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CHAPITRE I

HISTOIRE DES MICROSCOPES SIMPLES ET DU MICROSCOPE SOLAIRE AVANT L’ACHROMATISME.

Le mot de microscope (pupoç petit cxowelv, voir) date du commencement du xvnme siècle. Quelques auteurs disent que c’est Demisiano qui en est le créateur. Kirscher, dans son livre intitulé « Ars magna lacis et umbræ » et qui date de 1646, appelle cet instrument conspicïlium microscopium ou microscopium parastaticum. Il a été nommé engyoscopium par Borellus en 1656 et Zahnen 1685, qui l’appelle encore oculus artificialis . Le nom d’engyoscopelui a été rendu de nos jours par Goring en Angleterre. On a encore désigné les microscopes par les mots de muscaria et pulicuria et aussi par celui d esmicroscopia.

Robin définit le microscope : Un instrument d’optique qui, interposé entre l’œil et un objet rapproché, a la propriété de le faire paraître plus gros qu’il n’est. Nous adopterons cette définition.

Il importe de distinguer parmi ces appareils les deux espèces : microscopes simples qui font voiries objets dans la position qu’on leur a donnée, et les microscopes composés où l’image des objets est renversée.

Les premiers sont plus habituellement désignés sous les noms de loupes, de doublets ou triplets ; la dénomination de microscope est plus spécialement réservée aux seconds.

Appliquons-nous d’abord à faire connaître les premiers âges de ces instruments, nous poursuivrons ensuite cette étude jusqu’à nos jours.

Si nous consultons l’histoire nous retrouvons dans l’antiquité quelques données sur les instruments grossissants: Pline parle de cristaux de roches taillés en lentilles ; suivant Lippert, on doit considérer comme de véritables verres amplifiants certaines pierres taillées convexes ou concaves qui ne sont autres que du cristal déroché ou du béryl, substance appelée aussi aigue-marine. Les Egyptiens connaissaient les loupes ; Lagard aurait trouvé dans les jruines de Ninive de véritables lentilles plan convexes. Les vestales, paraît-il, s’en servaient pour raviver le feu sacré.

Aristophane, 500 ans avant J.-C., parle de l’effet comburant produit par les rayons du soleil recueillis sur un globe de verre. Néron, qui était myope, regardait, dit-on, les combats de gladiateurs au moyen d’une lunette ou lorgnette, munie d unelentille d’émeraude; Sénèque avant Pline semble lui même avoir connu le pouvoir grossissant du verre taillé. D’ailleurs l’exécution de certaines œuvres d’art très minutieuses, que les Romains nous ont laissées, nécessitent presque forcément l’emploi d’instruments grossissants ; ils s'en seraient servis soit pour faire des gravures en creux qu’ils nous ont léguées, soit pour concentrer les rayons calorifiques du soleil.

Tous ces faits sont attestés par plusieurs passages de Plutarque, Jamblichus, Agellius, Pisidias, etc.., et Sénèque

dit assez clairement pour ne laisser aucun doute : « Litteræ quamvis minutæ et obscuræ per vitream pilam aquâ plenam majores clarioresque cernuntur. » (Nat. Quæstiones). Onesi toutefois étonné, comme le dit Mandl, que les anciens n'aient pas songé à appliquer les segments au lieu des globes entiers.

Toutefois, les renseignements que nous avons sur les lentilles de cette époque ne sont pas très-précis et il faut arriver jusque vers le xne siècle pour trouver là-dessus des notions plus exactes. L’arabe Alhazen ben Albazen, qui vivait vers 1100, indiqua le premier d’une façon positive l’action grossissante des verres plan-convexes.

