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A SCHAVANN
Los travaux de Leeuwenhoeck. de Malpighi, de Swamiii ci dam a\ aient été précédés de quelques travaux d histoire îiatui elle. Citons entre autres le mémoire de Georg Hufnagel sur les insectes (1592). de Francisco Stelluti sur les abeilles (1025), de Lyonnetsur la chenille du saule, de Hooke sur les tissus végétaux, etc. Ces auteurs peuvent être considérés comme les précurseurs de Leeuwenhoeck, Malpighi, Swarnmerdam. Ruysch et quelques autres que nous appellerons les fondateurs de la micrographie médicale.
La découverte des globules du sang remonte à ces observateurs. Ils virent presque simultanément au moyen du microscope que le sang est composé d'une grande quantité de corpuscules rougeâtres flottant dans un liquide, Antoine de Leeuwenhoeck, qui vécut de 1632 à 1723, établit en 1073 que le sang des vertébrés doit sa couleur à ces corpuscules ; il les décrivit ovalaires chez tous, à l'exception des mammifères chez qui il les crut sphériques : d'où le nom de globules qu'on leur donna.
Cependant, en 1658, Swammerdam avait observé les corpuscules ovalaires du sang- de la grenouille, mais sans publier son observation. En 1661, Marcello Malpighi, qui vécut de 1623-1794, avait aperçu dans le sang du hérisson des éléments rouges et arrondis qu il eut le tort de prendre pour des globules de graisse. Ce dernier fut mieux inspiré dans l’étude des phénomènes de la coagulation : en lavant le caillot il le débarrassa de sa matière rouge et reconnut que la trame en était formée par une substance élastique et blanchâtre que Fourcroy au commencement du siècle a nommé fibrine.
La découverte des réseaux et de la circulation capillaires appartient à Malpighi (1661). Il ouvrit la cavité thoracique d’une grenouille et vit le poumon gonflé par l'air s’échapper à travers les lèvres de la plaie. L’examinant à l’œil nu et à la loupe, il reconnut dans les artères un courant sanguin, allant du tronc vers les petites branches, tandis que dans les veines ce cours était inverse. Il croyait d’abord qu’au sortir des artères pour gagner les veines, le liquide sanguin traversait nn espace irrégulier, creusé dans le parenchyme organique ; mais, ayant posé une ligature à la base du poumon gorgé de sang et ayant abandonné cet organe à la dessiccation, il put en soustraire des lames minces assez transparentes et assez faciles à manier pour les maintenir au moyen d’une pince porte-insecte au foyer de son microscope. Il les examina par transparence, suivit la disposition exacte des vaisseaux et reconnut qu’entre les artères et les veines il existe un réseau complet de capillaires. 11 en conclut que le sang traversait dans l’intérieur des organes des vaisseaux extrêmement fins disposés en réseau.
Quelques années plus tard, Leeuwenhœck, étudiait directement la circulation capillaire sur la membrane interdigitale de la grenouille, et sur l’expansion membraneuse de la queue des têtards.
Telles furent à l’origine les découvertes des hématies et de la circulation capillaire ; elles immortalisèrent les noms de Swammerdam, Malpighi et Leeuwenhœck.
Ce fut pendant les premières années du siècle dernier que l’on connut les leucocytes, on les nomma corpusculi rotondi, en 1718, plus tard, Sénac les appela globules du pus (1749), et Spalianzani globules ronds du sang (1777).
Harvey avait reconnu dans le sang une matière coagulable parla chaleur; Gugielmini, en 1791, y constata la présence de sels cristallisables ; Mengini etBadia, vers 1750. y trouvèrent du fer. Rouelle, en 1774, découvrit de la soude dans les cendres du sang.
Au siècle dernier, on se posa aussi cette question : Y at-il au-delà des vaisseaux capillaires sanguins du diamètre d’un globule rouge des vaisseaux plus petits livrant passage seulement au sérum? Bœrhaave, Vieusens, Ferrein, Haller, Sœmmering, admettaient des vaisseaux séreux ; Bleuland, en 1784, croyait même en avoir démontré l’existence. Protchaska, Mascagni, Richerand, étaient de l’avis contraire. Les premiers se fondaient sur les observations de Leeuwenhœck qui parle de vaisseaux admettant seulement des globules séreux.
