‹ Histoire des missions de Chine [microform] (volume 2)Chapitre 3 sur 62 · A TOUS NOS CIIEKS CONFRÈRES DE LA MISSION DU KOUY-TCHEOU · texte numérisé non relu

A TOUS NOS CIIEKS CONFRÈRES DE LA MISSION DU KOUY-TCHEOU

In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti.Amen.

Au moment où je vais partir pour le Concile, je juge utile de laisser par écrit, en cas de mort, mes dernières volontés et mes derniers vœux :

1" Tout ce que je possède dans la mission, et tout ce qui pourra' m'y être adressé, même après ma mort, appartiendra de droit à la mission du Kouy-tcheou, et restera à la disposition du Supérieur de la dite mission. Aucun de mes héritiers ne pourra y avoir droit.

2° Pour que la mission ne soufTre pas d'un trop long veuvage, j'ai déjà désigné à la S. C. de la Propagande et au Conseil de notre séminaire ^de Paris, Monsieur Lions comme étant celui de tous nos chers confrères le plus apte à gouverner la mission. .le sais qu'il a votre estime et votre confiance, et vous connaissez tous son expérience et ses vertus. Je le prie d'accepter en toute soumission ce lourd .fardeau ; car les mesures que j'ai prises me donnent lieu d'espérer qu'il ne pourra pas décliner cette charge.

3° Si j'ai quelquefois fait de la peine à quelqu'un d'entre vous, je lui en demande pardon, et je le prie de me pardonner. Je vous demande pardon <à tous des mauvais exemples que j'ai pu vous donner.

4" J'ai bien ofî'ensé Dieu dans ma vie. mais j'espère en sa miséricorde. Aidez-moi de vos prières, surtout au Saint-Sacrifice, cet adorable sacrifice que j'ai offert si souvent malgré mon indignité, et que les saints sans doute regretteraient de ne pouvoir plus offrir, si au ciel on pouvait regretter quelque chose.

Adieu, chers amis, chers frères, chers bien-aimés. Mon cœur et mes vœux sont toujours au Kouy-tcheou et pour le Kouy-tcheou. Dès que le bon Dieu me fera la grâce de pouvoir intercéder auprès de sa divine Majesté, oh, oui je prierai bien pour le Kou.y-tcheou !

Dites à tous nos chers chrétiens que je les aime toujours, et que la dernière instruction que je leur adresse est celle que je leur ai si souvent adressée. Quœrite primiim regnum Dei et justitiam ejus, et hsec omnia adjicientur vobis.

Et à vous, bien chers frères, je vous recommande de conserver à tout prix la sainte charité et le bon esprit qui ont fait jusqu'ici notre bonheur. Charité ! patience ! La vie est courte, et ce que nous avons à souffrir icibas n'est rien en comparaison des biens que Dieu nous promet. Non sunt condignœ passiones hujus temporis ad futuram gloriam, etc.. Songez qu'en ce moment si je me repens de quelque chose, ce n'est pas de m'ètre laissé offenser ou mépriser, mais bien d'avoir trop souvent suivi les mouvements de l'amour-propre ou de la colère.

Kouy-yang fou, le 25 mars, Jeudi-Saint 1869.

Votre indigne mais bien aimant confrère,

f Louis S. Faurie, Évêque d'Apollome Vie. ap. du Kouy-tcheou (Chine).

1 A. M.-E., vol. 549*, p. 1113.

ETAT DU VICARIAT 7

> La volonté clairement exprimée du défunt était donc d'avoir Lions pour successeur. Dès 1865, en exposant le projet de diviser la province du Kouy-tcheou en plusieurs Vicariats, Faurie avait manifesté le désir que ce missionnaire fût placé à la tète de l'un d'eux* :

J'ai proposé M. Lions pour le Vicariat de Hin-y fou, parce que c'est, de l'aveu de tous les missionnaires et des chrétiens, celui qui réunit le plus grand nombre des qualités requises pour diriger une mission 1° : il est dune piété et religion exemplaires ; 2" il est humble, doux et charitable, n'ayant jamais eu le moindre démêlé avec aucun confrère ; 3° il a une dextérité et un tact rares pour tout ce qui concerne la propagation de la foi et les missions ; 4" un bon sens presqu'infaillible ; 5° la science théologique suffisante, et pour, la science pratique, aucim de nous n'approche de lui ; ceux qui j'ont connu à Paris ont pu le juger peu capable et peu instruit^ mais comme il est fort studieux, il a fait du chemin depuis lors ; 6° il connaît parfaitement le pays et les chrétiens de l'Ouest qu'il a administrés pendant 8 ans. Si on divise ce Vicariat j adjoindrai à M, Lions, enlr'autres missionnaires, M. Mullerqui est très expérimenté, et probablement aussi M. Vielmon dont la renommée est colossale dans ces parages.

Le temps n'avait fait que fortifier le désir de l'évèque et lui apporter de nouvelles preuves de la justesse de son choix. Le missionnaire sentit le poids de la charge pour laquelle il était désigné et que son humilité lui représentait comme trop difficile pour ses talents ; aussi voulut-il l'éviter, et le 6 juillet, en transmettant le testament au Séminaire des Missions-Etrangères, il écrivit- :

Le mal est que, dans son testament, Monseigneur me désigne pour son successeur ! Sans doute il ne s'attendait pas à mourir sitôt, c'est pourquoi, par précaution, il m'a désigné comme le plus ancien, ou pour autres motifs qui n'existent plus. Je suis persuadé que maintenant il en désignerait un autre ; si l'on veut être de bonne foi, tous ceux qui me connaissent conviendront avec moi que je ne suis pas un sujet propre à diriger une mission ; à part l''âge, un peu d'expérience^ un naturel timide et conciliant, il n'y a rien en moi de ce qu'il faudrait à un bon Vicaire apostolique.

Pas de santé pas de talents, pas de vertus ; il n'y a pas de missionnaire dans la mission qui ne soit meilleur que moi, c'est très sûr ; il y en a plusieurs qui peuvent mieux gouverner que moi, ce n'est pas moins sûr. Donc... Aussi M. Albrand, de vénérable mémoire, mon directeur à Paris, m'avait-il donné ce sage conseil: « Moucher, n'acceptez jamais de supé-

' A. M.-E., vol. 54ô, p. 2^319. Lettre aux directeurs du séminaire des M.-E., 10 octobre 1865.

