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NEGOCIATIONS AU SUJET
18 mai dernier, édition beaucoup plus perfide que la première dans son exposé, et à mon sens, beaucoup plus trancliante dans ses arrêts. J)ès le commencement de mars, j'avais soupçonné que quelque chose se remuait dans Tombre. Vers la tin de mars seulement, j'appris tout et je sus que M. de Geofroy se trouvait acculé dans une impasse. Lui, M. le Ministre, se tenait vis-à-vis de nous dans un silence rigoureux pour ne pas dire dans un écart incroyable.
En ce jour, 4 juin, lorsqu'il sortit tout à coup de son profond secret, aisément je compris qu'assailli dans une impasse on saisit un plastron pour se couvrir. Tant de fois, hélas! nous avons expérimenté cela passivement ! Ma résolution fut donc de ne rien discuter, même de ne rien répondre. Il était trois heures, on m'attendait pour quatre heures à notre église Saint-Joseph. Je priai M. le Ministre de m'excuser si j'étais obligé de prendre congé Demande : ti Mais votre opinion surtout cela? » Réponse : <( Il me serait difficile d'émettre une opinion sur la simple lecture de quelques notes, prises d'ici et de là. il faudrait voir l'ensemble et l'étudier à tète reposée. « Demande : « Eh l)ien, je vous enverrai tout le paquet. » Réponse : « Oh, je vous en remercie, M. le Ministre, ce dossier ne peut guère sortir de chez vous. D'ailleurs, ces jours-ci j'ai trop de besogne, je n'aurais pas le temps de m'en occuper ; enfin, pour tout dire au point où en sont les choses, je ne vois pas quelle opinion j'oserais émettre. « Demande : « Enfin, vous avez toujours votre opinion personnelle. « Réponse: « Assurément, mais il y a vingt évèques en Chine, nous sommes tous solidaires dans ces questions, et je ne voudrais pas que mon opinion pût les engager, même de loin. » Demande : « Est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de vous concerter avec vos collègues, d'étudier ensemble ce Mémorandum de voir comment l'on pourrait aboutir, etc., etc.. ?» Réponse : ^ J'ai proposé, en 187 J , une réunion dans ce but-là, mes etTorts ont été vains... Aujourd'hui, c'est bien tard, et je le regrette d'autant plus que si vous consultez isolément les Vicaires apostoliques de Chine, les réponses n'ayant pas été concertées, ne seront pas non plus unanimes et malheur en adviendra >' Demande : « Comment cela? » Réponse : « Il est évident que vingt personnes, interrogées isolément et sans accord préalable, ne rendront pas de réponses identiques et il n'est pas moins évident, du moins pour moi, que sur les vingt évêques de Chine, si trois seulement se prêtent à des concessions, le Tsong li yamen et même la Légation de France s'empresseront d'accepter l'opinion de ces trois-là, sans s'occuper des dix-sept autres et c'est ce que j'appelle un malheur. » Demande : « Cela, je le crois comme vous, les concessions faites par trois seulement seraient immédiatement acceptées. Eh bien ! faites donc votre réunion, faites-la à Pékin ostensiblement, on verra là votre bon vouloir et on attendra. » Réponse : « Pas de danger que je propose une réunion semblable à Pékin. » Demande : « Pourquoi pas'.^ » Réponse: « Parce que toute réunion d'évèques doit être bien libre et indépendante. D'ailleurs, M. le Ministre, on attendrait de cette réunion une solution immédiate, or c'est ce qui n'arriverait pas. Tout ce que nous ferions, ce serait d'envoyer à Rome le procès-verbal de nos délibérations, Rome examinerait, jugerait, déciderait en dernier ressort, et nous nous en tiendrions à ses décisions. » Demande : « Oh I cela serait long !... et cette nouvelle édition du Mémorandum, comment trouvez-vous cela? » Réponse: « Je n'en suis pas surpris du tout. Jadis, après les réponses des gouvernements, j'ai insisté auprès de M. de Vangaly, doyen du corps diplomatique, pour qu'une note diplomatique,
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DES MISSIONS CATHOLIQUES
signée par tous les ministres, déclarât au Tsong-li yamen que cette pièce passait à néant, mais on ne s'est pas décidé à formuler cette note-là ; non seulement cela, mais on a laissé le Mémorandum devenir comme loi, comme modus arjendi... Aujourd'hui, il reparaît officiellement et singulièrement accentué, rien d'étonnant. » Demande : « Une note collective, ce n'est pas facile à enlever. Voyez que de misères entre nous pour la question de l'audience qui pourtant était d'un intérêt général ! Enfin, que faire aujourd'hui de celte nouvelle édition? » Réponse: «Oh, là-dessus, je vais vous dire tout de suite mon opinion, excusez ma liberté de langage ; si j'étais ministre de France, à l'heure qu'il est, je renverrais cette pièce au Tsong-li yamen avec une note ainsi conçue : « En 1871, vous avez proposé aux Légations ces huit articles comme projet de délibération, les Légations en ont référé à leurs gouvernements qui tous ont rejeté ce projet. Là-dessus, le grand ministre Ouen-siang a dit : « Puisqu'il en est ainsi, n'en parlons plus... » et aujourd'hui, celte pièce, dont vous ne deviez plus parler, cette pièce qui dans le principe n'était qu'un projet de délibération, projet que nos gouvernements n'ont pas voulu admettre, vous me la représentez presque comme une loi, je n'ai pas même à l'examiner. » Voilà ce que je ferais et, selon moi, cette fin de non-recevoir est le seul moyen de s'en tirer. Telle fut, quant à la substance et à peu près quant aux termes, notre conversation du 4 juin. Je la mets par écrit, dans la crainte que plus tard elle ne vienne à être présentée sous un autre jour. En quittant M. de Geofroy, j'ai vu M. Devéria à qui j'ai raconté de vive voix les mêmes choses que je viens de relater. M. Devéria me servira de témoin s'il le faut.
■ De Geofroy suivit le conseil, ou si ron veut, ropinion du Vicaire apostolique de Pékin ; le 5 juin il adressa au Tsong-li yamen la lettre suivante' ;
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 18 mai dernier. Votre Altesse et Vos Excellences me font l'honneur de me dire qu'elles ont annoté les sept articles que je leur ai présentés, qu'elles espèrent que je voudrai bien prendre en considération les observations auxquelles ces articles ont donné lieu de leur part, et elles me demandent de prendre pour base le nouveau règlement en huit articles dont elles ont proposé l'établissement en 1871. J'ai reçu également les deux pièces qui accompagnaient votre, dépèche. Je pense qu'il n'y aurait pas impossibilité de nous entendre sur la base des sept articles que JD vous ai proposés, car ainsi que Votre Altesse et Vos Excellences l'auront remarqué, je les ai établis sur le principe équitable de la réciprocité ; de plus, je me suis appliqué, en les rédigeant, à ne rien introduire qui ne fut l'esprit et la lettre des décisions spontanées et acceptées du gouvernement impérial depuis les temps anciens sur la matière qui nous occupe en ce moment. C'est pourquoi, je ne ferai pas difficulté d'étudier les annotationiï que vous avez jugé à propos de soumettre à mon examen, et j'aurai l'honneur de vous faire connaître très prochainement ma manière de voir à cet égard ; mais dès à présent, je pense que nous devons maintenir la plus grande partie du texte proposé puisqu'il n'est autre que le vôtre.
* A. M.-E., vol. 549°, p. 1184.
NEGOCIATIONS AU SUJET
Quant au Mémorandum de 1871 en huit articles dont vous me parlez aujourd'hui, mon gouvernement le croyait enterré. La réfutation en fut faite à celte époque par la Légation de France et pcir toutes les autres Légations d'une façon péremptoire, il fut en même temps examiné à Versailles avec S. E. Tsong, le Tsong-li yamen a en main les procès-verbaux de nos conférences. Je ne vois rien à ajouter aux raisons qui ont été fournies alors.
A la suite de ces controverses, le gouvernement impérial parut retirer ce document, du moins les diverses Légations étrangères le comprirent-elles ainsi. Il me serait impossible de le discuter de nouveau sans me mettre en contradiction avec mon gouvernement, avec moi-même et avec les Légations dont vous provoquâtes les explications.
Je ne puis par conséquent aujourd'hui qu'informer ces dernières de la réapparition de cette pièce et de la mesure dans laquelle vous avez tenu compte de leurs réponses. Je dois ensuite en référer à mon gouvernement qui ne manquera pas d'être grandement surpris. Ce qui le surprendra davantage, ce sera d'apprendre que, malgré le retrait apparent qui en avait été fait et, dans tous les cas, lorsque ce document n'était encore qu'à l'état de proposition, il a été mis en circulation dans certaines provinces de l'empire et que certaines autorités, en ayant eu ccftnmunication d'une manière quelconque, l'ont appliqué contrairement à toutes les règles, car un projet en discussion n'est point un règlement établi, et un contrat destiné à lier deux personnes n'a jamais pu légalement être mis en vigueur par la volonté d'une seule.
Si, comme elles me l'annoncent et comme je n'en doute pas. Votre Altesse et Vos Excellences désirent chercher de concert avec moi les meilleurs moyens de remédier aux difficultés incessantes qui se reproduisent chaque jour à l'occasion des missions et qui, je suis le premier à le reconnaître, finiraient par entraîner un jour des conséquences graves, je les prie donc de vouloir bien se placer avec moi sur un terrain oij. la conciliation soit possible entre les justes droits du gouvernement impérial chinois et les droits non moins justes que le gouvernement français est fondé à réclamer en vertu du traité.
Je crois sincèrement avoir fourni ce terrain par mes sept propositions, auxquelles, ainsi que je l'ai marqué plus haut, rien n'empêche d'ailleurs d'ajouter ou de retrancher dans un esprit dé mutuelle condescendance, tout en maintenant la plus grande partie du texte proposé, puisqu'il n'est, je le répète, autre chose que le vôtre. Je suis fermement convaincu que l'adoption de ce projet serait le point de départ d'une entente étroite entre les deux gouvernements qui, la question religieuse aplanie, n'ont aucune raison pour ne pas rester éternellement unis.
Permettez-moi d'ajouter que mon gouvernement, appréciant peut-être mieux que vous l'esprit de conciliation et d'équité qui a dicté la rédaction des sept articles, ne comprendrait pas qu'à une aussi grande preuve de condescendance de notre part vous ne répondiez qu'en prenant vousmêmes l'attitude de résistance systématique que vous nous reprochez à tort.
Il est bien entendu, du reste, que d'ici à ce que mon projet de règlement ou les modifications que vous voulez y apporter soient acceptés et signés, je ne reconnais d'autre base des relations de nos deux gouvernements que le traité signé à Tien-tsin et à Pékin.
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DES MISSIONS CATHOLIQUES
Cette lettre termina, croyons-nous, les pourparlers de L. de Geofroy et du Tsong-li yamen. Une fois de plus le gouvernement chinois avait prouvé qu'il ne comprenait ni Tintérêt que la France attachait à la question religieuse ni les droits que les conventions de Tien-tsin et de Pékin garantissaient aux catholiques, à moins qu'il ne fît passer son hostilité par-dessus les devoirs de ceux qui veulent traiter loyalement une question grave.
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TRAVAUX DKVANGELISATÏON
Fondations cies postes de Hin-y bien et de Hin-y fou par Chouzy et Renault. — Chanticlair et Aubry leur succèdent.
Après cette excursion dans VHis/oiir gêm'rale des Missions de Chine, nous allons reprendre les faits spéciaux au Vicariat apostolique du Kouy-tcheou.
On se souvient qu'en 186 i, Lieou, maire de la ville de Hin-y bien, réunit une bande de malfaiteurs et les lança contre les chrétiens, donc quatre furent tués et dont les autres eiireiil leurs maisons pillées et incendiées. Le vice-roi Lao vengea îes victimes en condamnant kmr assassin à la peine capitale, et promit à la mission une propriété dans la ville pour y élever un oratoire. En 1872, Lions résolut d'envoyer les deux missionnaires du Kouang-si, Chouzy et Renault, presser Lexécution de cette promesse, et comme Hin-y hien est sur les frontières du Kouang-si, il espérait qu'ils pourraient en même temps préparer leur entrée dans cette province.
Chouzy aurait voulu se faire précéder par un catéchiste qui, sans rencontrer de grandes difficultés, grâce à l'incognito qu'il devait gardé, aurait loué ou acheté une maison pour les missionnaires. On ne jugea pas à propos d'agir ainsi ; on se contenta d'obtenir du gouverneur un ordre qui prescrivait de laisser les missionnaires se iixer à Hoang-tsao-pa, faubourg de Hin-y hien, et parlait vaguement de l'accomplissement de la promesse du vice-roi Lao.