Dans les premiers âges du microscope, on étudia aussi les lymphatiques. Swammerdam et Gérard Blaes, décrivirent leurs valvules. Ruysch, contrôla leurs travaux et étudia le cours de la lymphe. Le canal thoracique avait été décou-
vert par Eustachio, chez le cheval ; chez l’homme, Vislinguius avait décrit les lymphatiques du mésentère ; Rudbeck, Bartholin et Jolyf, les étudièrent aussi, et plus tard, Nück, Duverney, Meckel, Monro, Werner, W. Hunter, J. Hunter, Hewson (1895), Cruikshank (1787), Mascagni (1787), etc.
Les cellules des plantes étaient connues de Grew (1682) sous le nom de vésicules ; Malpighi les appelait utriculi, vasa utriculiformia (1686), Leeuwenheeck les désignait sous les noms de vesiculæ, membranulæ, corticulæ.
Ent, en 1687, montra le passage direct et sans épanchement du liquide injecté des artères dansles veines. C’étaient Swammerdam et Ruysch qui avaient imaginé d’injecter les tissus pour mieux les étudier.
Les spermatozoïdes auraient été découverts, suivant les uns, par Hartsoecker, âgé de 18 ans en 1674, suivant les autres par un étudiant de Leyde, L. Hamm en 1677, suivant d’autres par Lipstops de Brême en 1688. Dans tous les cas Leeuwenhoeck les connaissait et croyait que la fécondation pouvait avoir lieu plusieurs jours après l’acte de la copulation.
Leeuwenhoeck et Malpighi connaissaient aussi les globules du lait.
Le système nerveux fut étudié par Willis en 1676, Vieusens 1684. Malpighi aperçut le premier avec le microscope la texture fibreuse de la substance blanche, et regarda la substance grise comme glandulaire. C’est Leeuwenhoeck surtout qui a constaté la structure fibrillaire des nerfs. En examinant au microscope un nerf très fin, nerf qui, dit-il, était de l’épaisseur d’un cheveu, il y compte 16 tubes nerveux avec un contour très net et un contenu transparent. C’est de
cette observation que nous vient le nom de tube nerveux. Il imagina ce nom parce qu’il croyait que la fibre nerveuse n’était constituée que par une membrane et un contenu liquide. Il fit aussi des coupes transversales des nerfs et de la moëlle épinière sur lesquelles il remarqua dans chacun des tubes une lumière centrale, ce qui l’affermit encore dans son opinion de la nature tubulaire des fibres nerveuses. Mais, comme il était le seul à manier des instruments assez parfaits pour apercevoir ces détails, l’exactitude de ses découvertes ne fut constatée que longtemps après lui.
Mollinelli, en 1755, crut reconnaître que l’aspect spécial des nerfs dépendait d’une disposition anatomique fixe et soutint que le nerf était divisé transversalement par des cloisons qui dans son intérieur limitaient une série de cellules.
Fontana réfuta cette opinion et dit que l’aspect nacré des nerfs était dû à de simples plis sur lesquels la lumière se réflétait d’une façon variée. Ce qu’il y de certain, c’est que les nerfs ne sont chatoyants que lorsqu’ils ne sont pas tendus ; en cela Fontana avait raison.
Della-Torre, qui examina au microscope la substance nerveuse, en 1776, la considéra comme formée de globules entassés sans ordre dans la masse nerveuse centrale, et en séries linéaires dans les nerfs. Protchaska y vit une pulpe formée également de globules, Barba confirma ses observations et les frères Wenzel dirent que les globules adhéraient entre eux. Home et Bauer crurent que le cerveau était formé de fibres constituées par la réunion de globules d un diamètre semblable à ceux du pus ; puis revenant sur leurs idées, ils dirent qu’il était composé de globules blancs transpa-
rents, de volume variable, de substance gélatineuse et d’un liquide analogue au sérum sanguin.
Ludwig considéra le premier la substance grise des centres nerveux comme fibreuse et se montra 1 adversaire de la théorie dite globulaire.