2 A. M.-E., voL 547, p. 1297. Lettre du 6 juillet 1871. On retrouve la trace de ces hésitations dans son Journal p. 298 et dans la lettre qu'il écrivit au Souverain- Pontife le 10 mai 1873 pour annoncer sa consécration épiscopale. [A. M.-E., vol. 547, p. 743.) Que de fois, pendant son épiscopat, ne répétera-t-il pas ces paroles : « Si je suis évêque je ne le dois qu'à mon âge ; à la mort de Mgr Faurie, tous les confrères étaient jeunes ; moi seul j'étais vieux. )>

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8 NOMINATION EPISGOPALE DEVIONS

riorat. « Malgré moi, j'ai transgressé ce conseil en acceptant le titre de provicaire à cause de certains motifs, mais ce n'était qu'à condition que ce ne serait que nominalement ; bientôt le départ de Monseigneur pour Rome, puis plus tard, la mort du P. Vielmon, qui faisait à peu près tout, ont fini par laisser le fardeau sur mes petites épaules ; n'importe, j'avais du moins l'espoir de m'en décharger bientôt entre les mains de Monseigneur, hélas ! Cependant l'intérêt de la mission et l'intérêt de mon âme me font un devoir de parler. Veuillez croire, Messieurs, que ce que j'ai dit, c'est devant Dieu et en conscience que je l'ai- dit, et j'espère que si vous pesez mûrement ces considérations, vous les trouverez justes

Après avoir énuméré les motifs qu'il avait ou croyait avoir de s'éliminer lui-menie, Lions proposait trois candidats : Chemier, Guichard , et Largeteau. « M. Chemier, disait-il, a plus de dignité, de gravité et même de savoir-faire ; M. Guichard, un peu plus jeune, a cependant plus de talent et plus de facilité ; M. Largeteau est un homme zélé, vertueux, laborieux, versé dans la théologie, mais, je crois, trop tenace. »

Les missionnaires ne partageaient pas les sentiments de leur supérieur intérimaire; ils admiraient sa vertu parfaite, son bon sens, son expérience, et étaient convaincus que doué de telles qualités il gouvernerait avec sagesse.

Craignant de ne pouvoir à eux seuls triompher de ses scrupules, ils adressèrent au Séminaire des Missions-Etrangères une lettre le priant d'appuyer leur désir' :

En parlant de M. Lions dans son testament, M"'" Faurie a dit en deux mots ce que tous les confrères du Kouy-tcheou ressentent pour ce confrère : estime à cause de ses vertus de missionnaire ; confiance à cause de son expérience consommée. Nous retrouverons en lui et M»"" Albrand, de sainte mémoire, qui le forma à la vie apostolique, et Ms"" Faurie qui ne faisait jamais rien sans son conseil.

Aujourd'hui que, de toutes les parties de la mission, nous nous trouvons réunis à la métropole pour la retraite annuelle, et pour les funérailles de M. Faurie dont le corps est arrivé hier du Su-tchuen, nous venons d'une voix unanime vous prier de faire à Rome les démarches nécessaires pour que M. Lions, provicaire du Kouy-tcheou, en soit nommé, au plus tôt, le Vicaire apostolique.

C'est le vœu unanime de tous les missionnaires du Kouy tcheou, et cette lettre en est le témoignage authentique.

Permettez-nous, Messieurs et vénérés confrères, de recommander instamment à vos bonnes prières et saints sacrifices notre pauvre mission du Kouy-tcheou.

Vos tous dévoués confrères et très-humbles serviteurs,

Emile Bodinier, m. ap. ; F. M. Guichard, m. ap. ; E. Bouchard, m. ap. ; A. Largeteau, m. ap. ; Esslinger, m. ap. ; Gréa, m. ap. ; Lamy, w. ap. ; Chemier, m. ap. ; F. Mercusot, m. ap. ; Lebrun, m. ap.

' A. M.-E., vol. 547, p. 979. Lettre du 22 août 1871.

ETAT DU VICARIAT

Seuls ne signèrent pas cette lettre les missionnaires qui n'avaient pas encore le droit de voter.

Le Séminaire partagea l'avis des missionnaires du Kouy-tcheou, il le leur dit', de même qu'il l'exprima en envoyant à Rome le vote fait en faveur du provicaire.

Conformément au vipli de tous, le Souverain-Pontife nomma, par des bulles du 22 décembre 1871, Lions évoque de Basilinopolis et Vicaire apostolique du Kouy tcheou.

Dans le courant du mois de juin 1872, Lions partit pour leSu-tchuen où il devait recevoir la consécration épiscopale. En passant à Tongtse, il prit avec lui Mercusot qu'il emmena à Pe-ko-chou, le petitséminaire de la mission du Su-tchuen oriental, oii Desflèches le sacra le 29 juin 1872.

Lions était au Kouy-tcheou depuis 1848 ; nous l'avons vu travailler successivement dans le sud-ouest, dans le nord, au séminaire, toujours paisible et doux, bon et pieux; fatigué par la maladie, un peu déçu pa;r les nombreux abandons des adorateurs auxquels il avait cru pendant quelques mois, il demeurait cependant animé pour le salut des âmes d'un zèle très grand, mais que son expérience voulait prudent. LeJoiama/, qu'il écrivit dans les dernières années de sa vie, porte en première page des détails sur son enfance et sa jeunesse. C'est, croyons-nous, le lieu de les citer ' :

« Mes parents était de petits propriétaires cultivateurs. Grâce à mon excellent curé, jNI. Camille, et à Henriette, une de mes sœurs, je lis une bonne première communion. De bonne heure, je demandai à étudier le latin pour être prêtre ; mais la garde des troupeaux me retint jusqu'à li ans ; alors mon jeune frère Calixte put me remplacer. Jusqu'à cette époque j'étudiais comme les autres enfants, pendant les quatre ou cinq mois d'hiver. Je n'étais pas savant, je vous assure.