Chouzy et Renault partirent donc en mars 1872 pour Hoang-tsaopa, mais comme la route ordinaire était encore occupée par les musulmans, ils suivirent la grande voie mandarinale de Kouy-yang au
TRAVAUX D EVANGELISATION
Yun-nan, iirent une pointe dans celte dernière province jusqu'à Hoang-ngi-ho et redescendirent vers le poste qui leur était assigné. Un incident marqua leur séjour à l*ou gan tin.
« D'abord, raconte Chouzy', nous avons été assiégés à notre porte, dans l'auberge, par une foule de curieux jusque vers le soir: alors un mandarin militaire, logé à coté de nous, les a fait mettre dehors par ses soldats. Nous nous couchâmes donc tranquilles et nous dormions de même quand, à 1 1 heures et demie du soir, on frappe à la porte île Taiiberge et on vient avertir le mandarin militaire que c'est le sous-pr('l'(!t qui envoie saluer les missionnaires. Ce n'était guère le momeut, notre domestique ïchang m'annonce la même cliose. Croyant avoir alïaire à une simple carte, je me contente de répondre que cela suffit, me réservant de répondre à cette civilité le lendemain. Pas du tout ! on vient nous voir. Un délégué du mandarin se présente : le P. Renault qui avait ouvert la porte, était en robe de coton ; voire serviteur, assis sur son lit à la mode des tailleurs, avait, pour tout costume, un turban, son pantalon et sa chemise. Le délégué s'est assis sur le lit du P. Renault et s'est mis en frais pour nous l'aire accroire que la route n'était guère sûre. Pour toute réponse, je me suis mis à chercher le passe-port signé dé Ma, bienheureux d'avoir cette pièce ! il a paru morfondu. Au point du jour, le même individu vient demander à lire notre passeport ; nous envoyons nos cartes au sous-préfet, et sans attendre le retour de notre homme nous liions. Après avoir parcouru lo li, nous déjeunions, quand une estafette nous présente une carte en nous annonçant deux délégués, envoyés par Ou tao-tai, par le représentant du vice-roi du Yun-nan et par le sous-préfet, pour nous inviter à retourner à Pou-gan, où ces Messieurs avaient quelque chose à nous communiquer. Nous répondons que tout en regrettant de ne pas avoir été prévenus plus tôt de l'intention que les grands hommes avaient de nous voir, nous ne pouvons revenir sur nos pas, que nous avons un passe port de Ma, et que si les mandarins le veulent, on ne nous suscitera pas de misères. Et nous partons en donnant nos cartes pour les trois grands hommes. »
L'incident n'eut pas de suites et, le l'"'' avril, lesdeux missionnaires étaient à Hoang-tsao-pa ; ils y trouvèrent avec assez de peine une auberge où l'on consentit à les loger.
« Il nous est impossible, écrit Chouzy', de célébrer la messe, tant à cause du local que des nombreux païens qui nous entourent. Les chrétiens de la ville formant 1 i familles viennent nous voir. Si d'un
* A. M.-E., vol. 547, p. 796. Lettre à Mgr Lions, avril 1872. - A. M.-E., vol. 557, p. 901, Lettre à Mf^' Lions.
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côté ils sont heureux du retour du missionnaire au milieu d'eux après tant d'années d'absence, de l'autre ils sont loin d'être rassurés pour l'avenir à cause de la présence des deux frères du dernier persécuteur, comme lui ennemis déclarés du nom chrétien. »
L'un de ces deux frères, en effet, était mandarin militaire et l'autre maire de Hin-y bien.
Le 3 avril, Chouzy se décide à rendre visite au mandarin civil Ye, qui le reçoit bien, et aux mandarins militaires ainsi qu'au chef de la douane chez lesquels il laisse sa carte, parce qu'on lui dit qu'ils sont absents ; puis il rentre à son auberge oii son existence et celle de son compagnon n'ont rien d'encbantcur.
« Nous n'avons qu'une petite chambre que remplissent déjà nos bagages et où il est impossible de se remuer, écrit-il'. La cour étant encombrée par des soldats et la rue ne nous étant pas accessible, nous sommes condamnés à passer toute la journée assis sur nos lits, car nous n'avons môme pas une seule chaise : pour tout meuble, une table, comme il n'y a pas de fenêtre à notre logement nous recevons l'air et la lumière par notre unique porte. Au-dessus de nous, pour exercer notre patience, sont des soldats qui passent leurs jours et leurs nuits à jouer aux sapèques, à chanter, à jouer de leurs insipides instruments de musique. Telle est notre habitation ou plutôt notre prison, laquelle, y compris celle de nos gens, nous coûte 400 sapèques par jour (environ 2 francs). »
Deux jours plus tard, le sous-préfet vient rendre la visite reçue. « Notre local ne permettant pas de le recevoir, nous nous excusons et il nous laisse sa carte. Dans la matinée, j'envoie au mandarinat la pièce officielle intimant aux autorites locales Tordre de nous céder un emplacement pour une église, avec demande de nous procurer un logement provisoire. Le mandarin nous invite à chercher nousmêmes. Puis le soir, comme pour nous dire qu'il ne tenait pas à lui de nous satisfaire, il m'envoie un dîner tout préparé, que je ne puis refuser. Ce dîner se composait de canard, de poule, d'algues marines du Japon, de différents autres .plats, de gâteaux et de vin de riz. Gomme on apporte cela en grand appareil, je suis obligé de faire aux porteurs un cadeau de quelques centaines de sapèques. »
« Pendant" ce temps, les chrétiens ont cherché une maison à louer ou à acheter ; ils ont fini par en trouver quatre, dont l'une surtout fort convenable nous était louée à raison de 12 ligatures par an. » Mais l'ennemi des catholiques, Lieou San-ye, l'apprend, aussitôt il fait défendre au propriétaire de la louer et lui promet de
» A. M-E., vol. 557, p. 899. Lettre à Me^ Lions. 'A. M.-E., voL 547, p. 831. Id.
TRAVAUX d'ÉVAXGÉLI^ATION
payer la somme promise par les étrangers. L'affaire est manquée, et Chouzy va trouver le mandarin pour lui conter sa de'ception et ses embarras. Le sous-préfet répond en lui disant' « les difficultés de sa position, les violences du commandant militaire à son égard, et Timpossibilitc absolue où il est d'agir en faveur des missionnaires. Il faudrait, suivant lui, attendre que, par la soumission des rebelles, le gouverneur ait été mis en état d'écarter ceux que tout le monde déteste, mais dont on a besoin. »
« Homme- je l'invitais à en écrire à Kouy-yang, il m'a dit que si Lieou venait à le savoir, il y aurait pour lui péril de mort ; et il m'a engagé à écrire moi môrao ; c'est ce que je fais en ce moQient. Il m'a parlé aussi de tenter une visite à Lieou ; mais je m'en garderai bien ; car, supposé qu'il me reçut, il me renverrait, sans doute, en disant que ces questions ne regardent point le mandarin militaire. Reste à s'adresser au délégué du vice-roi qui doit arriver ici demain et au délégué de Ou, qui viendra peut-être. »
« Le 9 avriP, nous découvrons une autre maison, mais notre ennemi juré veille toujours et nous ne pouvons l'obtenir. Le 10 dès l'aurore, tous les mandarins vont au-devant d'un des généraux en chef de l'expédition contre les Mahométans, lequel arrive vers midi en grand appareil. Dans la soirée, j'envoie au préfet, en reconnaissance de son dîner, quelques cadeaux avec une bouteille de vin européen. Il se contente de la bouteille et m'adresse mille remerciements. On porte nos cartes au général qui nous.renvoie la sienne. Après en avoir conféré avec mon confrère je me décide à essayer une tentative auprès de ce personnage, pour obtenir de lui qu'il intervienne auprès de son subalterne. »
Cette tentative n'ayant pas réussi, les deux missionnaires attendirent les événements.
On espéra que la prise de Hin-y fou sur les Mahométans améliorerait la situation des missionnaires, en pacifiant le pays. Il n'en fut rien, et au mois d'octobre, CJiouzy et Renault demeuraient toujours à l'auberge. Ne pouvant y prolonger leur séjour par trop pénible, se heurtant sans cesse à la mauvaise volonté des mandarins, ils allèrent, au commencement de l'année 1873, habiter pendant quelque temps au village de Ta-chan, à 12 lieues de Hoang-tsao-pa, à 3 lieues de la frontière du Kouang-si, où la mission possédait une installation.
« C'est modeste * ; une case assez grande pour le pays, couverte
1 A. M.-E., vol. 557, p. 902. Lettre do Chouzy à Lions.
2 A. M.-E., voL 547, p. 835. id.
s A. M.-E., voL 557, p. 910. id.
* A. M.-E., ToL 557, p. 912, id.
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en paille, adossée à la montagne du côté du midi et regardant vers le nord les rochers que nous avons dû escalader en venant de Hoang-tsao-pa. Les murs sont en pisé sans chaux, si bien qu'en temps de pluie l'eau nous inonde ; il va sans dire que nous n'avons ni élage ni fenêtres, la porte est la seule ouverture par où entre la lumière; aussi ne voit-on pas lire dans notre chambre, même en plein midi. L'appartement qui [)ossèd(^ la porte nous sert de chapelle, de salle à manger, do salle de réception, de salle de travail, etc., la petite chatnbrt> où se trouvent mon lit et celui de mon confrère ne nous sert guère qu'à dormir et à abriter nos malles.
« De plus nous sommes loin d'être rassurés du coté des voleurs! Nos chrétiens, au lieu de constituer un village, habitent dispersés sur la montagne. Notre petit troupeau se compose de douze ou treize familles presque toutes pauvres et dont aucuue ne possède une maison passable ; ce sont des gens simples, peu instruits, ne sachant ni lire, ni écrire, mais assez bons chrétiens. Avec Iloang-tsao-pa c'est presque tout le district ; daas les autres hameaux nous comptons quelques hdèles plus ou moins négligents ; je crois que sous notre immense juridiction, nous n'avons pas au-delà de trois cents chrétiens ».
Cependant, en décembre 1873, on offre à Chouzy une petite propriété à Hien-y bien, mais il la juge trop petite et la refuse ; on la lui offre de nouveau en juin 1874, il la refuse encore ; à une troisième proposition faite au mois de septembre, il répond au mandarin* « qu'il accepte le susdit local, se réservant de conférer plus tard avec les autorités sur les moyens d'acquérir des euiplacements adjacents. »
Cette clause ne plaît ni au sous-préirt ni aux noîiibles « qui épuisent le répertoire de leurs ruses pour éluder ou pour rcndie cette clause illusoire. » Le mois d'octobre 1874 voit enhn la victoire de Chouzy, qui écrit'-: « J'ai adressé au sous-préfet uni; lettre dans laquelle je le priais de me donner son refus par écrit, si c'était lui qui refusait l'insertion de la clause ; que. si l'opposition venait des notables, je le priais de me donner leurs noms par écrit, ahn que je puisse les envoyer à Kouy-yang. Au mandarinat on devint dès lors plus traitable, mais en lantei'uant toujours ; ce fui; alors qu(; je lis dire an sous-préfet que si je n'avais pas dans la journée ou la pièce denuindée telle que je lavais présentée ou la réponse à ma lettre, j'irais le soir trouver le magistrat. En même temps, je recommandais instamment le tout à la sainte Vierge en promettant deux messes à N.-D. de Lourdes et lui représentant, soit la nécessité de la chose, soit
* A M.-E., vol. 5i7, p. 65. Lettre à Ms-" Lions, 18 sept. 1874. - A M.-E., voL 547, p. 105. Lettre à M&'' Lions, 13 octobre 187i.
