SCHWANN
Schleiden admettait comme Turpin et de Mirbel que la cellule est un petit organisme, que chaque plante, même la plus élevée, est un agrégat de cellules complètement individualisées et d’une existence distincte en soi. Robert Brown apporta plus de précision dans ce qui concerne la structure de cet élément, il décrivit le noyau dans les cellules des Asclépiadées et des Orchidées.
Schleiden, en 1838, n'admettait qu’un mode de production des cellules : autour des granulations isolées représentant autant de nucléoles libres, se disposait un amas granuleux d’abord mal limité, mais devenant de plus en plus régulier. Cet amas était le noyau, qub précédant toujours le corps de la cellule, était précédé lui-même du nucléole. Sur le noyau s’élevait une vésicule transparente, commencement et centre de développement de la paroi cellulaire. L'espace compris entre le noyau et la paroi était rempli de liquide.
En 1839, parut le livre de Schwann intitulé « Recherches
microscopiques sur les analogies de structure et de développement entre les animaux et les plantes. »
Schwann, admettant les théories de Schleiden, les étendait aux animaux et établissait sur des bases solides la théorie cellulaire. Il résulte de ses travaux que la cellule, aussi bien chez les animaux que chez les végétaux est l’unité organique par excellence, le corps le plus simple où la vie soit individualisée, de telle sorte que certains individus vivants, végétaux ou animaux, possédant les fonctions de nutrition, de mouvement et de reproduction, sont formés d’une seule cellule. Chez les êtres plus compliqués, les cellules s’entourent d'une substance intercellulaire variable pour composer les tissus et les organes dont elles sont les parties essentielles. D’après Schwann, cette substance intercellulaire constituerait le cytoblastème destiné au développement des cellules nouvelles.
Pour cet auteur, la cellule était composée : 1° d’une membrane d’enveloppe ; 2° d’un contenu plus ou moins liquide ; 3° d’un noyau ; 4° d’un ou plusieurs nucléoles inclus dans l’intérieur du noyau.
Cette conception et cette définition de la cellule ont été acceptées par ses successeurs, qui. cependant, ont modifié plus ou moins ses vues, surtout en ce qui concerne sa formation.
Schwann admettait une formation libre des cellules dans un liquide générateur primitif ou placé, comme nous l’avons dit, entre les cellules préexistantes. Dans ce liquide, apparaissait une granulation, rudiment du nucléole ; autour de celui-ci se montraient de nouvelles granulations qui s entouraient d’une membrane et le noyau était formé. Le noyau
agissait sur le blastème environnant, de nouveaux granules se montraient, s’entouraient bientôt d’une membrane cellulaire et dès lors était constitué l’élément complet appelé la cellule.
Telles étaient les croyances de Schwann sur les cellules et leur génération ; nous verrons qu’elle idée on s’en fit plus tard. Quoi qu’il en soit, les fondements de l’histologie étaient jetés et toute la jeune génération des savants de cette époque marcha sur ses traces.
Ce que nous tenons à faire constater, pour ne pas perdre de vue le sujet qui nous occupe et pour montrer les relations qui existent entre le microscope en tant qu'instrument et les découvertes qui lui sont dus, c’est que toutes ces conceptions nouvelles des tissus, ces descriptions des cellules tant par Schleiden que par Schwann ont coïncidé avec le plus grand des perfectionnements de l’instrument, à savoir l’achromatisme. Dorénavant on pourra avoir confiance dans les données du microscope.
Abordons maintenant quelques-uns des principaux problèmes de l'histologie et montrons comment, microscope en main, on en est arrivé aux solutions aujourd’hni admises. Pour cela, passons en revue le sang, les différents tissus et les glandes de l’économie et donnons comme un aperçu historique de leur étude.
La conception delà cellule, d'après Schwann, a duré jusqu'au moment où Schültze (1861), et Brucke (1862), ont démontré qu’un grand nombre de cellules ne possèdent pas de membrane d'enveloppe. Aujourd’hui, en- effet, on définit la cellule, une masse de protoplasma contenant un ou plusieurs noyaux.
On a constaté chez la cellule des mouvements amiboïdes ; cette découverte est généralement attribuée à Dujardin, par suite de la confusion faite entre ces mouvements et les excroissances sarcodiques décrites par cet auteur. Il n’a vu ni les mouvements des prolongements qu’il décrit, ni la progression des cellules. Le premier qui ait vraiment signalé ces propriétés est Wharton Jones, en 1846. Avant lui, Siebold et Kôlliker avaient vu des mouvements analogues chez des planaires, mais ils considéraient cela comme un fait étrange. Depuis 1846, on a constaté ces mouvements sur des éléments de toute espèce. On les considère comme une propriété générale d’un grand nombre de cellules.
Schleiden, en 1838, avaitdonné le nom de cytoblates au noyau. C’est Mohl, en 1843, qui a employé pour la première fois le mot de protoplasma.
Schwann ne connaissait pas la multiplication des cellules par scission, c’est Remak, en 1841, qui l’observa le premier sur les globules du sang et pour lui c’était le noyau qui jouait le rôle principal dans cette scission. C’est là la multiplication, dite endogène. Plus tard, Kôlliker, Virchow, etc., établirent que non-seulement le noj^au, mais encore toute la cellule participe à la segmentation ; c’est ce qu'on appelle la fissiparité. La théorie de Schwann se trouvait ruinée.
En somme, entre la conception des tissus telle que l’admettait Schwann et celle que reconnaît Schültze, il existe ce point commun, c’est que tous deux font dériver le tissu de la cellule; où ilsMiffèrent, c’est lorsque Schwann dit que les éléments cellulaires sont séparés par un blastème, point de départ de toute cellule, tandis que Schültze prétend que la substance fondamentale résulte toute entière d’une trans-
formation successive des couches les plus superficielles du protoplasma de chaque cellule.
Telle est, en deux mots, l’histoire de la cellule telle qu’on la concevait autrefois, et telle qu’on la conçoit aujourd'hui. Schwannla considérait comme naissant de toutes pièces du cytoblastème. Rernak a montré la multiplication endogène, plus tard, Kolliker et Virchow ont fait voir la multiplication par fissiparité. Schwann la croyait formée de quatre éléments, aujourd’hui on ne lui en reconnaît que deux, le noyau et le protoplasma.
Quelques auteurs, M. Mathias Duval entre autres, préfèrent le mot globule au mot cellule ; à notre sens ils ont raison, le mot cellule semble impliquer l’idée d’enveloppe.
La segmentation du vitellus a été observée pour la première fois en 1824 par Prévost et Dumas. Bischoff l’a revue plus tard et l'a figurée chez la lapine : un étranglement se produit dans le noyau, puis dans le vitellus ; le sillon devient de plus en plus marqué, il y a segmentation et formation de deux globes vitellins. Bientôt il y en aura 4, 8, 16, etc. Ces globules vitellins en même temps se différencient, changent de nature et deviennent de véritables cellules ; ce sont les cellules blastodermiques ou embryonnaires. Elles se repartissent en deux couches distinctes qui sont les feuillets, le feuillet externe et le feuillet profond qui se différencie lui même en deux. On a alors un feuillet blastodermique interne, un moyen, un externe (endoderme, mesoderme, ectoderme).
L’existence de ces feuillets a été signalée par Wolf, mais c’est Pander qui a surtout montré leur importance. Remak et His les ont étudiés aussi.
His a réservé le nom d’epithelium (mot créé au siècle dernier par Ruyschpour désigner la peau qui recouvre l’extrémité du mamelon) pour nommer les membranes qui recouvrent les organes provenant des feuillets externe et interne, et celui d’endothelium pour celles qui recouvrent les orgadérivant du feuillet moyen.
