‹ Histoire des massacres de Syrie en 1860Chapitre 13 sur 22 · LB UBA · texte numérisé non relu

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Selam-Bey, qui n'avait pu lait un seul mou*- T€3iient poûr aecourir la viU«.

Chez toutes les nations civilisées, lorsque des négociations s'engagent, elles ont pour premier résultat d^amener une suspension d'armes. Il n'en fut pas ainsi à Déir-el-Kamar; et tandis que les députés chrétiens se rendaient i Beit-edpDiny la Oeillade continua aussi Yive qu'auparavant aux portes de la ville. Plusieurs maisons un peu écartées furent même encore incendiées oe jour-là.

Cependant, comme Déii^l-bmar était un des principaux boulevards des chrétiens, les consuls européens de Beyrouth 8*étaient émus à la nouyelle du danger qui menaçait cette ville, et,' le 3 juin, ils avaient fait une seconde démarche auprès du pacha pour lui demander de s'interposer, afin do sauver Déîr-el-Kâmar. Khourchid-pacha s'était empressé de promettre tout ce qu'on avait voulu, et avait envoyé du cMé qu'on lui indiquait le général de diTision , Taher-pacha, suivi d'une centaine de soldats réguliers.

Celui-ci isrrivale soir même à Déir-el^Kamar après avoir eu en route une conférence intime avec Saïd-Bey-Djemblat et Beschir-Bey-Abou- Neked. Les Chrétiens vinrent en foule à sa

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rencontre. En les voyant, il leur annonça qu'il venait au aooi du pactui pour yetUar à hmr sécurité; eaûrDs n'avaient pris raeane part ans

désordres commis par les autres chrétiens, et étaient d'aiUeura les sujate directe d/s la Sublime Porte.

. Le lendemain, 4 juin, une nouvelle entrevue eut lieu à Beit-ed-Din sous sa présidence, «ntre ka Draaes el les chrétifiDs, et un traité de paix 7 fut signé, sous la condition ifoe les chrétiens de la ville demeureraient paisiblement * dans leurs makons et dans leurs ebamps, et n^intervlendraient en aucun cas dans les incidents qui pouvaient surgir de la continuation de la guerre.

Le traité une fois signée les députés chrétiens supplièrent Taher-pacha de leur donner une déclaration écrite, comme quoi il promettait de défendre la i^ille en cas d'une agression nouvelle des Druses. k Une telle déclaration est inutile, répondit Taher, ma parole d'honnanr doit, vous suffire. DunsareK éaas inquiétude enr^os nés, ¥06 biens et yos familles ; la charge de vous garder contrôles JDruses appartient |i ouM^ Taher*paidia, .el«aux tronpes du soUan, ear vous êtes les sofets direels de la Sublime Porte, et son honneur est attaché à

votre conservation. Reprenez en paix vos travaux sans penser à autre chose ; seulemeat qu'aucttn de tous oe scfte du district, car en dehors je ne réponds {Ans de sa sâreté» »

Les chrétiens de Déir-el-Kamar paraissaient sauvés par cette paix; mais au fond elle était plus faTorable aux Druses qu*à eUx-mènies»

car elle garantissyait les sectateurs de Hakem

contre toute divenion faite de ce côté par les chrétiens pendant les opérations ultérieures.

Aussi ce traité leur permit-il de concentrer toutes leurs forces contre ZahlelL>

vin ■

Jusque-là la guerre, bien qu'ayant un carae* tère de férocité tout particulier, s'était tenue dans les limites ordinaires des affaires de ce genre. Tout à coup on apprit qu'eHe pcenail uneextension inconnue jusqu'alors. Le djihad, ou guerre sainte, » avait été prêché parmi les Druses du Haouran et dans le sein de toute» les UiLus d'Arabes héJouins de la Bekkaa.

Les tribus que nous venons d'indiquer»

soulevées en un clin d*œîl^ couraient en masse à un même rendez-vous pour y rejoindre les Druses du Liban. Quel était ce rendez-vous?

Nul ne le savait.

Sur les flancs du Djebel-Esch-Scheikh, l'antique mont Uermon, à Textrémité méridionale de la Célésyrie, existaient deux riches et florissants districts habités par des chrétiens grecs mêlés à des Druses en assez grand nombre 9 les districts de liasbeiya et de Rascheiya, ainsi nommés d'après leurs villes principales. C'était le chemin que les Druses du Uaouran devaient suivre pour gagner la crête du Liban et opérer leur jonction avec leurs coreligionnaires des environs de Beyrouth.

Les habitants de Uasbeiya et de Rascheiya vivaient dans la plus parfaite sécurité. La guerre se passait loin d'eux; ils n'étaient pas Maronites, et jamais dans aucune circonstance semblable ils ne s'étaient vus menacés. Ds continuaient donc avec pleine confiance leur vie habituelle, lorsque leur territoire fut envahi par un véritable torrent de barbares, en même temps qu^arrivaient dans Tes mêmes districts des soldats envoyés de Damas, soi-disant pour maintenir Tordre , non plus des bachi-bou-

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zouks comme auprès de Beyrouth , mais des nizams, des soldats de l'infanterie régulière,

Le district de Hasbeiya, le plus méridional des deux, fut envahi le premier.

LesDruses du pays, unis à plusieurs centaines de' leurs coreligionnaires venus du Haouran , fondirent d'abord sur les TÎllages de Kout'éir et de Schouweiya, qu'ils incendièrent , et dont ib massacrèrent les habitants avec l'aide des Druses du pays , soulevés à la première nouvelle de leur arrivée. Puis, le 3 juin, ils se présentèrent devant la ville même de Hasbeiya.

Les chrétiens s étaient préparés à les recevoir vigoureusement, encouragés par les paroles et les promesses da kaïmakam militaire ou lieutenant-colonel turc, Osmaii-Bey, commandant au nom de la Porte, de la garnison de Ilasbeiya. Le combat s'engagea en avant de la ville ^ il fut soutenu de part et d'autre avec une grande intrépidité, et la fusillade dura de Taube du jour jusqu'à deux heures après midi. A cette ' heure, les chrétiens, après des prodiges de valeur, après avoir même enlevé Tétendard de leurs ennemis y commençaient à plier sous le nombre, lorsqu'un officier des troupes régulières turques, le capitaine Khalil-Aga, vint de

la part d'Osman-Bey parler à leurs chefs et les inviter à se retirer avec tout leur monde dans le sérail» où les soldats du sultan étaient prêts à les défendre et à tirer même au besoin sur les Druses s'ils continuaient à les menacer.