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l'enfer que j'endure ici depuis trois mois. L'acte a été accordé sans aucune objection, le soir je l'avais : grâces et louanges à Marie ! Si j'ai inscrit s entendre et non pas tout autre mot plus précis, c'est que las et fatigué je voulais aplanir les voies autant que possible pour en finir. Néanmoins, c"esi assez clair par le contexte pour qu'on puisse réclamer à l'occasion quelques additions au terrain. »
La victoire est plus importante par le principe de la concession que par la concession elle-même; « car, dit Chouzy, le terrain est absolument insuftisant en largeur, puisqu'il a à peine trois IcJuinij (pied des menuisiers) et avec cela il est enserré de trois cotés par les propriétés d'autrui; en longueur, il est suffisant à peu prés, il a environ onze Icliaiuj. Quant à la situation, il n"y a rien à dire : il est sis dans la vieille ville, sur la grandruc, près du marché. »
Après les diflicultés des débuts, vint la péri(>de [dus heureuse des résultats. Eu 1878, (^.houzy baptisa 83 iulidèles ; « en sorte, écrit-il', que y compris les enfants, le chilTre des clin'tiens s'est élevé de près d'une centaine en dépit des émigrations de plusieurs familles en dautres régions à cause de la cluM^é des vivres pendant Tété dernier. Une chose qui vous fera plaisir, Monseigneur, c'est la rc.'surrection delà chrétienté de Pan-kiang, naguère si dégénérée; en deux fois j'y ai baptisé 14 néophytes, reconcilié un apostat, Tciiang C>u-ie ; et dans ma dernière visite après Noël, trois familles de païens «'r tout onze personnes) ont demandé à embrasser notre sainte religion et ont assisté assidûment aux exercices de la mission. Quant aux catéchumènes, leur nombi'c att(Mnt encorp [)resque celui de l'an dernier. La station de Ma-pie-kiaoïi s'est alfermie ; celle de Sin-tclien, qui comptait seulement quelqu(!S néophytes, s'est pres(jue (lécu[)lée ; trois autres se sont formées à Ni-oui-tcliai et à Oui-tie dans la juridiction de Hin y bien, et à Lo-lie daus h' bMiitoire de Pou-gau bien. Plusieurs autres localités manifestent lintentiou de s'instruire. »
Lorsquen 1879, le Kouangsi s'ouvrit entin pour lui, Chouzy laissa dans le district de llin-y bien environ iOO baptisés et 200 catéchumènes, '1 oratoires, 13 stations, 1 orphelinat. I pharmacie. Il fut remplacé par un jeune missionnaire également destiné au Kouang-si, Jean-Haptiste-Ernest Chanticlair ".
Celui-ci commença ses travaux apostoliques par l'administration des chrétientés deKeou-tchang, Pe-ma-tong et Ta-tsiang. Il partit ensuite pour Ta-chan, qui comptait alors 20 familles catholiques, visita neuf stations environnantes, puis il se rendit à Ouy-tie où une famille
1 A. M.-E., vol. 548, p. 1700. LeUrc à M. Lions, 23 janvior 1879. ^ Né à Hortes (Haute-Marne) le 1-7 juillel 1852, prùtre le 2'i février 1877, parti le 5 avril 1877.
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de vieux chrétiens venait d'en attirer sept autres à la religion. Dans son compte-rendu daté du 29 janvier 1880, il passe en revue les stations qu'il a visitées^ et il marque chacune d'elles d'un trait distinctif ': « De Ouy-tie je me rendis à Ki-tchang, où deux familles ont écouté la bonne Nouvelle et renoncé aux idoles. Le chef de Fune d'elles est un excellent vieillard de 68 ans qui, heureux d'avoir trouvé la véritable voie, ne cesse de prêcher et d'exhorter ses parents et ses amis. De Ki-tchang, je vins faire l'administration des chrétiens de Pan-kiang. L'an dernier, quatre familles demandaient au P. Chouzy d'embrasser notre sainte religion. A Quasimodo, je les admettais à l'adoration ; et cette fois, le lendemain de l'Epiphanie, j'en baptisais les chefs ; je reçus aussi l'adoration de cinq autres familles, ce qui porte le nombre des chrétiens de Pan-kiang à vingt-et-une familles. J'y ai établi deux chefs, les fils de ThangTa-ye et de Tchang San-ye.
« Je visitai ensuite les chrétiens de Gan-tang, tristes chrétiens ! Des trois sœurs Ouang, deux fument l'opium, ainsi que leurs maris et leur mère. Cependant deux familles païennes ont renoncé au culte du démon pour adorer le vrai Dieu. De Gan-tang, j'allai à Pou-tang, la famille Tsiang est remarquable par sa tiédeur. On m'a dit que dans les environs plusieurs familles veulent embrasser la foi. Gaioui-tchai, nouvelle station oii je suis allé en février dernier, comptait alors quatre familles; maintenant, grâce à la miséricorde de Dieu, cette station compte huit familles chrétiennes. »
Pendant les années 1880 et 1881, Chanticlair consolida les stations chrétiennes de son district par la nomination de ^ notables' qui, entretenant de bonnes relations avec les chefs du pays, quand ils ne le sont pas eux-mêmes, règlent à l'amiable les différends des chrétiens entr'eux ou des chrétiens avec les païens. Ils doivent à chaque visite rendre compte au Père de la manière dont les affaires ont été réglées. Dans leur choix, j'ai surtout pris les meilleurs chrétiens qui, moralement parlant, étaient le moins disposés à tromper le Père. En l'absence du missionnaire, les chrétiens doivent s^en rapporter à leur jugement. Leur devoir aussi est d'exhorter les chrétiens tièdes, de présider et de régler ce qui doit être fait pour les fêles de PEglise, de préparer les chrétiens à l'arrivée du missionnaire, et ce qui lui est nécessaire en campagne, de pourvoir en un mot à tout ce qu'on pourrait appeler le côté matériel ou temporel de l'Eglise, des chrétiens et des affaires religieuses. De cette sorte, la tâche des catéchistes est de beaucoup abrégée ; leur rôle est surtout d'instruire et de catéchiser les néophytes. Dans nos parages où la rébellion a
1 A. M.-E., vol. 548, p. 2089. Lettre à Mgr Lions, 29 janvier 1880.
2 A. M.-E., vol. 545, p. 85, Lettre à Mg' Lions, 9 mars 1881.
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fait tant de ravages, où parmi les nouveaux chrétiens surtout, il y a tant de petites affaires à tirer au clair, cette mesure était nécessaire. J'ai donc établi deux notables pour Ta-chan et les environs ; deux pour Pan-kiang et les environs ; doux pour Pe-ma-tong et les environs ; deux pour Keou-tchang et Long-tchang et deux pour Ma-piekiao, c'est-à-dire la partie septentrionale du district. » '*
En 1881, Chanticlair entra enfin dans la mission à laquelle il était destiné depuis 1877, le Kouang-si. Il eut pour successeur à Hin-y bien, Jean-Henri Thibault ; il reviendra au Kouy-tcheou.
Le second missionnaire du Kouang-si que Faurie avait amené avec lui^ Renault, ayant reçu de Lions l'ordre de se fixer à Hin-y fou, était parti avec Chouzy, qui, plus ancien, devait le guider dans ses premières démarches; H s'agissait d'abord de se réinstaller dans la propriété donnée à la mission lors de l'expédition de Vielmon. Après le massacre de Muller^ une partie de celte propriété avait été confisquée par la municipalité ; des bâtiments avaient été détruits *. Au mois d'avril 1873, Chouzy la réclama ; il se présenta chez le préfet « et dit-iP, malgré la froideur qui se lisait sur son visage à notre endroit, il s'est exécuté, car je lui ai parlé assez fortement. 11 a seulement objecté qu'on élevait des doutes à propos de nos droits sur deux maisons qui subsistent encore à l'arrière du terrain. Quoique les rapports des chrétiens soient affirmatifs, je n'ai pas voulu m'exposer à une erreur, et j'ai déclaré qu'on s'en tiendrait au plan dressé lors de la concession et que l'on m'assure avoir été envoyé à Kouy-yang. »
Avant que ce plan fût consulté, grâce à Yang Tin-che, la femme du catéchiste Yang, celle-là même qui avait recueilli le corps de Muller^ Chouzy et Renault connurent exactement les limites de la propriété.
Après s'être installé à Hin-y fou et y avoir fait des constructions dont nous parlerons plus loin, Renault tourna son zèle vers les indigènes. « A Tse-hen, écrit-il % l'œuvre a commencé par un secrétaire du mandarin militaire nomme Yang, qui d'abord suivait la religion des jeûneurs, qui ne le satisfaisait pas à cause de ses excentricités. Je lui permis de faire l'adoration et l'ai fait connaître aux gens de la montagne, surtout à trois ou quatre qui étaient en procès. Ceux-ci, espérant protection, copièrent d'eux-mêmes nos pri'ères du matin et du soir, puis m'invitèrent à me rendre à la ville de Tse-
* « Des anciennes constructions il reste sur l'avant deux cabanes inhabitables et sur l'arrière deux boutiques ; si celles-ci nous appartiennent, les matériaux pourraient servir à construire une habitation provisoire, n (A. M.-E., vol. 547, p. 736.; Lettre de Chouzy à Lions, Hiny fou, 7 mai 1873.
^- A. M.-E., vol. 547, p. 735, Lettre à Me^ Lions, 7 mai 1873.
3 A. M.-E., vol. 546, p. 2767.
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TRAVAUX D EVANGELISATIOX
hen, où ils rac reçurent en grande pompe, musique et tamtam en iete ; je leur permis alors de faire Tadoration, puis allai au prétoire demander protection et justice pour eux. Le mandarin me reçut bien, mais après mon ilépart, il se montra perse'cuteur. »
Malgré les difficultés qui signalèrent les débuts de ses travaux parmi les indigènes, Renault en baptisa plus de 200, et quand il partit pour le Kouang'-si, en f878, Chanticlair eut raison d'écrire en parlant de lui e,t de (^liouzy* : « Dieu sait en quel état ces chers Pères trouvèrent les chrétientés. La rébellion, la persécution et ensuite la' crainte de la persécution avaient fait des catholiques presque des païens ; quels tléaux ! et il faut des années d'efforts pour remettre tout à Ilot, revalider les mariages, réparer les injustices, faire revenir à Dieu les apostats. »
Aubry succéda à Renault. Né à Ourscamp, département de FOise, le o octobre 18ii, Jean-Raptistc Aubry rerut les premières leçons de latin de labbé Boulanger, curé dOrrouy, et après avoir achevé ses études classiques au petit séminaire de Saint-Lucien, il entra au grand séminaire de Beauvais et alla terminer sa théologie à Rome. Après son ordination sacerdotale, qui eut lieu le i octobre 1868, il fut nommé professeur de tliéologie au grand séminaire, et pendant trois ans il joignit à cette fonction celle d'aumonier de la prison de Beauvais. 11 entra au Séminaire des Missions-Etrangères le 3 octobre 1874 et partit pour le Kouy-tcheou le 23 septembre 1875.
Parla vigueur de son intelligence, l'élévation de ses pensées, l'étendue de ses études, Aubry tranche sur tous les missionnaires que nous avons rencontrés jusqu'ici. Son frère a publié sa vie, une partie de ses lettres, de nombreux- volumes d'études sur dillérents sujets, particulièrement sur les grands séminaires-. Dans ces travaux, tout n'a pas la même valeur, mais beaucoup d'idées portent la marque d'une personnalité forte et d'une originalité réelle. L'esprit de J.-B.
' A. M.-E., vol. 5i9, p. 83. Lettre à Mgr Lions, 9 mars 188L
- Jean-Baptiste Aabry, docteur en théologie, ancien directeur de grand séminaire/ missionnaire au Kouy-tcheou (Chine), par A. Aubry, pi-ètre du diocèse de Beauvais, (avec portrait). — Chez l'auteur à Dresliucourt, près Ribécourt (Oise). Lille, Impr., Société de Saint-Augustin, Desclée, de Brouwer et C'<^, 1 vol. in- 8 de 401 pages (1888).
Essai sur la méthode des Etudes ecclésiastiques en France, 1 vol. in-8, pp. 277.
Mélanges de philosophie catholique. (Le cartésianisme, le rationalisme et la scolastique), 1 vol. in-8, pp. o05 (1895).
Etudes sur le christianisme, la foi et les missions catholiques da/is F Extrême- Orient, 1 vol. in-8, pp. 425 (189G).
Choix de Méditations sacerdotales. (Direction spirituelle et opuscules de piété). 1 vol. in-8, pp. 435 (1897).
Etudes sur ï Ecriture Sainte. (La Genèse, les Psaumes, les Epîtres de Saint- Paul), 1 vol. in.8, pp. 781 (1897).
TRAVAUX D EVANGELISATION
Aubry, qui n'est pas loin d'avoir une parenté avec celui de J. de Maistrc, nous semble, cependant parfois plus hardi que juste ; la pondération, la mesure, le sens des proportions lai manquent de temps en temps dans Tappréciation des liommes et des choses. Prêtre pieux, missionnaire zélé, caractère dont la gaieté s'épanchait quelquefois en enfantillages et dont légalité ne fut pas la note dominante, aimant les discussions et les soutenant avec absolutisme quoique sans aigreur, tel nous avons connu Aubry au Séminaire des Missions-Etrangères, au sortir de nos vingt ans, tel nous lavons retrouvé en 1898 dans le souvenir des missionnaires du Kouy-tcheou ; en un mot, J.-B. Aubry nous apparaît doué de qualités éminentes et do quelques défauts, dont rensemble constitue un homme remarquable par certains cotés et par d'autres un peu incomplet.
