‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 35 sur 50 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

INTEHULGNE.

(fi:3.)

Étal ili-ploial>le de la France. — Nouveau lègiiu de Thierry. — Couronnement de Dacobert.

Eut dépio- La France se trouvait sans roi , les grands sans

rahic (lu la

France, frein , le clergé sans union , le peuple sans appui; aucune autorité ne fermant plus la porte des prisons ou des monastères qui en tenaient lieu, Ébroin et Léger sortirent de leur couvent, plus aigris qu'éclairés par leur malheur.

Thierry s'éloigna des murs de Saint-Denis, cherchant une couronne et un protecteur. La Gaule se vit alors livrée à la plus coiii])léle anarchie; les factions se battaient sans bui. Dans cette horrible confusion il n'était aucun abri contre le briji-andaf^e , aucun asile conlie le meurtre; épouvanté de cet horrible bouleversement, on crut, si l'on s'en rapporte à quelques chroniques du temps, que l'Ant!!-

christ allait paraître, et que le règne du génie du mal était arrivé.

L'excès du malheur faisait partout sentir la Nouveau nécessité du pouvoir; mais les passions turieii- Tiùciry, ses s'opposaient au rétablissement de l'ordre. Enfin les Neustriens et les Bourguignons élevèrent de nouveau Thierry sur le pavois, le placèrent à la tète de leurs guerriers, et lui donnèrent pour maire Leudésius, parent de l'évèque Léger. Ulfoald, à la tète des Austrasiens, prit les armes pour le combattre; et ces deux partis opposés se virent en même temps menacés des fureurs d'Ébroin qui s'était fait un parti nombreux et redoutable d'aventuriers, de gens sans aveu, de mécontens et de scélérats échappés aux supplices.

Cette faction se vit cependant protégée par Couionquelques eveques, et saint (Juen embrassa la D.i^oLcri. cause d'Ébroin. Au milieu de ces troubles, saint Wilfrid, évoque d'Yorck, croyant le moment favorable pour rappeler les droits du prince Dagobcrt, autrefois exilé en Irlande, le ramena en Thuringe; son sort, son nom, sa vie aventureuse réveillèrent l'ancien attachement des Austrasiens pour la race de Clovis, et, en couronnant ce prince, ils mirent fin, non aux troubles, mais à l'interrègne.

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ClIAriTRE XX.

THIERRY, ROI Dli NDISTUIE ET VE BOIRGOCNE ; LEUDtSll S ET ENSUITE ÉBROIN , MAIRES DU PALAIS; DAGOBERT , ROI

d'austrasie ; llkoald, maire.

Habileté, triomphes et crimrs trÉbioin. — ROgne honlciix di' Dagobert. — Sa défaite et sa mort.

Iîjbroin fuyait ce même Thierry qu'il avait autrefois décoré du bandeau des rois et dont l'ék'vation avait causé sa chute. L'Austrasie ne lui offrait qu'un asile, et non le pouvoir qu'il ambitionnait. Les seigneur.s austrasiens étaient cependant abattus par Ulfoald qui, sous le nom de Dagobert, s'efforçait de reprimer leur indomptable orgueil.

Dans la Neustrie , le maire Leudésius, fils d'Archinoald, écoutant les avis de Léger, tenait adroitement une balance éfi;ale entre les partis aristocratique et populaire. Ainsi la France aurait pu jouir quelque temps du repos; mais la paix semblait incompatible avec l'existence d'Ébroin.

Cet homme, qui soutenait une coupable am- Habiieié,

triomphes

bition par de grands talens, possédait, entre et crimes autres qualités, la volonté ferme et la célérité qui déconcertent l'ennemi , triomphent des obstacles et enlèvent les succès. Entouré de sa troupe peu nombreuse, mais hardie, d'aventuriers qui bravaient tous les périls pour conquérir la fortune, il marche rapidement contre l'armée de Thierry, commandée par Leudésius, la surprend près de Sainte -Maxence, la met en fuite, et s'empare des trésors du roi; ce prince et son maire ne durent, dans ce désordre , leur salut qu'à la vitesse de leurs chevaux.

Thierry ne put rallier que fort tard un faible débris de ses forces. Une partie des vaincus courut se ranger sous les lois du vainqueur; car, parmi les Barbares, comme chez les peuples corrompus, le succès attire la foule, et l'infortune est isolée.