Unè infâme trahison était cachée sous cette offre, mais les chrétiens ne la devinèrent pas. Ils se fièrent à la parole du représentant de Tautoritéy et bientôt on les vit se réfugier tous dans le sérail avec leurs femmes et leurs enfants. Les Druses , ne trouvant plus de résistance, entrèrent dans la ville, pillèrent et incendièrent les maisons, détruisirent toutes les églises, et massacrèrent le petit nombre de chrétiens qu'ils trouvèrent encore dans leurs demeures.

Une fois la dévastation de la ville terminée, ils se portèrent en foule autour du sérail, réclamant à grands cris que Ton désarmât les chrétiens qui y étaient retirés. Osman-Bey vint ' trouver ceux-ci, leur exposa l'immense danger qu'ils couraient, en même temps qu'ils ie lui faisaient courir à lui-même, s'ils ne satisfaisaient pas à cette exigence des" Druses, et les invita à lui remettre leurs armes, répondant de leur sûreté sous celte condition.

Les clireUeus eurent la faiblesse de le croire

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encore et lui remirent leurs armes; une partie en fut distribuée par Osman-Bey aux Druses qui occupaient la ville, et Tautre envoyée aux Drnsos de Rascheiya pour leur servira égorger les chrétiens de ce district.

A la suite de ce dernier incident, les chrétiens de Hasbeiya demeurèrent une semaine entière enfermés dans le sérail» où ou leur laissait à peine passer les vivres nécessaires pour ne pas mourir de faim. •

Le lundi 1 1 juin, trois cents cavaliers druses du Liban, conduits par Saïd-Bey-Djemblat , Ali-Bey-Hamadé, Kendj-el-Hamed , et Hassan- Aga-Tasouil, vinrent rejoindre les Druses de Hasbeiya. Le jour même ces chefs eurent une entrevue avec Osman-Bey, à la suite des funérailles d'un certain Kendj-Abou-Saleh, scheikh des Druses au village de Mejdel-Ësch-Schems.

Après une longue discussion avec eux, ce fonctioiinaire sortit et dit à haute voix à la foule assemblée devant la maison où s'était tenu le conciliabule : « J'estimais Kendj-Abou-Saleh u plus que tous les chrétiens ensemble; allez « et massacrez-moi tous ces cochons, m

Immédiatement après I tons, Druses et musulmans, chefs et soldats, rentrèrent à Hasbeiya, et le massacre commença. La première

victime fui le chef de la communauté grecque du district, nommé Georges Reiss-Abas-Sélim.

Osman-Bey et les sclieikhs druses le firent venir dans la maison d'un officier turc chez lequel ils s'étaient arrêtés un moment, et égorger sous leurs yeux. Une fois mort, ils prirent son cadavre, lassirent devant une table, et là, lui prodiguant tous les outrages qu'ils pouvaient inventer : « Allons, scheikh Abas-Sélim, « lui disaient-ils, écris doue à tes Russes, à tes <f Français, à tous les consuls, à ton patriarche, « aux aens île Zahleh et de Déir-cl-Kamar « pour (}u'ils viennent le venger. »

Ceci fait, on se rendit au sérail, où Osman*- Bey entra seul et fit réunir tous les chrétiens dans la cour. Alors les portes s ouvrirent et livrèrent passage aux Druses, qui tombèrent le sabre à la main sur ces malheureux sans armes. Les soldats réguliers turcs imitèrent leur exemple et rivalisèrent avec eux d'achar* nement et de férocité. Il y avait là neuf cent soixante-quinze chrétiens, pas un ne demeura vivaut. Outre Osman-Bey, un aide de camp du séraskier de Damas, arrivé le matin même, assistait à la boucherie et la dirigeait.

Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit ailleurs des supplices employés dans le

massacre de cette population dont le seul crime était de suivre la loi de Jésus-Christ.

On ne fit aucune dislinclion de rites ou de personnes : catholiques, grecs et protestants (car il y avait un certain nombre de ces der» niers) furent également mis à mort.

Les mêmes atrocités qu'à Sayda, qu a Djezzin, qu^autour de Beyrouth, se répétèrent à llasheiya. Un seul trait suffira pour caractériser la conduite des Druses et des soldats»

Une jeune femme chrétienne^ renfermée dans le sérail avec son époux et son enfant»

avait déjà vu son mari tué devant elle; ellemême avait subi les plus honteux outrages.

Un des officier» supérieurs ottomans ne trouva pas son supplice encore suffisant ; il fit saisir son enfant, le ûi couper en quartiers sous lea yeux de la mère et la força de boire un verre plein de son sang. C'est alors seulement qu'il consentit à lui donner la mort qu'elle appelait à grands cris.

La fureur des Druses et des soldais oltomans ne se contenta pas de frapper les chrétiens. Un certain nombre d'émirs musulmans la famille Schéhab, l'une, des plus illustres et des plus aocieiines maisons princières des pays arabes, de laquelle était sorti le fameux

émir Beschir, habitaient à Hasbeijfaau milieu de la population chrétienne et dans une grande union avec elle. Lorsque les Druses se soulevèrent dans le pays, ces émirs auraient pu peut-être facilement se placer en dehors de tous les dangers. Loin de là, prenant les armes avec les chrétiens, ils firent tout ce qui était en leur pouvoir pour les défendre et partagèrent entièrement leur sort. D'ailleurs, bien que musulmans, ils avaient été toujours profondément dévoués aux intérêts de la France ; c'était là encore une raison décisive pour leur perte. Trente et un d'entre eux turent compris dans le massacre, et trois seulement parvinrent à s'échapper. J'ai vu ces derniers réfugiés à Beyrouth, ayant tout perdu dans le désastre de leur ville natale et obligés de mendier leur pain dans les rues, comme les plus misérables des fugitifs. Depuis lors, ils ont été chercher sous un autre ciel une terre sur laquelle ils pussent du moins vivre en paix*