Le mot de ganglion nerveux a été employé par Riolan fils et Vieusens ; d’autres appelèrent ces amas nerveux plexus gangliformes. Ils ont été étudiés parMeckel, de 1749 à 1753, Joustone, de 1771 à 1795, Haase, en 1762, et Scarpa, en 1779. Ces auteurs ne voyaient là qu'un arrangement sans importance.
flooke, le premier, vit que les muscles étaient composés d’une innombrable quantité de fils déliés, dont il évaluait le volume au centième d’un cheveu, et dont il compare la figure à une série de perles ou de grains de corail. Leeuwenhoeck, après avoir aperçu les fibres musculaires, c/u’il appela primitives, conjectura qu’elles étaient encore composées, se fondant mal à propos sur ce que les spermatozoïdes plus fins que les libres, devaient être pourvus de nerfs et de muscles ; il en donna d’ailleurs des figures très-grossières. Il désigna les faisceaux musculaires sous le nom de fibræ carneæ et leur enveloppe, ou sarcolemme, sous le nom de membranula. Il vit également les stries transversales, qu’il appela rugæ et striæ circulares.
Delahayde représenta assez bien les fibres musculaires. Muys en 1741 donna des muscles une description aussi exacte que longue. Il dit que les fibres étaient le plus souvent cylindriques, rarement noueuses, il les divisa en fibrilles et en fils. Les observations de Protchaskaont appris que les fibres sont parallèles mais pas toujours droites et
que dans la chair cuite elles sont presque toujours flexueuses, que leur forme n’est pas cylindrique, mais aplatie ou prismatique. Leur substance, en outre, est diaphane et paraît solide.
Les frères Wenzel, en examinant au microscope, ont vu chaque fibre composée de corpuscules ronds extrêmement fins. Selon Autenrieth le diamètre de ces fibres serait le cinquième de celui des globules du sang. Sprengel dit que celui des hématies est sept fois plus grand. Bauer et Home ont décrit ces fibres en 1815, comme identiques aux globules du sang dépouillés de leur matière colorante et dont les globules centraux se seraient soudés en filaments.
D’autres admirent que la fibre musculaire est creuse.
Albinus, Haller, Protchaska et Mascagni ont décrit des vaisseaux sanguins aux muscles.
Déjà, à une époque éloignée, on discutait pour savoir si les muscles augmentaient ou diminuaient de voiume pendant la contraction. Swammerdam, Glisson, Goddart et Erman étaient pour la diminution de volume ; Hamberger, Protchaska, Carlislepour l’augmentation; Sœmmering, Sprengel et Meckel pour Légalité.
Malpighi considérait le tissu des os comme résultant de lames de fibres et de filets avec un suc osseux intermédiaire ; c’était, suivant lui, comme une éponge imbibée de tissu osseux. Les canalicules qui, avec la substance fondamentale constitueraientles deux parties essentielles du tissu osseux, ont été découverts par Leeuwenhoeck ; il en est de même de l’émail et des vaisseaux des dents.
Lasone, en 1551 , décrit des lames formées de fibres ossifiées tenant entr’elles par des filets obliques. Reichel, en
1760, en examinant des portions d’os ramollies dans un acide minéral, a vu qu’on pouvait les partager en lames et cellesci en fibres formant un tout poreux et tubuleux qui se continue avec la substance spongieuse.
Havers, en 1691 et en 1731, avait décrit la moelle des os et en avait figuré la structure vésiculeuse ; Albinus en a donné une très belle figure dans ses annotationes academicœ, seulementles vaisseauxy sont représentés trop gros. Mascagni l’a également figurée dans son prodrome.
Le mérite d’avoir montré comment se forme la cavité de la moelle revient à Hun ter. Il publia, en 1780, un mémoire où il établit que, comme l’a vu Duhamel en 1739, l’os s’accroît par apposition extérieure de couches nouvelles, mais il admet qu’en même temps les couches internes se résorbent et il appelle ce phénomène résorption modelante.