Les développements du blastoderme ont été suivis il y a cinquante ans par Bischoff ; plus tard Hensen, Pander, Remak, Hoeckel, Waldeyer ont appprofondi cette étude.
L’ovule avait été entrevu par Prévost et Dumas en 1825 ; il fut découvert en 1827 par Ernst von Baer. Purkinje, en 1825, vit la vésicule germinative dans l'ovaire de la poule. Coste la retrouva chez les mammifères. Carus, en 1850, signala le cumulus proligère, Leydig le figura en 1857. Thomson, en 1859, et Balbiani, en 1874, l’étudièrent ; de là son nom de vésicule de Balbiani.
L’émission des globules polaires a été découverte chez les mollusques par Carus et publiée dans le bulletin de Ferussac en 1828. Dumortier, en 1837, l’étudia à nouveau et Bischoff, en 1841, la signala chez la lapine. Robin, en 1862, en a fait une étude approfondie. Récemment, de nouvelles recherches ont été faites à ce sujet.
Le microscope a permis d’étudier les enveloppes artérielles et veineuses et d’éclaircir ainsi bien des points d’histologie normale et pathologique. Comme au siècle dernier, on s’est posé cette question : Y a-t-il des capillaires assez minces pour permettre le passage du sérum sans permettre celui des globules ? Max Schültze, en 1836, représenta des capillaires séreux dans la vessie natatoire des grenouilles, il les appela vaisseaux plastiques. Krause, en 1837, admit
des capillaires séreux qui se terminaient par leurs deux extrémités dans les capillaires voisins. Henle, en 1843, décrivit dans le cerveau des tubes trop fins pour livrer passage aux globules rouges.
Ce qu'il y a de certain, c’est que personne n’a retrouvé les vaisseaux dont parle Schültze. En outre, les uns ont prétendu que les capillaires avaient des parois propres, d’autres ont dit qu'ils n’étaient qu’un espace intercellulaire.
Le développement histologique des gros vaisseaux a été l'objet d’un grand nombre de travaux ; signalons ceux de Schwann, Reichert, Valentin, Platner, Billroth, Aubert, etc.
La question des ganglions et des vaisseaux lymphatiques a été très-étudiée dans ce siècle : Au commencement, Gh'aussier a donné leur nom aux lymphatiques, toutefois ce nom n'a été adopté que depuis les travaux de Breschet. L’origine des canaux lympathiques est encore très-discutée ; la trame conjonctive des ganglions a été étudiée pour la première fois par Kolliker, qui l’a appelé réticulum. His, Kolliker, Frey, ont étudié le tissu glandulaire.
La découverte des cœurs lymphathiques appartient à Muller, en 1832. Plus tard, Panizza, Weber, Valentin, Eckhard, Goldz, Waldeyer, Suslowa, les ont étudiés et décrits.
Quant à l’étude du trajet des lymphathiques, citons parmi ceux qui s’en sont le plus occupé, en France, Cruweilhier, Bonamy, Sappey, Mathias Duval ; à l’étranger, Ludwig, Noll, Brücke, Teichmann, Donders, His, Leydig, Billroth, Kolliker, Frey, Langer, etc., dont les travaux commencés en 1850 ont élucidé le plus grand nombre de points relatifs à leur structure et à leur disposition.
Leur épithélium caractéristique a été découvert par Recklinghausen.
Nous avons vu quelles furent les découvertes des anciens micrographes relativement au sang, examinons ce qu’y ont ajouté ceux du siècle; Gruithuisen, en 1811, créa le nom d’hématie ; Berzelius (1812), Prévost et Dumas, en 1821, Chevreul, 1824, établirent sa composition chimique. Schiiltze, Prévost et Lebert (1844), Schwann (1838), l’ont fait dériver du feuillet blastodernique moyen. En 1835, Schultze et Brunner donnèrent le nom de plasme au liquide dans lequel nagent les cellules du sang. Funcke, en 1851, décrit les globules et appelle le plasma substance intercellulaire du sang et de la lymphe.
Muller appelle les globules blancs corpuscules de la lymphe en 1833, Schwann, cellules de la lymphe, Henle, corpuscules incolores du sang (1843), Robin (1855), pyocytes et leucocytes, en 1865. Nasse et Schültze considèrent les globulins comme leur premier rudiment, en 1836, et ils croient qu’ils se transforment ensuite en hématies. Donné, en 1844, considère la rate comme le centre de cette transformation, Bizzozero et Neumann attribuent le même rôle à la moelle des os. En 1856, Kôllicker prétend que la rate donne naissance non aux globules rouges mais aux leucocytes. Ces questions ont été reprises dans ces derniers temps (Hayem).
En 1830, Davaine découvre aux leucocytes des mouvements d’expansion ; Wahrton Jones étudie ces mouvements en 1846 et Robin les retrouve chez les vertébrés et les invertébrés en 1859.
En 1850, Davaine avait constaté que les leucocytes se déformaient très-rapidement au repos.
Leur origine adonné lieu à beaucoup de recherches ; Virchow,Brücke, Bennett, Donders, Kolliker, admettent qne la
principale fonction des ganglions lymphathiqne consiste à fabriquer les corpuscules du chyle et de la lymphe.
Etude de l'histoire des tissus. — Nous avons vu que Bichat distinguait 21 tissus ; Schwann en distingua cinq groupes : 1° Les tissus constitués par des cellules libres roulant les unes sur les autres dans le blastème primitif, sang et lymphe ; 2° Les tissus formés par des cellules soudées les unes avec les autres, les épithéliums ; 3° Les tissus dans lesquels les membranes des cellules sont fondues les unes avec les autres ou avec une substance intercellulaire, reste du blastème primitif, les cartilages et les os ; 4° Les tissus composés par des cellules transformées en fibres, faisceaux de tissu conjonctif ; 5° Les tissus où les cellules se sont soudées, tandis que leurs cloisons intermédiaires ont disparu pour former des tubes, vaisseaux capillaires, muscles, tubes nerveux.
A partir de la publication de son livre, l’histologie prit un grand ressort. Les découvertes de Remak et leur extension à la pathologie par Virchow, transformèrent rapidement les idées de Schwann. Virchow nia absolument le développement de la cellule dans le blastème, il la considéra comme un organisme microscopique, capable de se reproduire, et affirma que toute cellule vient d’une cellule.
Schwann, en étudiant les muscles découvrit de le sarcolemme; toutefois ses idées sur la fibre musculaire étaient inexactes. Il la croyait formée par une série de cellules placées bout à bout.
Henle avait mentionné les fibres musculaires lisses, Purkinje, en 1845, les décrivit chez le mouton et leur donna son nom ; il les crut formées de grains juxtaposés et munis de
Bernard. 7
noyaux. Kôlliker montra, en 1847, que les éléments de ces muscles ne sont que de simples cellules modifiées ; Reichert et Moleschott vérifièrent ensuite ces données. Remak, en 1862, considérait les fibres lisses comme formées de cellules globuleuses. Aeby les prit pour des fibres cardiaques, arrêtées dans leur développement. Kôlliker adopta plus tard cette manière de voir.
Hesling, en 1854, reconnut que ces fibres se continuent avec les fibres cardiaques ; ces dernières, en effet, sont semblables aux fibres musculaires de la vie organique et ne diffèrent de certaines d’entr’elles que parleur striation. C’est Weissmann, en 1861, qui a mis ces faits en évidence.
Muller reconnut que lesjcellules musculaires des artères, sont disposées en hélice autour de l’axe de ces vaisseaux.
Avant Bowmann, on considérait la fibre musculaire striée comme composée de fibrilles d’une finesse extrême et situées en travers. Bowmann reconnut qu’elle était composée d’éléments particuliers qu’il appela sarcous éléments.
