‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 50 sur 50 · f 1 • Cluldunc · texte numérisé non relu

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un décret de 1 assemblée des rrancs le contraignit à se faire raser et à prendre l'habit de moine dans le couvent de Sithieu ou Saint- Bertin à Saint-Omer en Artois. 11 y mourut deux ans après; car les princes détrônés vivent peu de temps. On croit qu'il avait un lils nommé Théodoric ou Thierry; ce prince, totalement oublié depuis, fut rasé et enfermé dans le couvent de Fontenelle. La race mérovingienne s'éteignit en lui ; elle avait régné trois cent trente-quatre ans, depuis4i8 jusqu'en 752. L'avènement de Pépin au trône fut évidemment une usurpation et une violation des lois de la monarchie; mais il n'est pas moins certain qu'une loi supérieure à toutes les autres, la nécessité, avait rendu cette révolution iné-

• , 11 Gouvcr-

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A dater du moment où Tes Francs s'établi- ""^rac"-.""

SqO CHILDÉRIt: III.

lent dans la Gaule, tout, dans le gouvernement ' (le la première race, porta (];ins l'adminislration du royaume la funeste empreinte de l'invasion et de la conquête. Les vainqueurs, pour vivre en sécurité au milieu des vaincus, ne connurent d'autre système de gouvernement que le système militaire; le peuple des Francs oflVait toujours le spectacle d'une armée; son camp seulement s'était agrandi; il s'étendait sur toute la Gaule : chaque chef de tribu en resta le général pendant la guerre et le juge pendant la paix.

La force des chefs, l'obéissance des soldats, la fidélité des leudes donnèrent quelque temps à la nation subjuguée un repos qui adoucissait la servitude. La guerre se porta au dehors, et ce furent à leur tour les tribus germaines qui tremblèrent et se soumirent aux armes de la Gaule. Mais bientôt les querelles domestiques des rois mérovingiens, leur cruauté et surtout leur faiblesse replongèrent la France dans tous les malheurs de la tyrannie et de l'anarchie.

Les alarmes régnaient partout; on ne pouvait ivulle part trouver un asile paisible, ni un homme certain de conserver sa vie, son bien et sa liberté ; la force était la seule ressource contre l'injustice. Aussi chaque montagne , chaque rocher se couronna de forteresses éle-

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vëes pour se mettre à l'abri des invasions étrangères et des hostilités intérieures. Là, du haut de leurs créneaux , les seigneurs bravaient l'autorité des lois et des rois ; semblables aux oiseaux de proie, ils ne descendaient dans les plaines que pour y exercer d'affreux brigandages.

Tous les droits étaient violés; les désordres d'un état de barbarie succédèrent aux douceurs de la vie sociale. La partie la plus nombreuse du peuple et la plus utile était réduite en esclavage, et le sort des hommes libres, mais pauvres, différait peu de celui des serfs. L'innocent faible cherchait en vain un appui protecteur, et le coupable armé ne trouvait pas de juge qui osât le punir.

Les rois , dépouillés de leur puissance , ne pouvaient faire respecter leur justice, et le maire du palais lui-même, spoliateur de l'autorité royale, ne réunissait les nobles ses égaux sous ses étendards et sous ses ordres, qu'à la triste condition d'autoriser leurs usurpations, leurs violences, et de partager avec eux les débris d'un trône écroulé.

Aussi les sciences, les lettres, effrayées, virent alors leur flambeau s'éteindre totalement. (( Pendant quatre siècles, dit Robertson, l'Eu- » rope entière ne produisit pas un seul écrivain

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» qui méritât d'être lu, soit pour l'élégance du » style, soit pour la justesse ou la nouveauté » des idées, et l'on citerait à peine une seule )) invention utile ou agréable à la société dont )) ce long période puisse s'honorer. » Quand les peuples sont si malheureux , ils fuient la lumière; elle ne ferait qu'éclairer l'immense abîme où ils sont précipités.

u L'état le plus corrompu de la société hu- )) maine, ajoute encore Robertson, est celui » où les peuples ont perdu leur indépendance » et la simplicité de leurs mœurs primitives, » sans être arrivés à ce degré de civilisation » où un sentiment de justice et d'honneur sert » de frein aux passions cruelles et féroces. » Aussi c'est dans l'histoire des temps que nous >i venons dépeindre, plus que dans toute autre » période des annales de l'Europe, qu'on trouve » le plus grand nombre de ces actions atroces » qui frappent l'imagination d'étonnement et » d'horreur. »

La religion, destinée à épurer les âmes en les éclairant, non -seulement fut long- temps une digue impuissante contre ce torrent de vices, mais elle y vit même trop souvent ses propres ministres entraînés; préférant les biens de la terre aux biens célestes, ils écoutaient plus l'intérêt que la foi, et s'occupaient plus à

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propager la superstition qui enrichit les prêtres que la morale évangélique qui éclaire les hommes.

