CHAPITRE XVIII
CHlLDtRK, II; ILFOALD, MAIRE DV PALAIS. (670.)
Ordonnances de Childéric II contre les grands. — Disgnlce du ministre saint Léger. — Désordres et mort de Childéric H.
C ETTE révolution , abattant l'espoir du parti po- Ordon-
nances de
pulaire, affermissait la domination des grands; ci.iid.^ricii
' ^ contre les
mais elle était trop impérieuse à la fois et trop s«nds. anarchique pour ne pas inquiéter leur propre chef. Le maire Ulfoald, complice ou esclave de leurs passions , voulait en vain protéger leurs usurpations progressives. Saint Léger prit, par son caractère et par le respect qu'il inspirait , un utile ascendant sur l'esprit du jeune roi; il lui fit sentir la nécessité de sortir avec son peuple de l'esclavage des seigneurs; et, conformément au vœu public, Childéric publia des ordonnances pour faire rentrer dans leurs anciennes limites les patriccs, les comtes et les ducs qui tendaient à l'indépendance et voulaient rendre leurs charges inamovibles.
278 GIIILDÉIUC 11.
Les seigneurs, irrilés de ce coup hardi, opposèrent à la vertu de Léger l'artificieuse politique des cours; eniployaiit l'adresse qui séduit au lieu de la force qui iirite , ils corrompirent les mœurs du roi pour s'emparer de son esprit; ils flattèrent ses penchans vicieux pour fermer ses yeux à la vérité, et, en le livrant aux voluptés, l'éloignèrent de la gloire que lui oflrait l'évèque d'Autun.
Bientôt ce prince ne regarda plus le sévère prélat que comme un censeur importun. Le maire Ulfoald par jalousie joignit ses efforts à ceux des mécontens. Enfin la rigidité superstitieuse du saint évêque lui attira un ennemi dangereux qui renversa promptement son crédit; c'était la reine Bilichilde, dont Léger voulait rompre les liens parce qu'elle était cousine du roi, et que l'Église regardait alors de telles unions comme illicites.
Telle était la disposition des esprits, lors^ saint Liger. qu'un évéucmcnt imprévu hâta la disgrâce du prélat ministre. Prix, évêque de Clcrmont, abusant de son ascendant sur une grande dame d'Auvergne , nommée Claudia , avait obtenu d'elle qu'au moment de sa mort, déshéritant sa fille unique, elle donnât tous ses biens à son église : beaucoup de prêtres se servaient alors des armes de la religion pour satisfaire leur
sgrace
Disgrâ du minisire
CIIILDERIC II, 27g
cupidité ; excitant à leur gré l'espérance ou la crainte, ils promettaient les trésors du ciel pour s'emparer de ceux de la terre.
La crédule Claudia obéit et mourut; l'Église alors saisit ses biens; mais ils lui furent disputés par un leude que n'intimidaient pas les menaces de l'enfer. Hector, patrice de Marseille, épris de l'héritière dépouillée, l'enleva, l'épousa et appela l'évêque au tribunal du roi pour lui faire restituer son héritage.
Childéric s'était rendu à Autun avec sa cour pour y célébrer les fêtes de Pâques. Léger prit le parti de l'orpheline et d'Hector; la reine et le maire du palais soutinrent celui de l'évêque de Clermont. Les courtisans, employant leurs armes ordinaires , n'opposèrent à la force de la justice que les poisons de la calomnie. A l'issue d'un festin qui disposait le jeune monarque à la double ivresse du vin et de la colère, ils lui persuadèrent que le patrice et l'évêque d' Autun conspiraient contre lui.
Le roi, dans le premier mouvement de sa fureur, leva son glaive sur le patrice, qui, en fuyant, se déroba à ses coups; mais il fut bientôt atteint et massacré par des soldats envoyés à sa poursuite.
Léger, arrêté sans égard pour ses services et sans respect pour sa dignité, fut enfermé à
aSo CHILDKIUC II.
Luxeuil. Ainsi les vicissitudes du sort lui firent porter les mêmes fers dont il avait chargé son ancien ennemi Ebroin , et réunirent ces deux (jrands débris de la fortune.
Ces deux victimes de l'inconstance des cours, rapprochées par iin malheur commun , déposèrent momentanément leur haine, et, animées alors des mêmes ressentimens, parurent croire que cette haine se changeait en amitié. La mort du patrice et l'exil du légat ayant laissé le champ libre à l'évêque de Clermont , il gagna son injuste cause; mais, arrivé en Auvergne et victime à son tour des mœurs de ce temps barbare où la force remplaçait la justice , il périt assassiné par les parens d'Hector. Désordres II n'est qu'un pas de la faiblesse à la cruau-
«-t nioii de
ciiiidéricii. té ; on abuse d'autant plus du pouvoir qu'on est plus incapable de l'exercer : Childéric, à peine roi , à peine délivré du frein pesant de son ministre, se livra en insensé à ses penchans dissolus : débauchant les femmes , exilant et dépouillant les leudes, opprimant le peuple, on ne vit plus en lui qu'un tyran à la fois odieux et méprisable.
Le roi, irrité contre un seigneur nommé Ijodillon, osa le faire battre de verges; au bruit de cet outrage , l'indignation des grands se change en fureur; ils frémissent, ils se rassem-
Lient, ils conspirent ; ils jurent la mort d'un prince dont le glaive sans gloire n'avait jamais frappé l'ennemi, et ne se levait que pour assassiner.
Bodillon se charge de la vengeance commune; secondé par plusieurs seigneurs , il surprend dans la forêt de Chelles le roi qui l'avait oiFensé; dispersant ses gardes, il l'attaque, le tue, court au palais, et, implacable dans sou courroux, il massacre sans pitié la reine Bilichilde et son fils. Le maire Ulfoald, épouvanté, se réfugia en Austrasie.
Telle fut la fin du seul rejeton de Clovis qui eût osé s'affranchir du joug de ses domestiques; il avait occupé le trône quatorze ans comme esclave d'un maire, et quelques mois comme tvran.
INTERREGNE.