Yitellio, qui écrivait en 1270 et nous transmettait les œuvres d’Alhazen,n’a pas su assez mettre en évidence l’importance de ces données optiques, de telle sorte que c’est à Roger Bacon (1214-1292) que revient l’honneur d’avoir montré le pouvoir amplifiant des lentilles plans-convexe et fait voir qu’il y avait possibilité d’en retirer une application pratique. Il a donné dans son '< Opus majus » des principes qui sont parfaitement applicables au microscope. Ce fut lui qui indiqua l’usage de la loupe et appliqua les propriétés des verres taillés à la construction des lunettes à lire. L’occasion de cette découverte, dit Mandl, fut l’étonnement manifesté par les deux enfants d’un opticien qui s’amusaient à regarder au travers d’une lentille un coq en bois placé au sommet d’une tour.

Vers la fin du xmc siècle, on retrouve déjà trois noms, ceux de Bacon, d’Alexandre de Spina, et de Salvino Armato, attachés à l’art de faire les lunettes.

Record, dans son Chemin de la Science (1551), rapporte

que Bacon façonna à Oxford, un verre qui faisait voir des choses si curieuses, que l’on attribuait généralement son effet à une puissance diabolique. Faisons encore remarquer que ni Alhazen, ni son commentateur Vitellio, ni R. Bacon ne pensèrent à éloigner de l’objet les segments du globe de verre ; ils contemplaient toujours les lettres en plaçant immédiatement les lentilles sur l’écriture.

Voici ce que Charles Chevalier nous dit au sujet de l’histoire des anciens verres grossissants : Le microscope simple fut d’abord une sphère en verre creuse et remplie d’eau ; vint ensuite la lentille travaillée à une époque difficile à déterminer, mais que l’on peut supposer appartenir au xm° ou xiv° siècle. D’après Redi, c'est dans cet intervalle que surgit l’invention des lunettes à lire. Elles furent d’abord biconvexes ; l’aberration de sphéricité était si grande que, lorsqu’on eut pensé à faire usage des diaphragmes, l’ouverture centrale de la lentille était à peine suffisante pour donner passage à la lumière et le champ de vue se trouvait considérablement borné.

Les premiers artistes qui se distinguèrent dans l’art de travailler les verres, furent deux italiens, Eustachio Divini à Rome et surtout Campani à Bologne. Nous reproduisons un microscope de ce dernier. (Voir planche, n° 6).

Les verres grossissants n’avaient pas encore servi jusqu’à l’époque où nous en sommes arrivé à l’étude des animaux et des plantes ; ce ne fut qu’à la fin du xv° siècle et surtout apres l’invention du microscope composé que leur usage fut dirigé de ce côté. A cette époque les savants qui construisaient tous eux-mêmes leurs instruments, ne se servaient que du microscope simple pour leurs études. C’est

avec des loupes fabriquées par eux-mêmes que Leeuwenhoeck, Malpighi, Swammerdam, Lyonnet, Ellis, etc. firent leurs remarquables observations.

Les instruments de Leeuwenhoeck (1068) légués à la Société royale de Londres et qui sont aujourd’hui disséminés ou perdus, sont tous excessivement simples.

Ce sont de très petites lentilles bi-connexes placées entre deux lames de métal, d’argent en général, exactement réunies et percées d’une petite ouverture.

L'objet est fixé sur une tige d’argent ou sur une aiguille, qui, au moyen de vis convenablement disposées, peuvent se mouvoir dans tous les sens. Chaque instrument est spécialement destiné à l’examen d’un ou deux objets et Leeuwenhoeck en avait de grandes quantités à sa disposition. Il a construit environ 247 microscopes et 419 lentilles, soit en diamant, soit en cristal, soit en verre.

Certains de ces microscopes sont composés de plusieurs lentilles représentant des douplets ou des triplets ; ils grossissent jusqu'à 160 fois.

Nous remarquerons aussi que Leeuwenhoek employait un réflecteur en cuivre poli pour l'observation des objets opaques ; Priestley, comme le fait observer Ch. Chevalier, en a fait dessiner dans son ouvrage in titulé « History of Vision » et il est probable que Lieberkiihn avait eu connaissance du miroir de Leeuwenhoeck, lorsqu’il construisit le sien en argent poli. Cependant il est généralement considéré comme l’inventeur de ce perfectionnement:

Signalons encore parmi les microscopes simples d’alors, ceux qu’a laissés Stephen Gray ; nous en donnons ici un pessin (voir planche n° 1).