Leeuwenhoeck désignale tissu conjonctif en 1719, sous la dénomination de flamenta seu stamina tenuia tendimim. Malpighi ne décrit pas le tissu lamineux, mais il signale nettement à la surface du tronc et des membres l’existence de membrcma carnosa placées au-dessous des membrana adiposa qui d’après lui renfermeraient le tissu adipeux (1665).
Le tissu conjonctif a été décrit plus tard, par Bergen, en 1732, et Haller, en 1738. Ils le désignent comme renfermant de la graisse. Bordeu, en 1767, appelle ce tissu adipeux, tissu muqueux et organe cellulaire. Muys, en 1751, l’a désigné ainsi : fila subtilissima tendimim. Fontana, en 1782, en parle sous le nom de fibres du tissu cellulaire. Mascagni, en parlant des tendons, dit que l’inspection microscopique semble démontrer que ces filaments primitifs résultent d’un amas de vaisseaux absorbants entourés d’une membrane formée
de ces mêmes vaisseaux et d’une autre constituée par des vaisseaux sanguins très déliés figurant un réseau subtil. Morgagni regardait les tendons comme intermédiaires entre les ligaments et les cartilages.
Malpighi un des premiers a vu la graisse former des espèces de grains appendus aux vaisseaux sanguins. Swammerdam dit que c'est une huile liquide renfermée dans des membranules. Bergen a distingué deux tissus cellulaires, celui qu’il appelle lamineux correspond au tissu graisseux. W. Hunter a donné les caractères distinctifs de ce tissu, caractères qui ont ensuite été reconnus plus ou moins exacts et étudiés à nouveau par Janssen (1784), Wolff, Protchaska, Chaussier. Mascagni, Gordon.
Riegel voulut attribuer aux capsules surrénales un rôle de production du tissu graisseux (1790).
Le tissu conjonctif et élastique des vaisseaux a été vu par Nicholls, J. Hunter et Ev. Home, en 1795.
Les membranes séreuses ont été distinguées des autres parties par Bonn en 1763 et Monro en 1788.
Les synoviales tendineuses étaient connues depuis Yésale et Spiegel, Albinus et Janckius les avaient décrites, mais c’est à Fourcroy (1785-1788) et à Monro (1789) qu on doit surtout leur connaissance. Koch en parla aussi en 1780, puis Gerlach en 1793, R.osenmüller 1799, Mouro et Mascagni. Ces deux derniers en donnèrent des figures.
Au sujet des glandes, Malpighi avait annoncé que chacun des grains glanduleux devait être considéré comme un follicule et chaque glande comme une conglomération de iollicules aboutissant à un canal excreteur commun. Peyer, en 1681 et Brunner, en 1715, avaient découvert les glandes qui
portent leur nom. Les villosités intestinales aperçues par Faloppe et Azelli ont été décrites et représentées par Helvétius (1721), Lieberkühn décrivit encore dans l’intestin des glandes qui avaient été aperçues pour la première fois par Galeati en 1737, ce sont les glandes dites de Lieberkühn.
Ruysch n’eut pas la même interprétation des glandes que Malpighi, il prétendait que ce que l'on appelait grain glanduleux consistait uniquement dans des enlacements de vaisseaux fins, dans lesquels les artères se composaient en canaux excréteurs.
Malpighi décrivit les glomérules du rein en 1659 et en 1697 il vit les cryptes de la peau qu’il compara à des vases à fleurs. Il aperçut les papilles du derme et Ruysch quelques temps après les figura. Boerhaave, en 1737, Kaan, en 1738, après Malpighi connurent aussi les cryptes de la peau.
Leeuwenhoeck avait distingué la structure lamelleuse du cristallin, les cellules de l’épiderme, la constitution des poils, les animalcules du tartre dentaire, etc.
Water, en 1741, découvrit les corpusucles de Pacini et les appela papulles nerveuses.
En outre, Lieberkühn, par l’invention du microscope solaire, en 1738, avait donné un certain essor aux études d’histoire naturelle. On vit paraître les recherches de Trembley sur les polypes, les observations de Baker, de Joblot, d’Adams, etc., sur les insectes, les sels, les infusoires.
Tous ces travaux, néanmoins, répondaient à un sentiment de curiosité plutôt qu’à un réel amour de la science.