Leudésius, ne pouvant plus combattre, négocie, espérant apaiser par des sacrifices l'ambition d'un ennemi qu'il n'a plus le moyen d'arrêter; mais Ébroin, aussi fourbe dans sa politique qu'audacieux dans les combats, invite le maire du palais à une conférence, et le fait lâchement assassiner.

Après ce crime, profitant de la frayeur de

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Thierry qui se cacliait dans un asile secret, au lieu de cherelier des périls honorables, il fit courir le bruil de sa mort, et j)roelama roi un faux Clovis ([u'il disait fils de ClotairelII, conduite habile selon les mœurs du temps ; car les Francs alors, tout en méprisant les princes mérovingiens qu'ils abandonnniont, rasaient, enfermaient ou même immolaient souvent , respectaient encore leur race, et il leur fallait des rois de cette famille , quoiqu'ils n'en fissent plus que de vains simulacres de la royauté. Tandis que tout cédait à la fortune d'Ébroin , Lép^er , fidèle au malheur , défendait encore dans Autun, où il s'était enfermé, le pouvoir expirant de Thierry. Le duc de Champagne, Vevmar, secondé par Didon, évéque de Châlons, vint l'assiéger : après une vigoureuse résistance, Léger, privé de vivres, et forcé de céder au nombre , voulut sauver la ville du pillage, et se livra lui-même à la haine de ses ennemis.

Vainement saint Ouen avait recommandé à Ébroin d'avoir sans cesse la mémoire de Frédégonde présente à son esprit; Ébroin n'écouta cet avis que pour imiter l'exemple qu'on lui conseillait de fuir. Maître du sort d'un rival avec lequel il s'était réconcilié dans leur commune prison , et après lui avoir promis la vie,

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il lui fit arracher les yeux, et récompensa par le don de l'évêché d'Autun le duc Veymar, complice de sa perfidie.

Ce fait prouve que dans ce temps de confusion un évêché tentait l'ambition des leudes, des généraux , et que la crosse épiscopale s'élevait au-dessus de l'épée.

Didon , non moins coupable que lui, obtint pour prix de son dévouement l'évêché de Troyes. La faiblesse humaine se plaint à tort de la tyrannie; c'est elle-même qui fait sa force précaire; le vulgaire est facilement entraîné par la crainte ; mais l'histoire doit convaincre les véritables hommes d'Etat que , si la terreur donne des succès prompts et certains , ils ne sont jamais que passagers. Les leudes de Neustric et de Bourgogne épouvantés se soumirent à Ébroin; Thierry fut le premier qui vint s'offrir à ses chaînes; Ébroin satisfait abandonna le faux Clovis et couronna son nouveau captif.

Un pouvoir, engagé dans la route sanglante de l'injustice, ressent la crainte qu'il inspire, éprouve la haine qu'il excite; c'est une pente funeste et glissante où l'on ne peut s'arrêter ni reculer. La basse soumission des leudes ne pouvait ni rassurer Ébroin ni ralentir ses vengeances; trouvant ou supposant des crimes à tous ceux qui étaient riches ou puissans, il fai-

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sail tomber leurs tètes sous la hache, remplissait son lise de leuis trésors, et enrichissait ses amis (le leurs dépouilles.

Cherchant un prétexte à ses violences, il accusait ses victimes d'avoir contribué à l'assassinat du roi Childéric II. Le malIieureuxLé(i;er et son frère le comte Guérin furent enveloppés dans cette accusation ; des satellites d'Ébroin lapidèrent le comte et coupèrent les lèvres de l'évêque, qui fut enfermé dans l'abbaye de Fécamp.

Dès-lors la haine contre le tyran canonisa Léger et le fit placer au rang des martyrs ; aussi les légendes superstitieuses de cette époque racontent qu'on lui avait arraché la langue, et qu'après ce supplice il n'en parlait qu'avec plus d'éloquence et de facilité.

La terreur régnait partout; les leudes, échappés aux coups d'Ébroin, fuyaient en Austrasie. Dans ce temps où la lâcheté entraînait les guerriers, une partie du clergé crut encore pouvoir opposer une barrière sacrée aux fureurs du tyran ; saint Philibert osa l'accuser hautement d'usurpation et de meurtre; mais, à la honte de l'Église, saint Éloy et saint Ouen condamnèrent son courage à l'exil. Didon et Veymar voulurent aussi mettre des bornes à ses vengeances; mais Ebroin, sans reculer devant

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ces nouveaux ennemis protégés par l'Église, ne fit que changer d'armes pour les combattre ; donnant à sa haine une forme légale, il s'entoura d'un grand nombre de prélats achetés, de p-rands corrompus, qui lui composèrent un tribunal docile , décidé à condamner les tètes qu'il voulait abattre.