Comme Leeuwenhoeck, Lieberldihn avait un microscope pour chaque objet à examiner. Il employait pour la fabrication un tube en cuivre fort court, portant à son extrémité oculaire la lentille grossissante fixe au centre du réflecteur en argent poli et à son autre extrémité une lentille planconvexe destinée à condenser la lumière sur le miroir. L'objet était placé au milieu du tube et un mécanisme fort simple permettait de l’amener au foyer. Tous les microscopes de Lieberkiihn étaient des microscopes à main, et ils n’avaient de miroirs réflecteurs que pour l’examen des objets opaques.

Citons aussi les microscopes de Hartsoeker, de Musshenbroeck de Leyde, qui le premier fixa l'instrument sur un étau et sur un pied et imagina le diaphragme, qui ne fut appliqué que bien plus tard au microscope composé.

Ces microscopes simples des premiers observateurs étaient de fortes loupes généralement à une seule lentille très petite et à court foyer.

Mentionnons ceux de Wilson (1702) et de Cuff. Celui de Cuff est décrit dans l’histoire des Corallines publiée par Ellis en 1755 ; il n'est du reste pas très différent de celui que nous connaissons sous le nom de microscope ou loupe montée de Raspail, dont nous aurons l’occasion de reparler. Nous donnerons d’après Baker la description du microscope de Wilson, qui est le type des microscopes à main (voir planche n° 5). Il est composé d’une longue vis à pas très petit qui se meut dans le corps du microscope. Ce corps, d un gros volume, est creux à l’intérieur et cylindrique ; sa partie supérieure est munie d’une lentille bi-convexe. Deux pièces de cuivre rondes et concaves, très minces, avec des trous de diamètres inégaux, servent à couvrir

ce verre et diminuent l’ouverture lorsqu’on se sert des lentilles les plus fortes.

Le corps du microscope renferme trois pièces de cuivre ; l’une de ces pièces présente comme une voûte permettant de glisser un tuyau de verre ; les deux autres pièces sont planes. Une pièce de bois ou d’ivoire creusée en voûte, comme la pièce demi-circulaire dont nous avons parlé, est fixée au corps du microscope. A l’autre bout de l’instrument est un écrou pour recevoir les différentes lentilles destinées à condenser la lumière sur l’objet ; un ressort à boudin est situé entre cette extrémité et les trois pièces de cuivre cidessus mentionnées.

Le microscope est muni d’un manche pour le tenir et est accompagné de sept lentilles différentes, numérotées de 1 à 7 et de puissance moindre depuis le chiffre 1 jusqu’au chiffre 7. Une lame d’ivoire, pouvant se glisser sur les pièces de cuivre et percée de trous, sert de porte-objet. L’objet est placé dans ces trous entre deux lames de verre ; pour l’examiner, on regarde par transparence contre la lumière du jour.

On avait vu également apparaître les doublets, et Huyghens (1629-1695), après Gregory (1663), avait démontré le phénomène d’aberration de sphéricité et indiqué le moyen de corriger ce défaut des lentilles en imaginant les verres de champ. Ce fait se passait en 1670.

Huyghens toutefois ne se doutait pas qu’en apportant ce perfectionnement il diminuait non seulement l’aberration de sphéricité, mais aussi celle de réfrangibilité. Ce fut le jésuite Boscowich qui, vers 1770, démontra ce double avantage.

Huyghens avait, de fait comprendre le premier

que le pouvoir grossissant des microscopes dépend de la brièveté de la distance focale de la lentille formant objectif.

Cuff et Lvonnet, qui appliquèrent le miroir à la loupe, adaptèrent aussi une platine à cet instrument ; elle était fixe

ou mobile le long de la monture.

Adams, en 1710, et Joblot, en 1718, décrivirent et figurèrent des microscopes simples, des doublets et des triplets dont ils s’étaient servis. Dans les instruments du dernier, une crémaillère faisait monter et descendre le corps de l’appareil ; sur d’autres, c’était la platine qui était mobile. Joblot inventa encore une loupe à trois genoux en 1718, fait qui peut être considéré comme le point de départ des microscopes simples articulés.