Le fameux saint Eloi même, évêque et ministre , écrivait en ces termes dans le septième siècle : « Celui-là est un bon chrétien qui fré- » quente souvent les églises; qui présente le » sacrifice offert à Dieu sur l'autel; qui ne » goûte pas des fruits de sa propre industrie » avant d'en avoir consacré une partie à Dieu; » qui, à l'approche des saintes fêtes, vit chas- » temcnt même avec sa femme pendant plu- )) sieurs jours , afin de pouvoir s'approcher » avec une conscience pure de l'autel de Dieu , » et qui enfin peut répéter le Credo et la prière » du Seigneur. Rachetez donc vos âmes de la » destruction , tandis que vous en avez les » moyens en votre pouvoir ; offrez des dons M et des dîmes au clergé ; implorez humble- )) ment la protection des saints ; car si vous » observez ces choses , vous pouvez paraître » en assurance au tribunal du juge éternel le » jour qu'il vous appellera à lui, et vous lui » direz : Donne - nous ^ 6 Seigneur , car nous » t'avons donné. »

On voit combien ces préceptes d'égoïsme , d'ignorance et d'avidité s'éloignaient des préceptes évangéliques; les uns étaient dictés par

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l.i passion du pouvoir el des richesses , les autres par Tamour de Dieu et du prochain.

Dans CCS temps harharcvS la Icjjislalion sj)irituelle et temporelle consistait à dire au peuple esclave : Priez , souffrez et rampez ; aux hommes libres : Faites des offrandes et obéissez ; aux leudes et aux nobles : Combattez, commandez , mais donnez ; enfin aux rois et aux nations : Si vous rendez le clergé riche dans ce monde , vous vivrez éternellement heureux dans l'autre.

Le génie de Charles-Martel brilla comme un éclair dans ce chaos. Mais, s'il rendit une vie passagère à la France par la fermeté de son commandement et par féclat de ses victoires , il acheva peut-être de compléter la confusion et la désorganisation sociale. Les rois, en se dépouillant de leurs domaines qu'ils prodiguaient en bénéfices, avaient perdu leur autorité. Charles, pour la ressaisir, confisqua les biens de ses ennemis et s'empara de ceux de l'Église. Cette violence donna naissance aux plus grands désordres. Les sièges de Reims, de Lyon, et grand nombre d'autres, furent dépourvus de pasteurs. Comme l'armée aux yeux de Charles était toute la nation , et qu'il ne connaissait de citoyens que les soldats, les prêtres , dans la crainte d'être dépouillés, ne se

firent aucun scrupule de porter les armes. Ils se couvraient du casque, comme les officiers se paraient de la mitre : les bénéfices ecclésiastiques devinrent en quelque sorte héréditaires; on les faisait entrer dans le commerce ; on les partageait comme les autres biens de famille; on vit dans certains inventaires vendre des églises, des autels, des cloches, des calices, des croix, des reliques; enfin on mariait une fille en lui donnant pour dot une cure dont elle affcirmait la dîme et le casuel.

Ainsi tout dans l'État était confondu : on ne voyait en France que des rois captifs et sans pouvoir, un maire souverain sans droits, des seigneurs sans frr^in, un clergé sans mœurs, et un peu[)k' saris protection. H fallait ou que la France [lérît ou qu'une autorité nouvelle la fit sortir de ce chaos , en donnant à l'anarchie féodale une organisation quelconque.

Péj)in l'osa et réussit; mais, inquiet même après le succès, et peu satisfait d'être *'lu par^.jjp^.'^j^^^,, des grande qui se soumettaient avec peine àP"' ^■''" ''"• leur égal , le pavois de ses prédécesseurs ne lui j).'>rut pis un appui assez solide: connaissjint l'asc. nfiant du clergé sur les peuples, il voulut que l'autel servît de base à son trône. Les évéques lui conseillèrent de ressusciter les coutumes dos juifs. Comme Samuel, saint Bo-

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nifaçe répandit sur le front du nouveau David i'auile sainte j et Pépin espéra qu'en substi^ tuant le droit divin au droit civil, on respecterait plus religieusement l'oint du Seigneur que le leude élu et que le soldat couronné. L'^illustre Montesquieu, en parlant de ce sacre eè de la déposition de Childéric , borne son opinion à ce peu de mots : « Lorsque Pépin n fut couronné roi, ce ne fut qu'une cérémonie «I de plus et un fantôme de moins. *

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