Par une sorte de justice divine , Didon et Veymar, qui avaient d'abord favorisé ses violences, périrent les premiers. Les évèques de Sens et de Langres éprouvèrent le même sort : enfin Léger, déjà barbaremcnt mutilé, se vit condamné comme l'un des meurtriers du roi Childéric.

Crodebert, comte du palais , chargé de l'exécution de cet arrêt atroce, refusa d'abord ce honteux emploi; pressé d'obéir, il prit la fuite; mais, découvert dans sa retraite et menacé, la crainte d'être victime le lit bourreau, et son glaive ou celui de ses satellites trancha la tête de l'évêque dans un bois près de Terouenne, qui prit et porte encore aujoui'd'liui le nom de Saint-Léger; car le peuple, par alfection pour la victime et surtout par haine pour l'assassin, honora sa mémoire comme celle d'un martyr, et crut long-temps que ses restes mortels opéraient des miracles dans le bois sacré où ils reposaient.

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, Tandis (juc la Nousdu; vl la Bourgogne gémissaient sous le joii.o; de ccL usurpateur sanguinaire, l'Austrasic était le théâtre d'une autre révolution qui n'enhnîua pas pour elle moins de muUieurs, et (pii l'oiida rapideiiieut les bases du pouvoir prochain d'une nouvelle race royale. Règne Ou (li) communément que le malheur est

DagoLcii. l'école des rois, mais le jeune Dagohert n'eu profita point; il semblait n'avoir rapporté de son exil aucune vertu; il était timide, superstitieux, et croyait, par ses puériles pratiques religieuses, expier les vices auxquels son penchant le livrait. Haï des grands dont il craignait et laissait relever la puissance, il fut loiu'; par quelques légendes, parce qu'il amassait des reliques, bâtissait et dotait des églises; il gouvernait en bon prêtre et en roi faible.

Sa <ip!;,.io Ébroin, méprisant un tel rival, lui avait enlevé plusieurs villes. Les Austrasiens irrités coururent aux armes et forcèrent le timide Dagobert à combattre. Les deux armées se rencontrèrent près de Langres; la fortune couronna encore l'impétuosité d'Ébroin ; il mit ses ennemis en déroute; Dagobert fut pris et tué. L'auteur de la vie de AVilfrid prétend que Dagobert ne périt qu'après le combat; ce piince, dit-il, fut jugé par les grands irrités de leurs revers; ils le coudamuèreut et lui tranchèrent

tt sa liii it.

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la tète; son maire Ulfoald mourut de chagrin. Cette défaite éloigna pour jamais les Austrasiens de la race dégénérée de Clovis. Ils refusèrent de reconnaître Thierry pour roi, et donnèrentrautorité suprême, avec le titre de prince d'Austrasie, à Pépin d'IIéristal et à Martin son cousin.

Une suite de grands hommes justifia ce choix qui annonçait la chute de la dynastie mérovinpiienne : au moment où l'armée austrasienne ralliée consommait cette révolution , saint AVilfrid, évèque d'Yorck, fut arrêté par elle, traversant le territoire qu'elle occupait; la sainteté de son caractère le sauva de la vengeance de ces turbulens guerriers, mais il ne put échapper à leurs violens reproches.

« Comment, lui dirent-ils, êtes-vous assez » téméraire pour paraître dans le pays des >i Francs, vous, la cause de tous nos désastres, )) vous , à qui nos glaives devraient donner la ;) mort pour nous avoir ramené de son exil le )) lâche Dagobert, ce roi sans foi, ce chef sans » courage, qui laissait tomber nos villes sans » défense, flétrissait notre gloire, et méprisait » les conseils des leudcs ; semblable à Roboam , » fils de Salomon, il humiliait le peuple franc, » en lui imposant de lourds tributs; aujour- » d'hui il a expié sa honte et la nôtre; il est

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» vaincu et tué. Allez contempler votre ou- )) vrage et son cadavre gisant sans honneur » sur la terre. »

La violence aurait pu suivre les menaces, mais Wilfricl dut son salut à sa fermeté; sans s'eflVaycr des murmures de cette soldatesque effrénée : « J'ai fait mon devoir, dit-il, en se- » courant l'exilé, en protégeant le malheur; )) j'ai bravé l'injustice des hommes, et obéi à » la justice de Dieu.» Les Francs l'admirèrent, se turent et lui permirent de continuer sa route.

THIERRY. 2gà

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