Au point de vue de l’anatomie pathologique, les découvertes anciennes sont peu nombreuses. Cependant, Leeuwenhoeck nous a laissé des documents intéressants pour
Bernard. $
l’époque sur les sédiments urinaires, les formes cristallines composant les calculs vésicaux et la pili-miction (1708).
Citons encore des travaux sur l’acarus de la gale par Hauptmann (1657), Haffenreffer (1660), Muller (1682), Cestoni. De Gier le décrivit de nouveau en 1778. Gorn en Allemagne (1718), Sénac en France, parlèrent des globules du pus, firent connaître les fausses membranes. Schaffner décrivit la structure des granulations cicatricielles, qu’il crut formées d’un amas de capillaires parallèles.
Deux naturalistes russes, Pallas, en 1767, et Goeze, en 1782, décrivirent les kystes à échinocoques.
Boerhaave construisit toute une partie de sa théorie de l’obstruction sur la structure du globe sanguin telle que l’avait indiquée Leeuwenhoeck.
Vésale et Malpighi décrivirent le tissu érectile.
Enfin Nyander, soutenant sa thèse avec Linné, prétendit que la plupart des maladies infectueuses étaient dues à des insectes microscopiques.
Outre les noms des micrographes du siècle dernier que nous avons cités en faisant mention de leurs travaux, il faut mentionner en France : Ferrerius, Arvennas, Chourens, Guil. Menadus, Steph. Bressyens, Chalomonius et M. de Servié ; en Angleterre, de Rives, Isaac Voss, de Hudd ; en Italie, Toricellus, Settala, Divini, Th. Moretus ; en Belgique, Laperhey ; à Middelbourg, Drebbel ; en Allemagne, Kirscher; l’électeur Titelius à Breslau ; Weichmann à Ulm ; Wiselius à Augsbourg, et Mattmüller à Vienne.
Le microscope, malgré tout, était un peu discrédité à la fin du siècle dernier ; c’est ce qui explique pourquoi Ledermüller, en 1764, écrivait dans ses Amusements microsco'pi-
qucs : « Il y a certaines gens qui regardent le microscope comme une très pitoyable badinerie d’enfant; j’en ai ouï soupirer de ce que des personnes, autrement de bon sens et d’érudition, pouvaient si mal employer leurs heures de loisir. Leurs doigts les décèlent dès que les égards ou la politesse les obligent à porter aux yeux seulement un microscope simple. Il y en a pour rire de voir l’air gauche dont ils s’y prennent, et au bout du compte ils conviennent ordinairement qu’il n’est pas aussi aisé et facile de faire des essais microscopiques qu’ils s’étaient figurés ; mais ceux-là ne sont pas des nôtres. »
Certainement, à part quelques découvertes, il y eut un grand ralentissement dans les études qui nous occupent ; l’impulsion donnée par les travaux de Leeuwenhoeck, Malpighi, etc., était déjà loin. De plus, quelques observateurs avaient encombré la science d’erreurs en voulant trop tôt généraliser. Les observations de Monro et ses illusions reconnues par lui-même ne pouvaient nullement engager les savants à se servir du microscope composé, et ceux qui, comme Della-Torre, Fontana et Protchaska, se faisaient remarquer par le sérieux de leurs travaux, se servaient du microscope simple : « Vers la fin du siècle dernier, a écrit Milne-Edwards, le microscope eut le sort de tant d’autres choses nouvelles ; après en avoir exagéré l’utilité et s’en être servi pour étayer de folles spéculations de l’esprit, on se jeta dans l’excès contraire, puis on en négligea presque entièrement l’emploi, et l’on ne parla qu’avec méfiance des résultats obtenus à l’aide de son usage. On alla même jusqu à révoquer en doute l’existence des globules du sang et 1 on attribua a des illusions d’optique ce que Leeuwenhoeck
et ses successeurs en avaient dit. Pendant quelque temps, les découvertes des microscopes furent donc, en quelque sorte, perdues pour la physiologie, et il a fallu, pour les faire rentrer dans la science, qu’elles aient eu la sanction d observateurs modernes, dont tous les travaux portaient le cachet de ces esprits rigoureux qui ne se laissent convaincre qu après avoir acquis toutes les preuves nécessaires pour convaincre autrui. »
L’histologie n’était donc encore au commencement du siècle qu’un assemblage incohérent de faits isolés et indéterminés. Faloppe, vers 1600, avait bien essayé une classification ; mais, à son époque, elle ne pouvait être basée, la structure intime des organes étant complètement inconnue. Un autre auteur, Boldeu, avait aussi publié un livre, en 1767, intitulé Traité du tissu muqueux.
