CHAPITRE III
Guerre entre Clotairc ot son (Us Cliramnc. — Mort, rrucllc de Cliramnc et de sa famille. — Remords de Clolaire. — IVIomeiit remarquable de sa mort.
Ce fut à l'époque où Clotaire tint seul les rênes du gouvernement que quelques auteurs ont placé la fondation en Normandie du petit royaume d'Yvetot, en faveur de la famille d'un sénieur qu'il avait fait injustement périr : aucun acte, aucun fait constaté ne peut faire regarder comme historique ce récit qui passe aujourd'hui pour une fahle.
Guerre en- La vic cntièrc du roi avait été souillée par
Ire Clnlaire , l • . > p
etsouf.is ses cruautés; ses dernières années lurent trou-
Chramue, ,,, it i il- . i-
blees par les discordes que la haine répandait dans sa famille. Son lils Chramne se révolte de nouveau ; Clotaire marche contre lui : le père et le fils se trouvèrent en présence sur les côtes de la Bretagne. Au premier choc les Bre-
CLOTAIRE. l5l
tons, alliés du prince rebelle, cèdent au courage des Francs ; leur comte est renversé et tué. Chramne , abandonné , cherche vaine- ^^'"^'
cruelle de
ment à fuir un père implacable ; il est pris : ^^"^""f ''^ l'impitoyable roi le fait enfermer avec sa fem- "'''*• me et ses filles dans une chaumière que par ses ordres on livra aux flammes.
Ce monstre, moins lâche, mais aussi atroce Rcmord., que Néron, étouffa ainsi tous les sentimens de la nature; mais il ne put de même étouffer ses remords : depuis ce jour fatal le souvenir de ses perfidies, Timage de ses neveux massacrés, la honte de ses incestes, les cris de son fils dévoré par les flammes l'assiégeaient sur son trône, le poursuivaient dans son lit; il n'est ni gardes ni puissance qui mettent à l'abri de pareils ennemis, \aincnient il fuyait dans les forêts les reproches des hommes et ceux de sa conscience ; superstitieux autant que cruel, chaque objet lui paraissait un fantôme , chaque ombre un spectre.
Comme il chassait un jour dans la forêt deMomomrc-
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Ijruise , une lièvre ardente s alluma clans ses en-d« sa mort. traillcs ; semblable au feu qui avait consumé son fils, elle termina son existence; il mourut un an après le supplice de Chramne , le même jour et à la même heure où son ordre barbare avait été exécuté. Conformément à ses volon-
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(l'S, on TcnteiTa dans l'église de Saint-Médard de Soissons ; il l'avait fondée pour honorer la mémoire de ce saint évêque , dont il respecta la vertu et dont il méprisa les conseils.
Clotaire, avide d'argent comme de pouvoir, avait ordonné qu'à un jour fixe on apportât à son trésor le tiers dc« revenus des évêchés ; la plupart des évéques n'osèrent résister à ce prince sanguinaire : l'évêque de Tours, Tnjuriosus, éleva seul la voix contre lui , non pour défendre la justice et les droits d'une nation jusque-là exempte d'impôts, mais pour soutenir les prétentions d'un ordre que l'ambition éloignait déjà des voies évangéliques.
« Roi, lui dit-il, si vous voulez vous empa- » rer des biens qui appartiennent à Dieu, Dieu » vous enlèvera promptement les vôtres et vo- » tre couronne j car il est souverainement in- » juste que vous , qui devez remplir de vos » grains les granges des pauvres , vous preniez » ceux qu'ils possèdent pour les entasser dans » les vôtres. » Après ces paroles il sortit audacieusement du conseil.
Clotaire, effrayé de ses menaces, lui envoya des messagers pour apaiser son ressentiment, et renonça au projet qu'il avait formé. Il connaissait l'influence des prêtres sur les peuples, et craignait, non sans raison , de donner à la
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révolte une arme révérée. Ses dernières paroles furent une reconnaissance tardive de la force d'un Dieu vengeur; on l'entendit s'écrier d'une voix agitée et mourante : « Ah ! que le » roi des cieux est puissant, lui qui donne la » mort, quand il lui plaît, au plus grand roi » de la terre ! ;;
Ce roi, comme beaucoup de tyrans, montra souvent dans ses discours et dans ses lois une sagesse que démentaient ses actions. Réformateur de la loi salique par un édit donné en 56o, on entendit sortir de sa bouche cruelle ces belles paroles : h Plus on manifeste d'amour pour » la justice et l'intégrité, plus les peuples y ré- » pondent par leur affection et leur dévoue- » ment. » L'article V de cet édit commande de regarder comme nulles toutes les ordonnances royales contraires aux lois; l'article YI, trop favorable à la puissance du clergé , donne aux évêques, en l'absence du roi, le droit de reviser et d'annuler les arrêts des juges. Le même édit remet à l'Eglise toutes les dîmes levées précédemment sur ses biens; enfin il établit l'incommuiabilité de toute propriété quelconque, lorsqu'elle aura été possédée pendant trente ans.
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