« Au commencement de ma quinzième année, j'obtins la permission d'entrer au collège de Barcelonnette, éloigné de chez moi (village de Faucon) d'une lieue à peine. Ce collège, quoique laïque, ne ressemblait pas trop mal à un petit séminaire, quoiqu'il n'y eût pas de pensionnat, et que tous les élèves fussent externes. Quelques années après, on érigea le pensionnat, mais je demeurai externe faute d'argent.

« Rien d'extraordinaire dans mes classes, faites régulièrement jusqu'en seconde. J'étais à l'âge de la conscription ; mon malheureux n° 13 faisait de moi un soldat. Pas assez riche pour acheter un remplaçant, j'étais sur le point de partir, quand deux jours avant la révision, un bon ecclésiastique, M. Fortoul, m'obtint de l'évêque

' Dans une lettre du 29 janvier 1872 qui annonça la nomination de M?r Lions. * Journal de M. Lions, p. 1.

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NOMINATION EPISCOPALE DE LIONS

un certificat de séminariste ; me voilà donc rassuré. Je m'appliquais surtout à l'étude des mathématiques, et, comme mes moyens n'étaient qu'ordinaires, je veillais parfois jusqu'à minuit. C'est alors que cherchant un problème de géométrie, vers une heure du matin, je fus tout à coup frappé de maladie pour le reste de Tannée ; quoique l'année suivante j'aie pu reprendre mes études et les continuer, jamais je n'ai retrouvé mes forces primitives, et depuis, jusqu'à ce jour, les questions difficiles ou trop sérieuses ont toujours dû être écartées, surtout les mathématiques.

« Autre infortune : ayant appris que si, à 2^5 ans, je n'étais pas engagé dans les Ordres sacrés, je serais appelé à la caserne, j'ai demandé à entrer en philosophie, et par conséquent je n'ai pas fait de rhétorique ! On s'en douterait à m^entendre parler !

« Enfin, après une année de philosophie universitaire, à peu près insignifiante, j'arrivai au grand séminaire de Digne, au commencement de ma 23"'^ année. Là, je me trouvais logé en Paradis !

« Je fis, en entrant, une bonne retraite, et j'avais lieu de croire à ma conversion sincère. J'étais content comme un moine; mais je me sentais faible, pas entièrement mort au monde ; je le redoutais, vu la vigueur dos passions et ma faiblesse ordinaire. J'aurais bien désiré entrer dans un Ordre religieux, mais alors ils étaient rares en France, et je n'en connaissais aucun^ sinon les Trappistes et les Chartreux, de nom seulement et sans savoir oii ils se tenaient. On m'avait dit que ces Ordres étaient bien sévères ; ce qui ne me faisait pas peur ; mais pas moyen de voir un religieux.

« Pendant ma deuxième année de séminaire, j'ai eu l'occasion de lire la vie de sainL François-Xavier, elle me fit une profonde impression. A cette époque je n'avais pas lu grand'chose sur les missions ; les Annales de la Propagation de la Foi m'ont aussi frappé, surtout une lettre de Ms"" Albrand, qui était encore en Malaisie. Je ne pouvais prévoir, alors, que je serais son missionnaire au Kouy-tcheou. Dès lors, les Missions-Etrangères, que je connaissais fort peu, commencèrent à me trotter par la tête ; je savais qu'il fallait une vocation spéciale pour cela ; et, je me mis à prier avec ferveur dans l'espoir d'être appelé aux missions, abandonnant alors toute idée de monastère et pensant, selon le monde, qu'un missionnaire fait plus de bien qu'un moine, ce qui n'est pas faux.

« J'avais consulté un condisciple, M. Tiran', déjà à Paris. La réponse que je reçus de lui me confirma de plus en plus dans ma ré-

* Antoine Tiran, né le l"' janvier 1821 à Toui^nous (Basses-Alpes), missionnaire à Pondichéry, parti le 27 février 1846, mort à Karikal,le 16 novembre 1849, à l'âge de 29 ans. (Histoire des missions de l'Inde, par A. Launay, vol. IV, p. 591.)

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ETAT DU VICARIAT

solution et enfin, la grâce que je demandais avec tant d'instances se fit sentir irrévocablement.

« Dès lors, je fus en paix; j'éprouvai un contentement indicible et plus de ferveur, jusqu'à mon départ pour Paris, qui eut lieu avec deux excellents condisciples, MM. Golombet ' et Ravel ^ en juillet 1846. Bientôt, cette vive dévotion, cette paix profonde cessèrent presque tout à coup ; quelque temps après, le mal du pays et les tentations du diable survinrent ; la tristesse m'envahit pendant plusieurs mois, enfin Ja paix se fit ; mais je n"ai jamais plus ressenti la dévotion et la paix qui ont précédé mon départ pour les Missions- Etrangères, et je suis persuadé que c'est par ma faute, pour n'avoir pas profité de la grâce que Dieu me faisait alors et qu'il aurait continué à me faire si j'avais été fidèle ! »

Etat du Vicariat. — Missionnaires et districts. — Statistiques.

Au moment oii s^ouvre un nouvel épiscopat, c'est-à-dire un nouveau règne, il nous paraît bon de jeter un coup d'œil d'ensemble sur l'état du Vicariat dont nous racontons l'histoire.

Voyons d'abord le personnel apostolique.

Le nombre des missionnaires s'était, en 1871, augmenté de trois : Léon-Marie Thieulant^, Césaire-LéonMailluchet", Auguste-César Billouez^;en 1872, quatre autres vinrent les rejoindre : Jean-Baptiste- Ernest Berthon ^ ; Pierre-Paul MicheP ; Jean-Baptiste Ronat' ; Jean-

* Colombet Lucien, né le 8 janvier 182» à Castellane (Basses-Alpes), prêtre le 18 décembre 1847, parti pour le Tonkin méridional le 29 mars 1848, mort le 24 avril 1854 dans sa mission.

2 Ravel Joseph-Louis, né le 24 août 1824 à Valernes (Basses-Alpes), prêtre le 17 juin 1848, parti le 0 juillet 1848 pour le Coimbatour, mort le 31 janvier 1881 à Coimbatore.

3 Thieulant, né le 29 mai 1845 à Rennes (llle-et- Vilaine), prêtre le 21 décembre 1870, parti le 16 août, 1871, mort le 2 décembre 1874 à Lou-tsong-koan.