A son arrivée au Kouy-tcheou, il fut placé à Tsen-y, sous la direction de Bodinier et à la lin de 1878 envoyé à Ilin-y fou. La sous-préfecture de Tchen-fcng ayant été à ce moment détachée de son district pour être confiée à Michel alors à Mou-you-se, il lui resta 8o baptisés et quelques centaines d'adorateurs parmi les indigènes '. La piété du missionnaire voulut placer sous le patronage du Sacré-Cœur le pays qui lui était confié, et dans une lettre écrite à son Vicaire apostolique le 15 février 1879, il appuya son désir sur les raisons suivantes :
1° La mission du Kouy-cheou n'a pas encore d'église dédiée au Sacré- Cœur de Noire-Seigneur ; or, il est évident qu'il en faut une et que ce beau vocable doit être donné à un des centres d'œuvres destiné à prendre un peu d'extension.
2° Mon église et mon district se trouvent précisément n'avoir aucun vocable, ce que je regarde, pour des raison à moi personnelles, comme une disposition de la Providence. Depuis longtemps je désirais consacrer au Sacré-Cœur de Noire-Seigneur la première église et le premier district dont je serais chargé.
Cours d' Histoire ecclésiastique et Tkéoloijie de l Histoire de l'Eglise, 2 vol. in-8, pp. 557 et 466 (189Lt).
Introduction à l'élude des sciences sacrées et conseils pratiques aux étudiants. 1 vol. iu-8, pp. 390 (1900).
Correspondance inédite 1861-1875, 1875-1878, 1879-1882, 3 vol. in-8, pp. 359, 618, 645. (1902-1903).
La formation du clergé français. I.'œus're de J.-B. Aubry et In critique, 2 vol. in-8, pp. 497 et 433 (1904).
Les danois chez eux (Extrait des Lettres), 1 vol. in-8.
Dans plusieurs des volumes d'Etudes et de Notes, une partie de la composition, que nous ne saurions déterminer, appartient au frère du missionnaire, M. A. Aubry, curé de Dreslincourt (Oise).
^ A. M.-E,, vol. 5491, p. 727. Notes de M. Aubry sur Hin-y fou.
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TRAVAUX D EVANGÉLISATIO.N"
Lions fut heureux d'accéder aux; désirs de Tapôtre, qui, au mois de juin suivant, fit la consécration de son district au Cœur de Jésus. Cet acte de piété ne pouvait qu'être utile à son ministère. Vers la fin de 1879, Aubry ouvre une nouvelle station à Ouen-pang, dont les meilleurs chrétiens furent Lou Koui-Lo et Lo Hio-tsin ; en 1880, le 14 et le 15 juillet, il baptise, à Pan-clien-lang-long, les premiers néophytes du Tse-hen : Li Koiiang-hong Joseph, Li Cheii-ko Thomas, Li Chen-lin Luc, Li Chen-ho Pierre, Li Chen-fou Paul, Tsin Te-kao Jean-Baptiste, et dix de leurs enfants. Peu à peu, aidé par trois catéchistes hommes et deux ou trois catéchistes femmes, il développe la chrétienté de Ouen-pang par la réunion de plusieurs villages ; il étend son action au loin et ébauche des stations jusqu'aux environs de Pou-gan tin et de Gan-lan bien. 11 compte près de 2000 adorateurs parmi les Tchong-kia-tse. Le grand nombre des néophytes de cette race le fait hésiter : x
J'ai peur, dit-il', 1° de voir ces chrétiens, enhardis par leur nombre, faire des coups d'audace et des injustices ; "^^ de ne pouvoir suffire à instruire et soigner tant de monde ; 3" de recevoir dans ces foules du mauvais monde qui nuira aux autres. Mais pour ce qui est de ce dernier inconvénient, je crois l'avoir évité en n'acceptant aucune adoration du premier coup, mais exigeant toujours une épreuve d'au moins six mois, et, pour la plupart, elle a été de plus d'un an ; en n'acceptant jamais d'adoration par villages eten masse, mais épluchant, m'iuformant sur chacun de ceux que je dois accepter, ne permettant d'adorer que sur bonne information ; en écartant impitoyablement tous ceux qui ont des empêchements : deux femmes ou bien mariage pas en règle, procès même justes, injustices, mauvaise réputation, fumigation de l'opium ; je n'accepte les planteurs à l'adoration que s'ils arrachent leur opium d'abord, et encore je suis et je serai plus sévère ici qu'ailleurs pour l'admission à l'adoration, vu le nombre et le danger de laisser entrer ce fléau chez ces Y-kia.
Plus tard il revient sur cette question très importante, et l'envisage, semble-t-il, un peu ditleremment "^ :
Les Chinois sont l'élément solide, les autres sont changeants mais puis-je éliminer ces races inférieures, ou les empêcher de venir à la religion, ou les éprouver jusqu'à les décourager ; je me demande encore si j'ai le droit de faire moins pour elles que pour la race chinoise. Tout homme est appelé à la foi ; il n'y a pas d'acception de personne ou de race dans l'Evangile ; si la Providence m'envoie des Y-kia, il y a peut-être là un dessein de Dieu sur ceux qui viennent ainsi et sur mon district oîi ils sont nombreux. Toute ma sagesse et ma prudence doivent consister à me prêter à l'action du Saint-Esprit de quelque côté qu'il souftle et à faire mon possible : i° pour n'accepter dans l'Eglise que ceux qui n'ont pas d'obstacle,
1 A. M.-E., vol. 5491, p. 885. Notes sur Hin-y fou. ^A. M.-E,, vol. 5491, p. 748. Notes sur Hiu-y fou.
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à quelque race qu'ils appartiennent ; 2° pour rendre bons chrétiens tous ceux qui demandent à être chrétiens, et en qui je ne vois pas d'obstacle ; car tous ont droit à mes soins également. C'est pour une élimination de ce genre que saint Pierre a été repris et instruit par la vision du chapitre X dés Actes : Quod Deus purifîcavit, tu commune ne dixeris.
Malgré ses craintes, le missionnaire baptise un nombre relativement considérable de néophytes : 120 en 1880 ; 176 en 1881 ; 229 en 1882.
Le chiffre des adorateurs est beaucoup plus élevé ; de 900 en 1879, il monte à 1315 en 1880 ; à 1834 en 1881 ; à 2000 en 1882.
Celui des stations augmente proportionnellement ; de 19 en 1879, nous le trouvons à 28 en 1880, à 33 en 1881 et à 40 en 1882.
Ces succès excitèrent des craintes, des jalousies, des haines, et le Tse-hen, déjà troublé sous l'administration de Renault, le fut plus encore pendant les premiers mois de 1880. Quand le calme fut un peu revenu, Aubry acheta de Yu Fong-lai ou Yu Kouang-tsien, pour la somme de 170 taëls, une propriété dans laquelle il avait l'intention d'installer un oratoire, un presbytère, une école et une pharmacie ; puis il fit commencer par ses catéchistes plusieurs négociations pour acquérir une maison à Pou-gan tin, afin que la mission pût s'y installer définitivement.
Nous le relrouverons souffrant pour la cause de Jésus-Christ. 11 nous faut maintenant suivre son successeur dans le district de Hiny fou.
Travaux d'Alphonse Schotter. — Nécessité de connaître la langue des indigènes.
Ce successeur fut Alphonse Schotter, le compagnon de route d' Aubry pendant son voyage de France au Kouy-tcheou. Intelligence sérieuse, oii l'esprit philosophique du séminaire de Strasbourg avait laissé son empreinte, travailleur acharné, Alphonse Schotter n'avait pas une nature primesautière comme celle d'Aubry ; il tenait un plus grand compte des contingences et arrivait moins vite à l'absolu des idées tout en gardant sa manière de voir avec une certaine ténacité, ce qui d'ailleurs n'est pas précisément un défaut. Il a laissé manuscrites sur les premiers chapitres de la Genèse des études qui ne paraissent pas sans valeur et une longue thèse sur l'opium dont nous parlerons peut-être un jour.
Ce fut en 1882 qu'Alphonse Schotter succéda à Aubry ; plus activement encore il travailla à la conversion des indigènes ; ce n'était
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TRAVAUX D EVANGELISATIOiN
pas pour lui une œuvre absolument nouvelle, puisqu'il s'était occupé des indigènes pendant son séjour à Gan-pin ; cependant il n'y était pas encore rompu par une longue expérience, et le missionnaire de Tclien-lin, Roux, qui depuis près de 15 ans s'occupait des indigènes et avait confiance en eux, voulut le faire profiter de ce qu'il avait appris ; il lui écrivit donc les conseils suivants^ :
Permettez-moi de vous dire ce que je pense des indigènes : 1° ces genslà deviennent difficilement clirétiens ; 2" il leur faut pour cela beaucoup de temps et de doctrine ; 3" une fois qu'ils ont embrassé la foi, ils sont, je crois, meilleurs que les Chinois.. Je ne parle que d'après mon expérience, il y a quatorze ans et plus que je m'occupe de ces indigènes. Longtemps j'ai craint pour eux, je me défiais de leur constance, mais en somme, résultat final, je puis affirmer que mes meilleurs chrétiens sont des indigènes, mes catéchistes sont eux aussi de cet avis.
Mais il faut aussi vous dire que, si l'indigène est meilleur chrétien que le Chinois, c'est uniquement parce qu'il a plus de cœur... chez lui le raisonnement fait peu d'effet, prenez-le par le sentiment. Les sermons qui me réussissent le mieux sont ceux de la Passion de Notre-Seigneur, de la croix, du martyre, etc.. de l'àme. Quant aux affaires, gardez-vous bien de les brusquer, voici ma méthode : Pour cette affaire, leur dis-je, je t'avertis que je ne puis t'aider, mais explique-la moi, nous ferons conseil avec les catéchistes pour te donner un avis, je m'intéresse à toi, je désire que tu réussisses, etc., etc.. Montrez-leur de l'intérêt, de l'affection, faites tout pour eux (sans avoir recours au mandarin), se faire tout à'tous est le moyen de vous faire aimer ; les indigènes vous aimant, vous les sauverez (non pas tous, mais plusieurs). Pendant les temps difficiles, mes Y-kia m'ont prouvé qu'ils m'aiment ; ils voulaient m'entraîner chez eux, mourir pour me défendre, ils s'offraient à me cacher.
Le dévouement et l'affection sont certainement utiles, même nécessaires pour évangéliscr un peuple, mais encore ces sentiments doivent-ils se traduire en actes intelligents et. pratiques. Le premier de ces actes nous semble être la connaissance de la langue que parlent ceux que l'on veut insf;ruire. A distance, cette idée paraît simple, naturelle, elle vient du premier coup à l'esprit dégagé de préoccupations et de préjugés que crée une certaine atmosphère. Il n'en est pas de même pour ceux qui vivent en Chine.
Un missionnaire du Yun-nan, Paul Via^^ a écrit sur ce sujet des lignes pleines de lumière et de vérité, qui ont leur place ici' : « J'ai voulu apprendre la langue des Lolos pour enseigner dans cette langue. Quelques-uns de mes confrères ne parvenaient pas à comprendre mon entêtement. L'un d'eux me disait : « Il fautde l'unité dans une mission,
* Lettre du 14 janvier 1883.
' Né à Voiron (Isère) le 3 janvier 1855, prêtre le 20 septembre 1879, parti pour le Yun-nan le 29 octobre 1879.
* Annales M.-E., année 1905, n» 47 p. 257 et suiv. Nadokouseu.
TRAVAUX D EVANGELISATION
si vous catéchisez en lolo, d'autres, plus tard, pourront le faire en pan-y, enlong-jen, et, qui sait? peut-être même enmiao-tse ! »
« Je lui répondis : « Mon cher, Tunité n'est pas l'uniformité ; par exemple : que votre style soit un dans son esprit, mais varié dans sa forme et vous plairez. Si au contraire vous parlez, vous pleurez, vous, chantez toujours sur le même mode vous endormirez vos auditeurs au bout de quelques phrases et vos lecteurs au bout de quelques pages. Autant j^aime l'unité qui est une âme en plusieurs corps, autant je déteste l'uniformité qui n'est qu'un voile cachant le vide des idées. Et puis, de quoi s'agit-il? de sauver des âmes, tout simplement ; non pas celles dliier ou de demain, mais celles d'aujourd'hui ; c'est l'ordre du chef comme c'est mon seul devoir. Vous, mon ami, qui êtes bien établi dans vos casemates, votre devoir est de me passer des munitions. »
« Un autre ajoutait : « Vos Lolos ! mais ils parlent assez bien le chinois, et ceux qui ne le savent pas n'ont qu'à l'apprendre. x\vouez, P. Vial, que votre amour des Lolos renferme une forte dose d'originalité et, entre nous soi dit, un tantinet de vanité. — Mon cher, osai-je lui répondre, j'avoue que je suis un original, cela a commencé au b, a, ba de mon enfance, mais je reconnais franchement la supériorité de ceux qui font comme tout le monde et qui ne se distinguent en rien du premier venu.
« Quant à la vanité, c'est un microbe de nuit ; il meurt dès qu'il voit le jour. Vous venez de l'éblouir, il n'en reviendra pas.