Krause, en 1868, donna une description de la fibre striée qu’il dit être constituée par des cases cylindriques superposées, il joignit à ses observations une théorie physiologique et mécanique de la contraction musculaire. Hensen, après lui , en donna une nouvelle ainsi que Engelmann d’Utrecht.
Aujourd’hui on décrit généralement la fibrille musculaire ainsi formée : un disque mince et une bande claire, un disque épais et une bande claire, et de nouveau un disque mince et une bande claire, un disque épais et une bande claire, etc. La contraction se ferait par rapprochement des disques (Ranvier).
Schwamm, en 1839, reconnut que chaque fibre nerveuse est entourée d’une gaîne membraneuse, on lui a conservé le nom de gaîne de Schwann. Un peu avant, Remak, en 1837, avait découvert dans la fibre nerveuse une partie médiane distincte, qu’il appela cordon primitif. Purkinje, en 1839, admit son existence, et lui donna le nom de cylindre axe. Henle, cependant, contestait son existence.
La myéline était déjà connue par les représentants de la théorie globulaire au siècle dernier. Plus tard, on a décrit des étranglements du tube nerveux. Ranvier lui reconnaît des étoiles à 4 branches, dont les deux transversales correspondent aux étranglements, et les deux longitudinales se continuent avec le cylindre axis. Ce cylindre entre les étranglements, présente un renflement particulier que Ranvier appelle renflement biconique.
Remak, en 1848, annonça qu’il avait trouvé dans le système sympathique des fibres nerveuses sans myéline, Valentin prétendit qu’elles n’étaient que des fibres conjonctives, Muller et Henle suivirent son exemple. Kolliker, admit une opinion mixte. Aujourd’hui, tout le monde reconnaît les fibres de Remak.
Robin a décrit sous le nom de périnèvre la gaîne de tissu conjonctif qui entoure un faisceau nerveux. Azel Key et Retzius y ont ajouté le nom d’endonèvre pour désigner le tissu qui pénètre dans le faisceau et d’épinèvre pour celui qui se trouve entre les différents faisceaux. Henle a décrit des gaînes de faisceaux propres aux petits nerfs, elles ne peuvent contenir que deux fibres primitives.
Ranvier nomme les gaînes des faisceaux gaînes lamel-
leuses, et le tissu conjonctif qui les entoure, tissu périfasciculaire.
En 1840, Henle a signalé les vaisseaux des nerfs, Kôlliker a complété plus tard les notions qu'il nous a transmises.
La question de la régénération des nerfs sectionnés a été une des plus discutée. Elle a commencé en 1775 avec Fontana. Longet (1841), Nasse (1839), Waller (1852), s’en sont beaucoup occupés.
Waller constata que la racine motrice était altérée dans le segment périphérique, et normale dans le segment central ; c’était le contraire pour la racine sensitive. Il en conclut que le ganglion est le centre trophique du nerf sensitif ; il formula alors cette loi : un tube nerveux dégénère lorsqu’il est séparé de son centre trophique.
Depuis Waller, un grand nombre d’observateurs ont attaché leur nom à cette question, citons Brucke, Lent, Hjelt, Eulemburg et Landois, Schiff, Philippeaux et Yulpian, Neumann, Erb, Hertz, Laveran , Cossy et Déjerine, Engelmann.
Brown-Séquard s’est sutout occupé de la régénération de la moelle sectionnée. En 1851, il cite à ce sujet une observation et en 1854 une autre où M. Laboulbène fut chargé de l’examen histologique.
Une autre question relative au système nerveux et qui a été des plus palpitantes est celle qui a trait aux terminaisons motrices des nerfs. On s’est servi pour cette étude de l’appareil électrique de la torpille, cette discussion est tout au long dans le livre de M. Ranvier. Les noms qui s’y attachent sont ceux de Savi (1844), de Wagner, de Pacini(1852), deRemak (1856), de Kôlliker (1858), de Boll (1873). En 1875,
Ciccio, à Viareggio près de Pise, etRanvier à Concarneau, ont repris la question. Cette étude est très intéressante à lire et elle nous donne une idée exacte des progrès réalisés en histologie, malheureusement le cadre que nous nous sommes imposé ne nous permet pas d’entrer dans des détails à son sujet.
Les données les plus anciennes relatives à la terminaison des nerfs remontent à Doyère en 1840. Dans un mémoire sur les tardigrades il dit que les fibres nerveuses se terminent sur les faisceaux musculaires par des sortes d’éminences ou de collines. De Quatrefages, Meissner et Kôlliker ont confirmé ces manières de voir et les ont étendues à d’autres animaux. Avant Doyère avec Valentin et Emmert, on croyait que les nerfs se terminaient en anses et Henle le disait encore. Plus tard, Muller (1845), Briicke et Reichert recherchèrent ses terminaisons. R. Wagner, en 1847, nia les anses de Valentin. Kühne, Margo, Kôlliker, Rouget, Krause, Waldeyer, Engelmann et Conheim, qui ont dirigé leurs travaux de ce côté, ont admis les plaques terminales.
Gerlach nia l’existence de ces plaques en 1873, et reconnut le réseaa dit intra vaginal. Ewald en 1876 et Fischer admirent de nouveau les plaques.
Pour Ranvier, le siège de l’éminence nerveuse est au-dessous du sarcolemme.
Remak avait découvert les cellules multipolaires en 1837. Ce sont Robin et Bidder en 1847, qui ont signalé pour la première fois l’existence de cellules bipolaires dans les centres nerveux. Deiters étudia les cellules de la moelle et vit que les cornes antérieures sont munies de prolonge-
ments tous ramifiés, à l’exception d’un seul qui est dit prolongement de Deitcrs,
Remak, en 1844, constata le premier l’existence de ganglions nerveux sur les nerfs cardiaques ; Ludwig (1848) et Bidder (1852) en découvrirent d’autres. Beale (1863) et Arnold (1865) ont décrit les cellules de ces ganglions comme bipolaires ou multipolaires.
M. Yignal a établi qu’on y observait des cellules appartenant, les unes au grand sympathique, les autres au système cérébro-spinal.
Les histologistes qui se sont occupés des terminaisons nerveuses dans les muscles lisses ne sont pas encore aujourd’hui d’accord, citons parmi eux Klebs, Arnold, Lôwit, Gscheidlen, Trinchèse (1867), Frankenhaüser (1867), Hénocque (1870), Elischer. Ils ont admis que ces terminaisons ont lieu par des extrémités libres.
Meissner a découvert que la couche sous-muqueuse intestinale est riche en plexus nerveux.
Ce sont des éléments appelés myélocytes qui donnent naissance aux cellules nerveuses, comme l’ont indiqué Valentin et Purkinge en 1838 et plus tard Hannover, Robin, Deiters et Besser.
Les nerfs intra-épidermiques et les cellules ramifiées qu’on y voit ont été découverts par Langerhans (1868) qui considéra ces cellules comme terminales. Ranvier les prend pour des cellules migratrices.
Les corpuscules tactiles ont été observées pour la première foispar Wagner et Meissner (1852-53). Krause a confirmé leur manière de voir, de même plus tard Ranvier.
Les Allemands attribuent àWaterla découverte des cor-
puscules de Pacini en 1741, mais personne n’en soupçonnait plus l’existence lorsque Pacini les découvrit à nouveau. Henle et Kôlliker, en 1844, confirmèrent ses recherches, Krause les a décrits dans la conjonctive en 1859 ; divers auteurs, Meckel, Axel Key et Retzius, Golgi, Giaccio, Rollett, etc., les ont étudiés.