Baker, en 1753, construisit aussi des loupes à crémaillères.

Pendant la plus grande partie du xvmc siècle, la construction des microscopes et des loupes accomplit des progrès assez lents dans la partie mécanique et le mode d’éclairage.

A cette époque, Wollaston, qui faisait des recherches tendant à diminuer l’aberration de sphéricité tout en augmentant la puissance des lentilles, fit construire un doublet dit périscopique : il était composé de deux lentilles planconvexes de même courbure. Les faces planes étaient rapprochées l’une de l’autre, et entre les deux était un diaphragme dont l’ouverture était égale environ à un cinquième de la longueur focale du doublet

Plus tard, après l’achromatisme, il le modifia à différents

points de vue; nous y reviendrons. Ce fut néanmoins lui qui eut le premier l’idée de faire construire des lentilles composées de plusieurs verres.

Microscope solaire. — En 1656, les modifications que l'on faisait subir aux télescopes de réflexion inspirèrent l’idée d’appliquer le même système aux microscopes. Newton, et après lui les docteurs Robert Baker et Smith, firent des études à ce sujet, et en 1738 on vit paraître le microscope solaire.

Il est dû à Nathanaël Lieberkiihn de Berlin.

La construction de cet instrument est basée sur les mêmes principes que celle de la lanterne magique imaginée par Kirscher en 1665. Il est essentiellement composé d’une lentille puissante destinée à condenser les rayons du soleil sur un objet à observer dont les dimensions sont augmentées par une forte loupe près du foyer de laquelle il se trouve placé.

Cuff y a ajouté un réflecteur et s’est servi du microscope de Wilson pour remplacer la loupe.

Lieberkiihn, plus tard, a adapté son instrument à l’examen des corps opaques.

En 1771, Adams père donna un procédé permettant d’allier le microscope solaire à la chambre obscure, il indiqua le moyen de l’employer le soir à la lampe, d’où le nom de microscope lucernal qu’on donna alors à l’instrument. Tous ces détails sont consignés dans sa micrographie.

On lit dans les Amusements microscopiques de Ledermuller, écrits en 1768, la description d’un microscope solaire associé à une petite chambre obscure. Cet appareil, construit spécialement pour dessiner les objets, est dû au

baron Gleichen. Dans le même ouvrage, on fait encore mention d’un instrument microscopique vertical inventé à cette époque à Leipsig.

Æpinus, Ziehr et Baker s’appliquèrent aussi à perfection, ner cet appareil ; Benjamin Martin lui appliqua les lentilles achromatiques.

Brewter et Goring l'utilisèrent et l’améliorèrent ; Euler remplaça le miroir en verre par un réflecteur métallique, la double réflexion du verre lui paraissait nuisible à la netteté des images.

Cet instrument, dont les effets sont des plus instructifs au point de vue physique, ne sert plus guère aujourd’hui qu'aux amusements optiques.

Un autre instrument que nous ne ferons que signaler, est le mégascope inventé par Charles en 1780. Il repose sur les mêmes principes.

b. — Histoire des microscopes composés avant T achromatisme .

Wilhem Borellus ( de vero telescopii inventore) attribue l’invention du télescope à Zacharias Janssen, fabricant de lunettes à Middelbourg, dans les Pays-Bas, en 1590 ; il ajoute que bientôt après ce même Janssen et son fils Jean ou Hans Janssen firent le premier microscope composé. Borellus s’appuyant sur le témoignage de Borelius, ambassadeur de Belgique en France, prétend que les Janssen auraient donné le premier microscope selon quelques-uns au prince Maurice de Nassau, gouverneur de Belgique, selon les autres à l’archiduc Albert ; peut-être en offrirent-ils un à chacun.