Cet essai peut être envisagé comme le premier monument élevé à l’anatomie générale et son auteur considéré comme le précurseur de Bichat.
Dans son origine, l’anatomie générale se fit sans microscope ; Bichat, lui-même, n’en faisait pas usage. Après lui, on continua encore pendant assez longtemps à faire des observations à l’œil nu et à les contrôler par l’étude des propriétés physiologiques que l’on constatait sur les tissus.
Sur les nerfs, les notions étaient bien insuffisantes et la science à cette époque était même en retard sur Leeuwenhoeck dont les découvertes, faute d’instruments suffisants et d’observateurs assez patients, n’avaient pu être contrôlées. Bichat lui-même considérait les nerfs comme formés d’une enveloppe membraneuse contenant une substance qu’il appelait la moelle nerveuse ; cette matière s’y trouvait renfer-
mée comme le sang dans ses vaisseaux. De même, pour lui, le sang n’était guère qu’un liquide coloré.
Néanmoins, Bichat a eu l’immense mérite de coordonner les matériaux assemblés par ses prédécesseurs et de les envisager dans leurs rapports avec la physiologie et la médecine. L’anatomie générale de Bichat, fut publiée en 1801 ; c’était le premier travail scientifique sur l’histologie. Il admettait 21 tissus.
En 1806, l’Académie de Gœttingue avait mis au concours la question de la structure des plantes, de Mirbel y envoya un mémoire qui fut combattu par Treviranus etparCurtius Sprenzel. Il y avait quatre ans que la véritable structure des plantes avait été découverte à Halle par une certaine madame G.., (elle n’est pas désignée autrement dans les lettres de Sprengel), qui étudiait l'anatomie végétale sous la direction de Sprengel. Elle avait vu, en suivant le développement du haricot, que les cloisons intercellulaires n’étaient pas simples, comme l’avait cru M. Mirbel, mais doubles et formées par la juxtaposition d’utricules qui se pressent réciproquement les uns les autres et dont les parois finissent, en effet, par se souder.
C’est de cette époque que le mot de cellule a pris la signification qu’il a conservée en botanique, désignant non pas la cavité indépendante de l’enveloppe, comme l’entendait de Mirbel, mais la cavité avec sa paroi, ou en d’autres termes un élément anatomique creux.
Nous signalons ces faits parce qu’il sont non-seulement très importants en anatomie des plantes, mais encore parce qu’ils sont le point de départ de l’histologie zoologique tout entière et qu’à partir de ce moment, l'opinion, déjà for-
mulée par Blumembach, se répandit que les animaux étaient constitués exactement comme les végétaux et formés d’un assemblage de cellules composées elles-mêmes d’une paroi propre enveloppant une cavité.
De Mirbel, donc, considérait les cellules comme non isolables et formant un tissu continu par suite de la communauté des cloisons interposées à elles. Il montra quelles ne sont pas reliées entr’elles par des fibres, mais que les vaisseaux et les fibres des plantes ne sont que des modifications des cellules. Il appela ces parties des plantes organes élémentaires et les divisa en deux groupes, les vaisseaux et les cellules. Les expressions d’utricule et de cellule ont été adoptées depuis de Mirbel et ses contemporains Sprengel (1802), Bernhardi (1805), Treviranus (1806), Karl Rudolphi (1807). Fontana, en 1781, donnait le nom de vésicules aux cellules adipenses et épithéliales.
C’est au commencement de ce siècle que Prévost et Duma firent leurs études sur le sang et qu’ils étudièrent les phénomènes de la segmentation cellulaire sur l’œuf de la grenouille sous les titres de formation de sillons et division en segments (1824).