C’est Eckhard, en 1855, qui a signalé le premier, dans l’épithelium olfactif de la grenouille, deux sortes de cellules, les unes épithéliales, les autres fusiformes. Ecker vit que c’étaient les cellules epithéliales qui étaient en rapport avec les filets du nerf olfactif. Krause a confirmé ses idées (1876).
Von Wyss, en 1870, et Engelmann ensuite ont attiré l’attention sur les papilles de la langue. Les cellules qui les recouvrent sont de différentes formes, les unes sont fusiformes, ce sont les cellules sensorielles, les autres, aplaties et irrégulières, sont les cellules recouvrantes découvertes par Lôven et Schwalbe.
Leeuwenhoeck avait découvert les bâtonnets dans la rétine, Treviranus les revit et les considéra comme les papilles nerveuses terminales. Remak, en 1839, confirma son opinion ainsi que Henle. Hannover démontra en 1840 qu'ils se trouvent à la face externe
Muller découvrit en 1851 les fibres qui portent son nom et Max Schültze, de 1866 à 1871 , vit une foule d’éléments rétiniens. Boll, Angelucci et-Kühn ont également fait sur la rétine des remarques importantes.
Le nerf cochléen, organe de l’audition, a été étudié par Corti qni lui a donné son nom.
Telles sont les principales découvertes faites successivement sur le système nerveux sensoriel.
Le tissu conjonctif correspond au tissu cellulaire de Bichat, le nom qu’il porte lui a été donné par Muller.
Reichert, en 1845, rangea dans cesystèmehistologiqueles tissus osseux et cartilagineux également ; quelques histologistes allemands l’ont suivi dans cette voie. Il avait vu dans les fibres et les faisceaux du tissu conjonctif de simples plissements d’une substance homogène et il assimila la substance du cartilage et des os à celle du tissu conjonctif. La majeure partie des histologistes considère le tissu conjonctif comme formé des fibres que Henle, en 1841, a si nettement décrites.
Les premières notions survie développement des faisceaux de ce tissu remontent à Schwann (1839). Il disait que ses cellules formatrices s’allongeaient à l’une de leurs extrémités en un pinceau de fibrilles. Plus tard Valentin (1842) dit que la cellule formatrice s’étirait en pointe à ses deux extrémités et formait une seule fibrille.
Henle, en 1841, pensa que les faisceaux du tissu conjonctif se développaient dans un blastème primitif indépendamment des cellules. Reichert (1845) et Donders (1851), se firent les défenseurs de la théorie extra-cellulaire tout en rejetant la conception de Henle.
Virchow, auquel se rallièrent Gerbach et Kollikér avait une conception analogue à celle de Henle. Foll ayant observé dans le tissu conjonctif en formation des cellules munies de prolongements fins réunis en grand nombre, conclut que ce sont là des fibres connectives commençantes, provenant d’une transformation directe du protoplasme cellulaire ;Randier partage son avis.
Henle pensait que le développement des fibres élastiques
dans le tissu conjonctif se faisaitaux dépens des noyaux des cellules, aussi il les appelle fibres de noyaux.
Donders et Virchow pensent qu'elles se forment aux dépens des prolongements de ces cellules. Muller a montré qu’elles se forment dans la substance fondamentale primitivement hyaline.
Schültze (1873), a essayé de montrer qu'elles naissent dans le cartilage aux dépens du protoplasma des cellules. C’est Renaut en 1872 qui a tranché la question en décrivant le tissu muqueux sur le cordon ombilical : A son origine le tissu conjonctif est constitué par des cellules (tissu embryonnaire), à un âge plus avancé il se produit entre les cellules une substance liquide et la formation des fibres est encore rudimentaire (tissu muqueux). Plus tard le tissu conjonctif adulte se présente sous différentes formes, le tissu conjonctif lâche, membraneux, lamelleux, rétiforme, réticulé, adipeux, tendineux, ligamenteux et élastique.
Dans l’histoire du tissu cartilagineux nous trouvons trois opinions différentes. Pour les uns (Reichert, Henle, Aeby), toute la subtance fondamentamentale du cartilage est une substance intercellaire ; il n’existe point de membrane spéciale de cellules de cartilage, point de capsule de cartilage. Pour les autres (Remak. Schültz, Fursternberg et Heidenhain), il n’y a dans le cartilage aucune substance interstitielle, la substance fondamentale résulte uniquement de la fusion des capsules de cartilage.
Kolliker défend une opinion mixte.
L’élément caractéristique du tissu cartilagineux est représenté par la substance fondamentale soit hyaline, soitfibroïde, creusée de cavités remplies par des noyaux ou descellu-
les et par les noyaux et les cellules qui remplissent les cavités dites chondroplastes (Robin).
C’est Ruckhard en 1863, qui paraît avoir indiqué le premier nettement que les fibro-cartilages dérivent toujours d’un cartilage hyalin à l’origine et que les fibres apparaissent spontanément au milieu de la substance fondamentale sans provenir de cellules.
En 1850 et 1851, Virchnow a décrit pour la première fois le corpuscule osseux comme une véritable cellule ; depuis lors, Neumann en 1863 a montré que c’était une formation secondaire, une sorte de cuticule calcifiée qui entoure la cellule comme la capsule entoure la cellule cartilagineuse. En 1856, Sharpey décrivit dans les os sous le nom de fibres perforantes des fibres qui traversent perpendiculairement les lamelles osseuses et se présentent sous forme de faisceaux de différentes longueurs généralement terminées en pointe.
Muller, Kôlliker et Lieberkiihn les ont mieux faits connaître. D’après Kôlliker ce sont des faisceaux de tissu conjonctif du périoste.
Autrefois on croyait que le tissu osseux était une transformation du cartilage. L’honneur d’avoir renversé cette théorie revient àBriicke, Baur et surtout à H. Miiller.
Les ostéoplasteset leurs canalicules forment à travers tout l’os un système lacunaire continu ; ces cavités ont été découvertes en 1834, par Purkinje et Deutch. La véritable structure des ostéoplastes a été indiquée pour la première fois par Serres et Doyère en 1842 et non par Dessing en 1846, comme quelques auteurs le prétendent.
La mœlle des os présente deux sortes de cellules, les me-
dullocèles (Robin) et les myéloplaxes (Robin) appelées encore cellules géantes. Des recherches récentes, en particulier celles de Bradowski (1875), Leboucq (1876) et Malassez (1877) sembleraient porter à penser que les myéloplaxes ne sont pas autre chose que des cellules angioplastiques.
Muller considérait les celulles lymphoïdes de la mœlle comme se transformant en corpuscules osseux, Gegenbaur a trouvé des cellules intermédiaires auxquelles il a donné le nom d'ostéoblastes.
Lôven a le premier formulé l’idée que les myéloplaxes ont une action résorbante sur le tissu osseux, et Kôlliker dans ces derniers temps a émis l’opinion suivante: on observe des excavations, des érosions désignées sous le nom de lacunes d’Howship, ces lacunes seraient produites par des myéloplaxes, de là le nom d’ostéoclastes que Kôlliker leur a donné. Cette théorie est très-discutée.
Nous avons vu que le mérite d’avoir montré comment se forme la cavité médullaire, revient à Hunter (1780) et celui d’avoir indiqué comment l’os s’accroît par apposition de couches extérieures nouvelles, revient à Duhamel (1739) ; depuis, de nombreux travaux auxquels s’attachent les noms de Flourens (1845), Joly (1874), Philippeaux et Vulpian, Strekoff et Kôlliker, Stieda, Schweigger-Seidel, Waldeyer, Lieberkiihn, Ollier (1873), ont été faits à ce sujet. Quelques auteurs admettent que la substance osseuse s’accroît directement par la multiplication de ses ostéoblastes et de ses lamelles osseuses. A cette idée correspondent les noms de Hermann, Mayer (1867), J. Wolf (1869).