Après le massacre général recommencèrent les meurtres individuels. Druses et soldats ottomans se mirent en chasse pour découvrir et mettre à mort ceux des chrétiens de Has»

beiya qui étaient parvenus à se cacher dans les premiers moments de l'invasion. Beaucoup-

périrent encore de cette mauière ; quelquesuns échappèrent. Les Druses du Haouran et les soldats de riofanterie ottomane montraient parti cil Hère ment dans cette recherche de victimes une persistance et une cruauté inconcevables; ceux des chrétiens qui parvinrent à sauver leur vie le durent à quelques scheikhs métoualis, à une princesse druse nommée Naïfé-Djemblat et à son frère Saïd-Bey-Djemblat, qui les fit arracher des mains des troupes par ses Druses du Liban.

Quelques-uns aussi échappèrent en contre- .faisant les morts et en se cachant sous les amas de cadavres. Mais ce ne fut que pour bien peu de temps, car les égorgeurs les retrouvèrent quelques jours après à Damas, oùils avaient cherché un refuge.

Quand tout fut ûnij Osman-Bey, comme représentant de Tautorité supérieure, remit aux Druses un mazhata ou déclaration authentique qui devait servir à les protéger en cas qu'on chercherait à punir les crimes commis. Il y déclarait, ajoutant un nouveau mensonge à toutes ses autres infamies, que tout était venu d'une agression déloyale des chrétiens et que les sectateurs de Hakem n'avaient fait contre eux qu'user du droit de légitime défense.

Le carnage accompli à Hasbeiya, on se porta Bur Rascheiya.

La confiance des habitants de ce district .dans leur sécurité n'avait pas été si complète que celle de leurs voisins; et dès le commencement des troubles quelques signes précurseurs avaient pu leur faire deviner quel sort les menaçait.

Dès le 31 mai, dix moukres chrétiens du village de Dahar-el-Abmar, se rjendant à Damas, avaient été attaqués par les Druses dans les environs du village de Kefr-Kouk. Plusieurs avaient été tués, et les autres avaient pu gagner Rascheiya, où ils avaient porté plainte devant le mouBselim de la ville, Témir Ali-Saheb, lequel avait ordonné l'arrestation des coupables. Deux jours après, les Druses de Rascheiya se réunirent et vinrent au sérail demander la liberté des prisonniers; elle leur fut immédiatement accordée. En même temps une

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troupe de Druses fondait sur Dahar-el-Ahmar et réduisait en cendres ce village dont les habitants se réfugièrent à Rascheiya.

Le samedi 2 juin, la même bande se porta sur Libbeiya, qu'elle détruisit; le 3 elle incendia Kefr-Meschky et massacra une partie des habitants, parmi lesquels le prêtre de Téglise. Le même jour, les Druses de la ville de Rascheiya tinrent un conseil où ils résolurent le meurtre des ch^tiens. Il allait s'exécuter sur l'heure, mais les émirs de la famille £1- Arian, la plus noble famille druse du pays, s'entremirent pour arrêter les projets de leurs coreligionnaires. Par les soins de ces émirs, une conférence des principaux. Druses et des principaux chrétiens de la villede Rascheiya fut tenue au sérail, et se termina par la signature d'un traité de paix, dont les conditions furent immédiatement proclaméés à son de trompe.

Muis ce traité ne fut pas respecté plus de vingt-quatre heures, et dès le mardi 5 les Druses du district, s*étant rassemblés, commencèrent l'attaque des chrétiens. Ceux-ci ne se laissèrent pas égorger sans lésistauce et combattirent depuis le mardi soir jusqu'au jeudi dans Taprès-midi. Leurs munitions étant alors épuisées, ils se débandèrent. Les uns se

répandirent dans la campagne , cherchant à

gagner, soit Damas, soit les districts chrétiens du Liban ; les autres coururent au sérail dont Ali-Saheb leur fit ouvrir les portes. Ces derniers étaient au nombre de huit cents, Lommee, femmes et enfants.

Ils étaient déjà dans le sérail depuis trois joiirs lorsque, le dimanche 11 , le gouverneur exigea des hommes qu'ils lui remissent leurs armes, les menaçant de les livrer aux Druses s'ils refaisaient. A Rascheiya comme à Hasbeiya, cette exigence était le prélude d'uue horrible tragédie. "

Enfin le mardi 13, les hordes qui avaient exterminé les clirétiens de Hasbeiya entrèrent, conduites par les mêmes chefs, sur le territoire de Rascheiya. Le village d*Aaïha, situé sur leur passaire, fut en un instant ruiné, et l'église profanée. Après ce premier exploit, les Druses arrivèrent en Tille et se rendirent droit au sérail.

De nouveaux auxiliaires les y rejoignirent.

Le 13 au matin Ismaïl-el-Atrasch^ principal scheikh des Druses du Haouran, était arrivé à Rascheiya suivi de sept cents cavaliers et de deux mille fantassins, c'est-à-dire de toutes les forces militaires que le Haouran pouvait mettre sur

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pied. Guerrier féroce, mais animé d'un certaia sentiment de loyauté qui n'est pas très-rare chez les Dnises, il disait sur la route qu'il venait seulement pour combattre des ennemis et non pour égorger des gens inoffensifs. Mais à peine ayant atteint Rascheiya, il reçut un message du grand pontife de la religion de Hakem, Hamdan-Belmini| lequel le menaçait • de le rejeter du sein des akkals s'il ne consentait pas à prêter main-forte pour Tanéanlissement des chrétiens convenu avec les autorités turques.

Devant unesemblable menaccismaïl chanu-ea de résolution. Il se joignit aux bandes des égorgeurs de Hasbeiya, et vint avec eux vers le lieu où les chrétiens s'étaient retirés sous la sauvegarde de l'honneur du mousselim.

Ali-Saheb fit ouvrir les portes du sérail et le massacre commença sous les yeux du gouverneur et des soldats réguliers, rangés l'arme au bras sur un des côtés de la, cour où Ton égorgeait les chrétiens.