* Mailluchet, né le 8 mars 1847 à Etouvans (Doubs), prêtre le 8 avril 1871, parti le 16 août 187 J , se retire en 1873.

* Billonez, né le 10 septembre 1846 à Maulde (Belgique), prêtre le 17 décembre 1870, parti le 16 août 1871, mort le 9 juin 1877 à Tsen-y-fou.

^ Berthon, né le 24 avril 1838 à Poitiers (Vienne), prêtre le 17 décembre 1864, parti avec les trois missionnaires dont les noms suivent le 17 juillet 1872, passa au Kouan-tong en 1877, mort à Paris le 9 janvier 1893.

' Michel, né le 15 janvier 1849 à Châteauroux Saint-Irénée (Hautes-Alpes), prêtre le 25 mai 1872.

s Ronat, né le 2 mai 1848 à Boisset (Haute-Loire), prêtre le 25 mai 1872.

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iNOMUNATION EPISCOI'ALE DE LIONS

Marie Saby*. Grâce à ces recrues, au commencement de Pépiscopat de Lions le nombre total des ouvriers apostoliques du Kouy-tcheôu était de 22 , en y comprenant re'véque , et de 26 en ajoutant les prêtres chinois Ouang et Tsiang' et les deux missionnaires du Kouangsi, Cliouzy et Renault, qui ne pouvant entrer dans leur mission travaillèrent, pendant plusieurs années, au Kouy-tcheou. lueurs résidences furent les suivantes :

A Koiiy-i/any :

Saint-Joseph : (luichard, que Lions, après sa consécration épiscopale, choisit pour provicaire et qui était aidé par Billouez. Saint-Louis : Chemier.

Saint-Etienne : ?

Au nord (le Kouij-yang :

Tsen-y : Bodinier, Niaux. ^

Tong-tse : Mercusot.

Su-yang : Viret, Bertiion.

Jen-houai : Tsiang.

Che-tsion et Ou-tchoan : Bouchard, Ronat, A l'est de Kouy-yan</ :

Long-li : Faneau.

Au siul et au sud-ouest de Kouy-yany : Tsin-2:ai et Tsin-tchen : Esslins^er.

OC

Tin-fan : Saby.

Gan-chouen : Lamy, Lebrun, Ouang.

Tchen-lin : Roux et Mailluchet.

Mou-you-se : Michel.

Ho-teou : Thieulant.

Ta-chan et Hin-y bien: Chouzy.

Hin-y-fou : Renault.

Au séminaire :

Largeteau.

A la procure :

Gréa.

Pendant les douze années qui suivront, jusqu'au sacre de soncoadjuteur en 188i, Lions verra successivement arriver 4 5 missionnaires : en 187i, Pierre-Victor Pasquier^ Benoît-Hippolyte Jouishomme'' ; en

' Saby, né le 26 septembre 1844 à Saint-Maurice-de- Roche (Haute-Loire), prêtre lo 25 mai 1872.

- Pasquier, né le 31 août 1848 à Le Fuilet (Maine- et-Loire), prêtre le 30 mai 1874, parti le 29 juillet 1874, mort le 29 août 1881 au Sanatorium des Missions-Etrangères à Hong-kong.

■' Jouishomme. né le 16 jiilllot 1850 à La Chaux (Haute-Loire), prêtre le 30 mai 1874, mort le 4 septembre 1899, à Kouy-yang.

ETAT DU VICARIAT

1875, Jear-Bapliste Aubry', Alphonse Schotter*, François Chasseur' ; en 1877, Joseph-Ernest Desvoivrcs\ Pierre Layes^ ; en 1879, Jean-Benoît Terrât^ ;Jem-Rollin Chaffanjon'' ; en 1880, Alcide-Léonidas Lu" casS Jean-Henri Thibault"; en 1881, Aloys Schotter'»; en 1882, Jèan-Antoine Vray " ; en 1883, Louis-Marje Poux'% François-Xavier Cuq " ; au total, une augmentation de 19 nouveaux ouvriers apostoliques depuis 1872 et de 26 depuis la mort de Faurie. La plupart d'entre eux ont déjà reçu la récompense éternelle ou, faute de santé» ont quitté la mission. De ceux que nous venons de nommer, en effet, il n'en reste plus au Kouy-tcheou que 8 : Michel^ Ronat, Chasseur^ Terrât, Chaffanjon, Thibault, Aloys Schotter et Poux.

On comptait 46 catéchistes, 21 baptiseurs, 23 vierges.

La statistique des églises et des établissements d'instruction et de charité, en 1872, était la suivante :

Eglises ou chapelles 13 ;

Séminaires 2, à Lou-tsong-koan, avec 51 élèves ;

Ecoles de garçons 13 avec 123 élèves ;

Ecoles de filles 21 avec 97 élèves ; Imprimerie 1 ;

* Aubry, né le 5 octobre 1844 à Chéry-Ourscamps (Oise), prêtre le 4 octobre 1868^ parti le 23 septembre 1875, mort le 19 septembre 1881 à Hin-y fou.

' Schotter^ né le 3 février 1850 à Fessenheim (Bas-Rhin, Alsace), prêtre le 22 mai 1875, parti le 23 septembre 1875, mort le 24 juillet 1902 à ïchen-fong.

' Chasseur, né le 21 janvier 1852 à Ayas (Aoste), prêtre le 10 octobre 1875, parti le 16 décembre 1875.

* Desvoivres, né le 3 février 1850 à Harsault (Vosges), prêtre le 22 septembre 1877, parti le 28 novembre 1877, mort au Kouy-tcheou le 6 février 1899.

* Layes, né le 8 octobre 1853 à Villedieu (Haute-Loire), prêtre le 22 sepembre f877, parti le 28 novembre 1877, mort le 6 octobre 1900 à Tin-fan tchedu.

* Terrât, né le 8 novembre 1853 à Saint-Genest-Malifaux (Loire), prêtre le 20 septembre 1879, parti le 29 octobre 1879.

■^ Chaffanjon, né le 21 juillet 1856 à Cleppé (Loire), prêtre le 20 septembre 1879, parti le 29 octobre 1879.

