‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 49 sur 50 · CHAPITRE XXXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIY

CniLDLRlC lU, ROI DE FRANCE; PEPIN, MAIRE Dr PALAIS ET DlC d'aUSTRASIE.

Guerre entre Pëpin et Griffon, son frère. — Mort de ce dcmîcr. — Ambition de Pépin. — Déposition de ChildfTic. — Couronnement dePe'pin. — INIort de Ciiilde'ric. — Gouvernement de la première race. — Premier sacre établi jiar Pt'pin.

-TÉ PIN se saisit de l'hûritaî^c do son frère: Guerre

'-' entre Pépin

mais la voix de l'ambition était plus forte chez'-t Griay»,

' son frerc.

lui que celle de la nature; au lieu de partager les biens de Carloman avec Drogon et les autres enfans de son frère , il les fit raser, et les enferma dans un monastère. Dans le même temps, par une inconséquence assez difTicile à expliquer, il mit en liberté son propre frère Griffon , d'autant plus dangereux qu'il était irrité par une longue proscription. 11 l'appela dans son palais, et l'accueillit avec amitié; enfin il lui donna pour apanage douze comtés dans le Maine et dans l'Anjou.

Griffon ne tarda pas à prouver qu'il oubliait

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les bienfaits et ne se souvenait que des injures ; il courut soulever les Saxons, espérant avec leur secours dépouiller de sa puissance un frère dont il voulait être Téjijal et non le vassal.

Pépin marcha rapidement contre lui. Trente mille Esclavons vinrent grossir son armée. Les Saxons ne purent résister à des forces si redoutahlcs; ceux qui voulurent soutenir cette lutte inégale furent vaincus et forcés à recevoir le baptême; les autres prirent la fuite sans combattre.

Griffon, abandonné par eux, se réfugia en Bavière. Le duc Odillon était mort; son fils Tassillon, âgé de six ans, venait de lui succéder; ses tuteurs, bravant le courroux des Francs, accordèrent à Griffon une imprudente hospitalité. Ce prince , aussi ingrat qu'ambitieux , les en punit en soulevant contre eux les Bavarois qui le proclamèrent duc et déposèrent Tassillon.

Les Allemands conclurent une alliance avec lui, et le pape même employa sa médiation auprès de Pépin pour l'engager à ne point combattre son frère.

Pépin , irrité , n'écouta pas les conseils de Rome, qui tout à la fois sollicitait l'appui des Français et craignait l'extension de leur empire; il porta ses armes en Bavière. La fortune

suit toujours un nom que précède la renommée : dés que Pépin parut, les Bavarois et les Allemands, après une légère résistance, se soumirent et rendirent au jeune Tassillon son autorité. Le prêtre Sergius , envoyé par le pape en Bavière, avait osé défendre aux Français, au nom de saint Pierre, de combattre les Allemands : Pépin vainqueur l'appela et lui dit : (( Il est évident que vous n'étiez pas réellement » chargé de me transmettre les ordres de saint )) Pierre; car, si cet apôtre eût trouvé notre » cause injuste, il ne nous aurait pas fait ga- » gner la bataille ; notre victoire doit vous » apprendre la véritable volonté de Dieu, in- » tercédé pour nous par saint Pierre. \ous » voyez qu'ils ont décidé que les Bavarois se- » raient soumis à la France. »

Griffon, sans allié, sans appui, sans ressour^ Mort<ip

, 1 • . • 1 1 I > ' 1 "^"^ dernier.

ces, se vit réduit a implorer la clémence de son frère. Pépin lui pardonna sa rébellion, et lui rendit même le Maine avec l'Anjou; mais le sceptre seul pouvait satisfaire cet esprit inquiet et remuant. Excité à la révolte par quelques seigneurs mécontens , il forma de nouveaux complots; mais, craignant la vengeance de Pépin qui les avait découverts , il se sauva dans les États du duc d'Aquitaine. Bientôt, épris d'un fol amour pour la duchesse d'Aqui-

de Pepiu.

laine, il fut obligé de se dérober par la fuite au ressentiment de son époux ; (juolques brif^ands, ou quelques serviteurs de GaiOVc, l'atteignirent dans les montar^nes et le tuèrent.

Ami.iiiou Pépin * , délivré de tous ses rivaux et vain-

queur de tous ses ennemis, avait enfin fait revivre aux yeux des Français Charles-Martel dans toute sa gloire. Maître des trésors et des forces de l'État , vénéré par un peuple dont la gloire fut toujours l'idole , le trône seul manquait à sa grandeur; l'oubli profond, suite du mépris dans lequel était tombée la race de Clovis, convainquit Pépin que le moment était favorable pour chasser du palais des rois la dernière ombre qui l'occupait.

Tout semblait disposé pour ce grand changement qui devait s'opérer sans secousse, puisqu'il n'était que la fin d'une révolution commencée depuis un siècle. D'ailleurs Pépin, en suivant les traces de son père dans le chemin de la victoire, avait pris pour arriver à son but politique une route différente.