Là encore nul ne fut épargné et les huit cents personnes réfugiées au 'sérail furent passées au fil de Tépée. Quelques femmes seulement furent réservées pour assouvir la brutahté des sectateurs de Tislam qui les égor-

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gèrent le lendemain après les avoir désho* norées.

Après le massacre vinrent le pillaL;^ et l'incendie. Rascheiya fut détruite comme Hasbetya; les Druses et les musulmans s'acharnèrent surtout contre les ^lises, dans lesquelles les autels furent brisés et souillés d'immondices, les saintes espèces jetées à terre et foulées aux pieds ; quant aux vases sacrés, ils servirent de coupes à Torgie.

Bientôt les forces druses et musulmanes

se concentrèrent devant Zalileh , la clef de toutes les positioas chrétiennes dans le Liban, la ville invaincue jusqu'alors I qui, en 1845, avait soutenu sans fléchir un siège de plus de trois mois, et dont les habitants, dans les guerres précédentes , avaient toujours fait trembler les Druses.

Pour les ennemis des chrétiens, la conquête de cette ville était le plus grand succès à rem

porter, le triomphe capital et décisif. Aussi

tous, les efforts furent-ils dirigés de ce cuté. Druses du Libao» Métouaiis du Liban et deBaal» bek, Druses du Haouran, Arabes bédouins de la Bekkaa et de la plaine de Damas, musulmans sortis de cette deruière \ille, baehi-bouzouks^ Arnautes, Haouaras , soldats du Nizam partie de Damas avec six pièces de canons et mutinés en route, en tout dix-sept mille hommes environ, se rassemblèrent sous les murs de Zahleh. Les deux chefs principaux de cette armée étaient Ismaïl-el-Alrasch pour les Druses du Uaouran et Kattar-Bey-eUHamad pour ceux du Liban.

Les habitants de Zalikh comptaient au plus deux mille hommes en état de combattre ; ils avaient peu de vivres et peu de munitions, et en même temps ils étaient encombrés d'un trèsgrand nombre de iemmes et d'enfants réfugiés des fermes voisines dans l'intérieur de leur ville. Cependant ils tinrent plusieurs jours contre des forces si disproportionnées.

Lorsque l'on connut à Beyrouth le danger qui menaçait Zahleh, Témotion fut des plus vives. Les consuls se réunirent de nouveau en conseil, et, comprenant que le sort des villages chrétiens subsistant encore dans la montagne.

ainsi que la sécurité de la ville de Damas ellemême , dépendaient en très-grande partie du salut de Zahltfh, ils se décidèrent à agir, non plus par des démarches individuelles, mais par une démarche collective et solennelle, afin d'amener l'autorité turque à faire lever le siège. Ils se rendirent tous en corps , accompagnés de leurs drogmans , jusqu'à Baabda , auprès du pacha, qui les reçut avec les assurances de la meilleure volonté. Tout ce qu'on lui demanda fut aussitôt promis. Il s'engagea, sur rhooneur, à empêcher la prise de Zahleh, et pour rassurer les consuls, il fit partir devant eux plusieurs compagnies du Nizani chargées d'aller dégager cette position.

Tout cela n'était qu'une tromperie. Les consuls s'y laissèrent prendre , et rentrèrent à Beyrouth pleins de confiance dans la loyauté de Khourchid- pacha. Cette confiance était telle, que le consul de France envoya au plus important des chefs chrétiens de la montagne, nommé Yousef-Bey-Kharram, qui venait d'ar^ river des environs de Tripoli à la tète d'une troupe d'hommes déterminés, et qui se prépa- >ait à marcher au secours de Zahleh, Tordre formel de rester tranquille et de ne rien faire parce que le pacha répondait du salut de la

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ville. Le patriarche maronite lui envoya le même avis. Mais celte couûance eut des résultats funestes.

Les troupes envoyées, soi-disant pour débloquer Zahlehy mirent trois jours pour faire les douze heures de ma!irche qui séparent cette ville de Beyrouth, et au bout de ce temps s'arrêtèrent dans ua endroit où elles interceptaient l'arrivée de tout secours enhommesy en vivres ou en munitions pour les chrétiens. Une fois ayant atleinl ce points elles y demeurèrent sans en plus bouger.

. Les habitants résistaient toujours. Trois fois

ils avaient repoussé les assaillants , le premier jour dans le village de Kabb-£lias , le second dans la vallée du Nahar-el-Bourd6ny (dans ce combat le fils de Kattar-liey avait même été lué\ le troisième dans lesrues mêmes de la ville où les Druses avaient pénétré et où ils avaient mis le l'eu à deux maisons. Les £»ens de Zahleh attendaient impatiemment le secours de Yousef- Kbarram qui leur avait été annoncé. Ils comp> taientsur ce secours pour prolonger encore leur défense. Ne le voyant pas venir, n'ayant plus ni poudre ni pain , sachant 'que le commandant turc Noury-Bey était arrivé avec les troupes envoyées par le pacha et se préparait à entrer en

ligne contre eux, ils se décidèrent à évacuer la ville et à se retirer en combattant au travers de leurs ennemis jusqu'au Kesraouan.

Tous n'atteignirent pas cette terre de salut, cependant on peut dire que la majorité de la population de Zahleh parvint à se sauver.

Quatre cents guerriers s^étaîent dévoués pour couvrir leur retraite. Ils arrêtèrent les Druses et les' musulmans en combattant de maison en maison. Une grande partie d*entre eux succombèrent, mais leur mort était bien vengée; chacun d'eux dans la lutte avait abattu plus d*un ennemi. Lorsqu'au mois de septembre 1 860 les troupes françaises vinrent occuper Zahleh, elles trouvèrent près de 600 cadavres druses gisant sans sépulture dans les rues de la ville à côté de ceux des chrétiens.

Grâce au généreux courage des défenseurs de Zahleh, si cette ville fut détruite il n'y eut du moins de massacre que sur un seul point, à la maison des Jésuites français qui possédaient à Zahleh une magnifique école.