L’Archiduc aurait envoyé le sien à Londres à l’alchimiste et opticien Cornélius Drebbel astronome de Jacques I, où plusieurs vogageurs (Moncomys, journal des voyages, Lyon 1666) et Borellus lui-même le virent plus tard vers 1619. Plusieurs savants l’y visitèrent aussi.

Drebbel se mit dès l’année 1621 à eu construire lui-même et se fît passer pour en être l’inventeur, croyance qui dura longtemps.

Huyghens dit, en effet, dans sa dioptrique, que le microscope était complètement inconnu en 1618 et qu’on n’avait vu les premiers instruments de ce genre qu’en 1621 chez Cornélius Drebbel à Londres. Ce dernier mourut en 1664.

Enfin, quelques-uns, se fondant sur le témoignage du jésuite italien Hyeronimus Sirsalis, l’attribuent à François Fontana,qui prétend lui-même avoir inventé cet instrument en 1618 à Naples, un an avant que Cornélius Drebbel eût porté d’Angleterre à Rome celui des Janssen. Mais cet auteur mérite peu de confiance, comme le fait observer Mandl, et encore moins Sirsalis qui attribue au même opticien l’invention du télescope.

Sisturus, qui écrivit en 1618 un livre sur l’origine et la construction des télescopes, ne dit pas un mot de cette prétendue invention de Fontana, et il est difficille d’admettre qu’il l’eût passée sous silence.

Ajoutons que, d’après une lettre de Galilée du mois de septembre 1610, il paraît certain aussi qu’en allongeant le tube de son télescope et en plaçant des objets très petits près de la pièce oculaire, il avait vu ces objets grossis en regardant par l’autre lentille. Viviani, dans sa vie de Galilée, raconte même que ce grand homme, conduit à l’invention du

microscope par celle du télescope, en fabriqua un qu il envoya en 1612 à Sigisrnond,roi de Pologne. Il ajoute que Galilée travailla pendant 20 ans à perfectionner cet appareil.

Porta fut encore considéré comme 1 auteur du microscope, Record et Viviani s'en étaient aussi disputé l’invention.

Quoiqu’il en soit, la majorité des auteurs l’attribue aux Hollandais Hans etZacharias Janssen en 1590.

L’appareil des Janssen était loin d’être un instrument commode et parfait et l’on s’en ferait une bien mauvaise idée si l’on y voyait même un rudiment de l’instrument si perfectionnée et si précis que nous possédons aujourd’hui. Il se composait d’un tube de cuivre long de six pieds et d’un pouce de diamètre, supporté par trois dauphins également en cuivre, fixés eux-mêmes à une base d’ébène sur laquelle on plaçait les objets à examiner.

Fontana, en 1646, a donné une description de son instrument dans son livre « Novæ terrestrium et cælestium observationes » ; son microscope semble n’être qu’une, imitation de celui de Drebbel qui fut dès 1619 importé à Rome. Il se composait de deux lentilles biconvexes entre lesquelles il en existait une concave. Il avait trois ou quatre pouces de long.

Celui de Drebbel se composait de deux lentilles biconvexes.

Pendant le xvie siècle le microscope composé ne fut qu’un instrument de curiosité scientifique ; toutefois, on commençait à employer la loupe pour les recherches d’Histoire naturelle et Georg Hufnagel, en 1592, publiait à Francfort un travail sur ies insectes qui est basé sur l’emploi de cet instrument.

Le premier microscope composé dont le dessin nous est

Bernard. 2

parvenu est celui de Hooke, il l’a représenté dans sa « Hier o g raphia illustrât a » qui date de 1656.11 avait sept pouces de long- et trois de diamètre, se composait de quatre tubes de tirage renfermant trois lentilles, une objective, une oculaire et une collective ou lentille de champ. Le microscope était presque vertical et pouvait se rapprocher de l’objet. L’éclairage était obtenu àl’aide d’une lampe dontles rayons, traversant une sphère de verre remplie d’eau, étaient concentrés au moyen d’une lentille biconvexe sur l’objet à examiner. Hooke éloignait ou rapprochait à volonté cette troisième lentille.