Nous avons parlé déjà, à propos du système nerveux, du toucher et des corpuscules du tact ; citons encore, parmi
les découvertes importantes faites au microscope sur la peau indépendamment de sa structure, les glandes sudoripares et sébacées qui ont été vues à peu près en même temps par Purkinje et Wendt en Allemagne, et Breschet et Roussel en France.
Breschet et Roussel ont encore décrit, sous le nom d’appareil chromatogène, un appareil sécréteur du pigment ; on sait aujourd’hui que cet appareil n’existe pas.
Glandes. — L’étude des glandes salivaires a été longtemps négligée, c'est Pfüiger, Gianuzi, Heidenhain qui ont élucidé leur structure histologique. Plus tard, Kôlliker,Boll, Ewald sont revenus sur leur description. Krause, Reich et Pfliigery ont étudié les terminaisons nerveuses.
Les glandes de l’estomac ont surtout été élucidées par Rolett, Heidenhain ; ce sont des glandes en tubes. Wassmann y a, en outre, découvert des glandes muqueuses. Frey dit qu’il y existe aussi quelques glandes en grappe isolées. On y trouve encore des follicules lymphatiques. Teichmann a décrit au-dessous de la muqueuse un réseau lymphatique.
La pepsine a été étudiée par Schwann et Wasmann.
Dans le tissu sous-muqueux intestinal, on trouve le plexus nerveux découvert par Remak et Meissner, il se distingue par le nombre de ses ganglions ; extérieurement, il communique avec un autre plexus non moins développé, qui est le plexus myentericus d’Auerbach. Les travaux de Teichmann, His, Frey et Auerbach ont fait connaître l’appareil lymphatique de l’intestin grêle. Plus tard, Budge, Andrejevie, Mac Gillavry, Hering et Eberth y ont ajouté des détails.
On a longtemps discuté pour savoir si l’alvéole pulmo-
naire contenait un épithélium ; voici ce que M. Mathias Duval nous dit à ce sujet : Valentin etPurkinje pensaient que l’épithélium à cil vibratil des bronches se prolongeaitjusque dans les alvéoles. Rainey (1845-1849) dit qu il n y en a\ait pas. Todd et Bowmann, Wagner, Luschka, Henle (1866) et Villemin se sont ralliés à son opinion.
Cependant Remak (1845), Kôlliker, Mandl (1858), Eberth (1862), se montraient partisans de l’épithélium. Elenz, en 1864, démontra sa présence.
Le réseau capillaire sanguin du poumon a été étudié par Küttner ; l’artère, par toutes ses ramifications, est extralobulaire. Wywadzoff, Schültze ont décrit ses lymphatiques.
Tous ces auteurs se sont également occupés de la structure du lobule et des alvéoles pulmonaires, citons dans ces dernières années les travaux de M. Grancher.
L’ovaire, chez la femme, et le testicule, ehez l’homme, ont été étudiés par Robin (1861), Pfliiger (1863), Schrôn (1863), Kôlliker Waldeyer (1870), Romiti, 1874, Born (1874).
Les follicules de de Graaf avaient été découvertes par cet anatomiste en 1673.
En 1838, Valentin remarqua que les follicules de de Graaf formaient, à une certaine période de leur développement, des sortes de chapelets avec des étranglements entre chaque follicule. Billroth, en 1856, appela de nouveau l’attention là-dessus, et en 1863 parut un mémoire de Pflüger. Il constata que les ovaires en développement contiennent des cordons formés de cellules qu’il appela cordons glanduleux et qu’on nomme aujourd’hui tubes de Pflüger. Ces éléments donnent naissance aux ovules et aux cellules de la mem-
brane granuleuse. Pin 1870, Waldeyera montré comment se forment les tubes de Pflüger.
Les nerfs de l’utérus ont été étudiés par Frankenhauser. Robin a étudié les cellules propres de la muqueuse utérine ; Léopold (1877) a montré ses modifications pendant la grossesse.
M. Cornil, en 1864, a publié un article sur la structure de la muqueuse du col.
Ivrause a étudié les terminaisons nerveuses de la verge où il a reconnu des masses terminales. Tomsa y a observé d’autres terminaisons nerveuses plus compliquées. Sweigger-Seidel a observé des corpuscules de Pacini en arrière du gland, près de l’artère dorsale de la verge.
Parmi les histologistes du siècle, c’est surtout à Henle que revient l’honneur d’avoir éclairé l’histoire de la structure du rein, par la découverte des tubes à anse qui portent son nom. Toutefois, son travail renferme quelques erreurs. Il a désigné les tubes droits sous le nom de prolongements des pyramides ; Ludwig les a appelés rayons médullaires. Il a appelé le tissu formé par les lïbuli contorti pyramides corticales. Huschke et J. Miiller ont fait terminer les tubes urinifères en cul-de-sac ou s’anastomoser, de manière à former des anses. J. Müller remarqua que le glomérule de Malpighi était enveloppé d'une membrane amorphe, mais rejeta toute connexion entre le glomérule et le canalicule urinifère ; c’est Bowmann, en 1842, qui découvrit cette relation.
Les vaisseaux sanguins du rein ont été étudiés par Ludwig, Gerlach, Kôlliker, Sappey, Virchow, Sweigger-Seidel. Verheyena découvert, immédiatement au-dessous delà capsule du rein, des racines veineuses microscopiques (étoiles
de Verheyen). Les cellules épithéliales des tubuli contorti ont été étudiées, en 1874, par Heidenhain.
Les éléments que nous venons de citer sont plongés dans une gangue connective décrite pour la première fois par Goodsir en 1842, puis niée par Beale, Rokitansky, Frerichs, et définitivement démontrée parlsaacs de New-York, en 1857.
C’est à Wepfer et à Malpighi qu'il faut faire remonter les premières notions sur le foie. Les cellules hépatiques ont été découvertes par Purkinje et Henle ; Kôlliker a étudié le lobule hépatique chez le porc ; Hering l’a étudié à fond chez l’homme en 1866. La charpente du lobule est formée par la veine intralobulaire de Kiernan (1833) et les vaisseaux capillaires qui unissent cette veine aux branches de la veine porte. Robin, Morel, Küss ont étudié les cellules Hépatiques; Natalis Guillot, Lereboulet, Henle, Gerlach et Brucke (1859) ont trouvé que les canaux biliaires prennent naissance entre les cellules glycogènes et viennent se jeter dans les canaux interlobulaires. Hering considère l’existence des lymphatiques comme non démontrée ; cependant von Wittich les aurait colorés.
L’étude de la rate a présenté beaucoup de difficultés ; elle a été élucidée par Gray, Billroth, Schweigger-Seidel, et surtout par H. Muller.
Les follicules lymphatiques avaient été découverts par Malpighi ; Billroth a surtout étudie les vaisseaux sanguins ; Key et Stieda les ont étudiés aussi. C’est W. Muller, qui a signalé le système lacunaire. Teichmann, Billroth, Frey, Ecker, Kôlliker, Tomsa ont fait des travaux sur les lymphatiques de la rate. Kôlliker a étudié les troncs nerveux, Ecker les branches terminales ; W. Muller y a vu des cellules ganglionnaires.
Telles sont les principales découvertes que le microscope a fait faire à l’histologie. Nous n’avons pas eu l’intention d’entrer dans tous les détails que comporterait l’histoire des découvertes en histologie normale, nous avons seulement tenu à citer les principales avec les noms des micrographes qui les ont faites.