Un seul père se trouvait dans la maison au moment du siège, c'était le supérieur, un Français , le R. P. Biliotet. Quatre frères y étaient également avec lui, Ferdinando Bonacina, Italien, ancien olficier au service d'Autriche, qui

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avait donné des conseils aux Zahliotas pour la

défense de leur ville ; Elias Younas , Habib Maksoud et Youssef-Rischouan, lous trois Ara« bes* Ënfin le personnel de ceux qui étaient retirés dans rétablissement se complétait par cinq professeurs de l'école, n'appartenant pas à la congrégation de Saint-Ignace, Iskender Maksoud, Scberfon Habesch, Âssaad, Micbel et Ibrahim-Abou-Assi, et un cuisinier.

Comme maison française Técole des Jésuites avait arboré sur son toit le drapeau tricolore en signe de protection.

Une bande de Druses armés se présente à la porte et demande si la maison appartient à la France ou à rAiigleterre. « A la France ! répond-on. — Eh bien ! nous allons lasaccager. » Ils pénètrent» pillent les cbambres, enlèvent le mobilier de l'église, abattent le crucifix et le foulent aux pieds. En continuant leurs recherches ils trouvent le frère Habib-Maksoud caché dans un coin de la sacristie. « Je suis Français , épargnez-moi! s'écria-t-il. — C'est bieui nous te tuons aux frais de la France. » Et le malheureux tombe haché de coups de sabre.

Le P. Billotet avec les autres frères et les professeurs que nous avons nommés était ré-

fugîé dans une chambre au-dessuB de la sacristie* L€â Dr uses s'y précipitent et commencent par les dépouiller de leurs Tétements. Cette œuvre de Yoleurs une fois accomplie, le meurtre y succède. Le frère Bonaciiia est frappé de deux coups de leu, le P. BiUotet à genoux, les bras eu croix, reçoit en priant un coup de pistolet en pleine poitrine qui Tétend roide mort. Tous leurs compagnons ont le même sort, excepté Youssef-Riscbouan et Ibrabim-Âbou- Assi qui parviennent à s'échapper au milieu du désordre. Les frères de ce dernier, Assaad et Michel, grièvement blessés, se sauvent aussi en contrefaisant les morts.

Ce qui se passa ensuite ne saurait jamais fitre trop redit. Lorsqu'il est question des événements de Syrie aucun Français ne doit Toublier.

Les Druses et les Ottomans leurs complices, ou plùt^ leurs directeurs, ne trouvent pas que

. l'outrage à la France ait été encore assez direct et assez marqué. Us abattent le pavillon qui surmontait Tédifice , arrachent de la hampe l'étoffe aux trois couleurs uationalcs, la trempent dans l'huile et s'en servent comme de torche pour allumer Tincendie. Puis quand la flamme a terminé son œuvre , ils ramassent

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une vieille savate, la placent au sommet de la hampe où flottait quelques iustauts auparavant remblèm» de la France, et plantent cet étendard dérisoire au milieu des ruines fumantes de la maison détruite.

Depuis le début des événements c'était la seconde lois que le pavillon de notre pays était insulté par le fanatisme des sectateurs de Mahomet et de Hakem. Un nouyel outrage lui était encore réservé à Déir-el-Kamar.

Les faits que nous venons de raconter se passaient le 18 juin.

Le lendemain 19 les vainqueurs de Zahleb se portèrent en masse sur Déir-ei-Kamar.

Taher-pacha que nous avons vu plus haut

prendre sous sa protection les chrétiens de cette ville et leur faire de si belles promesses, était demeuré quelques jours à Beit-ed-Din et y avait reçu un renfort de 500 hommes d'infanterie régulière venus de Naplouse avec

deux canons. Les troupes turques avec ce renfort montaient en tout à plus de douze cents soldats, force bien suffisante pour tenir tête, si on avait voulu, aux hordes d'Ismaïl-el- Atrasch^ de Kattar-Bey-el-Hamad et de Saïd- Bey-Djemblat. Mais les fonctionnaires ottomans ne le voulaient pas; ils avaient décidé de massacrer. Aussi Taher-pacha , au lieu de rester avec ses soldats, était revenu à Beyrouth après être convenu de tout avec les officiers, pour sauver du moins les apparences en étant absent lors du carnage.

Mais ici, nous laisserons parler les survivants de la population de Déir-ei-Kamar dans le rapport authentique remis par eux aux consuls des diverses puissances européennesaucune description n'aurait autant d'éloquence que leur récit dans sa simplicité même.

« Le 19 juin les Dr uses arrivèrent de tous côtés sur la ville, y pénétrèrent par bandes armées, et, quand ils entraient dans une maison de chrétiens, ils disaient : « Nous venons c< de la part de nos chefs pour vous garder et « empêcher qu'il ne vous arrive aucun nud. »

Les habitants, vovant les Druses entrer chez eux sans en être empêchés par la troupe, s'en

plaignirent au gouverneur, lequel, accompagné des officiers» se rendit chez les cbrétiens pour les tranquilliser et leur dire de n'avoir aucune crainte des Druses qui arrivaient chez euX| et il leur reeommandait surtout de ne point prendre les armes.

a Malgré cela, les chrétiens continuaient à crier et disaient : « Nos maisons sont pleines « de Druses, nous erai^ons beaucoup. » Mais personne ne les écoutait. Des masses de Druses s'étaient introduites dans la ville et dans les maisons. La trompette des soldats sonna, et aussitôt tous les militaires rentrèrent dans leur caserne. Les Druses commencèrent à piller et à prendre les armes des chrétiens; cela dura jusqu'à cinq heures du soir. Il y en eut môme qui pillèrent toute la nuit, étant éclairés par. leurs femmes, manies de lanternes. Dans cettejournée, un chrétien et deux moines furent tués devant la caserne, à cùté de la sentinelle.

« Le lendemain, jeodi 20, les Druses des districts mintes vinrent avec leurs femmes et leurs enfants à Déir-el-Kamar, sans que les troupes s'of^sassent à leur entrée.

« Quand les dirétiens virent cette fimesle situation et le malheur inévitable qui les menaçait, une partie d'entre eux courut se réfugier

au sérail avec lears objets les plus précieux.