Quelques auteurs attribuent à Hooke la découverte des lentilles biconvexes ; il donne, en effet, la manière de les construire dans son livre, mais les microscopes de Drebbel et deFoutanaen contenaient déjà.

A la même époque (1668) Eustachio Divini construisait un microscope remarquable pai ses dimensions : 11 se composait d’une lentille objective plan-convexe et d'un oculaire formé de deux verres également plans-convexes adossés par le centre de leur surface bombée. L’oculaire avait un diamètre de plus de trois pouces et le tube la grosseur de la cuisse d’un homme. Sa longueur était de seize pouces et demi. Le grossissement obtenu par l’oculaire le plus faible était de 41 fois ; celui que donnait l’oculaire le plus fort était de 143 fois. Le diamètre du champ visuel variait de huit à seize pouces, suivant la longueur donnée aux tubes engainés.

. Philippe Bonanni a décrit le sien dans sa notice intitulée : « Observât iones circa viventia , quæin rebus non viventibus reperiuntur » . Il est composé de trois verres, un oculaire, un verre de champ et un objectif. Ce microscope se plaçait

horizontalement et la platine portait en arrière un petit tube garni à chaque extrémité d’une lentille convexe destinée à condenser la lumière sur l’objet ; une lampe complétait l’appareil mis en mouvement par une crémaillère. Le porteobjet était constitué par une pince.

Notons que c'est la première fois que nous voyons apparaître l’idée de la crémaillère; remarquons également dans les derniers microscopes construits certains progrès importants, tels que la multiplication des lentilles. Mais, l’éclairage est toujours imparfait, bien qu’on ait fait des efforts pour l’améliorer.

Un ouvrage de Jean Zahn, imprimé à Nuremberg en 1702, donne, relativement aux microscopes, des principes de construction et d’emploi remarquables ; ces articles sont au nombre de onze et s’adressent tant au constructeur qu’à l’observateur. Il décrit plusieurs microscopes composés, entre autres ceux de Dechàles, de Monconys et deux microscopes binoculaires. La construction de l’un d’eux fut enseignée par Jérôme Langenmantel ; il indiqua également la disposition du microscope deGrindl ou Griendelius von Ach, auteur dont on possède également une micrographie imprimée à Nuremberg en 1687.

Quant au nombre de verres que l’on faisait entrer dans la construction d’un microscope, il a varié suivant les idées des constructeurs, les uns n’en avaient que deux, les autres en possédaient cinq. Dans celui de Griendelius il y en avait jusqu'à six qui étaient tous des lentilles plan-convexes. Son microscope était vertical. L’idée de cet instrument lui avait été probablement fournie par le père Chérubin d’Orléans (1671), qui avait parlé d’un microscope dans sa « dioptrique

oculaire» et avait également décrit dans sa «vision parfaite» en 1681 un microscope binoculaire.

Dans les microscopes de Hooke et de Zahn les mouvements du microscope et la mise au point se faisaient en visant le corps qui était vertical sur son support muni d’un pas de vis. Nous donnons une figure de celui de Zahn (voir PI. n° 8).

Après Bonanni nous retrouvons la crémaillère dans les microscopes de Joblot (1718), de Baker (1753), de Cuff, etc. Elle faisait descendre ou monter le corps de l’instrument. Sur d’autres ce fut la platine que l’on rendit mobile, le corps restant fixe.

Joblot, dans son ouvrage intitulé : « Description et usage de plusieurs nouveaux microscopes » et qui date de 1718, a fait connaître quelques perfectionnements ; indépendamment de la crémaillère il multiplia les lentilles de ses microscopes. Son microscope vertical, auquel il a donné le nom de microscope universel, en contenait cinq.

Toutefois, les microscopes composés les plus parfaits de cette époque étaient peut-être ceux que construisit Hertel de Hallé en 1715. Ce dernier réunit dans ses instruments la mobilité autour d’un axe horizontal, permettant la position horizontale et inclinée, la vis micrométrique, la platine et l’éclairage par transparence. Ce furent les premiers microscopes complets ; c’est aussi la première fois que nous voyons la vis micrométrique, dont l’application fut généralisée plus tard par Ch. Chevalier à l’époque où l’on connut les forts grossissements.

