druses dans leur quartier général d'Abâdîyeh. Malheureusement les éléments qui composaient cette bande n'avaient ni homogénéité ni cohésion, et elle " manquait d'un chef habile. Les Druses, commandés par leurs scheickhs^ sortirent d'Abâdîyeh au nombre de huit cents, bousculèrent leurs assaillants mal exercés, et, marchant en avant à leur tour, incendièrent une dizaine de villages sur le versant du Liban, en face de Beyrouth. En un instant, Delr-el-Kalaah, Aïn* Bardé, Aïn-Saadé, Broummana, Mar-Ischaya, Babdat et Bebannis devinrent la proie des flammes. La montagne entière était couverte de feu, et Ton ebtendait dans toutes les directions retentir les détonations des coups de fusil. Le seul village de Roumi, dans toute cette région, opposa une résistance assez énergique et assez persévérante pour lasser les efforts des Druses secondés par les bacbibouzouks et se préserver de la destruction.

te

Quelques instants après, une autre troupe

de quatre à cinq cents Druses sortait de Rasel-Metn, descendait dans le district du Metn et y brûlait tout ce qui restait encore debout en fait de villages ou de hameaux chrétiens.

Arbânîyeh, DIeibir, Esch-Schouweïra, le couvent de Ken^seb, épargné la veille dans l'incendie du village voisin, sont détruits de fond en comble. La même bande passe au pied de la âlature française d*Aïn-Hamadé> dirigée par M. Mourgue; mais, par suite de l'ordre donné de respecter les établissements de ce genre, les Druses ne tentent rien contre la filature. Ils s'efforcent, au contraire, d'en rassurer le directeur : « Ne craignez rien, lui crient-ils eu passant, restez tranquillement chez vous, personne ne vous touchera. »

La même journée du 31 d'autres bandes de Druses et de bachi -bouzouks se répandent dans les vallées de Hammana et de Koreh, et y réduisent en cendres toutes les maisons chrétiennes. Ën un mot, le mouvement des Druses se régularise de plus en plus, et la destruction de toutes les deméures maronites, ainsi que le massacre des habitants, se complètent d'une manière méthodique dans toute Tétendue des districts du Metn et du Ghourb, de façon que

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rien n'échappe anx« dévastateurs. Cependant,

au milieu de toute cette destruction, la filature de MM. Portails à B'téther, et celle d'un Grec, ancien officier de la marine française, M. VeltakiSy à El-Meteîn, sont épargnées comme celles de Hammana et de Aïn-Hamadé, et d'à- ' près les mêmes ordres. MM. Portalis ont même le courage, que Ton ne saurait assez louer, d'ouvrir leur filature comme un refuse aux chrétiens poursuivis de leurs environs; et, quoique voyant cela, lesDrusesles plus achar^ nés au massacre s'arrêtent au seuil de la porte sans oser le franchir, tant les ordres qulls ont ^ reçus sont formels.

En trois jours soixante villages, riches et florissants la veille, avaient été réduits à Tétat de monceaux de ruines informes.

Voyant la conduite du pacha, voyant qu'une partie des troupes turques se joignait à leurs ennemis pour les attaquer, les chrétiens du Metn et du GhourlS avaient perdu tout courage pour se défendre. Dans les derniers villages qu'ils détruisirent, les Druses ne rencontré» \ rent plus de résistance. Bientôt on vit une foule éperdue se précipiter sur Beyrouth pour y chercher un refuge dans les égUses, dans les consulats, dans les maisons particulières ; les

égorgeurs la poursuivaient jusqu'aux portes de la ville.

La terreur était générale à Beyrouth, chacun se barricadait dans sa maison, se préparant au besoin à y soutenir un siège.

Ën présence d'une si horrible situation, les consuls européens se réunirent en conseil et décidèrent de faire, sous forme de communication verbale auprès du pacha, une démarche qui le rendrait responssd>le de tous les malheurs qui pourraient fondre sur la ville.

Cette démarche détourna pour le moment le danger; elle empêcha l'invasion de Beyrouth, mais elle n*eut pas d'autres résultats. Elle n'arrêta pas dans sa source le mal qui, n'ayant plus d'aliment dans cette partie du Liban, se porta d'un autre côté, mais sans perdre de sa fureur.

Sayda et ses environs devinrent à leur tour le théâtre des massacres.

LE UBÂN.

Nous avons déjà raconté plus haut les eiilrevaes secrètes de Kassim-Bey et du moudir de Sayda, ainsi que le combat de Katouli, événements qui précédt'rent de bien peu Touverture définitive des hostilités entre les Druses et les Maronites.