Le gouverneur fit ouvrir les portes et les introduisit. Une autre partie des chrétiens gagna Beit-ed-Din et entra dans le palais, où était la troupe commandée par Abdoul-Selam-Bey, lieutenant-colonel.

« Lorsque le pillage fut terminé dans la ville, le massacre y succéda; personne ne fat épargné; des enfants furent éi^orgés sur les genoux de leurs mères, des femmes et des ûUes violées etéventrées sous les yeux de leurs maris et de leurs pères. Cette journée fut terrible. Les cris des femmes et des enfants montaient jusqu'au ciel. Les femmes, tète nue et presque sans vêtements, couraient cà et là par les rues, voyaient leurs maris tués sous leurs yeux, et leurs enfants, même à la mamelle, torturés afft^sement. On dépeçait les hommes dans les rues à coups de hache; des femmes furent brûlées vives après avoir été baignées dans le sang de leurs -enfants; les religieuses ellés-mémes ne furent point épargnées. La ville était jonchée de cadavres, et les rues ruisselaient de sang. ^

« Cependant 1 500 chrétiens environ avaient trouvé un refuge avec leurs familles dans le palais du gouverneur. Excités par le carnage,

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les Druses se portèrent sur ce point. Les soldats leur ouvrirent les portes en présence da eouverneuret du kaïmakan des troupes, et les Druses, mêlés à des musulmans, se jelèrciit sar les chrétiens qui étaitnt dans le sérail, et se mirent à les tailler en pièces.

« Aux uns ils coupaient les doigts des maiiis, disant que leurs doigts pourraient écrire tout seuls. Aux autres ils jetaient de Peau sur la tête, disant qu'avec les. cheveux longs comme les chrétiens, ils avaient besoin d'être rasés, puis ils les décapitaient. Une femme ayant un fils unique, nommé Habib, suppbait les massacreurs d'épargner cet enfant; on le tua sur ses genoux. L'enfant d'une autre femme, âgé de six ans, avait été pris par les Druses et criait à sa mère de racheter sa vie : « Mon ûls, « je n'ai que ma vie à donner pour la tienne, » répondit cette infortunée; alors son enfant fut coupé en deux et les barbares en jetèrent les morceaux dans les bras de la mère, qui en mourut de douleur. Une troisième femme, mariée à un nommé Abdallah-A])ou-Nézin, vit son mari tué devant elle et ses trois enfants égorgés dans ses bras. Une année entière ne suffi* rait pas à raconter toutes les tortures infligées alors aux chrétiens.

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f< Cependant leurs cris n'étaient entendus ni par le gouveroeur, ni par les ofiiciersy ni par les soldats. Les chrétiens baisaient le l>ord de leurs habits, les suppliant de les sauver, mais ils les repoussaient à coups de baïonnette et les livraient aux Druses. Le gouverneur approuvait de la main et montrait aux Druses " quelques individus à tuer qui lui avaient donné tous leurs biens pour être sauvés. Ces scènes se continuèrent jusqu'à ce que tous les chrétiens qui étaient dans le sérail eussent été tués. Deux hommes étaient cachés dans la chambre du gouverneur, les soldats les précipitèrent par la fenêtre et les achevèrent à coups de sabre sur le pavé de la cour. Le sérail était rempli des cadavres et du sang de ces martyrs. >}

Que l'on n'aille pas croire, du reste, que le récit de ce document soit exagéré. Nous avons nous-même entendu les Druses se vanter de leurs exploits sanguinaires, et les mêmes faits nous ont été attestés par les blessés recueillis à rhôpital de Beyrouth et dont nous avons vu les Sœurs de charité panser les hideuses plaies. L'imagination voudrait avoir le droit de douter de tant d'horreurs, mais il faut bien se rendre à l'évidence des faits.

11 est même des détails que nous avons re-

cueillis de la bouche même des survivants et qui ne figurent pas dans la pièce remise aux

consulats. Ainsi plusieurs témoins di^jnes de la plus entière poniiance ont attesté en notre présence, sous le sceau du serment pardevant le consul de Grèce, ce fait, d'une grande importance pour le véritable caractère^ des massacres , qu*une grande partie des victimes de Déïr-el-Kamar ont été tuées sur le crucifix et sur les saintes images par les Druses et les soldats turcs, qui leur disaient avec d'horribles blasphèmes: w Appelle donc maintenant ton Dieu, qu'il vienne à ton secours. »

Nous avons vu aussi à Beyrouth Mme Bischarra*Soussa, et nous avons entendu d'ellemême, comme beaucoup d'autres, le récit de la mort de son mari tué sous ses yeux à Déirel'Kamar.

IMme Bischarra-Soussa est une jeune femme de vingt et un ans, d'une beauté rare ; élevée chez nos Sœur^, elle parle admirablement le français , et tout le monde fait Véloge de son caractère respectable. Son mari, âgé de trente-deux ans/, était le plus riche habitant de béir-el-Kamar, et une liaison presque intime d'amitié existait entre lui et le gouverneur turc de la ville.

Quelques Jours avant le massacre, plusieurs avis furent donnés de Beyrouth à Biseharra-

Soussa pour l'engager à se retirer dans cette dernière ville, jusqu'à ce que la tranquillité fût rétablie. Mais il répondit qu'il ne courait aucun danger, et que les chrétiens de Déir-el- Kamar n'avaient qu'à se louer du mousselim.

Le 20 juin, il fut Fun des premiers à se retirer dans le sérail, sous la protection de son bon ami le gouverneur^ Tant qu'il y eut encore des chrétiens à tuer dans la cour, Bischarra* Soussa parut avoir été oublié des assassins.