« Connaissez-vous le mot de saint Bernard? « Non propter te cœpi, non pr opter te finiam^ » que je me permets de traduire ainsi: « Je ne t'ai pas voulu à la peine, tu ne seras pas à l'honneur. » Nous avons tous plus ou moins de vanité, selon qu'il s'agit de vous ou de moi ; s'il fallait reculer devant elle, on ne ferait absolument rien, et le diable finirait par nous enfoncer dans un coin, d'oii nous n'oserions bouger. Plus vous observez la vanité, et plus elle vous étalera ses poses, son port et ses gestes ; il lui importe peu d'être aimée, pourvu qu'elle soit admirée. Vous hypnotiser, c'est son but; regardez-la, vous faites son jeu ; dédaignez-la, elle s'applatit comme un chiffon. Vous médites que les Lolos savent le chinois ou doivent le savoir. La question n'est pas là. La religion n'est pas un ornement que l'on prend quand on entre à l'église et que l'on quitte quand on en sort. Non. La religion doit être l'àme de notre âme, le verbe de notre intelligence, quand même nous saurions trente-six langues, si nous ne pouvons pas parler de Dieu dans notre langue maternelle, celle de la famille et du foyer, notre âme restera païenne, et jamais vous ne tournerez vers Dieu un cœur qui ne sait pas le nommer en lui-même. Toute langue doit bénir le Seigneur : bénissons-le donc en lolo, en pan-y, enlong-jen, en miao-
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tse tout comme en chinois. » « On s'étonnera que j'eusse à soutenir de pareilles discussions ; c'est qu'en Chine, le chinois c'est tout. Qui a goûté du chinois, méprise profondément tout le reste ; il n'est pas éloigné de croire que la langue chinoise est la plus belle de la terre, ses traditions les seules raisonnables, et que le reste n'est pas digne d'occuper les soucis d'un homme sérieux. Il est impossible, semble-t-il, de niener au bon Pasteur de pauvres Lolos, de pauvres Miao-tse, sans les introduire tout d'abord dans le parc de la chinoiserie. »
Les objections que V^ial rencontra au Yun-nan, Alphonse Schotter les entendit autour de lui à Hin-y fou. Son frère, Aloys Schotter, qui a écrit sa notice biographique, nous le fait toucher du doigt* : a La détermination qu'il prit d'apprendre la langue des indigènes n'était pas sans mérite. Tout homme, sans en excepter le missionnaire, subit plus ou moins l'intluence des idées ambiantes et des préjugés de ceux qui l'entourent: notre milieu, c'est le milieu chinois ; or, pour tout bon Chinois, ces races non chinoises ne sont dignes que du plus profond mépris. Quelle estime avoir de barbares qui n'ont pas même un homme pour premier père ! Mong-tse, qu'on est convenu d'appeler philosophe, dans un livre classique, va jusqu'à comparer leur langage au jappement du chien sauvage et au cri rauque de l'hyène des bois. Aussi neverra-t-on jamais un Chinois se ravaler à parler la langue de barbares, dont un abîme de mépris le sépare.
« Alphonse ne tint aucun compte de ces préjugés que partageait son personnel chinois ; il n'ignorait pas^ cependant, que quelquesuns de ses catéchistes, braves gens du reste, lui donnaient le sobriquet de miao-teou (chef de barbares). »
Ajoutons, aux oppositions ou aux indifférences, les difficultés de la langue elle-même ; quoiqu'elle se rapproche beaucoup de celle qu'on parle à Siam et au Laos, la langue des indigènes s'en éloigne assez pour qu'aucun livre'' ne pût servir au missionnaire, qui fut obligé de s'adresser à ses néophytes. Rude tâche que comprendront ceuxlà à qui elle est incombée.
Si les Chinois souriaient ou même se moquaient de l'étranger qui apprenait la « langue des barbares », ceux-ci, au contraire, étaient dans l'enthousiasme. « Ils le tenaient pour un des leurs, un nojichinois, écrit Aloys Schotter. Sa connaissance de leur langue ouvrait tous les cœurs à la religion. Des députations de villages se jetaient à ses pieds en disant : « Sois notre ciel, sois notre terre, sois notre père
1 Compte-rendu de la Soc. des M.-E. 1902, p. 412.
' Depuis lors, deux missionnaires, MM. Esquirol et Williate ont publié un Dictionnaire y-jen (Annales M.-E. n° 63, p. 185. an. 1908).
TRAVAUX D EVANGELTSATION
et notre mère. » Ils l'appelaient souvent « Génie immortel ». Quand, pour la première fois, il entra dans le pays de Ouang-mou, ils vinrent le chercher en grande pompe : « Les dieux sont descendus chez nous », disaient-ils.
« Cependant mon frère ne se faisait pas illusion sur les mobiles peu surnaturels qui poussaient ces païens vers la religion. Il écrivait un jour: « Le mal du Y-jen est double: le Chinois et le diable; c^est pour se délivrer de ces deux maux qu'il se fait chrétien. » En effet, le premier mal du pauvre indigène, c'est bien le Chinois oppresseur, le prétorien qui gruge ses sapèques, le seigneur féodal qui prend son coton, ses enfants, sa liberté. En attendant de la religion et du missionnaire un soulagement à ce premier mal, il ne se trompe pas absolument, car la religion est la justice, elle proclame l'égalité de tous les hommes. Le scribe païen d'un mandarin chrétien à Tsehen,- exhortant un jour plusieurs villages à se convertir, leur disait: « Faites-vous chrétiens ; vous serez grugés quand môme, c^est vrai, mais vous le serez un peu moins ; les abus seront un peu moins criants. » Sans sortir de son rôle, le missionnaire remédie à bien des maux en prêchant la religion. En voici un exemple pour le pays de Chen-ten, où Alphonse arriva il y a à peine six ans. Un Chinois s'était fixé dans le pays comme maître d'hôtel. Pendant quarante ans, il se livra à une usure effrénée. Il possède maintenant une jolie fortune, car il ne prêtait qu'à 40 ou oO pour 100. Or, depuis l'arrivée du missionnaire, il ne dépasse plus le taux toléré en ces pays. Ce ne sont pas les instructions sur le septième commandement, mais c'est la crainte d'être accusé en haut lieu qui le fit baisser le taux de son intérêt. Les seigneurs féodaux eux-mêmes, à l'égard de leurs serfs devenus chrétiens, sont moins exigeants, moins tyranniques, et n'osent plus défendre l'étude des livres aux enfants y-jen qui apprennent à prier dans nos écoles.
(( Passons au second point.
« Le diable est considéré par le Y-jen comme l'auteur des plus grands maux ; c'est celui qui envoie les maladies à ses enfants, la sécheresse à ses champs, la peste à ses buffles : voilà Tautre mal dont le missionnaire doit le garantir. Or, c'est pour détruire le règne du démon que le missionnaire vient en ces régions païennes. Alphonse, en arrivant dans une nouvelle chrétienté, aspergeait les maisons d'eau bénite, ensuite il renversait la pagode. Il se montrait impitoyable pour arracher tous les signes superstitieux, vrais sacramentaux du démon, auxquels les néophytes, encore peu éclairés, n'oseraient toucher. Un jour, au village de Oui-hiong, entraîné par l'ardeur de son zèle, il était occupé à arracher ces objets superstitieux d'un arbre qui appartenait à une famille païenne, soumise encore au
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TRAVAUX d'ÉVANGÉLISATION
démon, lorsque soudain il éprouva l'action du diable, qui allait le jeter à terre, le renverser violemment: une invocation de cœur à rimmaculée-Conception le préserva de cette humiliation devant tout le village. « Coup de sang, vertige peut-être », lui disait un confrère qui faisait l'incrédule. « Oh non! ce n'était pas cela », répondit-il simplement.
« Dans une autre occasion, il avait aussi subi cette opposition du démon. « Ce n'est pas ce qu'on éprouve dans un moment de vertige, disait-il après, c'e-st comme un poids énorme qui écrase tout votre être, jusqu'au plus intime, une action supérieure aux forces de l'homme : une prière en délivre. »
(( Tout n'est pas de détruire le règne du démon, il faut établir celui du bon Dieu. Un jnissionnaire demandait un jour à Alphonse quel moyen employer pour agir efficacement sur ces races indigènes : « La seule recette que je connaisse, répondit-il, c'est le catéchisme fait en leur langue. Le catéchisme fait en indigène, quelques instructions auxquelles le village assiste, cela opère une vraie transformation dans ces âmes païennes. L'effet d'un catéchisme est pour moi visible et palpable. » Poussé par cette conviction, il compose un catéchisme en langue indigène. L'entreprise ne manquait pa^'de difficultés, la langue de ces indigènes étant si pauvre pour exprimer les idées spirituelles. C'est le plus utile de ses écrits ; aussi les jeunes confrères ne manquèrent-ils pas d'en tirer copie. On peut trouver à redire à toutes ces longues interrogations, mais une preuve que les néophytes prenaient goût à ces interminables séances, c'est qu'ils répondaient en chœur, c'est qu'ils aimaient à répéter les phrases du catéchisme en cherchant à imiter le ton de voix et la prononciation du missionnaire. Outre ces catéchismes publics du matin et du soir, il y avait les exhortations particulières. Alphonse s'était fait une loi de visiter chaque famille dans tous les villages qu'il évangélisait.
« Dans un vjllagé comme Hi-nien qui compte 98 familles, cela faisait 98 instructions différentes. »
Les appréciations de Aloys Schotter sont d'une rigoureuse exactitude, et il est facile de s'en assurer en lisant le récit suivant fait par son frère Alphonse d'une visite à ses néophytes ; pour sobre et humble qu'il soit, il montre bien le labeur de l'apôtre dans sa réalité ' :
<■( Je reviens d'une visite au Tse-hen et j'ai hâte d'y retourner. Après les visites du premier de l'an données et reçues à Hin-y fou, les recommandations pour la bonne marche de la chrétienté, je repars. Je passe par Ta-hai-tse, station chrétienne, où la mission pos-
1 A. M.-E., vol. 549*. p. 668. Lettre à M" Lions, 5 février 1887.
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sède des rizières cultivées par des fermiers chrétiens. Le deuxième jour, à travers des chemins affreux, j'arrive au logis de deux adorateurs Pe-raiao, et, de là, le troisième jour, je suis à Kiao-ma dans le Tse-hen. Je visite successivement les villages suivants : Lotchouen, La-siang, Oui-kiong, Ouen-ta, Oui-lo, Gan-lao, Ten-chang, Kiao-tong, Tche-chou, Pa-gai, La-ho, Pa ouen, Pa-na, Pin-nen, Tenchang, (un second village de ce nom) Long-ouai, Lo-yang, Tcho-ouang, oiij pour nous fortifier par le sacrement de pénitence, je me retrouve avec le P. Lin, prêtre indigène, que j'avais laissé à Tse-hen pendant le nouvel an ; Pa-me, d'où je fais une excursion dans un village païen, Hia-yao-mai, séparé de la préfecture de Tchen-fong et faisant partie d'un territoire assez vaste, gouverné encore par un tou-se. Depuis deux ans, on parle de s'y faire chrétiens. La peur a, jusqu'ici, empêché le pas décisif. Parti de Pa-me, je continue à visiter Tche-mo, Pa-ta, Pan-long, Hia-lo-ka, Ouy-jen, Po-oui, Penouang, Kao^chaij Pin-yang, Po-yong, Long-tchong, Lang-Ia, Tchekiang:^ Pa-oui, Lang-lai, et, en passant par la ville de Tse-hen, où je presse l'achèvement d'un oratoire avec pharmacie et résidence d'un missionnaire, et par Ta-ouo, où la mission possède des rizières, je me retrouve à Hin-y fou pour la fête de Pâques, 23 avril.
« Voici la méthode que je suis dans ces visites ; matin et soir, je fais le catéchisme en la langue des habitants. Chez les indigènes qui, séparés des Chinois, n'ont pas d'idoles, mais ^ contentent d'inviter des sorciers et de faire des sacrihces aux démons pour se délivrer des maladies qu'ils lui attribuent, il est nécessaire de bien faire connaître la condition de ces anges déchus et celle des bons anges ; je ne manque pas d'appuyer sur cet article.