Charles, toujours au milieu des camps, ressuscitant l'esprit militaire des Francs, leur avait bien appris à obéir et à vaincre ; il s'était attaché les leudes en leur donnant des seigneuries, des titres et des richesses; les hommes

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libres mêmes le considéraient comme leur sauveur; il les avait tirés d'une sorte de servitude en leur permettant de se recommander pour des bénéfices, et en leur accordant des concessions fictives de fiefs, c'est-à-dire le droit de devenir leudes en donnant au roi leurs alleux , leurs biens libres , pour les recevoir ensuite du prince en bénéfices; mais en même temps Charles s'était attiré l'ennemi le plus puissant en dépouillant le clergé de ses biens pour enrichir l'armée.

Pépin se réconcilia avec les évêques en leur restituant une grande partie des biens confisqués; par-là il acquit dans les assemblées nationales un ferme appui pour contre-balancer l'esprit indépendant et turbulent des leudes. Décidé à s'emparer de la couronne, il n'avait d'obstacle à craindre que la religion du serment, plus puissante chez les peuples encore barbares que chez les nations civilisées; aussi il employa tous ses soins pour légaliser son usurpation par le consentement national, e( pour la sanctifier même par l'intervention du Saint-Siège, qui , depuis deux siècles, avait acquis une grande autorité sur l'Église gallicane.

Le pape, proscrit dans l'Orient et chancelant en Italie, se trouvait alors très puissant en France : on y regardait ses ordres comme des

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oracles , tandis qu'ils étaient bravés par les Grecs et par les Lombards.

Pépin montra dans sa marclie audacieuse tant de sagesse que de son temps il était passé en proverbe, parmi les Français, de dire, pour louer un homme habile : // est prudent comme Pépin.

Zacharie occupait alors le Saint-Siège ; menacé d'une ruine prochaine par l'empereur d'Orient et par le roi des Lombards, il voulait sauver son indépendance et conquérir sur eux une puissance temporelle. Pépin aspirait au trône : cet intérêt commun les unit étroitement; tous deux, guidés par l'ambition, firent taire la morale, et se promirent réciproquement de se donner des biens dont ils n'avaient pas le droit de disposer : ce fut ainsi que Zacharie accorda au duc de France la couronne que portait un roi mérovingien , et que Pépin donna au pape les villes, les terres et l'exarchat qui appartenaient à l'empereur des Grecs.

Cependant cette négociation dura presque une année ; beaucoup de Icudes , par fidélité ou par jalousie, résistaient aux insinuations de Pépin, et Rome lui opposait quelques scrupules. Saint Bonifacc, évêque de Mayence, célèbre par la conversion des Saxons et des Allemands, payait, par un dévouement sincère

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et par un zèle ardent, la protection que lui avait accordée Pépin ; la vénération qu'il inspirait aux peuples de France et d'Italie entraîna et rallia toutes les opinions.

Dans le mois de mai -52 les grands, les Déposition éveques , le peuple se rassemblèrent a Soissons : rien ne prouve mieux l'excès d'ignorance et de ténèbres où la France était alors tombée , que le silence du siècle sur cet événement mémorable qui enleva le trône aux héritiers de devis. Aucun auteur ne nous en a transmis le moindre détail; quelques chroniques du temps se bornent à dire avec une concision servile ou indifférente que les Francs , assemblés à Soissons, déposèrent Childéric avec le consentement ou par l'ordre du pape , et qu'ils donnèrent la couronne à Pépin.

Daniel est le seul historien qui nous apprenne avec plus de probabilité que de certitude ce qui se passa dans cette célèbre assemblée. Selon lui, les seigneurs les plus dévoués au duc de France , retraçant aux yeux de la nation les exploits de la race de Pépin, la gloire de Charles-Martel, la défaite des Sarrasins, représentèrent vivement au peuple français les périls dont il était encore menacé par le fanatisme des musulmans , par l'esprit turbulent des n.itions tributaires et par l'ambition de leurs

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chefs oij^iioilloux j rcxpéricncc avait prouvé riinpossibililc d'exiger de tant d'esprits remuans un respect sincère et une soumission durable pour des rois méprisables et incapables de régner. Le seul remède aux maux qui accablaient la France était de réunir la puissance au mérite et l'autorité à la gloire. Il fallait enfin, disaient- ils, prier le duc des Français de consolider le bonheur pidjlic, en joignant à son autorité la dignité royale ; et tous devaient rassembler leurs efforts pour vaincre sa modestie, vertu héréditaire dans sa famille comme le courap;e.

Cette grande question, ajoutaient les partisans de la révolution projetée, avait été mûrement examinée sous les rapports de la conscience comme sous ceux de la politique, et l'assentiment du pape à un changement si salutaire pour la France suffisait pour lever tous les scrupules.

Le prêtre Lulle, Burchard, évèque deWurtzbourg, etFulrade, abbé de Saint-Denis, envoyés précédemment à Rome, communiquèrent à l'assemblée la réponse du pape Zacharie. La décision du Saint-Siège disait (( qu'il était juste » et convenable de donner la dignité royale à » celui qui en exerçait déjà pleinement la puis- » sance. » Ainsi le pape, prononçant pour la

ouronnenicnt de

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royauté dejait contre la royauté de droit, conseilla, et même, si l'on en croit Éginard, ordonna la déposition de Childéric et l'élévation de Pépin.

Cet avis, soutenu par l'archevêque de Mayen- c ce, obtint l'assentiment des leudes, des évêques Pepiu et du peuple. Ils élurent Pépin et le portèrent sur le pavois. Le saint archevêque Boniface posa la couronne sur le front du nouveau roi. L'indolent ou l'insensé Childéric fut dégradé; Moud,-

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