* Lucas, né le 24 février 1851 à Laigle (Orne), prêtre le 10 juin 1876, parti le 1"" septembre 1880, mort le 15 octobre 1900 à Kouy-yang.

^ Thibault, né le 18 octobre 1856 au Lion d'Angers (Maine-et-Loire), prêtre le 4 juillet 1880, parti le 1" septembre 1880.

*<* Schotter, né le 5 janvier 1857 à Fessenheim (Bas-Rhin, Alsace), prêtre le 26 septembre 1881, parti le 26 octobre 1881.

** Vray, né le 15 décembre 1857 à La Fougerouse (Puy-de-Dôme), prêtre le 23 septembre 1882, parti le 8 novembre 1882, mort le 12 avril 1893 à Kouy-yang.

*2 Poux, né le 16 janvier 1859 à Rognaix (Haute-Savoie), prêtre le 22 septembre 1883, parti le 7 novembre 1883.

*3 Cuq, né le 23 avril 1857 à Saussenac (Tarn), prêtre le 22 septembre 1883, parti le 22 novembre 1883 ; en France depuis 1898.

M. Renault est dans sa mission au Kouang-si. M. Chanticlair, du Kouang-si, remplaça pendant quelque temps M. Chouzy.

A la fin de l'Appendice se trouve la liste de tous les missionnaires du Kouytcheou de 1847 à 1896.

NOMINATION EPISCOPALE DE LIONS

Orphelinats 9 renfermant environ GOO enfants;

Pharmacies 15. ,

La population catholique s'élevait à 9000 âmes environ, divisées en 15 districts.

Quelques lignes résumeront l'état de chacun d'eux : à Kouy-yang*,. les missionnaires baptisent annuellement de 50 à 60 adultes ; ils constatent « que, si les tracasseries des mandarins sont rares, le prosélytisme est difficile ».

Le district de Tsen y reste encore tout endolori des coups reçu» en 1869.

A Tong-tse, Mercusot réussit à fonder un certain nombre de stations, particulièrement Tien-kia-keou, qu'une petite persécution éprouva dès le début. Les païens, en etTet, firent une réunion dans laquelle ils promirent 8 ligatures à qui tuerait un néophyte, et 20 si c'était un catéchiste. Le missionnaire y envoya le catéchiste Tchen qui, par son habileté et sa patience, calma les esprits et assura la persévérance du nouveau poste *.

Bouchard est le plus actif et le plus heureux des ouvriers apostoliques de cette région; il provoque un véritable mouvement de conversions dans les préfectures de Che-tsien et de Se-lan.

Long-li demeure à peu près stationnaire.

Dans le district de Tsin-gai, Esslinger fait des conversions, particulièrement à Ma-pa ; en 1872, il fonde les stations de Oung-chao, composées de Chinois et de Tchong-kia-tse, et de Niou-tchang, où la famille Lo, la première convertie, devait lui donner plus d'ennuis que de consolations. Toutes les espérances du missionnaire ne se réalisèrent pas, mais il eut cependant des succès capables de réjouir soncœur d'apôtre; et en 1873, il écrivait* : « En enseignant mes chrétiens, j'ai pu faire, chaque année^ environ 120 baptêmes d'a^' dultes, sans compter les enfants dont le chiffre va au delà de 100, de sorte que dans mon district, je compte, actuellement, à peu près 1300 baptisés. »

Le district de Gan-chouen s'organise peu à peu sous la direction de Lamy, qui en même temps développe avec rapidité et succès ses deux orphelinats.

Roux continue de déployer son zèle parmi les Tchong-kia-tse. II baptise 60 à 80 néophytes dans les stations qu'il a commencé à fonder en 1870 et en 1871 ; puis il vient, dans le courant de l'année 1872, se fixer comme chef de district àTehen-lin, ou Mailluchet*

» A.M.-E., vol. 547, p. 373, M. Mercusot à M. Guichard, 26 juin 1873. *A. M.-E., vol. 547, p. 617. Lettre à M. Lions, 25 février 1873. s Ce fut M. Mailluchet qui fit enlever par des chrétiens une pierre superstitieuse qui se trouvait devant l'oratoire ; il la fit placer six naètres plus loin au milieu de

ETAT DU VICARIAT

étudie la langue chinoise ; il espère y obtenir le triple avantage de s'occuper plus facilement des chrétiens et des païens de la ville, d'obtenir par ses relations avec les autorités une influence qui lui permettra de rendre plus de services aux indigènes et enfin d'établir plus aisément des écoles et des orphelinats ; il trouva à Tchen-lin quatre familles chrétiennes, Sin, Ouang, Gaii et Lieou, plus une dizaine de familles d'adorateurs, dont trois seulement devaient persévérer\ Roux était aidé dans ses travaux d'évangélisation par Joseph Lou Lou-ye, le frère du martyr Jérôme Lou Tin-mei, qui se montrait fort zélé et chaque jour instruisait pendant deux ou trois heures les hommes et autant les femmes. Il avait été très difficile de persuader à ces dernières de venir aux réunions ; mais enfin, à force d'exhortations, le catéchiste y réussit.

Plus loin, au sud-ouest, à Tachan, Hin-y et dans les environs, Ghouzy et Renault fondent quelques nouvelles stations.

La statistique des sacrements nous permet de connaître les résultats principaux des travaux des missionnaires ; en 1871 elle était la suivante - :

Confessions annuelles 3772 ( naç-o

Confessions répétées . . . 4191 \

Communions annuelles 2704 ) nf^f^q

Communions répétées . 3905 )

Catéchumènes nouveaux . . . . ^ 1861

Adultes baptisés 781

Enfants de fidèles baptisés 335

Adultes m ar^.mor/. baptisés 70

Enfants d'infidèles baptisés 3323

Confirmations 151

Mariages bénits 92

Extrême-onctions . 113

Chrétiens n'ayant pu être visités 2.000 au moins ^

la grande cour du presbytère, comme un ornement profane. Etonnés de voir que le ciel n'avait frappé d'aucun châtiment les ouvriers chrétiens, les païens perdirent dès lors presque tout respect pour l'idole. Cependant aujourd'hui encore ils ne l'ont pas oubliée, et quand un lettré va visiter le missionnaire il ne manque jamais de jeter un coup d'œil sur ce vieux monument superstitieux en disant : « Son nom est inscrit à Pékin, il est dans nos livres. »

*■ A. M.-E., vol. 5491, p. 529.

i A.-M.-E., vol. 547, p. 1004. Compte-rendu de 1871 par M. Guichard.