« Comme les villages sont nombreux, car on en compte 133 où la messe a été dite depuis 187S, je ne puis rester longtemps dans un village ; mais, pour me remplacer, je tâche d'organiser des écoles. Pendant le jour, les maîtres d'écoles doivent enseigner les prières et les livres de doctrine aux enfants, garçons et filles, et le soir après les travaux, aux hommes plus âgés. L'instruction du soir finie, tous doivent ensemble réciter, par cœur, un petit résumé de doctrine nommé Siao-ouen-ta. Ils ne doivent cesser d'inculquer la grave obligation d'appeler le maître d'école ou un autre chrétien sachant baptiser, au chevet de ceux qui sont mourants, pour leur ouvrir à tous, si faire se peut, la porte du paradis, dans les eaux régénératrices du grand sacrement de la foi : ces recommandations ne sont pas inutiles. Dans les deux mois que j'ai employés à la visite avant le nouvel an, j'ai noté plus de 20 personnes adultes, sans compter les enfants et sans parler de ceux qu'a notés le P. Lin, ondoyées à l'article de la mort et mortes ensuite.
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« J'ai remarqué, dans cette visite, que les néophytes ont moins de superstitions qu'autrefois ; ce qui n'est pas un progrès à mépriser, pour qui connaît l'attachement persistant et aveugle que les indigènes ont pour leurs superstitions quand la maladie vient les atteindre. Hormis quelques^ rares exceptions, ils ne se défont pas tout d'un coup de ce culte diabolique, mais peu à peu, et à mesure que l'instruction fait grandir en eux l'intelligence de la doctrine. J'en tire la conséquence qu'il ne faut pas se hâter de les baptiser ; il faut, pour cela, qu'ils soi^it bien instruits et éprouvés. Il faut surtout aussi que les femmes se mettent à prier. « Ici^ dit l'autre jour un indigène, les femmes sont autant de bufflesses. — Non, dis-je, elles ne sont pas cela, mais il faut éviter de leur ressembler par le refus d'accepter la doctrine chrétienne et la sotte honte de se mettre à genoux et de prier. »
« Quoique très souvent je sois encore pressé par les demandes des néophytes de les aider à alléger les contributions indirectes de toutes sortes, dont les accablent les prétoriens et les maires du pays, ou pour des procès, on comprend toutefois, de jour en jour davantage, le vrai but de la religion. »
Au mois de mai suivant, le missionnaire fait une nouvelle expédition* : « Pendant que le P. Lin soigne les stations de Heou-kia-po, Ko-kiao, Lo-lai Tchen-fong, Ta-mang, Ta-tsin, Po-nei, Pe-yang-chou, et Mao-kia-tchai. Je visita de mon côté : Tche-la-ho, Kan-tien, Matchang, Po-tchang, Po-tcho, et nous revenons à Hin-y fou par la ville de Tchen-fong le 22 septembre. La plupart des chrétiens de ces stations sont de la race He-miao ou He-pen-kia, comme ils aiment être appelés. Ils sont généralement plus lents à comprendre la doctrine que les Chinois. Gomme les indigènes ou Lao-pen-kia ils ont, dans leurs maladies, beaucoup de propension à conjurer le démon par des sacrifices et des pratiques, les unes plus absurdes que les autres. Le point important qu'il faut toujours leur mettre devant les yeux, c'est d'éviter les mariages avec les païens. Mes efforts en ce sens n'ont pas encore été couronnés d'un plein succès jusqu'à ce jour ; il faut dire toutefois que la difficulté de trouver un parti baptisé les excuse, dans une certaine mesure, de prendre des fiancées païennes. J'ai eu en cette visite, pour mon compte 88 communions.
« Après avoir ramassé la récolte de riz de Hin-y fou, et visité quelques stations des environs, je retourne avec le P. Lin au Tse hen. Pendant que le P. Lin visite de son côté, je catéchise successivement les villages de Gai-tong, Hia-yang-tsiu Tche-lou, Sin-oui, Oui-hiong, Oui-lo, Pin-oui, Lang-long, Ouen-tai, Hiao-tong, Tche-
* A. M.-E., vol, 549, p. 674. Lettre à Mjr Lions, 5 février 1887.
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chou, Ouen-pang, Tche-long, Siao-pan-pong, Pan-koua et par Pokio, douane importante au bord du fleuve qui sépare le Kouy-tcheou du Kouang-si, je reviens à Hin-y fou. Dans 3 ou 4 villages, je vois avec plaisir les femmes écouter la doctrine et entendre la messe ; elles n'ont plus l'excuse de ne pas comprendre le chinois, je l'ai fait disparaître en prenant leur langue. A Tche-long vient se prosterner devant moi un adorateur de Toan-che, un paquet de tabac comme présent, à la main. Je devine du premier coup qu'il s'agit dune affaire : < Eh ! qu'y a-t-il ? — P^re, j'ai été bien mis à l'épreuve cette année. — Eh ! comment? — Pour une afl"aire de dette, je me suis présenté devant Yu-tchao-fong le chef d'arrondissement de Toan-che, mon village: « Te voilà donc enfin devant ma barre, me dit-il ; tu es chrétien, tu embrasses cette religion sans me prévenir, moi qui suis de force, non seulement à faire un baptisé, mais même un prêtre. Tu connais celui de Ouen-tien, autre chrétien, que j'ai ruiné et forcé d'aller au Kouang-si. » Puis il me fit suspendre et frapper. Une bonne partie de ma fortune y a passé pour me tirer de ses mains. »
« Ces faits, et d'autres semblables, ont mis les néophytes à l'épreuve ; c'est le van que la sage Providence emploie pour les cribler. Sur les 7000 que j'ai inscrits, le crible en a bien laissé tomber un millier, mais il en vient de nouveaux \ On m'annonce de nombreux villages de la sous-préfecture de Tchen-fong, qui ont des velléités de se faire chrétiens. Jusqu'ici la crainte de semblables tracasseries les a retenus ; je souhaite queia grâce divine les décide au'pas important, et les recommande à vos prières.
« Les naissances augmentent aussi le nombre du troupeau ; dans le village de Ouen-pang, par exemple, depuis la conversion, qui date de 7 ans, je compte 65 naissances et 41 morts dont 29 ondoyés à l'article de la mort^.
* Alphonse Schotter inscrit dans son Journal le nom de tous les villages qu'il visite. Cette très longue énumération est la meilleure preuve du zèle que le missionnaire mettait au service des indigènes :
« Du 18 février au 8 avril 1888, visite de Kiao-ma, Lo-tchouen, Oui-oua, Ouitsai, Pa-che-chang et Hia-tchai ; Long-tchai, Lang-hiong, Long-yang, Ma-hé, Ouilin, Pan-yang, Pan-tsi-ta-tchai, Pan-koua, Ma-tcheu, Oui-piao, Hiang-la, Ko-tcheou, Oui-mou, Ouen-tien, Oui-hoa, Gan-piao, Oui-ring, Toan-che, Ta-yen, Oui-pa, Hiakan-la,Chang-kan-la, Siao-keou, Ouy-ran,Tche-chou, où me trouve le P. Lin, le lundi des Rameaux. Le lendemain par Ken-chang, je visite Tin-yu, d'où par Pin-oui je vais à Tse-hen pour me rendre de là à Hin-y passer la fête de Pâques. Hormis Tche-chou, il n'y a pas encore de baptisés adultes dans ces villages. Je fais en indigène le catéchisme matin et soir, veille à la destruction des signes superstitieux et diableries, tâche d'organiser les écoles, etc. »
-« A. M.-E., vol. 549% p. 1915. Lettre à Ms' Lions, 15 février 1888.
« Du 8 au 26 août. — Visite de Tche-la-ho, Kan-tien, Ma-tchang, Po-tchaug, Po-
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<( Quand je visite des statipns, où il n'y a pas de baptisés, j'enseigne partout la formule du baptôbie, veille à l'abolition des superstitions, recommande sans cesse de ne pas recourir aux sorciers pour les maladies, mais de chercher des remèdes permis et vrais, de résister aux menaces des loups prétoriens qui s'efforcent de les faire contribuer aux dépenses de la pagode en construction. En allant dans les familles,) 'ai remarqué dans plusieurs, à la place des tablettes païennes, la croix ou quelque sainte image. Dans ces stations j'ai eu encore bien des superstitions à détruire. Malgré cela, je crois pouvoir affirmer qu'il y a un mieux, un progrès dans la foi presque dans tous ces endroits, hormis la circonscription de Pan-kai-tin, oii se trouvent
teho, Tai-kia-ten, Mao-kia-tchai, ville de Tchen-fong, Ta-mang, Tsin-kang-lin, Ta-tion, Po-nei : 176 confessions, 118 communions. Ce sont les stations du Tchenfong. Rien d'extraordinaire à noter.
« '26 à 30 septembre. — Visite de Tche-mo, près de Hin-y fou ; 11 à 15 octobre^ de Ta-hai tse, deux stations qui ne comptent que quelques familles de baptisés.
« 2i à 29 octobre. — Visite de Mou-tcha,, 6 communions ; Pien-tsan, Tin-si.
« Je retourne à Hin-y-fou.
« Du i^"" au 28 décembre . — Je visite : Keou-tchang, Pan-li, Chang-yang-tsin (une quinzaine de confessions) Lang-long, Tche-chou, Siao-pan-pong, Gan-piao, Ouen-tien, Ouv-hsa, Pa-leu, Oui-pa, Tsan-ché, Oui-lin, Kan-lai, Siao-keou, Ouijan, Ta-pan-yong, et reviens à Tche-chou passer la Noël. Une vingtaine de communions. Après la fête, mes ordres dounés aux ouvriers qui achèvent les constructions, je repars pour visiter Ngi-cliao, Pa-che, Oui-yong, Pin-gai, Kiao-tsai Nang-cha-Ia-ikai, Pa-chouan, Tche-io-lang-chang, Pin-hien, Long-tsa, Oui-mong, Kiao-siang, Pa-ko, Ko-leang, Lo-ran, Pa-gai, La-ho, Pa-ouen, Pin-sien, Long-ouai, Pin-lin, Pin-rao, Lo-yang, Tche-ouang, Pa-me, La-ten, Hia lo-ka, Pa-ta, Pan-long, Po-oui-pin ouan, Kao-tchai, Lang-lai, d'où je reviens, en passant par la ferme de Taouo, à Hin-y passer le nouvel an chinois.
<( 17 février à 25 mars 1889. — Je visite les stations suivantes: Ta-hai-tse, Kiaonia. Long-tin, Ma-tchen, Oui-lin, Ma-he, Hiang-la, Oui-hong, Oui-mou, Ko-tcheou, Pan-koua, Oui-piao, Pan-yang, Tche-ma, Lang-hiong, Oui-oua, Oui-tsai, Hia et Chang, Pa-ché, Tché-chou, Ken-chang, Ouen-ta, Oui-hiong, Pin-oui, Lang-long, (^hang-yang-tsin, Gay-tong, sans compter beaucoup d'autres endroits que j'ai parcourus sans y passer la nuit. A Tche-chou j'ai compté dans cette visite 45 communions et 18 baptêmes. 20 communions à Ken-chang, etc.
« Du 10 mai <iu 16 juin 1889. — Je visite le Tchen-fong et quelques stations de Hin-y fou. En voici les endroits : Heou-kia-po, Pin-tchai, Tche-la-ho, Kan-tien, Ma-tchang, Po-tchang, Po-tcho, Sin-kia-ouan, Mao-kia-tchai, Ke-mao, Pe-yangchou, Li-pin, Chang-hoa-tchang.
<( Avant la Toussaint je visite quelques stations des environs de Hin-y fou.
« Pendant le mois de décembre je visite Ta-miar>, Ta-ouo, Tse-hen, Lo-ouan, Loche, Lang-lai, Pa-na, Tche-chao, Lang-tsa, Lang-rai,Long-tchong, Po-yong, Po-so, Lang-tcheou, Pin-ouan, Hia-lo-ka, Pan-long, La-ten, Pa-me, Tche-ouang, Lo-yang, Pin-rao, Gan-hiao, Pin-len, Long-ouai, Pin-sien, Chouen-lo, Lo-ran, Ko-leang, Pako, Kiao-siang, Lo-gen Ouy-muang, Long-tsa, Pin-hien, Lang-chang, Pa-lo, Kiaosai Nang-tcha, La kai, Pa-schouan, Pa-douang, Kiao-koui, Lo-san, Ngi-chao, Tapang yong, Tche-chou, Ken-cheng, Pin-oui, Lang-long. » [A. M.-E., vol. 54*^*, p. 1028).
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les deux "villages de Lang-kiong et de Tche-mo. Dans cet arrondissement se trouvent beaucoup d'apostats. C'est qu'en 1884 la persécution est venue trop tôt, c'est-à-dire avant qu'ils aient eu le temps de s'instruire, et avant que la foi ait pris racine dans quelques-uns d'entre eux. De plus l'opposition des femmes me semble plus forte qu'ailleurs. »
Mou-you-se. — Conversions dans les districts de Tchen-Iiu et de Gan-chouen. Eloge du prêtre Ouang. — Tsin-gai, Tin-fan, Kouy-yang.