Lorsque Ton apprît à Sayda l'échauffourée du Nahar-Beyrouth, on jugea tout de suite que la situation si précaire dans laquelle se trouvaient depuis quelque temps la ville et ses environs, se terminerait bientôt par une catastrophe, la contagion des massacres gagnant de proche en proche tous les Dmses et tous les musulmans du pays. Le moudir feignit de vouloir énergiquement maintenir Tordre et, soi-disant dans cette intention , réunit une troupe de vingt hommes environ , choisis parmi les plus mauvais sujets des musulmans, auxquels il donna la garde de la ville. Le chef de ces bachi-bouzouks improvisés était

un cerlaia Osiuan-el-Schaouisch, ami inliuie de Kassim-Bey*

Dans les deux journées du 30 et du 31 mai, douze jardiniers chrétiens furent assassinés dans les jardins qui entourent la villei et dont le produit fait sa principale richesse.

Cependant les Druses du Schouf , hal)itant EL-Mouktârah et les villages voisins, jaloux des exploits de leurs coreligionnaires du Metn et du Ghourb, avaient résolu de faire de même à Sayda. Le jour arrêté pour Texécution de leur projet était le juin. Afin de le faire mieux réussir, Eassim-Bey eut soin de répandre dans la ville que les chrétiens avaient formé le plan de massacrer les musulmans ce jour- là, récit qui porta au plus haut degré Texcitation de la populace maliométane. •

Le f juin au matin , Kassim-Bey envoya quelques cavaliers druses dans les villages autour d'ALrah et d'El-IIelaiiyeb pour enlever les troupeaux des chrétiens. Ceux-ci se défendirent très-vigoureusement.

Kassim-Bey arrive alors avec une. centaine de Druses. Les Maronites soutiennent vaillamment le combat et repoussent leurs agresseurs. Mais la retraite de ceux-ci n*était qu'un piège. A peine les chrétiens des villages attaqués se

soDt-iU lancés à leur poursuite , qu'ils voient tout à coup sortir des jardins une masse de

Druses et de musulmans qui les entourent.

Contraints de céder à leur tour et ne voulant pas riposter au feu des musulmans, pour ne pas se poser comme en révolte contre l'autorité turque, ils se replient, partie surDjezzin dans la portion élevée de la montagne , partie sur Sayda, où ils espèrent trouver uu refuge. Aussitôt les portes de la ville se ferment , car les malheureux qui venaient réclamer protection étaient ceux qui devaient, disait-on, égorger tous les musulmans. Les imams montent dans les chaires des mosquées en criant : a Laisse* ^ rons-nous périr la religion de noire prophète? "Voici les chréliens qui viennent prendre notre ville. Aux armes ! aux armes ! n

Tous les musulmans sortent de leurs maisons, armés de fusil, de sabres, de pistolets ; les femmes joignent leurs excitations à celles des imams pour les engager à se distinguer dans la guerre sainte. A ceux qui n*ont pas d'armes, le moudir l'ait distribuer les armes enlevées aux chrétiens les jours précédents par la garde des portes. Les nouveaux zaptiés d'Osman-El- Schaouisch occupent toutes les issues de la ville. Ënûn les portes s'ouvrent , et la foule

musulmane fanatisée se rue sur les malheureux

chrétiens qui fuyaient devant les cavaliers dru- > ses. Rien n'est épargné, ni le sexe ni l'âge. Cent vingt-deux personnes sont tuées dans lea eimetières tures qui touchent au mur de la ville, dix-sept massacrées aux portes mêmes 'par les zaptiés; deux cents autres sont bles* sées plus ou moins grièvement : c'est à peine si quelques individus parviennent à pénétrer dans Sayda.

Pendant ce temps^ les autorités de la ville, le moudir, le cadi, le moufti, montés sur les remparts, regardaient faire, froids et impassibles.

Les chrétiens de la cité , glacés de terreur, s'étaient renfermés chez eux ou réfugiés dans le khan français , vaste édifice qui appartient à notre pays depuis le règne de Louis XiY, et dans lequel est placé notre consulat, ainsi que l'école de nos Sœurs de Saint<Joseph ; et dans les quartiers musulmans, les femmes, du haut des terrasses des maisons, excitaient par leurs cris et leurs gestes les mahométans à exterminer tout ce qui portait le nom chrétien. Bientôt le carnage recommence en dehors de la porte dite d'Acre. Les musulmans se jettent sur les chrétiens d'autres villages qui, effrayés par Tattaque dirigée contre Abrah etËl-Helâliyeh,

fuyaient dans la ville en abandonnant leurs demeures. Pendant deux heures» les fanatiques

soldats de l'islam tuent sans relâche ; ils De • cessent que faute de victimes.