Mais, la tuerie achevée, on vint lui dire que le gouverneur le demandait en bas : il descendit. Lorsque ce malheureux se trouva en présence des cadavres amoncelés et des bourreaux dont les sabres dégouttaient de sang, il comprit ce qui Fattendait et s'écria, en se jetant aux genoux du gouverneur : « Dois - je aussi subir le même sort? Rachetez-moi; au nom de

notre amitié, rachetez-moi! » Le gouverneur le

repoussant lui dit : « Va-t'en ; » puis il se tourna vers les Druses ; ^ Tuez-moi ce guiaour ! »

Ce fut alors aux massacreurs eux-mêmes que s'adressa l'infortuné Bischarra-Soussa. Il leur offrit en échange de sa vie tout ce qu'il avait, 30 000 oeques de eoeons renfermés dans ses

magasins y 200 caisses d'étoffes de soie, ses bijoux, ses propriétés territoriales, et 35 000 fr. en argent contenus dans sa caisse. On parut accepter le marché; les marchandises furent acceptées et livrées, Bischarra signa .un acte régulier de cession de ses propriétés. Quand tout cela fut fait, les bourreaux se formèrent en cercle autour de lui. Un scheikh druse lui porta le premier coup sur la tète avec son yatagan. Comme il essayait de résister, on se jeta sur lui, on le garrotta, et Tayant étendu tout nu parterre, on sema sur tout son corps de la poudre à laquelle on mit le feu; ensuite les moustres qui s'acharnaient sur lui tentèrent de Técorcher yivanl. Mais, cette opération étant trop longue et trop difficile, ils lui abattirent à coups de sabre et de hache, d'à* bord les deux bras^ puis les jambes, et enfin la tète.

Mme Biscbarra-Soussa était présente à ce nkartyre de son mari. Les assassins lui laissèrent la vie, et après bien des difficultés, elle

gagna Beyrouth, où elle arriva nu-pieds, presque sans vêtements, et dans 1 état le plus déplorable.

Après avoir fini de tuer au sérail, les bandes d'IsmaïU el-Atrasch et de Kattar-Bey

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vinrent faire la même chose dans le palais de Beit^ed-Din^ puis rentrèrent à Déir-el«Kamar.

L'église de Notre-Dame des Collines, le couvent y attenant et Técole étaient encore debout. Musulmans et Druses les avaient réservés pour le complément de leur œuvre. Hs y pénétrèrent enûn. Vingt prêtres à genoux, les bras en croix, reçurent la mort dans Tasile de la prière en prononçant le nom du Dieu crucifié, tandis que les Druses sonnaient les cloclies et criaient : « Venez, chrétiens, à Tappel de ia messe de vos prêtres, n Un martyre spécial et plus atroce fut le partage du supérieur. Mis (i nu par les bourreaux, on le scalpa pour lui renouveler, disàit-on, sa tonsure; puis avec un khandjar on dessina sur sa poitiiine et sur son dos ses ornements sacerdotaux; on lui coupa les doigts des mains et on les lui fourra dans la bouche en disant par une épouvantable parodie des paroles delà consécration eucharistique : « Prends et mange, ceci est le corps de ton Dieu, n Ce ne fut qu'après toutes ces tortures sans nom que ses assassins lui tranchèrent la tête.

Quant à Técole, elle avait arboré pour se couvrir le drapeau tricolore, comme la maison des Jésuites de Zahleh. Là encore le pavillon - fut abattu, traîné processionnellement dans

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la boue sanglante qui couvrait le ad, souillé

d'immondices et enfin brûlé.

Le nombre des TÎctimes de cette épouvantable journée fut de 2200*

A sept heures du soir on vit arriver Kliourch 1(1 -pacha en personne, qui pour la première fois s'était décidé àquitter son camp de Baabda. Une forte escorte de soldats l'accompagnait.

Son premier soin i'ut de faire forcer les portes d'une maison restée debout, où trois cents chrétiens s'étaient réfugiés : ils avaient été oubliés dans le carnage de la veille. Tous furent passés au fil de l'épée sous les yeux dç Kbourchid.

L'œuvre de destruction était terminée. Kestait à donner à ces événements une couleur favorable pour Fautorité turque , à pouvoir ^ prouver aux consuls la bonne volonté, le zèle du pacha, à leur démontrer que tout s'était fait malgré la réaîstanoe des agents du pouvoir.

Alors, après la tragédie, commença une odieuse et révoiUuite comédie.

Kbourchid -pacha fit tirer deux cotq» de canon pour annoncer la paix, et promener un trompette dans les rues de Déir-el-Kamar, où il ne restait plus un seul chrétien vivant; cet homme annonçait au nom du pacha l'ordre .

intimé aux Dru ses de quitter immédiatement la ville, sous la uienace de faire marcher contre eux les troupes s'ils n'obéissaient pas. Ensuite il fit incendier lui-même la maison du mousselim, afin de pouvoir dire que les Druses l'avaient détruite avec celle des chrétiens.

Pour terminer cette parade^ le mousselim et son fils se dépouillèrent de tous leurs vêtements, ne gardant qu'une chemise déchirée ^ et se rendirent dans ce costume à Beyrouth, où ils commencèrent à courir les rues disant que les Druses les avaient frappés et dépouillés de tout, parce qu'ils défendaient les chrétiens.

Pendant ce temps Khourchid retournait paisiblement à Baabda.

Heureusement la tromperie était trop gros- - sière et personne ne s'y laissa prendre.

En se portant vers Zahieh et ûéir-el-Kamar, la fureur de la guerre s'était éloignée de Bey-

routh.

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Les inquiétudes avaient été grandes dans cette ville, même après la démarche consulaire du 31 mai. On craignait à chaque instant qu'il ne prît fantaisie aux bandes par lesquelles la montagne était dévastée, de descendre sur la ville où Ton n'avait aucun moyen de défense organisé. De plus, si les musulmans des hautes classes montraient des intentions pacifiques, si Ton en voyait quelques-uns, comme Omar Beyoun, le plus riche des négociants de Beyrouth qui professent la religion de Mahomet, ouvrir leurs maisons aux réfugiés chrétiens et leur distribuer du pain et de l'argent, la popuace était prête à se joindre aux Druses pour un massacre des guiaours. En l'absence de navires de guerre européens sur la rade, les consuls étaient fort embarrassés de trouver les moyens de garantir la sûreté de leurs nationaux.