Voisin du district de Hin-y fou, celui de IMou-you-se, confié à Michel, est plus calme ; le missionnaire doit veiller à pacifier les esprits que le souvenir des anciennes persécutions de 1865 surexcite encore ; il s'occupe également des indigènes dont Renault a commencé la conversion dans la sous-préfecture de Tchen-fong, jusqu'à ce que ce pays soit en 1883 rattaché au district de Hin-y fou, qui cède les parages de Sin-tchen au district de Hin-y bien.
Le district de Tchen-lin, dont Roux est toujours chargé, a des annales plus longues.
Nous y trouvons, en 1873, la conversion au catholicisme de six familles à Ke-ma-tchai, grâce aux exhortations de la chrétienne Leao Ou-che*. Le village de Kai-kia-tchoang demanda une première fois en 1874 à se convertir, une seconde fois en 1870. « Je crus, dit le missionnaire ^ que cette fois ce serait sincère, une cinquantaine de personnes savaient la doctrine, j'en baptisai une dizaine, mais cette première et générale ferveur s'éteignit tout à coup; après deux ans
En 1874, au 4 juin, tel était l'état du district de Tchen-lin : 1" Nombre des villages chrétiens 34. Nombre des baptisés 391. 2° Leurs noms et le nombre des chrétiens de chacun d'eux : - 1" Tchen-lin 60; 2° Choui-mou-yen-pa 47 ; 3° Pien-po-tchai 1 ; 4° Choui-mou-heou-yuen-tse 6 ; 5° Gan-tchoang-po 1 ; 6° Tong-keou 17 ; 7° Kaouo 20 ; 8° Mi-foug-tchai 6 ; 9° Pe-gai 7 ; lO" Pe-gai-siao-ten 3 ; 11° Ka-ta 25 ; 12° A-long-tchai 20 ; 13" Hiong-kia-lin 20 ; 14» Yao-pai-tse 32; 15° Tsin-keou 3 ; 16" Leang-choui-kin 3 ; 17° Lin-kieou-pou 9 ; 18° Ta-tan-kia-tchoang 10; 19» Siao-tan-kia-tchoang 10 ; 20 Do-lin 2 ; 21° Taikia-tchouang 10 ; 22° Kan-tse-ho 9 ; 23° Ghe-san-ki 6 ; 24° Po-lo-tchai 8 ; 25° Leta-tong 11 ; 26° A-tcha-ta-tchai 13 ; 2 7° A-yeou-tchai 4 ; 28° San-tcha-ouen 9 ; 29° Yu-kin-tchoang 10 ; 30 Choui-si-tchoang 2 ; 31° Oang-saa-tchai 10 ; 32° Long-teouchan 4; 33° Lo-pang 1 ; 34° Che-teou-tchai 1 ; 35° Lo-yué 1.
Confessions du 15 août 1874 au 3 mai 1875 : 372; Communions 220; Extrêmeonction 1 ; Confirmation 1 ; Mariages 16 ; Baptêmes d'adultes 37 ; Baptêmes d'enfants de chrétiens 32 ;, Sainte-Enfance 116.
2 A. M.-E., vol. 5491, p. 675. Notes sur Tchen-lin.
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de bons commencements, les non baptisés s'éloignèrent un peu de la pratique, les baptisés eux-mêmes suivirent en partie le mouvement de recul. Pourquoi ? Je n'ai trouvé que des causes secondes... 1" Les deux tiers des enfants baptisés moururent peu après leur baptême. 2" Un loup dévora un enfant chrétien. Cette épreuve était trop grande pour la foi naissante de ces pauvres gens ; les amis, les parents païens disaient : « Tu vois bien ! Tu as voulu essayer de cette religion, vois-tu ce qui arrive aux chrétiens ! »
(( Cependant il y avait encore une lutte assez sérieuse entre la foi tremblante de ces gens et le démon ; malheureusement il manquait à ce village un chef intelligent, une tète ; peu à peu la foi perdit du terrain et quelques baptisés seulement restèrent (1885) en attendant un nouveau coup de la grâce.
Cette grâce désirée par le missionnaire se produisit en 1898, car nous relevons dans ses papiers cette note :
« Le chrétien baptisé, Ou-ki-hong, celui-là môme dont un loup avait dévoré Tenfant, vient de me trouver en disant : « Père, je veux sauver mon àme, ceux qui ont apostasie avec moi sont morts, je suis le seul baptisé dans mon village et les jeunes gens me disent : « Va trouver le P. Roux et dis-lui que nous nous convertissons de nouveau. »
Ti-kang doit son origine à Liou-yn-tsai, médecin et maître d'école qui se convertit en 1876, mais mourut peu après ; le village de Tike n'adora que momentanément et il n'y aurait pas môme lieu de le mentionner, si deux filles chrétiennes Ou Mai-gai et Pan ne l'avaient habitée
Le seul chrétien de Heou-chan fut Yen Fa-koui, qui se convertit en 1877^ mais ayant pendu sa femme il épousa une païenne et abandonna toute pratique religieuse. Ma-tchang date de 1882, époque où la famille Liou Lao-si alla s'y fixer; nous voyons ensuite Miao-sintchai, habité par des Miao comme son nom l'indique ; Koua-miao dont le premier chrétien fut le miao-kia Ouang Ouen-pin ; et voici à la suite de quelles circonstances assez curieuses cet homme embrassa le catholicisme : « Ayant adopté un hls, un Chinois qui avait vu disparaître le sien pendant la rébellion, prétend que ce fils perdu est précisément celui que le miao-kia a adopté. Le miao-kia a de bonnes preuves; les mandarins ont bien des fois déjà jugé ce procès et toujours donné tort au Chinois. Malgré cela le Chinois accuse toujours, pourquoi ? Voici le mystère : « Ce miao-kia a la réputation d'être riche, à chaque procès qu'il gagne, il perd une trentaine de taëls don.t les satellites et le prétoire bénificient. Le Chinois qui s'en-
1 A. M.-E., vol. 5«i, p. 693. Not. sur Tchen-lin.
TRAVAUX D EVANGELISATION
tend avec les prétoriens perd son procès et ne perd point d'argent. Le miao-kia eut enfin Tidée de réclamer le secours du chrétien Liou Tchong-sin pour continuer son procès. Ce Liou Taida et l'exhorta en même temps à embrasser la foi. Avec lui cinq familles de son village adorèrent en 1882. »
Il est facile de voir par les notes du missionnaire la situation des petites stations qui se fondent, demeurent, grandissent, diminuent ou disparaissent selon les fluctuations qui agitent la marche de Tévangélisation.
En 188i, les meilleures stations sont celles de Pen-po-tchai qui après avoir presque abandonné la pratique des devoirs religieux, à la suite d'un incident futile 2, reprit toute sa ferveur; Long-teou-chan et mieux encore Yn-kia-tchoang où Lo Tin-kin instruit les fidèles, les exhorte, et veille sur eux avec soin '.
La station indigène de A-ta-tong, convertie une première fois en 1804-, apostate en 4867, convertie de nouveau en 1872 par Lamy, coniiée à Roux en 1873, s'augmenta en 1874 de quatorze baptisés qui conservèrent la grande ferveur qu'ils montraient à cette époque. Les principaux chrétiens sont Ou Lao-le, Ou Sao-koui et Ou Saohien, frère de la vierge Ou San-kou.
En 1875, nous voyons l'augmentation de la station de Houangko-chou par l'arrivée des chrétiens de Gan-kio-tchai, qui mouraient de faim ou à peu près dans leur hameau. La conversion de Tong-keou date de cette même année avec la famille Tchen. Vinrent ensuite Pe-
1 A. M.E., vol. 549', p. 693. Not. sur Tchen-lin.
2 Parce que le catéchiste Sie-kouang ayant été volé, les' chrétiens avaient été obligés de lui restituer 2 taiils.
5 Nous ne pouvons pas donner la statistique annuelle des travaux de Roux dans le district de Tchen-lin ; mais voici celle que nous avons relevée pendant quatre ans :
1879. — Confessions : 584. Communions : 450. Extrême-onction : 1. Mariages : 6. Sainte-Enfance, baptisés 222.
1880. — Nombre des chrétiens 856.
Confessions 780. Communions 510. Extrême-onctions 2, Mariages 4. Confirmations 3. Baptêmes d'adultes 24. Baptêmes d'enfants de chrétiens 52. Baptêmes d'enfants de païens 217. Ecoles 3, enfants fréquentant ces écples 44 dont 18 païens.
1881. — Nombre des chrétiens 908. Chrétientés 32. Eglises 5. Ecoles de garçons 2, élèves 32. Ecole de filles 1, élèves 7. Orphelinat 1, enfants 12. Pharmacies 4. Prédicateurs 4. Baptêmes d'adultes 26, enfants de chrétiens baptisés 56, enf.ints de païens 270. Confirmations 115. Confessions 977. Communions 766. Mariages 4. Saints Viatiques 4. Extrême-onctions 4.
1882. — Nombre des chrétiens 976, chrétientés 33. Oratoires 5. Ecoles de garçons 2, élèves 30. Ecole de fille 1, élèves 11. Orphelinat 1, orphelins 17. Pharmacies 4. Prédicateurs 4. Baptêmes d'adultes 18, baptêmes d'enfants de chrétiens 70, bap^ têmes d'enfants de païens 308. Confessions 804. Communions 572. Mariages 7. Extrême-onctions 3. Saints Viatiques 6. {A. M.-E., vol. 549', p. 529).
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TRAVAUX D EVANGELISATION
fen fondé par Ou Lou-kin, ancien domestique du missionnaire Biilouez ; Pe-gai, village indigène où seul, le chrétien Ou Tchang-mao demeura lidèle aux pratiques religieuses jusqu'en 1893. A celte date, les anciens baptisés, qui avaient montré tant de négligence pendant assez longtemps, revinrent à de meilleurs sentiments. Citons encore : Achang-tchai, formé en 187G par Leao-Fong-kai et sa belle-sœur Leao Ou chc, mais disparu presque entièrement en 1890; Li-ta-kong qui n'avait d'autres chrétiens que la famille Tchai disparue en 189i ; Tou-kouan-pou qui, après avoir abandonné la foi sembla revenir au catholicisme en 1876, mais retourna au paganisme, excepte la famille Pan Tse-y.
Tels se présentent les débuts du district de Tchen-lin, ils justifient ces paroles de Roux : « Il y a toujours quelques nouveaux convertis, mais il y a, par contre, quelques déserteurs, ce qui fait que je n'avance pour ainsi dire pas ; ceux qui s'en vont, le font peu à peu et ne s'en vont pas complètement ; mais ils ne prient plus guère qu'en la présence des catéchistes. »
Gan-chouen, où Lamy est aidé par le prêtre chinois Taul Ouang et où plusieurs jeunes missionnaires, par exemple Jouishomme, vont se former à la vie apostolique nous offre, comme Tchen-lin, une marche lentement progressive. Le catéchiste Lou Tin-chen, convertit plusieurs familles de Sin-tchai, entr autres les Ou qui, peu après leur baptême, allèrent s'établir ailleurs, les Li dont le chef mourut baptisé. Un chrétien du Su-tchuen, Tchai Tao-tchouen, séjourna pendant plu sieurs années à Sin-tchai et attira encore d'autres familles au christianisme. Mais, hélas! à quoi tiennent les meilleures résolutions ? Ces néophytes paraissaient bien disposés et cependant il suffît d'un petit incident pour faire retourner au paganisme la plupart d'entre eux. « Pendant ' que Jouishomme qui fut chargé de ce poste en 1875 y faisait la visite annuelle, il logea chez un chrétien nommé Li Yue-siou ; or, durant une nuit, les voleurs s'introduisirent dans la maison et volèrent àLi, au moins, pour 100 taëls d'objets sans toucher en rien aux affaires du Père. Li suppose que ce sont les chrétiens du lieu qui ont commis le vol, prie et supplie le Père de traiter son affaire. Le Père ne peut et ne doit pas s'en occuper ; alors, de tous les adorateurs il n'en reste plus.
« A-tche fut aussi converti par Lou Tin-chen ; tout d'abord, les femmes prièrent en même temps que les hommes, mais elles ne coDtinuèrent pas. Pendant quelques années, tous les hommes baptisés semblèrent avoir sérieusement la foi, mais ils plantaient l'opium à l'insu du missionnaire.
1 A. M.-E., vol. 549', p. 549. Notes sur Gan-chouen.
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« Chaque fois que celui-ci faisait la visite d'administration, ils venaient à l'oratoire' ; dès qu'il était parti ils abandonnaient toute pratique religieuse. »
C'est à cette époque aussi que, dans le hameau de x\-tche-ta-yuen, près de A-tche, se convertirent trois familles ; de môme à Hoa-ka% oiiles familles Ouang et Ou furent les premières à embrasser la foi. Un des membres de la famille, Ouang Se-hoai, se corrigea de fumer l'opium et fut pendant dix ans maître d'école à Choui-tang-tchai.