Alors commence une véritable chasse à rhomme tout autour de Sayda. Les musulmans sortent de la ville par petites troupes, et, secondés piar les Druses , pourchassent de buisson en buisson, de refuge en refuge , comme un gibier d'un nouveau genre , les infortunés Maronites demeurés vivants dans la région environnante. Tous ceux quHls rencontrent sont, impitoyablement massacrés.

Yeut'on» du reste, quelques exemples de la férocité inouïe déployée dans cette chasse par les musulmans de Sayda et par leurs complices idolâtres ?

Une femme s'enfuyait vers la ville avec ses trois enfants. Un Druse la rencontre ; il la forcé

à s asseoir et massacre ses enfants sur ses ge* noux.

Un curé maronite suivait la même route con-

duisant cinq enfants; les musulmans le coupent eu morceaux et écartèlent les enfants.

Dans un village très*voisin de Sayda , une troupe de musulmans et de Druses surprennent quelques chrétiens occupés au dépiquage de

leur blé. Us les entourent, les forcent à terminer leur U^avail, ^ plaear le graio dans de8^.sao», tout prêt à être enlevé, puis, cela fini, ils les

égorgent sans pitié.

. Mais ici nous laisseroos la parole à uo témoîn oculaire de cette portion des faits > te R. P. Rousseau de la Compagnie de Jésus. On Ut dans une lettre de ce vénérable missionnaiie, datée de Sayda le 6 jutn, .laqueUe a déjà» dli reste, été reproduite par tous les journaux français et étx'angers : . . « Les musulmans, en grande foule, armés de poignards, de fusils, de casse-têtes et de toutes sortes d'armes meurtrières, exaltés par un fanatisme dont Uest iq^possible d'aYoir une idée sans avoir été témoin des seène,s de barbarie auxquelies ils se sont livrés, se sont jetés ayec la plus grande fureur sur les chrétiens pris au dépourvu, la plupart sans armes et barassés de fatigue. Ils ont tué les hommes, les femmes et les enfants sans distinction. Mais ce n était pas assez pour*ces barbaresd'ôtetia vieàleurs victimes ; ris les ont mutilées et déchiqùetéës à coups de poignard, pour mieux rassasier leur baine contre^l^ nom 4sbrétien.

ff Diz-neaf de ceux qui avaient été massacrés aux portes de la ville, avaient été transportés

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dans un jardin. Le R. P. Pranière, notre supé-* mur,, a toqIii aller» au péril de sa yie, les flnre entenrer. Il nous a raconté qu'il étsît

impossible de n'être pas saisi d'horreur à la vue d'une semblable scène de carnage et de erubuté.

« 11 y avait parmi ces victimes deux femmes, deux enfants, neuf prêtres et six autres hommes qu'il n'a pas reconnus. Us étaient tout nus» ensanglantés, les membres conpéà, tout le corps couvert de plaies et les entrailles arraobées* Ils répandaient déjà une odeur infecte difficile à supporter. Le P. Prunière était accompagné dans sa mission de charité par deux hommes bien anaés; mats, malgré ce seeours»

peuB^euest Isllu qu'il ne succomblit à Pattaque dirigée contre lui par quelques musulmans qui l'ont aperçu. U n'a pu continuer son OBuvre de dévonemeiit.

« Les victimes sont donc restées là où on les a frappées. Leurs cadavres sont dans les ehemius, dank la campagne, dans hs jardins, répandant une odeur pestilentielle. Les chiens delà ville (il y en a des milliers), attirés par cette odeur, se sont mis è les dévorer, s

A une «nsez faible distance de Sayda, dans

ia montagne, existe une ville chrélienno uonimée DjezEby résidence d'un évéque maronite qui porte le titre d*évêque de Saint-Jean-d*Âc»pe. Dès le début des troubles, Saïd-Bey-Djemblat, le chef le plus important des Druses dans cette contrée et Thomme de confiance de Khonrchidpacha, avait fait dire aux. habitants de Djczzin qu'ils n'avaient rien à craindre et que leur ville serait respeetée. En dépit de cette promesse, le ^ juin^Saîd-Bey en personne, à la tête d'une nombreuse horde d'idolâtres et de umaulmans, envahit Djezzin. Là, les scènes de massacre qni s'étaient passées à Sayda se reproduisent danstoule leur horreur.