^ Les 2000 chrétiens environs qui n'ont pu être visités cette année, sont presque

tous des chrétiens des parages de Hin-y fou'. Ils n'ont pas été visités, les uns parce

qu'ils sont au milieu de pays occupés par les rebelles ; les autres parce que toutes

les routes qui les séparent des missionnaires sont au pouvoir de ces mêmes rebelles.

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^NOMINATION EPISCOl'ALE DE LIONS

Voici maintenant la statistique de 1872 :

Confessions (total) 9862

Communions (total) 6304

Catéchumènes nouveaux 2083

Adultes baptisés . . . . . 791

Enfants de fidèles baptisés 406

Enfants d'infidèles baptisés 3433

Confirmations 800

Mariages bénits 128

Saints viatiques 204

Extrême-onctions 150

La note dominante sur la situation générale de la mission était donnée par Lions et par Guichard :

u On^ ne trouve absolument aucune ressource au Kouy-tcheou, soit en hommes, soit en argent. Presque tous les chrétiens sont néophytes et demandent par conséquent beaucoup de soin.

« Les rebelles, depuis une dizaine d'années, nous ont fait un mal immense. Si parfois ils ont été la cause occasionnelle de nombreuses conversions, ils ont été la vraie cause de la ruine de toutes nos vieilles stations. » « La^ persécution de Tsen-y nous a porté un grand coup qui a eu son effet dans toutes les parties de la province. Bien que nos vieux adorateurs n'aient pas apostasie, ils n'osent cependant pas demander le baptême. Tout en continuant à prier et à apprendre la doctrine comme auparavant, ils veulent voir comment se terminera cette malheureuse persécution. »

Quant aux relations avec les mandarins, Lions écrira en 1883 : « L'évèque pouvait alors voir les autorités ; aujourd'hui, il ne le peut plus. Est-ce mieux ainsi ? oui pour la tranquillité de l'évêque ; mais pour l'utilité de la mission et l'honneur de la religion, on peut dire franchement : non. » Tel était l'état du catholicisme au Kouy-tcheou ; il reste à examiner dans quel milieu politique et social les missionnaires avaient à se mouvoir-

1 A. M.-E., vol. 547, p. 1429. M. Guichard à Mg-- Fauric, 18 décembre 1870. - Journal de M. Lions, p. 326.

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ETAT DU VICARIAT

Fin de la rébellion au nord et au sud. — Massacre des Tchong-kia-tse. — Apostasies,

La situation politique, si profondément troublée depuis plus de 15 ans, s'améliora notablement à partir de 1870.

Dans le nord, les rebelles, sous le commandement de Liou Tsousou, furent complètement défaits ; le vieux chef qui tenait la campagne depuis 1860 fut pris, conduit à Tchen-tou et écorché vif\

Sa mort fut le signal de la soumission de tous ceux qui l'avaient suivi pendant dix ans.

Dans le sud, les musulmans, depuis quelques années, ne possédaient plus que les villes de Hin-y fou, Tchen-fong etSin-tchen. En 1871 et 1872, les impériaux assiégèrent les deux premières, c'est-àdire qu'ils se cantonnèrent autour et attendirent que la famine forçât les habitants de se rendre. Après la prise de Tchen-fong et de Hin-y fou, au mois de juin 1872, ils mirent, sous le commandement du général Tao, le siège devant Sin-tchen et en suivant la même tactique, ils s'en emparèrent au mois de novembre suivant. Cette victoire, qui allait ramener la paix dans cette partie de la province, porta par suite de certaines circonstances un coup funeste à l'évangélisation dans les deux districts de Gan-chouen et de Tchen-lin. Roux, dont les stations furent décimées, va nous raconter les faits-:

« Au retour de son expédition, le général Tao s'arrêta à Tchen-lin avec deux mille hommes, afin de punir les Tchong-kia-tse qui, volontairement ou non, avaient pris part à la révolte. En arrivant, il me rendit visite, et tout en m'annonçant qu'il allait faire tomber bien des têtes, il me promit d'épargner mes chrétiens, du moins ceux qui étaient moins compromis, mais pour cela il me demandait de lui en donner la liste. Pouvais-je le faire ? Pouvais-je lui livrer une preuve \.que tel ou tel, qu'il devait faire décapiter, était un chrétien ! lui donnant ainsi le droit de diffamer la religion, en ajoutant dans ses pièces officielles le titre de chrétien à celui de rebelles ?... Je ne lui refusai donc rien, mais je me gardai bien de lui rien promettre. Il y eut deux mois d'attente, et, tout en préparant ses listes de massacre, il

• Ms^ Lions donna cette raison de leur défaite : u Les rebelles avaient tout pillé et tout détruit ; sur un espace de 5 à 6 jours, ils avaient fait un désert ; ils ne pouvaient plus vivre )>.

'A. M.-E., 5491, p. 572 et suivant. Notes sur Tchen-lin.

KOUY-TCHEOU 2

NOMINATION EPISCOPALE DE LIONS

renouvelait toujours sa demande de la fameuse liste, qui toujours n'était point encore faite. En même temps, les bruits les plus étranges furent répandus contre les missionnaires, que. Ton accusa de sortilèges capables de faire disparaître à volonté quiconque les gênait.

« Enfin, le général Tao alla trouver Ms' Lions, à qui, par mille belles promesses, il soutira la pose du cachet épiscopal sur une af- ^ fiche publique où il était dit : que le général allait punir justement tous les coupables sans distinction entre païens et chrétiens.. Quatre jours plus tard, on m'annonça que le village de Hia-lo-ki, en mars ou avril 1873, avait étéJDrùlé, et que 70 de ses habitants, ainsi que mon catéchiste Ouang Tin-fang de Long-ka. avaient été massacrés par les soldats de Tao. Voyant cette tuerie, mon catéchiste avait dit pour se sauver : « Moi, je suis un étranger, je suis un catéchiste des missionnaires. — Eh bien, nous allons t'expédier pour le ciel. » On Ta tué,, puis on a crié : « L'Européen^ l'Européen où est-il ? Nous allons, lui aussi, l'expédier pour le ciel. »

« Après cet horrible carnage, les habitants qui purent s'échapper, au nombre de 40 environ, allèrent chercher asile chez leurs parents païens, d'où effrayés et sollicités par ces païens, ils revinrent plus tard dans leur village, en faisant la promesse de ne plus prier.