Le 3 juin on avait vu apparaître sur la rade un premier navire européen de haut bord; c'était ia frégate Russe llia Mourometz qui se trouvait sur la côte de Candie et dont le commandant avait pris sur lui, à la première nouvelle du début des massacres, d'accourir sans attendre d'ordres à Beyrouth. Le 13, M. de la Roncière le Nourry, commandant en chef de notre station navale du Levant, que la Senti'

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nelie avait été prévenir au Pirée de ce qui se passait en Syrie, arriva sur la frégate la Zénobie qui portait son pavillon, escorté en outre de la Sentinelle et de laviso V Éclair eur. Enûn , un Taissean de ligne anglaisi l^Eœmùuik^ une corvette de la même nation, U Gamney, et un vapeur de guerre hellénique, VAphroêssaf vinrent se joindre au rendez-vous.

Le 10 un vaisseau de ligne turc mouilla aussi sur la rade, apportant des troupes, et ce qui était une plus grande garantie d'ordre, l'ancien général hongrois Kméty, devenu musulman sous le nom d'ismaïl-pacha, un des défenseurs de Kars, homme énergique et très- ^ bien intentionné.

La tranquillité de la ville paraissait donc assurée. Cependant le 20 juin une émeute terrible éclata dans les rues mémeade Beyrouth, et, sans la présence des navires stationnant en vue de la cité, se serait terminée par un massacre général des chrétiens.

Au point du jour, dans le moment même où les Druses commençaient le sac de Déir-el- Kamar, on trouva dans le bazar de Beyrouth le cadavre d*un musulman assassiné. C'était un garçon boucher, et on sait que les Turcs, ne voulant pas manger la chair d'un animal

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tué par un chrétien, n'admettent que des musuhnane dans cette profeesion. Or (détail que nous ten(HiB de M. Saqnet, médecin sanitaire français qui put examiner le cadavre), cet individu portait à la gorge une large plaie, iudubilablement faite avec un de ces grands couteaux dont les garçons bouchers se serr Tent pour saigner les moutons. Il était donc certain que cet homme avait été tué, à la suite d'une querelle, par un de ees camarades, musulman comme lui.

Mais cela ne faisait pas le compte des Turcs, qui décidèrent que ce fi^le sectateur de Tislam avait été égorgé par un chien de chrétien. A peine la nouvelle se répand-elie qu'une eiïer- ^escence inouïe se déreloppe dans les quarliers musulmans. En vain Omar Bcyoun et quelques autres hommes sages essayent-ils de calmer leurs coreligionnaires; fous leurs efforts * sont perdus. Les boutiques sont fermées, des chrétiens, des Européens même sont menacés et bâtonnés. Des bandes de musulmans armés parcourent les rues eu Tociférant qu'il but en finir avec les guiaours.

Le consul général de France* M* le comte Bentivoglio, se rend au sérail pour demander des explicaliouâ sur tout ce qui se passe au

kthaya du paeha, Achmet-effendi, Tun des plus fanatiques instigateurs des massacres, demeuré pour administrer la ville depuis que Kliourchid était établi à Baabda. Au moment où le consul redescend dans la cour après une conférence assez longue avec le klhaya, un musulman, qui se disait parent de Thomme assassiné, s'écrie : Yoilà le misérable qui tient le meui^ trier caché chez lui. Je vais le tuer. » Kt il s^éiauce le sabre levé contre M. de Bentivoglio. Omar Beyoun, quelques autres musulmans et le drogman qui accompagnait le consul , M. Khadra, se jettent sur cet homme et le retiennent. Le consul ne pâlit pas, mais» peu au courant des mœurs de l'Orient et de la manière de i^enser des Turcs, au lieu d'exiger l'arrestation et le jugement immédiats du coupable ainsi qu'une éclatante réparation de la part da kihaya, il croit faire acte d'une magnanimité opportune en. disant aux assistants : « Cet homme est an fou^ laisses^le aller. » Paroles qui furent prises par les Turcs comme un acte de faiblesse et de crainte, car ou ne gagne jamais à Youloir faire de la générosité avec des hommes qui ne comprennent qu'une chose, remploi de la force matérielle et brutale.

Pour calmer Texaltatioa des esprits^ il Mait

une victime expiatoire au fanatisme musulnian. . Vers trois heures de raprès-midi, on saisit en dehors des portes un malheureux chrétien maronite qui descendait de la montagne, déclarat-il, pour se réfugier en TÎlle. Quelques individus crient que c'est le coupable, et on le traîoe en le chargeant de coups jusqu'au sérail où le kihaya constitue immédiatement un tribunal.

Ce malheureux avait une tache de vin sur une joue, et portait un mouchoir jaune sur la tête. Moyennant un medjtdié d'or (un peu plus de 20 fr.) donné à chacun d'eux, on trouve une femme et un enfant de dix ans» qui déclarent s'être trouvés le matin au moment du meurtre, et avoir vu I assassin, lequel avait une tache de vin à la joue et un mouchoir jaune sur li^ tête. Le chrétien a beau opposer une dénégation formelle , sur la déposition de ces deux témoins que n'admet pas la loi musulmane, il est condamné à mort. Le moufU refuse de signer la sentence (fait pour lequel le pacha le suspendit de ses fonctions); on passe outre malgré ce refus.

Quelques heuresaprès, l'exécution avait lieu sur la place principale de Beyrouth , où le cadavre de Finnocent mis à mort d'une ma-

nière si odieuse était livré à tous lea outragea de la foule muaulmane, et demeurait exposé

peadaat trois jours.

Ce fut là| du reste, la dernière scèue des massacres dans la région Ubanienne.

A force de tuer, les massacreurs s'étaient fatigués, des divisions s'étaient produites parmi eux. L'attitude énergique de la marine française et de son digne commandant, M. de la Roncière, commençait à leur imposer. Des bâtiments se portaient à la moindre alerte Kur tous les points menacés de la côte. On parlait sérieusement de débarquements, et l'exemple de la résolution avec laquelle M. Krautz, commandant de la SenHnelle, avait mis à terre des hommes et du canon pour sauver Sayda, où un nouveau carnage se préparait., montrait assea que les annonces de ce genre seraient réalisées.

Tout cela n était pas de nature à encourager

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