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Histoire des mélaniens du système européen

Le moment n’est pas venu de présenter une monographie des Mélaniens. La faune du système européen est encore trop peu connue, et la science malacologique moderne, telle qu’elle doit être comprise, est encore trop jeune pour une œuvre monographique de cette importance. Une simple histoire suffit pour le moment.

C’est donc un aperçu historique des diverses formes mélaniennes de ma collection que je présente, en priant mes amis d’excuser les erreurs qui auraient pu se glisser dans ce travail, en considération des difficultés que j'ai éprouvées dans l'étude d’une famille où presque toutes les formes ont été comme à plaisir confondues les unes avec les autres.

Dans l’exécution de ce travail j'ai fait table rase, ainst qu'on doit le faire dorénavant, de toutes les opinions

IT. — Annales de Malacologie. — MAT 1884. il

des auteurs. Je les ai toutes mises de côté ; je ne me suis rapporté à personne; mais, en revanche, j'ai vérifié les descriptions premières, j'ai jugé et pesé la valeur de toutes les formes créées ; puis j'ai comparé celles de ma collection avec celles décrites ; enfin, j’ai élevé au rang spécifique les Coquilles inédites chez lesquelles j’ai reconnu, pour le moins, trois signes caractéristiques importants et constants.

Pour un semblable travail, qui n’a l'air de rien, de grandes séries sont indispensables. Je n’aurais jamais pu le mener à bonne fin si je n’avais pas possédé la plus riche collection qui puisse’ s’imaginer, car, sur les 166 formes que je vais mentionner, 5 ou 6 seulement me font défaut. Mais si je possède de telles richesses malacologiques, je les dois à l’obligeance de mes amis, et principalement à mon bien dévoué le conseiller Letourneux, qui, avec un zèle sans pareil, a parcouru et exploré, en savant infatigable, l'Égypte, la Nubie, la Syrie, l'Anatolie, la Turquie, la Grèce, la Dalmatie, le bassin du Danube, les îles méditerranéennes, ainsi que l'Espagne, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, sans compter bien d’autres contrées que j'oublie.

Avant cet érudit jurisconsulte et intrépide malacologiste, je ne connaissais que ce que connaissait le commun des martyrs. Je m’imaginais posséder beaucoup; j'avais les illusions des collectionneurs allemands; mais j’ai été vite désabusé lorsque je vis arriver les résultats des recherches de mon bien cher ami. Ce n’était pas par mille, par dix mille que se chiffraient ses envois, c'était souvent par cent mille échantillons.

J’entre dans ces détails pour que l’on sache que ce Mémoire repose sur la comparaison et l’étude de Mélani-

ses

dées si nombreuses, que l’on ne peut s’en faire une idée.

Lorsqu'on étudie les auteurs qui ont publié des formes mélaniennes, on s'aperçoit de la pauvreté de leurs matériaux. Aucun ne possède de série. Quelques-uns ont 10, 15 ou 20 espèces ou formes (1) différentes ; ceux qui en ont 20 comptent parmi les riches. Le D' Brot, qui s’est adonné d’une façon toute spéciale à l’étude des Mélanidées, en possède à peine une vingtaine du système européen; moi-même, avant ces admirables envois, dont les malacologistes ne peuvent se douter, je n’étais en possession que de bien peu de chose.

En 1870, dans mon Mémoire sur la Faune malacologique du bas Danube, j'ai donné (Annales de malacologte, 1870, p. 65), une liste de 9 espèces, dont une nouvelle, réparties en 5 Melania et # Melanopsis.

En 1877, dans ma Classification des familles et des genres du système européen (p. 43), j'ai admis les genres Melania (type éuberculata); Bugesia (type Bourquignati); Melanella (type Holandri), et Melanopsis, que j'ai divisé en trois groupes : Esperiana (type Espert), Præmorsiana (type præmorsa), et Cariosiana (type cariosa). En tout 57 espèces.

Actuellement, le nombre de ces mêmes Mélaniens atteint le chiffre de 166, et je ne comprends pas parmi eux les Pyrgula, les Paladilhia et les autres espèces des genres classés dans cette famille, genres et espèces dont je m'occuperai à un autre moment.

(1) Les mots forme ou espèce, étant pour moi similaires, ne sont jamais employés que dans un sens abstrait.

AU est

On voit donc qu’en 1870 je connaissais 9 formes: qu’en 1877, sept ans après, j'étais arrivé au chiffre de 57, qu'enfin, en 188k, après sept autres années, Jj'atteins un nombre trois fois plus considérable; et cependant je suis loin de connaître la faune telle qu'elle sera connue dans une vingtaine d'années.

Les vrais Mélaniens du système européen appartiennent aux genres MeLanrA, MELANELLA, BUGESIA, FaGorna, MicrocozpiA et MELANOPSIs.

MELANIA, Lamarck, 1799.

Je ne connais que deux Melania qui soient vraiment acceptables, la 7udaica et la tuberculata. Je ne puis admettre, en effet, l’ægyptiaca de Benson (1), signalée par erreur en Égypte, et encore bien moins la Charreyi, de M. Morelet {Moll. Port., 1845, p. 97, pl. vu, f. 5), mentionnée des lagunes de Villa reale et des eaux saumâtres de la vallée du Tage, près de Lisbonne, attendu que cette forme, loin d’être une Melania, n’est autre chose qu’une PALUDESTRINA de la famille des Paludinidées,

Melania judaien, Roth, Spicil. Moll., 1855, p. 37, pl. n, f. 1-3.