La physiologie a puisé également dans la théorie cellulaire des données nouvelles. Autrefois, elle empruntait, en quelque sorte, l’explication de tous ses actes aux phénomènes d’endosmose et d’exosmose ; aujourd’hui elle base ses études sur celle des éléments essentiellement vivants, sur celle de la cellule. M. Mathias Duval est un de ceux qui ont le plus insisté sur cette manière d’envisager la physiologie.
Anatomie 'pathologique. — C’est surtout Virchow qui a transporté dans le domaine de l’anatomie pathologique les données de Remak sur le développement physiologique de la cellule. La migration des cellules au sein même des tissus a été découverte par Reklinghausen ; c’est là un fait de première importance en anatomie pathologique.
C’est à Virchow que revient l’honneur d’avoir mis en lumière toute l’importance du fait de la multiplication des éléments cellulaires dans les actes pathologiques. Il distingue deux cas dans cette multiplication ; dans un premier les éléments de nouvelle formation ne diffèrent en rien ni dans leurs formes ni dans leurs fonctions de leurs générateurs ; c’est là ce qui constitue l’hyperplasie simple. Dans une seconde catégorie de faits, les éléments de nouvelle formation s’écartent de leurs générateurs et concourent à l’édification d’un nouveau tissu. C’est ce que Virchow a appelé hétéroplasie.
MM. Cornil et Ranvierfont remarquer que les mots hyperplasie et heteroplasie de Virchow sont mauvais en ce qu’ils peuvent faire supposer que les faits qu’ils représentent ne s'observent qu’en pathologie tandis qu’ils constituentle mode de formation physiologique des cellules et des tissus dans l’organisme sain.
Brown et Broussais, bien que se plaçant à des points de vue différents, avaient décrit l’inflammation comme une exagération des forces physiologiques. Pour Broussais l’irritabilité était une propriété inhérente à tout tissu vivant et l’inflammation n’était qu’une exagération de cette propriété. Cette idée a été reprise et s’est développée avec l’histologie. Pour Virchow cette irritabilité possède trois modes : l’irritabilité fonctionnelle, nutritive et formatrice ; toutefois il ne prononce pas le mot d’inflammation.
En 1845, Goodsir d’Edimbourg insistait sur le rôle de l’activité propre des cellules dans l'inflammation ; vers la même époque, Küss, de Strasbourg, montrait que l’inflammation peut évoluer avec tous ses modes dans les tissus non vasculaires.
Il y avait longtemps déjà que Wilson Philips (1820-1823), avait étudié les phénomènes de la vascularité capillaire liés à l’inflammation ; ses expériences avaient été faites sur le mésentère des grenouilles. Thomson (1827), Hastings et Kaltenbrunner (1826), s’engagèrent dans la même voie et agrandirent le cercle de l’expérimentation. Gruithuisen avait fait un travail sur le pus.
Ces phénomènes de la vascularité capillaire reçurent des interprétations précises grâce aux travaux de Brucke (1849), Payet (1850) et surtout de Wharton Jones (1850-1854).
Bernard. o
On vit paraître avec Donné (1836 et 1844), Vogel (1838, 1843 et 1847), Henle, etc., de nouvelles études très-importantes sur le pus. Tous les liquides humains furent soumis à des investigations minutieuses, le sang, Turine, le sperme, le lait, les produits expectorés furent étudiés et laissèrent une foule de documents d’un haut intérêt sur la nature, le diagnostic et le traitement des maladies. Citons les mémoires de Donné (1837 et 1838) sur les urines, les spermatozoïdes et le lait ; ceux de Vigla, de Quevenne et de Rayer (1839) sur les urines, de Virchow (1845 et 1856), de Bennett (1845 et 1851) sur le sang.
Les produits de l’inflammation, les tubercules, les tumeurs oubliées jusqu’alors furent soumis à l’examen microscopique ; citons, parmi les micrographes qui se sont occupés de ces questions : Miescher (1836), Kiihne (1834), G-lüge (1835), Muller (1838), Vogel, Henle, Ecker, Virchow, Hannover, Foerster à l’étranger ; Mayor en France, Lebert, Küss et Sédillot, Robin ; en Angleterre, Bennett, Paget, Schwann (1839) et Reinhardt, 1852. Tous ces auteurs méritent une mention toute spéciale.
Vers 1838, l’histoire des parasites animaux fut reprise avec succès par Raspail. Eischett (1846), Bourguignon (1852), Schoenlein (1839) et Gruby (1841 et 1843), découvrirent tout un ordre de faits nouveaux dans le rôle du parasitisme végétal appliqué à la production et à la contagion des maladies cutanées.
Schwann n’a pas fait beaucoup en anatomie pathologique, mais il a préparé les voies. Lesjmémoires de Reinhardt sont exclusivement consacrés à l’anatomie pathologique ; il s’est efforcé de prouver que toutes les formes élémentaires des
tissus morbides subissent des dégénérescences analogues à celles des tissus physiologiques ; que l’une d’elle, la dégénéressence graisseuse, indique une métamorphose atrophique de l’organe où elle se manifeste.
Donné a le mérite d'avoir attiré le premier l’attention sur les altérations pathologiques du sang ; après lui l’ouvrage d’hématologie pathologique d’Andral et Gavarret (1843) ouvrit de nouvelles vues. L’indication positive des changements numériques que peuvent subir les globules du sang se trouve dans l’ouvrage de Donné. Le microscope mit hors de doute l’existence des particules étrangères au liquide
sanguin : « Les globules du sang augmentent ou diminuent
dans certaines maladies » (Andral et Gavarret), Becquerel et Rodier.
Cette indication numérique vague a reçu plus de précision avec les travaux de Vierodt (1852), de Welker et Moleschott, etc. Schrœder van der Kolk insista sur la tendance des globules à s'empiler.
Mentionnons aussi les travaux de Owen Rees et de Delàfond.
Donné fit connaître le résultat de ses recherches sur le mucus et la matière des divers écoulements génito-urinaires de la femme. Valentin inséra dans son répertoire une série de recherches sur les exsudations solides et liquides, il insista sur l’application du microscope et de la chimie à l’anatomie médicale et ne cessa de travailler dans cette direction.
Sénac avait déjà indiqué, au siècle dernier, que les globules blancs peuvent augmenter de nombre dans l’état physiologique et dans un certain nombre de maladies, Donné
insista à nouveau sur ce fait (1844). Un an après, on vit paraître les premières publications sur la leucémie (Virchow) ou leucocythémie (Bennett); ce dernier avait intitulé son observation : Cas d’hypertrophie du foie et de la rate dans lequel la mort fut causée par une suppuration du sang. Virchow avait désigné la sienne ainsi : Hypertrophie de la rate avec augmentation des globules blancs du sang.
Gliige et Lebert (1855) donnèrent des figures des cristaux de la matière colorante du sang.
Bennett publia un traité de l’inflammation en 1844 et un traité sur le cancer et les productions cancroïdes ; Paget publia aussi, à partir de 1847, une série de travaux remarquables sur la nutrition, l’atrophie et l’hypertrophie, sur l’inflammation, sur les tumeurs.
Citons aussi les travaux de Quekett. Stricker avait vu la diapédèse des globules rouges. Le fait si important de la diapédèse des globules blancs est dû àConheim, qui a expliqué ainsi la suppuration.
Reklinghausen avait déjà établi la migration des cellules lymphatiques dans le tissu conjonctif et en particulier dans les lacunes de la cornée ; Waller avait déjà observé la migration des globules blancs à travers les parois des vaisseaux, mais sans y prêter une attention suffisante.
Ces découvertes expliquent une grande partie de l’inflammation, mais une part revient aussi à la formation de cellules nouvelles.
Pour Virchow, avec le tissu conjonctif, on possède la clé de toutes les néoplasies.