La station de Ghan£;-lo-ki pillée, mon catéchiste Ou Sie-kouang fut fait prisonnier; 27 adorateurs ont eu la tête tranchée.. Pou-ngi fut également pillé, et nombre de gens massacrés !! Je courus chez le général, mais l'affiche, avec le cachet de Ms' Lions, collée à ma porte et dans tous les villages indigènes ou chinois, rendit ma visite bien moins utile. Je m'apitoyai alors sur le sort des femmes et des enfants. Le général trouvait que j'avais trop bon cœur : « Il faut un exemple de marque, disait-il, — Mais pourquoi battre de préférence ces trois villages chrétiens ? — Parce que j'ai surtout reçu des accusations contre eux. » Gela est possible, car j'ai appris depuis que les villages païens s'étaient presque tous rachetés à prix d'argent, gagnant les secrétaires du général et faisant éliminer les pièces des i accusations portées contre eux,

« Depuis ce premier massacre, le général Tao, qui continuait à me voir, me donna l'occasion de sauver une vingtaine de nouveaux chrétiens, tous condamnés à mort et dont il m'accorda la grâce. Ayant encore voulu détruire trois autres villages : Kieou-yen, Tsin-keou, Yn-pan, qui étaient en partie chrétiens, il m'avertit secrètement, et m'autorisa à faire sortir du péril quelques adorateurs. D'autres fois, ce général, quand il n'était pas disposé à in'accorder mes demandes, s'évitait les ennuis d'un refus, en exécutant secrètement et à l'improviste ceux qu^il prévoyait que je voulais sauver. Bref, après avoir

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ETAT DU VICARIAT

senié la terreur pendant six mois dans le pays, il se retira, riche d'un millier de massacres et de quelques milliers de taëls". »

Lions exposa une partie de ces faits au nouveau ministre de France à Pékin, de Geofroy *, qui lui répondit par les lignes suivantes peu propres à exciter de grands espoirs :

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait Tlionneur de m'écrire le 25 août 1872 et dans laquelle vous me dépeignez la fâcheuse situation où se trouve en ce moment votre Vicariat. Cet étal de choses est à peu près isolé à l'heure actuelle elles nombreuses lettres que je reçois chaque jour des évèques me dépeignent leurs résiflences comme jouissant d'une tranquillité relative. Ce que vous me mandez n'en est donc que plus regrettable, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour y remédier, si c'est possible. Je ne manquerai pas dans la révision du traité de me servir de l'argument des persécutions dont le Kouy-tcheou a été le théâtre, et je ferai en même temps tous mes efforts pour apporter des améliorations à votre situation.

Au début de cette répression cruelle et souvent injuste, Roux avait fièrement écrit ^ : « Pas un des chrétiens du P. Lamy ni des piiens

* Après ces massacres, la rébellion faillit éclater dans l'armée victorieuse, t En effet, raconte Lioqs, on commença à licencier les soldats, mais sans leur dpnner d'argent de sorte que ceux-ci, en murmurant, firent le complqt de se révolter; la révolte éclata à Sin-tchen, oii ils tuèrent leur général. Il y eut alors grande panique dans Hin-y fou jusqu'à la capitale. Enfin par ruse ou par force, on parvint à étouffer la révolte en faisant massacrer quelques milliers de soldats dont le grand crime était d'avoir voulu se faire payer la solde promise. Cette conspiration d'une partie de 1 armée qui aurait pu replonger la province daijs le sang, fut heureusement découverte par une fausse adresse, juste au moment où elle allait éclater dans tous les camps de l'armée du Kouy-tcheou. Dès lors, vous le comprenez, on tomba sur les chefs de la conspiration. De là des recherches et des exécutions nombreuses, car pas mal de haut gradés de l'armée se trouvaient à la tête delà conspiration... [A. M.-E., vol. 547, p. 452. Lettre de Mgr Lions à M. Imbert). ' 11 avait succédé à M. de Rochechouart, qui en partant pour la France avait adressé aux Vicaires apostoliques la lettre suivante :

Légation de France EN Chine

Péki/ig, le 10 Juin 1872.

Monseigneur,

Avant de quitter la Chine après y avoir fait un long et pénible séjour, je tiens à vous exprimer tous mes remerciements pour le concours que j'ai toujours trouvé auprès de vous. Les douloureuses circonstances que nous avons traversées m'ont permis d'apprécier à leur juste valeur le dévouement, la charité et l'énergie des missionnaires ; aussi j'emporte de leurs œuvres l'admiration et la sympathie la plus vive et la plus sincère.

Recevez, Monseigneur, l'assurance de ma respectueuse considération.

Rochechouart.

{CL M.-E. vol. 549° p. 1159.)

3 A. M-E., vol. 547, p. 355. Lettre à MS'' Lions, 10 juin 1873. M. Roux s'est demandé s'il n'aurait pas pu avoir plus d'influence sur le général faoet il a répondu : « Maintenant, qu'elle a été mon influence sur ce générai Tap ;' J'étais jeune et je

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NOMINATION EPISCOPALE DE LIONS

n'a bougé. C'est peut-être une preuve que les Tchong-kia-tse sont dignes qu'on les tolère et qu'on leur permette d'être chrétiens. » Hélas ! cette belle fierté dut s'abaisser devant la réalité mieux connue, et le 14 juillet 1874, le pauvre missionnaire donnait une note toute différente et plus juste ' : «Vous savez que les Tchong-kia-tse ont abandonné la foi, leur retour est bien douteux ; ces gens-là sont peureux ; ils se disent : nous avons déjà bien des affaires à notre charge, pourquoi, en nous faisant chrétiens, aggraver encore la position ? » Ces dernières paroles donnent la note vraie.