Une partie de la population parvient à s'é* happer; elle est poursuivie par les assassins. Douze cents chrétiens se réfugient dans un bois à quatre lieues de Sayda. Les Druses et les musulmans cernent le bois et y mettent le feu.

A mesure que rincendie force un chrétien à.

sortir, il est immédiatement immolé. Les autres périssent dans les flammes. Sur douze pents individus, il n'en échappe pas un seul.

L'éyêque maronite, IMigr Boutro8*el-Bo8tani»

était parvenu à se sauver de Djezzin, emmenant avec hii plusieurs centaines de femmes, d'enfants, de vieillards et de religieuses. Il s'était retiré chez un scheikhmétouali dans lequel il croyait pouvoir mettre sa confiance. Il écrivit à l'agent consulaire de France à Sayda, M. Durighello, pour lui demander sa protection et le supplier de sauver les malheureux chrétiens qui l'avaient suivi. M. Durighellô ût inutilement des démarches réitérées auprès du 'moudîr. 11 n'ohtint qu*à grand'peine deux soldats d'infanterie turcs qui, avec un cavas ou gendarme du cpnsuldt, se rendirent auprès de Mgr Boutros.

Pendant toute la journée qui suivit, l'agitation fat à son comhle dans la ville de Sayda. Les musulmans faisaient courir le bruit que deux mille chrétiens de Djezzin'venaient, attaquer la ville. D'autres criaient que plusieurs de leurs coreligionnaires les plus notables avaient été assassinés à la porte dite de Beyrouth.

Vers les trois heures on annonça le retour

des deux bachi-bouzouks et àn cavas du consulat de France, qui étaient allés cbercber

Mgr Boutros. On les savait arrivés près du village de Mansourtyeb, à une petite distance de Sayda. Aussitôt Kassitai-Bey, avec deux cents cavaliers druses et musulmans de l'Aglin-el- Karnoub, et près de deux cents musulmans de la yille de Sayda, courut se porter sur la route de manière à intercepter le passage de laçaravane.

Heureusement Mgr Boutros, aTCC une sage prudence, avait décidé que tout le monde ne

partirait pas à la fois. 11 avait adjoint une dizaine d'bommes armés au càvas da consulat de France, etaux Seux bacbi-bonzouks du gou« vernement, et leur avait confié une troupe composée d'une quinzaine de moines, d autant de religieuses, d'un certain nombre de femmes, d'enfants, de vieillards, le tout sous la conduite de son grand vicaire. Arrivée à un quart d'beure environ de Sayda, la caravane fut attaquée par Kassim-Bey et ses brigands. Les deux soldais turcs se joignirent aux assaillants ; quant au cavas du consulat de France il fut tué en faisaift bravement son devoir. La caravane entière fut massacrée; ceux qui ne tombèrent . pas sur la place furent pourchassés dans les

as LB ua^.

jardins par de véritables tigres à face liumaine qui n'eu épargnèxe&tpas ua âeuK

Quelques-uns des osalhettreux chrétiegs qui composait eette troupe, bien que laissés pour morts par les assassins^ respiraient encore ; Tagent consulaire les ût recueillir et rapporter en Tille par quelques musulmans qu^à force d'argent il décida à ce travail. Les autres demeurèreai sans sépulture.

Ici encore nous citerons le récitdu R. P. Rousseau dans une lettre 'datée de Savda le 1 G juin :

«c Nous étious dans la douleur de savoir que le grand vicaire de Mgr Boutros^ massacré au dehors de laville, à une petite distance des porteSy allait être dévoré par les cliieus comme les autres Tictimes. Le samedi 9 juin» je demandai au] consul français trois janissaires et deux fossoyeurs pour aller moi-même l'enterrer* Le consul ne voulait pas me laisser partir, à cause du danger que je pouvais courir, mais à force de sollicitations je TobLins.

a Les chrétiens, en nous voyant sortir, tremblaient d'épouvante, car ils savaient que je n'étais presque pas plus en sûreté avec les janissaires qu avec les Druses. A dix. minutes .sur le chemin de Tjrt nous vîmes lio prêtre dont le corps étut en putréfaction, dont les en-

trailles et les jambes étaient dévorées. Nous l'enierr&mes. Nous tcouvâme» prà de là le squa^ lêtte d'oïl enfant de douse ans. eatièrament dépouillé de ses chairs. Nous l'ensevelîmes.