D’autres postérieurs en date sont celui de Baillou, il date de 1755, et celui de Brander vers la même époque. Nous en donnons des figures (voir Planches n" 9 et 10).

Les physiciens qui vécurent au xvn° siècle commençaient adonner en parlant des questions d’optique, quelques détails théoriques sur les microscopes et leur fabrication ; il faut citer parmi eux Hevelius (1647), Borellus (1653), Deschartes, Kirscher (1644), Kohlausius, Scheiner, Zahn (1686), Schraderus etc. Leurs indications ne furent pas inutiles.

En Angleterre,aux noms des constructeurs que nous avons déjà cités, il faut ajouter ceux de Gulpeper, Scarlet, Marshall etc., comme attachés à l’histoire de la construction des instruments qui nous occupent.

Notre maître M. le professeur Cornil possède un microscope dû à Passemant, opticien du roi habitant le Louvre, à la fin du siècle dernier. Nous en donnons une figure (voir PI. n° 11). Passemant construisait ses microscopes vers 1780, il était le concurrent de Dellebarre, qui fut chassé de Paris sous la révolution.

Jusqu’ici, nous n’avons encore parlé que du microscope composé dioptrique ; on doi encore au docteur Robert Baker un appareil dit catadioptrique. L’idée en fut suggérée par la lecture des œuvres de Newton datant de 1679. Smith, 1738, fit aussi des travaux analogues. Comme les télescopes de réflexion, ils sont basés sur la théorie des miroirs.

Herschell façonna à Bath, vers 1774, plusieurs microscopes réflecteurs.

Ces instruments sont aujourd’hui complètement tombés dans l’oubli ; voici les noms des principaux constructeurs qui en firent un peu plus tard : Potter, Amici, Tulley, Goring, Cuthberg, Brewster, etc. C’est à Amici et à Goring que sont dus les meilleurs.

Un autre genre de microscope, et que nous retrouverons

après l'application de l’achromatisme, est le microscope binoculaire. Lippershey en 1609 et Reita d’Anvers, en 1645 avaient déjà connu la possibilité de ces instruments. Le père Chérubin d’Orléans, en 1678, en a décrit et figuré un formé de deux tubes réunis à angle, portant en bas deux objectifs contigus et en haut deux oculaires séparés l’un de l’autre par une distance égale à celle des deux yeux. Il en donne une description dans sa Vision 'parfaite, publiée en 1681. D’autres analogues furent employés par Divini, Bonanni, etc.

Ici, comme pour les microscopes simples, nous constatons que les progrès réalisés se ralentissent singulièrement à la fin du xvui® siècle; rien de bien saillant à noter à ce moment.

D’ailleurs, l’anatomie microscopique qui avait, à son origine, reçu une si vive impulsion avec les travaux de Malpighi, Swammerdam. Leeuwenhoeck, Lyonnet, Uartzoecker et d’autres encore, était tombée en discrédit et les gens qui cherchaient à faire des études avec le microscope étaient considérés comme peu sérieux. C’est que il y avait eu comme un abus, et des conclusions prématurées faites par des observateurs peu patients avaient presque jeté le ridicule sur les recherches de ce genre. Les micrographes d'alors avaient cédé trop facilement à ce que Képler appelait exspatiationes ingenii. On pourrait citer comme exemple les rêves étonnants de Nerdham ( Nouvelles découvertes faites par le microscope, Leyde, 1747), sur la force végétative et la vitalité de la nature, les molécules organiques de Buffon qui confondaient les infusoires trouvés dans des substances putrides avec les animalcules spermatiques Haller, à ce sujet,

fait même observer que probablement il n’avait vu ni 1 un ni l’autre.

Nous verrons, avec l’application des théories d’Euler, avec les savants et les opticiens du commencement du xix° siècle reprendre la série des travaux et des constructeurs et des micrographes.

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