Grande et belle espèce, sans côtes transversales, caractérisée par des sillons spiraux très accentués.

(1) In : L. Reeve, Iconogr. sp., 277.

ee

Dans un petit ruisseau près de la Mer Morte, en Palestine.

Les figures (4-3) données par Roth sont excellentes ; elles suffisent à la connaissance de cette Mélanie.

M. Morelet (Malac. Maroc., p. 71 du tirage à part), en voulant corriger, à son point de vue, quelques erreurs d'appréciation du Dr Paladilhe, affirme que la judaica de Roth n’est autre chose que la costata d'Olivier. Or, tous les malacologistes savent que la costata est une Mélanopside.

Melania tubereulata, Bourquignat, Cat. rais. Moll. Orient., p. 65, 1853, et Malac. Algérie, IT, p. 251, pl. xv, Ê. 1-11, 1864.— (Nerita tuberculata, Müller, Verm. Hist., II, p. 191, 1774.)

Espèce des plus abondantes en Perse, en Mésopotamie, en Syrie, en Égypte, ete., et même en Algérie. Ne se trouve pas en Europe. — Cette Coquille varie à l’infini; ses principales variétés sont :

A. var. maxima. Bourquignat, Mal. Alg., IF, p. 252, pl. xv, Ê. 7, 1864. — Haut. #5-55, diam. 12-15 millim. — Oasis de M’raier, près de Tuggurt (Algérie).

B. var. costata. Bourquignat, Mal. Alg., IF, p. 252, pl. xv, f. 5 et 10. (Strombus costatus, Schrôter, Flussconch, p. 373, pl. vin, f. 1%, 1779). — Striations transversales excessivement fortes, en forme de côtes, tandis que les stries spirales sont fines et délicates. — Algérie, Syrie.

C. var. fasciolata, — Melanoiïides fasciolata, Olivier. Voy. emp. ottom., IT, 1804, p. 40, pl. xxx, f. 7. — Coquille ornée de petites flammules rougeâtres ou bru-

et

nâtres interrompues, placées en séries transversales et symétriques. — Algérie, Égypte, Syrie.

D. var. rubro-punctata. — Melania rubro-punctata, Tristam, Rep. terr. fluv. Moll. Palest. in : Proceed. Zool. Soc. London, 1865, p. 541. — Test transparent d’un corné blanc, avec des séries transversales de petits points rouges. Chez celte variété, la partie supérieure des tours se trouve sculptée par des sillons spiraux; la partie inférieure est lisse ; l'ouverture est relativement plus étroite que chez le type. — Fontaines près de la Mer Morte (Syrie).

E. var. pyramis. — Melania pyramis, v. d. Busch, in : Philippi, abbild. Conch., IT (Melan., tab. 1v, 1847), p. 172, pl. 1v, f. 16. — Côtes nodosiformes sur tous les tours, sauf à la partie inférieure du dernier, où ces côtes sont remplacées par des sillons spiraux. — Syrie.

F. var. sulcata. Bourquignat, Mal. Alg., IE, p. 252, pl. xv, f. 2, 1864. — Coquille costulée et tuberculée sur les tours supérieurs, devenant ensuite simplement sillonnée de rayons spiraux également espacés sur les tours inférieurs. — Algérie.

G. var. thermalis. Bourquignat, Mal. Alg., IF, p. 252, 1864. — (Melania Aristidis, Brondel, mss.). — Bord externe de l’ouverture un peu plus fortement arqué en avant, et columelle un peu plus cintrée à la base. — AL gérie.

H. var. Rothiana. — Melania Rothiana, Mousson, Coq. Roth., 1861, p. 61, et Zristam, Rep. terr. fluv. Moll. Palest. in : Proceed. Zool, Soc. London, 1865, p. 561 et Locard, Malac. lacs Tibér., p. 32, 1883. — Tours supérieurs sillonnés par un petit nombre de lignes spirales (cinq au lieu de sept). Côtes transversales augmentant en gros-

en =

seur et en relief du sommet au dernier tour. Tours moins convexes. Ouverture assez étroite avec un bord columellaire descendant un peu plus vers la base. — Subfossile dans l’alluvion du lac de Tibériade (Syrie).

MELANELLA, Swainson, 1840.

Les Mélanelles du système européen peuvent se diviser en deux grandes séries :

En espèces cerclées ($ 1, zonatæ),

En espèces lisses ($ 2, lævigatæ).

Les cerclées, ou zonatæ, peuvent se répartir en deux groupes : en Holandriana et Fagotiana ;

Les lisses, ou lœvigatæ, en lœvigatiana, crassiana, Letourneuxiana et speciosiana.

Voici, du reste, le conspectus des espèces qui appartiennent à ces séries et à ces différents groupes :

ZONATÆ.

HOLANDRIANA.

Divina, Coronata, Holandri, Eximia, Agnata, Agnatella, Elegans, Pilariana, Crassilabris, Parvula.

FAGOTIANA.

Fagotiana, Krapinensis.

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