« Uueieinix}i& tur<j^eiu>1^coDd4ÛsitIIU)yeanant aalaiie vera les cadavreft décomposés et répandant une odeur int'ecLe de trois malheureux prêtres. Ces restes av^nt été dévoréa à moitié. Nottft lea nîmaa daaa la ts^m- £n coupant un buisson pour le placer sur ces dépouilles, un énorme serpent ae jeta sur moi. Acoups de hafilie» je paransaree peine à rabattre* Nona a^Nine enterrâ nYee le même soin cinq ooisix autres victimes que nous avons découvertes.

« Arrivés an Ueu oà le grand ticafre de Mgr Boutroa avait été coupé en quatee monceaux , nous n'avons plus trouvé que la tête de ce prêtre vénérable. Les restes de son irère et de aa acrar, qni ont subi le même sort que lui au même lieu , ont été également disposés et dévorés. Nous avons trouvé en un seul lieu douK prètrea et quatie*chcétiena. laïques ioh moléa^ et dont lea oorpa étaient la proie, an moment où nous sommes arrivéS| d'un grand nombre de ebiena^ Noua avona pu à grand'peine cbaaaer eea«nim»UT. et livrer àlaaépuW ture ces dépouilles.

« Le soleil allait se coucher, il fallait rentrer dans la Tille. J'étais exténué de fatigue et eomme empoisonné par l'ôdenr effrojaUe qni règne partout. Chaque chrétien était dans la peine sur notre compte, mais personne n*avait osé' sortir pour venir à notre rencontre. La chaleur est de plus de trente degrés à Tombre. De tous côtés il y a des cadavres non ensevelis qui répandent une odeur pestilentielle. Je voulais, le lendemain, sortir de la ville pour continuer ma mission charitable, maisleconsul me Ta interdit» tellement le danger est grand. »-

Pendant ce temps Mgr Boutros, dont la tête àvait été mise à prix par Said-Bey-Djemblat , était resté chez le scheikh métouali, où il avait été chercher un asile. Dans toutes les guerres précédentes de la montagne , les Métoualis s'étaient constamment montrés favorables aux chrétiens par haine pour tes musulmans mnitts. Cette fois, ils changèrent de conduite et embrassèrent la même cause que les Druses et les autres musulmans. Le scheikhi chez lequel était réfugié Mgr Boutros, fit comme les autres. Cependant il ne massacra pas son hôte, il se borna à le dépouilla et à le maltraiter^ et le vénérable prélat parvint à se mettre enfin en lieu complètement sûr. ^ •

Le 3 et le 4, ,1a dévastation se compléta.

ToQt OB qui restait encore de villages chrétiens et de couvents dans rAglin-el-Karnoub çt dans l'Aglin-D^zzin fut systématiquemeot détruit arec autant d'ordre et de régularité qu'il en avait été déployé dans la ruine du MetQ et.du Ghourb.

' Le nombre des ohréliens tués dans ces deux

journées, joint à celui des individus massacrés dans les vergers autour de Sayda^ peut être évalué. à dix— huit cents personnes environ, sur lesquelles soixante-quatre religieux ma* rouîtes, et soixante moines et religieuses du rite greo-uui ou melchite. Encore s'ils n'avaient été que tués, mais ils ont tous été livrés à des supplices odieux , et en plusieurs endroits les religieuses n'ont été mises à mort qu après avoir ^ subi les plus indignes outrages.

De tous les couvents des environs de Sayda, le plus important était le monastère grec-uni de Déir-el-Moukfaalléys* Depuis deux siècles qu'il existait , ce monastère avait , dans toutes les luUes du pays , même au temps du féroce Djezzar-pacha» été considéré comme une terre neutre et sacrée, respectée par les différents partis. Au commencement même de cette guerre , les Druses 'avaient fait dire aux

4S I£ UBAN*

nmneft de Béir-él-Moiiklialléys , de rester parfailemeat tranquilles^ qu'ils seraient encore eatta &is emmiétm comme neatm. Aueai liNia left AréàÊm des eaviromi j a?aieBt4l8

déposé, comme en un lieu de sûreté, ce qu'ils aTaienI de plus préeîem« Mais, là eeiDine à Djezzin , Vannonee des Drmea n'était qu'un piégc. Le 4 juin, les portes du monastère ont été aubitemeut forcéea^ cent cinquante moines al frèrea sont UaabéB aoos ks coups deaasfaah

siiis, et le couvenl a été entièrement pillé. PfHir dea pillards, du restât le ooup.ea Talait hpaba» car le butin daaPmaefl^grftee auxdé-* pèts faits par les chrétienB du voisinage, monta à pluaieiurs millions de piastres turques.

vu

Eu même tempa que Ton reçut à Beyrouth * la première nouyelle des massacres de Sayda, on y apprit que le gros des iorce& Druses asr siégeait Déii^el-Kamar.

