CHAPITRE XVI. LA VIE ET LES TRAVAUX D ISAAC NEWTON O
conseil de l'un de ses oncles, poursuivre ses études au Trinity- College, à Cambridge.
Newton entra donc en 1661 au Trinity-College et, là, il se sentit enfin dans un milieu favorable au développement de ses facultés. Cependant, comme il avait peu de goût pour la société et pour toute occupation ne se rattachant pas aux études scientifiques, il redoutait la turbulence de ses camarades et s'en plaignait à ses amis. Il a tenu, fort heureusement, un journal de ses occupations et nous pouvons ainsi nous faire une idée exacte du haut enseignement donné à cette époque dans les universités anglaises.
Avant son arrivé à Cambridge, il n'avait lu aucun ouvrage de mathématiques ; mais il connaissait la « Logic » de Sanderson, qui -servait alors d'introduction ordinaire à l'étude des sciences exactes. Au commencement de son premier semestre, en octobre, il lui -arriva de se rendre en flânant à la foire de Stourbridge et d'y trouver un traité d'astrologie, qu'il ne put comprendre, car il ne connaissait ni la géométrie, ni la trigonométrie. Il eut ainsi l'idée de se procurer un Euclide et constata avec surprise que les propositions de cet ouvrage lui paraissaient presque évidentes. Il lut ensuite le Clavis d'Oughtred et la Géométrie de Descartes, mais il paraît qu'il «eut quelque difficulté à comprendre ce dernier ouvrage.
Le plaisir qu'il ressentit en venant à bout de ces premières études le confirma dans son intention de se consacrer à l'étude des mathématiques et il passa à YOptique de Kepler, aux œuvres de Viète, SLXixMiscellanea de Van Schooten, et à Y Arithmetica Infinitorum de Wallis. Entre temps, il suivait à l'Université les cours de Barrow.
Relisant plus tard Euclide avec attention, il se fit une haute idée •de cet ouvrage d'enseignement et il lui arrivait d'exprimer ses regrets de ne s'être pas adonné à l'étude de la géométrie avant d'aborder l'analyse algébrique.
Il existe un manuscrit du journal de Newton, daté du 28 mai l665, année où il prit le grade de bachelier -ès-arts; c'est le plus ancien des documents tendant à prouver qu'il inventa le calcul des fluxions. C'est à peu près à la même époque qu'il découvrit le Théorème du binôme (*).
•(') Voir plus loin.
f\ HISTOIRE DES MATHÉMATIQUES
Par suite d'une épidémie, le collège fut fermé pendant une partie des années 1660 et 1666 et, à cette époque, Newton passa plusieurs mois dans sa famille. Ce fut une période de brillantes découvertes.
C'est alors qu'il eut la conception des principes fondamentaux de la gravitation, découverte qui eût suffi à l'immortaliser, et qu'il perfectionna sa méthode des fluxions; dans un manuscrit daté du 16 novembre 1660, il employait les fluxions à la détermination de la tangente et du rayon de courbure en un point quelconque d'une courbe et, en octobre 1660 il les appliquait à plusieurs problèmes relatifs k la théorie des équations. Newton communiqua ces résultats a ses amis et à ses élèves dès J'année 1669; il y revint plus tard, mais il ne les imprima que plusieurs années après.
A la même époque, il imagina des instruments capables de polir des lentilles ayant des formes spéciales autres que la forme sphérique ; et peut-être même commença-t-il alors ses études, célèbres sur la décomposition de la lumière solaire.
La plus grande de ses découvertes est la loi de la gravitation
liverselle.
* La loi de la gravitation universelle s'exprime par la formule
où C est un coefficient constant ; m, mt sont les masses des deux corps, r leur distance, /la force attractive qu'ils exercent l'un sur l'autre. 11 est vraisemblable que Newton ne connut pas de façon bien approchée la valeur de C. Le calcul de C suppose en effet la connaissance du rayon et de la densité moyenne de la Terre, nombres que ne connaissait pas Newton. C'est à peu de chose près la quinze-millionième partie du milligramme. En d'autres termes, deux masses égales à un gramme placées h 1 centimètre l'une dç l'autre s'attirent mutuellement avec une force qui est environ la quinze-millionième partie seulement d'un milligramme. *
Laissons de côté les détails et ne prenons que les chiffres ronds, il semble bien que son raisonnement pour arriver au principe de la