Au sujet de l’histologie pathologique des tumeurs, il faut
remonter à Gluge (1835) et Valentin (1837) pour trouver les premières données sérieuses. Ils y rencontrèrent des globules plus gros que ceux du pus qu’ils considérèrent comme spécifiques. Virchow s'est élevé de toutes ses forces contre cette spécificité de la cellule néoplastique. En 1838, Muller écrivit que les tumeurs se composent de cellules et de fibres seules ou combinées dans des proportions variables. Il formula cette loi des tumeurs : le tissu qui forme une tumeur a son type dans un tissu de l’organisme à l’état embryonnaire ou à l’état de développement complet. Vogel, en 1843, défendit les idées de Muller.
Lebert et Broca insistèrent de leur côté sur la spécificité de la cellule cancéreuse ; Bennett, Pagetet surtout Virchow combattirent cette idée. Foerster (1853), Delafond, Mandl, Wedl, Rokitansky et les anatomo-pathologistes d’aujourd’hui sont du même avis que Virchow. Sédillot, Kiiss, Robin et Follin se sont montrés d’un avis contraire.
Il devait incomber à Virchow de formuler cette autre loi des tumeurs : les éléments cellulaires des tumeurs dérivent d’anciens éléments cellulaires de l’organisme, à quoi il ajoute qu’ils proviennent des cellules du tissu conjonctif. MM. Cornil et Ranvier font observer que cette seconde proposition de Virchow est certainement erronée, car les cellules épithéliales, par exemple, peuvent donner lieu à ce développement.
Beaucoup de classifications des tumeurs ont été proposées; citons celles de Paget, Lebert, Broca, Virchow, Foerster, Cornil et Ranvier, etc.
Parmi les histologistes qui se sont occupés des altérations du tissu conjonctif, citons Lebert, Paget, Virchow,
Gluge, Bennett, Robin et plusieurs parmi les anatomo-pathologistes de nos jours.
Mullers’est occupé le premier du tissu cartilagineux, après lui viennent Ecker, Redfern d’Aberden (1851) et Yogel. C’est surtout sur la production anormale de ce tissu que le microscope a jeté une lumière inattendue. Muller, le premier, a décrit l’enchondrome, puis vinrent Gluge, Bennett, Paget, Virchow, Rokitansky, Lebert. Les travaux les plus étendus à ce sujet sont ceux de Lenoir, de Vogel et de Lebert.
Aux lésions osseuses Muller, Paget, Lebert, Robin, Donders, Kolliker, Virchow ont surtout attaché leur nom.
Rokitansky, Virchow, Kolliker, Cruveilhier, x\ran, Schroedervan der Kolk se sont occupés des lésions du tissu musculaire.
Pour le système nerveux nous trouvons encore en première ligne le nom de Muller, qui publia en 1839 un mémoire intitulé : Etudes micrographiques sur la cicatrice du nerf sciatique du lapin , Schwann,Bidder (1854) Valentin, Brucke, Burdach, Nasse, Waller, Brown-Séqquard, Charcot et Vulpian, Raymond etc. Les lésions de la moëlle ont été surtout étudiées par Duchenne, Aran, Turck, Charcot et Vulpian, Joffroy, Jaccoud, Gombault, etc.
M. Laboulbène à étudié les leçons tuberculeuses de la muqueuse utérine.
Les altérations du foie ont été analysées par Kiernan (1836), Carswell (1838), Hallemann (1839), Gubler, Requin (1850), P. Ollivier (1871). Les travaux récents de MM. Cornil, Hayem, Hanot, Charcot sont venus jeter un nouveau jour sur cette question.
C’est Richard Bright, en 1827, qui découvrit la maladie qui porte son nom et les relations qui existent entre l’albuminurie et les lésions rénales. Il lui décrivit trois formes anatomiques. Christison (1839), Gregory, Elliatson, Copland, etc., apportèrent des observations k l’appui. Rayer (1839-1841) décrivit six formes dé néphrites; Glüge, Ilenle. Vogel, Canstatt apportèrent des rudiments d’observations microscopiques. Gairdner (1848), Johnson (1854), Virchow (1848 et 1852), Reinhardt (1850), Frerichs (1851) s’occupèrent de la question. Le traité de Rosenstein résume ces premiers travaux. Avec les recherches de Beer, Traube, Samuel Wilhz (1874), Lancereaux (1881), Charcot (1877), la néphrite albumineuse entre dans une phase nouvelle. Citons aqssi les travaux de Cornil et Brault, Weigert, Ernst Wagner et ceux plus récents de Kelsch.
La question de dualité de la tuberculose et de la pneumonie caséeuse à été définitivement tranchée.
Rappelons d’après MM. Cornil et Ranvier l’histoire de cette importante question :
La tuberculose a été étudiée au point de vue macroscopique par Bayle et Laënnec. D’après Laënnec, la matière tuberculeuse est un produit sans analogie dans l’économie, une production parasitaire qui se présente dans le poumon sous la forme de corps isolés ou d’infiltration ; les premiers sont les tubercules militaires, les tubercules crus, les granulations tuberculeuses et les tubercules enkystés.
Laënnec décrit trois variétés d’infiltration tuberculeuse. L’infiltration tuberculeuse informe, l’infiltration tuberculeuse grise et l’infiltration tuberculeuse jaune.
Cette conception générale de la tuberculose pulmonaire
régna sans conteste jusqu’aux recherches de Reinhardt et de Virchow. Pour ces auteurs, le tubercule infiltré de Laënnec, son tubercule cru et même le tubercule miliaire n’étaient autres qu’une pneumonie dont l’exsudât devenait caséeux. Vircbow donnait une description nouvelle de la granulation tuberculeuse, il en faisait Tunique lésion de la tuberculose et rapportait la pneumonie caséeuse à la scrofule. Buhl et Niemeyer accentuèrent encore cette dualité.
Déjà, dès 1867, MM. Cornil et Hérard s'élevaient contre; depuis, les travaux de MM. Grancher, Thaon (1873) et Lépine sont venus consolider les données de l’unicité. En Allemagne, Rindfleisch, ailleurs Wilson Fox,Burdon, Sanderson se ralliaient à la même opinion et M. Charcot lui donnait l’autorité de son enseignement.
Rindfleisch et Charcot ont décrit les nodules péribronchiques comme la manifestation initiale de latuberculose.
Broussais avait tenté à l’époque de Laëennec, de ramener à l'inflammation simple toutes les lésions de la phthisie. Cruveilhier classait les tubercules parmi les inflammations et depuis, plusieurs anatomistes, parmi lesquels il faut citer M. Lancereaux, les regardent comme le produit d’une inflammation chronique spéciale.
L’opinion de Laënnec, sur la nature parasitaire et spécifique du tubercule, s’est imposée pendant longtemps à la majorité des médecins. Aujourd’hui les expériences de M. Villemin, relatives à l’inoculation du tubercule, vérifiées par le plus grand nombre des expérimentateurs et reconnues comme exactes par beaucoup de ceux qui, comme Conheim, les avaient contestées tout d’abord; ont modifié la conception générale de la phthisie. Elles ont affirmé à nouveau
l’unité et tendent à la faire considérer comme une maladie infectieuse chronique, due à la pénétration dans le poumon de microbes infectieux entraînés avec l’air respiré, comme une maladie d’inhalation.
Klebs et Reinstadler avaient décrit dans les tubercules un organisme extrêmement petit, le monas tuberculosum. Plus récemment, Toussaint a cultivé un micrococcus très petit et disposé par groupes de trois à dix. Enfin, en avril 1882, Koch a découvert le bacille spécifique.