Bichat avait défini les glandes des organes plus ou moins arrondis parcourus par un grand nombre de vaisseaux et pourvus de conduits excréteurs ramifiés qui aboutissent aux membrames tégumentaires et versent à leur surface un liquide excrété.
Murray avait indiqué la ressemblance qui existe entre les tendons les ligaments et les aponévroses. Isenflamm en 1800 avait fait quelques remarques sur ces tissus ; Bichat leur donna le nom de tissu fibreux.
Chaussier regardait leurs fibres comme primitives ; il appela le tissu conjonctif de divers noms (1803), tissu lamineux, cellulaire, filamenteux, réticulé, etc. Meckel lui donna le nom de tissu cellulaire (1825), de Blainville d’élément générateur (1822).
Isenflamm le croyait formé de filaments cellulaires imprégnés de gluten et d’albumine. Roux décrivit ses fibres, Bayle et Laennec les étudièrent aussi. Béclard en 1823 et Meckel en 1824 considérèrent les séreuses comme n’étant qu'une légère modification du tissu cellulaire.
Les premiers jours du xixe siècle virent aussi l’applicatton du microscope à la pathologie. Un anglais, Wilson Philips, de 1820 à 1823, étudia les phénomènes de la vascularisation liés à l’inflammation. Il fit ses expériences sur le mésentère des grenouilles. Thomson (1827), Hastings et Kaltenbrunner en 1826 s’engagèrent aussi dans cette voie et agrandirent le cercle de l’expérimentation.
Le travail de Gruithuisen sur le pus mérite aussi d’être cité.
Quant à ceux qui ont trait aux microzoaires, ils sont inférieurs à ceux du siècle précédent et renferment des erreurs.
Comme Bichat, Schwann eut ses précurseurs ; nous avons déjà cité Tréviranus, Sprengel et de Mirbel, nous pouvons encore et surtout considérer comme tels Raspail et Dutrochet.
Ces deux observateurs, se plaçanta des points de vue différents, étaient arrivés à soutenir la constitution cellulaire ou plutôt utriculaire des animaux.
Raspail, se plaçant au point de vue de la chimie, chercha une comparaison entre la matière inorganique et la matière
organique, et, d’après lui, tandis que la matière inorganique cristallise en masses anguleuses, la matière organique cristallise en vésicules. Cette dernière, composée d’abord d’hydrogène et de carbonne, est amorphe et constitue'un liquide oléagineux. Elle absorbe facilement l’oxygène et lorsqu’elle est répandue dans l’eau elle prend facilement la forme globuleuse. Si, alors, elle se combine à des bases inorganiques, chaque globule s’entoure d’une membrane et devient ainsi une vésicule. Tous les tissus vivants sont constitués par des vésicules semblables. « Donnez-moi, dit l’auteur, une vésicule capable d’absorber et je vous ferai un organisme. » Les végétaux et les animaux auraient la même constitution élémentaire ; un globule d’amidon serait l’analogue d’une vésicule adipense.
Nous trouvons là deux idées, la formation des éléments organiques par un mécanisme analogue à celui de la cristallisation, et l’analogie de la structure des végétaux et des animaux.
Dutrochet, de son côté, était arrivé à une conception analogue, mais son point de départ était différent. Ayant découvert l’endosmose, il crut y trouver la raison des phénomènes de la vie. Les organismes vivants, végétaux et animaux, sont, d’après cet auteur, composés d’utricules semblables. Ayant examiné d’abord certaines glandes des Mollusques, il les vit formées de cellules grandes, claires et d’inégales dimensions. Mais, lorsque, poursuivant plus loin l’analyse, Dutrochet nous dit qu’ayant fait des préparations du cerveau, du foie, de la rate, il trouva dans tous ces organes des cellules identiques dans leur forme et dans leur
structure, il enlève, pour ainsi dire, toute valeur à sa première observation.
Les théories vésiculaires de Raspail et Dutrochet, dit Me Ranvier, n’ont fait aucun partisan parce qu’elles n’étaient pas fondées ; il ne faut y remarquer que l’idée dominante qu’il y a analogie de structure élémentaire entre les végétaux et les animaux.
§ Il