Un certain nombre de stations nouvellement converties et même plusieurs qui dataient de trois ou quatre ans abandonnèrent la foi ; dans les unes, il ne resta pas un néophyte, dans d'autres, trois ou quatre et encore étaient-ils bien tièdes. Nous pouvons citer Ghanglo-ki, Pou-ngi, Kieou-yuen, Yu-pan, Tsin-keou, Tou-kouan-pou, Hia-lo-ki, Che-pao-tchai, Siao-tan-kia, la liste est loin d'être complète. Celles qui se conservèrent le mieux paraissent l'avoir fait sous l'influence des bienfaits du missionnaire, qui sauva de la mort plusieurs de leurs habitants ; telle Kan-tse-ho oii Pan 0-te et Ouy Lao-te furent efficacement protégés ^ A Lo-pang, une seule famille, Ou A-kin, demeura fidèle et Roux attribue cette persévérance au fait suivant : « Peu après saconversion, Ou A-kin vint me demander de l'eau bénite. « Quel usage veux-tu en faire ? Tu viens d'adorer, tu t'en serviras sans la foi, et plus tard tu diras que ce n'est bon à rien. — Père, le diable vient faire le tapage chez moi toutes les nuits ; j'ai fait, mais

connaissais trop peu la langue chinoise pour bien exprimer mes pensées. J'aurais dû parfois être moins confiant en ses bonnes paroles et donner à mes chrétiens le conseil d'imiter la conduite des païens en se rachetant avec un peu d'argent. J'aurais dû, par quelques présents, me rendre plus maître de lui... mais un Français, qui vient d'arriver en Chine, trouve ces procédés révoltants et contraires à la justice, bien qu'ils ne soient en réalit»^ que conformes aux usages et à la justice chinoise. Malgré cela Tao qui n'était pas mauvais (pour un chinois) m'écoutait avec intérêt, et malgré les reproches qu'il m'adressait sur mon trop bon cœur, il a certainement compris que les massacres qu'il faisait, sans jugement, étaient révoltants et sauvages, aussi a-t-il peu à peu suivi une conduite moins brutale. En me quittant, il m'avoua qu'il avait dû faire massacrer beaucoup d'innocents, qu'il se repentait de ne m'avoir pas assez consulté, puis il ajouta, en bon païen : (( D'ailleurs, ce n'est pas faute à moi, c'est celle des faux accusateurs ! Que le ciel les punisse !

(t Quant à l'apposition du cachet de l'évcque suV l'affiche qui autorisait la punition des coupables, elle eut un bien mauvais effet ; car on lit entendre au Tchong-Ria que l'évcque avait été consulté et qu'il avait tout autorisé. Hélas ! il n'en était rien. M^"" Lions regrettait de tout son cœur la pose de son cachet, mais il ya des choses qu'on ne peut guère s empêcher d'accorder de bouche et c'était le cas, seulement il n'aurait pas fallu signer. » [A. M.-E., vol. 549I, p. 580,

1 A. M.-E., id. p. 35.

^ A. M.-E., id. vol. 549', p. 572.

ETAT DU VICARIAT

inutilement, bien des superstitions pour le chasser ; maintenant que je suis chrétien, j'ai entendu le prédicateur Lieou dire qu'il fallait user de l'eau bénite... etc. — Eh bien ! je vais te donner de cette eau bénite ; en rentrant chez toi, asperge ta maison. Si tu as la foi et si tu pries bien le Maître du Ciel, le diable te laissera tranquille. » Le brave Ou A-kin fit ce que je lui avais recommandé, et depuis lors il n'a plus jamais entendu les bruits insolites attribués aux mauvais esprits, qui l'avaient si souvent effrayé "auparavant. Il a été tenté bien des fois par sa femme de quitter le christianisme, mais après 16 ou 17 ans de querelle à ce sujet, il a été vainqueur, et sa femme s'est convertie vers Tan 1890. »

Toutes les stations que nous venons de citer appartenaient au district de Tchen-lin. Le district de Gan-chouen fut heureusement moins éprouvé ; on cite cependant les chrétientés de Pe-ko, Ten-kio, Tchata-chai, dont une partie des habitants abandonnèrent le catholicisme, mais y revinrent assez rapidement. D'autres n'eurent plus le courage de sortir de l'erreur dans laquelle ils étaient retombés.

Ces malheurs portèrent le dernier coup au grand mouvement d'extension catholique commencé en 1863. Dès lors et pendant longtemps, Févangélisation parmi les indigènes ne fit presque aucun progrès ; sans être entièrement délaissée., elle paraissait présenter tant de difficultés, elle avait derrière elle un passé si plein de désillusions et d'amertumes, elle avait fait naître 'des périls si graves que ni les missionnaires, ni les catéchistes, ni les chrétiens n'osaient marcher vite dans cette voie.

Sous l'impression de cette douloureuse situation, l'évèque prit la résolution de consacrer au Sacré Cœur la mission du Kouy-tcheou, afin d'attirer sur elle d^une façon spéciale les miséricordes divines. Cette consécration eut lieu pour la première fois le 23 décembre 187S. Depuis lors elle se renouvelle chaque année, en ce même jour pour les chrétiens, et pour les missionnaires à la clôture de leur retraite.

Cet acte fut, quelques années plus tard, suivi de la consécration au Sacré-Cœur de plusieurs paroisses, particulièrement de Gan-chouen en 1886 ' et de Hin-y fou^ en 1888.

' « Le jour de la grande fête de Noël, écrit Lamy, pendant la messe du jour, avant la communion du prêtre, j'ai consacré solennellement tous mes chrétiens de la ville et des campagnes à ce Cœur très-miséricordieux. J'avais composé, à cet effet, un acte de consécration écrit en chinois. Cette consécration s'est accomplie devant près de 500 chrétiens réunis. [A. M.-E., vol. 549*, p. 643. Lettre à Lions 16 janvier 1887).

2 (( Le l'^'" novembre, écrit M. A. Schotter, j'ai consacré mon district de Hin-y fou au Cœur de Jésus ; les maîtres et les maîtresses d'école, un cierge allumé à la main, récitèrent avec moi une formule de consécration devant le Saint-Sacrement exposé. »

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