On nous pardonnera de nous être un peu étendus sur l’historique de cette maladie, il nous a semblé intéressant de donner le résumé de cette discussion sur la dualité qui semble aujourd’hui résolue, grâce au microscope et au bacille de Koch.
Application du microscope à la Clinique. — Ce n’est pas seulement à la médecine théorique que le microscope rend des services, son domaine s’étend également à la Clinique. Il est certain, cependant, que les services qu’il rend se rapportent plus à l’anatomie normale et morbide, qu’au diagnostic à proprement parler.
C’est principalement dans l’examen des liquides, que les recherches microscopiques sont indiquées en Clinique. Les différentes humeurs soumises à ce procédé puissant d’invesgation, nous révèlent souvent les causes premières des symptômes pathologiques auxquels nous assistons. Il est presque impossible, dans certains cas, que le médecin arrive, sans l’aide du microscope, à un diagnostic précis.
Dans la chlorose, la leucocythémie, par exemple, l’examen du sang au point de vue qualitatif et la numération des globules fournissent des données très importantes et MM. Ma-
lasser, Hayem, Grancher, Brouardel, Kelsch, Lépine, etc., par leurs travaux d’hématologie ont rendu un réel service à la science.
L augmentation de volume des globules rouges a été signalée par Gubler et Laskewitschdans la maladie d’Addison. M. Vulpian l’a signalée dans la cyanose.
Massius et Vanlair (1872) ont décrit sous le nom de microcythémie, une diminution dans les dimensions des globules rouges. MM. Charcot et Vulpian l’ont signalée dans un cas d’hypertrophie de la rate sans leucémie, Erb et Klebs dans cette maladie, M. Hayem dans le scorbut.
L’aspect crénelé se rencontre dansles fièvres infectieuses. Coze et Feltz, Davaine, Ritter, nous ont appris que les globules, dans les pyrexies et les intoxications avaient une tendance marquée à s’agglutiner au lieu de s’empiler.
MM. Duncan, Malassez et Hayem ont entrepris des recherches intéressantes sur les variations de l’hémoglobine dans les maladies.
Le sang renferme quelquefois des granulations protéiques; c’est ce que l’on a appelé la lipémie. M. Lancereaux signale cet état chez les alcooliques.
Garod nous a enseigné à voir les cristaux d’acide urique en excès dans le sang chez les goutteux.
Enfin, dans les pyrexies, la septicémie et, en général les maladies infectieuses, le sang, ainsi que les humeurs de l’économie, l’urine (Bouchard), renferment souvent des organismes inférieurs, micrococcus, bactéries ou vibrions.
La microspectroscopiè due à Hoppe-Seyler appliquée à l’étude des matières colorantes du sang peut rendre des services,
La constatation des spermatozoïdes dans le liquide séminal lorsqu’on veut s’assurer s’il est fécondant, dans Turine, pour savoir s’il existe des pertes séminales, dans le liquide de l’hydrocèle est importante.
L’xamen de l’urine fait au microscope peut nous révéler la présence des sels organiques, des sels minéraux, des dépôts colorés, du sang, du pus, du mucus, de-vibrions, de matières grasses, etc.
On trouve dans le mal de Bright des cylindres épithéliaux, des cylindres hématiques dans la néphrite aiguë, des cylindres cireux lorsque les tubuli ont perdu leur revêtement normal. Les cylindres graisseux sembleraient révéler la dégénérescence graisseuse du rein ; on rencontre les cylindres purulents dans la néphrite suppurée.
L’examen du pus, des crachats, peut fournir d’excellentes données : nous savons tous qu’en examinant les crachats d’un phthisique dont le diagnostic est douteux, si nous y rencontrons le bacille de Koch, nous pouvons affirmer la tuberculose. Disons, en passant, que l’absence de ce microorganisme ne suffit pas pour permettre de la nier.
On constate, en outre, dans les crachats de phthisiques, l’existence de fibres élastiques ; dans les crachats fétides, la présence de cristaux gras, de cryptogames, de vibrions variés.
Duchenne de Boulogne nous a enseigné à examiner, même sur le vivant, la fibre musculaire.
Le microscope nous décèle souvent la présence et la nature de certains parasites ou de débris expulsés parles voies digestives, la cavité d’un abcès, de crochets d’échinocoques dans les kystes.
C est à l’aide du microscope qu’on a déterminé la nature cryptogamique de certaines dermatoses, par exemple, l'acliorion Schœnleini du favus découvert en 1839,1e tricophyton tonsurans dans l’herpès tonsurant découvert par Malmsten en 1843, le miscrosporon furfur dans le pityriasis versicolor découvert par Eichstedten 1846 et inoculé par Kobner en 1864.
Le microsporon Audhouini, caractérise la pelade, sa découverte est due à Gruby, en 1843. Il a été étudié en 1874 par MM. Malassez et Courrèges.
Tout dernièrement, Buchner et Schlen ont découvert des micrococci dans cette affection.
M. Malassez a décrit dans le pityriasis simplex un parasite ; nous ne croyons pas qu’il soit la cause de cette maladie qui n’est pas contagieuse.
Le muguet se révèle par la présence de l’oïdium albicans décrit par Robin.
La nature parasitaire du bouton de Biskra a été démontrée par M. Duclaux : le microscope peut servira distinguer cette affection de certaines lésions syphilitiques (rupia). Le microscope enfin, peut nous mettre à l’abri de certaines fraudes dans les aliments, dans le lait, par exemple, il nous permettra de rejeter les viandes trichinées, etc.
Ces détails nous prouvent que le microscope, moins utile sans doute en clinique que pour les recherches de laboratoire trouve sa place dans le cabinet du praticien.
Services rendus à la médecine légale. — L’examen microscopique permet de reconnaître les taches de sang ; cet examen comprend la recherche des globules rouges et accessoirement celle des globules blancs et de la fibrine.
Notons toutefois que cet examen serait des plus faciles si le sang n’avait subi aucune modification, malheureusement ce fait n’est pas ordinaire, et, de plus, les liquides qu’on a conseillé pour ramener les globules à leur état normal ne sont que très incomplètement efficaces. Cependant, malgré ces causes d’erreur, M. Malassez a pu reconnaître de nombreux globules sanguins sur une serviette qui était restée plusieurs mois en plein air.
On a donné des caractères qui permettent de distinguer microscopiquement les taches produites par les excréments de puces, de punaises, de mouches qu’on pourrait confondre avec des taches de sang ; Robin s’est beaucoup occupé de cette question.
Le microscope permettra dans certains cas de distinguer les hématies des mammifères, de celles des oiseaux, des poissons, des reptiles ; les premières, en effet, sont circulaires avec une excavation sur chaque face, celles des animaux que nous avons signalés en deuxième lieu, sont elliptiques. Malheureusement ici encore il faut opérer sur du sang frais.
Si l’on examine des taches de lait au microscope, on reconnaîtra les globules laiteux.
Les taches de colostrum seront révélées par la constatation de globules de graisse, de quelques cellules épithéliales parimenteuses, et comme élément spécial, de corps arrondis, irréguliers, relativement volumineux qui sont le propre du colostrum.
Les taches de méconium se décèlent aussi par certains caractères spéciaux tels que des corpuscules de matière co-
lorante verte (biliverdine) , et certaines granulations irrégulières d’une teinte grisâtre.
Les taches d’urine se révèlent généralement par la présence de bactéries nombreuses en forme de bâtonnets. Les taches de sperme sont reconnues par la présence de spermatozoïdes et l’examen microscopique seul permet de les reconnaître.
Ces quelques exemples donnent une idée de l’utilité du microscope en médecine légale, nous aurions pu les multiplier et citer certains rapports où son emploi a été absolument indispensable, on comprendra que nous l'ayons pas fait, les limites de ce travail ne nous le permettant pas.