Im habitants' de cette ¥iUe n'ataient

LE UBAK. 4S

aucune part aux événemenls des trois premiers joura^ et ils vaquaient tranquillement à law travaux afdioairàa^ lorsque le l*' jain survinrent un certain nombre de Ikueee, sons la conduite de leurs scheikbs Beschir-Bey^.

Abou^eked et Ali-Bey-Uiimadé» kaqaela commencèrent à tirer sur les chrétiens. Ceux-ci se mirent en état de défense, tandis que les soldats turcs qui formaient au nombre de quatre cents la garnison de la ville,^ demeuraient enfermés dans leur caserne sans avoir Fair de vouloir en rien les protéger. Cependant vers le soir on vit arriver une lettre de Kbourchidpacfaa au mousselim de Déir-^-Kamar, dans laquelle il louait la conduite des habitants de n'avoir pas pria part aux désordreaj^ et leur promettait en xécompense le concours des soldats turcs pour les maintenir en sûreté contre les Druses.

Cette promesse fut annoncée dans tonte la

ville ^ et aussitôt les liabilanls, la croyant sérieuse , s'empressèrent de conduire leurs fenmiesy ieura en&nls^ les vieiUarda de kurs familles au sérail ou domicile du mousselim et à la caserne pour y trouver un refuge assuré. Mais quel fut leur étonnement de trouver les portes du sérail el de la caserne fiermées et de

voir qi^' elles ne s'ouvraient qu'à ceux qui payaient grassement les officiers de la.troQpe!

Bien plu§, les soldats ottomans avaient, pin* sieurs jours à, l'avance , établi des meurtrières avec quelques ma^nneries dans les fenêtres du sérail. Les chrétiens ne s'éloignant pas assej^ vite à leur gré, ils tirèrent sur eux, par ces ouvertures y des coups de fusil qui blessèrent plusieurs personnes.

Cependant le combat continuait autour de la ville : les guerriers soutenaient avec fermeté le choc des Druses et les forçaient à se retirer en n'ayant pu incendier que deux ou trois maisons. La perle des chrétiens dans cette pre> mîère journée s'élevait seulement à . dix -sept morts. Celle des Druses était plus considérable ; et parmi les cadavres de leur côté demeurés sur le champ de bataille on remarquait avec sur- ' prise que le plus grand nombre étaient des soldats turcs détîuisés qui portaient 'encore leur pantalon d'uniforme sous leurs vêtements . d'emprunté

Le surlendemain, 3 juin, les Druses revinrent bien plus nombreux que la première foi6 et bloquèrent étroitement la ville. Les chrétiens étaient mal armés, sans vivres et sans munitions. Leurs chefs s'adressèrent au

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moaBSdUinetlui demandèrent, en vertu de la promesse du pacha, de letir donner des fusils

et de la poudre pour repousser les Druses. Le gouveroeur refusa d'accéder à cette demande en leur déclarant qu'ils n'aTaient le 4^it| ni d'être armés ni de combattre eux-mêmes* Ils devaient simplement, disait-il, se laisser :dé^ fendre par TautorUé turque; mais» comme cette autorité n'avait pas en ce moment sur les lieux la force matérielle suffisante pour les • protéger, le mousselim ajoutait que tout ce que les * habitants chrétiens avaient à faire était de signer une capitulation avec Said-Bey- DJemblat et Beschir-Bey-Abou-Neked, lesquels eommandaient ks Druses devant la ville^ et d'obtenir d'eux la vie sauve en leur remettant le peu d*armes qu'ils avaient.

Désespérant de trouver le moindre appui dans les autorités turques, et sentant qu'ils de ' pouvaient pas continuer la lutte bien longtemps tout seulsy les chrétiens se décidèrent à négocier avec Sa¥d-Bey-Djemblat, lequel leur fit dire d'envoyer des députés à Beit-ed-Din, l'ancien palais de Témir Bescliir, situé en l'ace de Déir-el-Kamar^ dans lequel il se trouvait et où était aussi un bataillon d'infanterie turque commandé par le lieutenant-colonel Abdoul-

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