En 1875^ Lamy signale à son évèque les premières conversions au marché de Sin-chang^ : « L'ouverture de ce marché est très importante pour mes stations indigènes qui sont presque toutes dans les environs. Jusqu'ici, dans ces parages, les indigènes seuls s'étaient fait chrétiens ; depuis plusieurs années déjà, je convoitais fort la conversion de ce marché, habité par les Chinois; j'y envoyais de temps en temps des prédicateurs, mais personne ne prêtait l'oreille à la doctrine. A deux reprises différentes mème^ on a voulu battre les chrétiens et leur interdire l'entrée de leur marché ; si l'entreprise échoua, c'est que je recourus au mandarin pour avoir justice. C'est un baptiseur de la Sainte- Enfance qui a ouvert ce marché en y passant pour baptiser les enfants. Il est parvenu à dissiper les préjugés, à prêcher un peu de doctrine, et enfin à décider quelques-unes des principales familles à embrasser la foi. L'exemple des Chinois plus influents que les indigènes dans le pays soutiendra ces derniers, et il ne sera plus dit dans ces parages qu'ils sont seuls à se faire chrétiens, aussi en sont-ils contents. »
Le même catéchiste fonda encore la station de Kao-tchai, qui compta d'abord sept à huit familles indigènes et autant de Miao-tse.
<c Pendant deux ans, écrivait Lamy en 1880, les indigènes persévérèrent et apprirent la doctrine ; ils paraissaient animés de bonne volonté, mais la défense de planter l'opium, les petits frais qu'il fallait faire pour traiter le Père pendant sa visite, les découragèrent, et il ne resta plus que trois familles. A La-tin-tchai aussi, j'ai eu plusieurs familles Miao-tse qui ont embrassé la foi, mais elles n'ont pas persévéré. »
Citons encore, comme remontant vers 1873-1876, Men-keou-tchai, consacré au Cœur très pur de la Sainte Vierge et qui d'abord montre beaucoup de ferveur ; Mou-ouan-ten, placé sous la protection du Sacré-Cœur de Jésus, habité par les familles Sin, San, Tcheou, Ou, Ouang, qui se convertirent les unes après les autres, population let-
i Elevé sous le vocable de Saint Pierre.
^ Qui eut pour patron Saint Paul.
=• A. M.-E., vol. 548, p. 129, Lettre à Mgr Lions, 28 juillet 1875.
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TRAVAUX D EVANGELISATION
trée qui aimait à lire les ouvrages de religion ; l'augmentation de la station de Kouy-hoa ; celle de Lang-tang, petite station indigène, qui posséda lo à 20 familles d'adorateurs ; vers 1880, on n'en comptait plus que quatre, « par suite des vices et de la conduite d'un nommé Ouang-eul ; » et encore ces quatre se réduisirent à trois par la défection du chef de l'une d'elles. Cet homme, ayant eu son cheval tué par les païens, voulut absolument que le missionnaire Niaux allât plaider sa cause devant le mandarin. Le prêtre ayant refusé, la famille abandonna le christianisme. « Pauvres indigènes, conclut Lamy , qui raconte le fait, ils seront toujours aussi matériels. »
En 1877 etl878, Lamy fonda une station à Pin-yuen-cheou grâce à Ho Pe-tiao, ancien mandarin retiré à Gan-chouen et avec lequel il entretenait des relations amicales. Celui-ci offrit de lui vendre une maison qu'il possédait à Pen-yuen, il le mit en relations avec deux de ses parents habitant ce village, et peu à peu le missionnaire put amener quelques païens au vrai Dieu^
La chrétienté de la ville môme de Gan-chouen était assez florissante. Vers 1880, Lamy la divisa en sept quartiers et mit chacun de ces quartiers sous la surveillance d'un chrétien sérieux, qui fut chargé d'observer la conduite des fidèles, leur assiduité à l'église, renvoi des enfants à l'école, mais eut défense absolue de s'occuper des affaires litigieuses. De plus, il chargea cinq veuves déjà âgées de visiter les femmes chrétiennes et de baptiser les enfants païens qui seraient abandonnés dans la ville.
En résumé, le district de Gan-chouen comptait en 1882, 1400 chrétiens, dont 500 environ dans la ville même.
Le prêtre chinois Ouang, qui était sous la direction de Lamy, ne doitpas être oublié. Le missionnaire nous résume ses travaux dans les termes suivants^: « Le P. Ouang remplit bien son devoir, sa réputation estbonne. 11 a en tout 860 chrétiens baptisés,répartis en 35 stations, il n'a pas un moment à perdre dans toute son année s'il veut les visiter deux fois, ce qu'il a fait consciencieusement durant l'exercice qui vient de s'écouler. Il lui reste pour le moment seulement 7 stations qui n'ont pas été visitées deux fois ; il se proposait de le faire pendant le carême, mais comme vous lui avez commandé de visiter Kenpin, etc., il vient d'y aller, et dès qu'il aura fini, il reviendra voir ces 7 stations. Son district est très étendu relativement, car, de Ghouimou pour se rendre chez les indigènes de Kouy-hoa, il y a 300 li. Il n'est pas oisif et s'il avance lentement je puis dire qu'il va sûre-
1 A. M.-E., vol. 149', p. 550.
' A. M.-E., Tol. 548, p. 939. M. Lamy à Mg-" Lions, 11 octobre 1877.
* Id. voL 549 p. 304. M, Lamy à Mgr Lions 6 mars 1882.
TRAVAUX D EVANGELISATION
ment. Si parmi les indigènes qu'il visite et parmi certains Chinois il y a des défections, elles ne lui sont pas imputables, pas plus à lui qu'à d'autres, car il faut tenir compte de la nature corrompue et paresseuse de ces indigènes qui demandent beaucoup de soins et donnent peu de résultats. Il a été un peu contrarié de l'ordre que vous lui avez donné de visiter Ken-pin, mais malgré cela il a obéi sitôt qu'il lui a été possible de le faire. Quant à son viatique, il est plus que modique. On dit : « c'est un prêtre chinois », j'en conviens, mais encore faut-il tenir compte des lieux qu'il visite. Il ne mérite que des compliments et des encouragements ; il n'est plus jeune, bientôt il aura 50 ans. »
En 1883, Ouang quitte Gan-cliouen pour visiter les chrétientés des environs de Kouy-yang, etLamy profite de la circonstance pour faire de nouveau son éloge * :
« S'il n'a qu'un zèle ordinaire, il a toujours été un bon prêtre attachée son devoir, faisant en tout preuve de bon esprit, aimant les Européens et content d'être pris parfois pour tel. 11 avait de Tintluence et de l'autorité sur ses chrétiens qui le respectaient ; il a toujours fait tout son possible pour les ramener et les encourager à bien faire. J'ai vécu avec lui pendant 16 ans toujours en bon accord ; il a toujours été plein de déférence pour moi et toujours respectueux envers les missionnaires ; aussi tous les confrères de ce pays ont-ils regretté son départ. C'est un fils de vieux chrétien. »
Ouang fut remplacé à Gan-chouen par le prêtre Yang, qui venait du district de Tsen-y. « Celui ci n'est pas né de parents chrétiens, dit Lamy, il a de la bonne volonté, est intelligent, . mais encore jeune, il n'a pas le savoir-faire de son prédécesseur. »
Plus près de Kouy-yang, sont les districts de Gan-pin et de Tsintchen. Le premier, après avoir été pendant dix-huit mois confié à Alphonse Schotter, avant qu'il n'allât à Hin-y fou, fut ensuite dirigé par Niaux.
Au sud de Kouy-yang, Tsin-gai a pour pasteur Pasquier, qui fonde la station de Lo-yang, y baptise quelques hommes et enregistre le nom d'une cinquantaine d'adorateurs, mais il ne réussit pas à convertir les femmes. Il établit aussi la station de Ong-leou qui compte onze familles catholiques.
Non loin de Tsin-gai, Tin-fan se développe par le zèle de Layes, qui fonde plusieurs stations nouvelles, entre autres Pai-kin situé au milieu des montagnes.
Au sud de Tin-fan, le district de Tou-chan se maintient très fervent sous la direction de Saby.
A. M.-E., vol. 549', p. 510.
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TRAVAUX d'ÉVANGÉLISATION
Kouy-yang n'offre de remarquable qu'une grande régularité dans un progrès lent, mais continu ; les marches en avant rapides, les reculs, les soubresauts ne s'y font pas sentir ; chaque année, Guichard, à Saint-Joseph, y enregistre à peu près le même nombre de baptêmes ; il en est de môme dans la paroisse Saint-Louis, dont Ghemier demeura le pasteur jusqu'en 1879.
Districts du nord, — Travaux de Bouchard, Chasseur, ChafTanjon, Desvoivres,
L'apostolat, dans les districts du nord, est beaucoup plus mouvementé, particulièrement dans la région située entre Se-lan, Ghe-tsien et Mei-tan, et confiée à Bouchard. Ce missionnaire est le grand convertisseur delà partie septentrionale : accompagné d'un catéchiste, il prêche partout oii il passe ; souvent quand il traverse une ville ou un marché, il s^arrête dans le quartier le plus populeux, revêt son surplis, monte sur une table ornée de deux chandeliers, et à la foule qui s'assemble autour de lui, il expose les vérités principales de la religion du Seigneur du Ciel. Lorsqu'il arrive à Mei-tan en 1873, il compte 60 néophytes; en 1874, il a déjà baptisé 300 païens ; en deux ou trois ans, il enregistre 7000 adorateurs. Sans doute, sur ce nombre, il y en a qui ne vont pas plus loin que la cérémonie de l'adoration, mais la plupart étudie les prières et les livres de doctrine ; une vingtaine de catéchistes ne suffisent pas à donner l'instruction nécessaire. Au mois d'avril 1876, le Vicaire apostolique l'ayant prévenu qu'il allait lui envoyer un jeune missionnaire, nommé Chasseur, Bouchard réplique en souriant : « Ce n^'est pas un seul chasseur, c'est un régiment de chasseurs à cheval qu'il me faudrait ! »
Le nouvel ouvrier apostolique est bientôt en état d'administrer Mei-tan, Mao-tien, Mao-kin-choui, Su-yang-tchang, etc. et de fonder Ouang-kia-to, sur les frontières du Su-tchuen.
Cependant, l'expérience acquise lors des événements de 1864, 1865, 1866, n'était pas sans faire craindre à Bouchard les suites de progrès si rapides, et ses néophytes, dont beaucoup se convertissaient pour des motifs très humains^ lui inspiraient autant d'inquiétude que de joie ; aussi, au lieu de développer ce mouvement vers le patholicisme, le missionnaire jugea plus prudent de l'arrêter. Aidé de quelques catéchistes, il s'occupa on 1876 d'instruire sérieusement les catéchumènes, de réformer leurs moeurs^ de leur inculquer un peu d'esprit chrétien et de leur faire comprendre, ce qui ne fut pas toujours aisé,
TRAVAUX D EVANGELISATION
que l'Eglise et ses ministres n'avaient pas pour but de faire gagner des procès à leurs adeptes et de les seconder dans leurs vengeances. Malgré la prudence de Tapôtre, ce mouvement doit exciter des rumeurs, et il en excite : les païens hostiles ou ignorants jettent dans le public des bruits défavorables aux convertis qui, disent-ils, vont se révolter et tout détruire. Vers le mois de septembre 1876, du côté des marchés de Tchang-lin-pa, Ho-pang-ki, Y-ouan-chong, l'excitation est à son comble ; elle gagne peu à peu toute la souspréfecture de Mei-tan et celle de Ou-tchoan. Afin de prévenir les malheurs qui en auraient été la suite, Bouchard prie les mandarins de ces villes de publier des édits favorables. « Le sous-préfet de Mei-tan, un orgueilleux de pi-emière trempe, écrit le missionnaire^, affiche une pièce, qui, sans être excellente, produit plus de bien que de mal. Celui de Ou-tchoan me répond une très bonne lettre et publie un excellent édit qui ramène le calme. » Dans les stations de la juridiction de Yu-kin, les chefs des gardes nationales font un traité d'alliance et de paix perpétuelle avec les chrétiens. La perpétuité ne sera sans doute pas très longue, mais tant qu'elle durera, les fidèles en profiteront. Ces rumeurs, ces édits, ces alliances servent l'œuvre d'évangélisation, et, 'le 19 septembre 187G, Bouchard écrit triomphalement à son évoque'^: «Encore une fois, le diable s'est enfoncé le doigt dans l'œil. Le nombre des stations qui ont invité le Père a presque triplé sur la visite précédente. Les nouvelles stations y surgissent un peu comme les champignons qui sortent de terre à l'improviste dans une nuit humide de printemps. » Son district compte près de 200 nouvelles stations, et pendant une année l'apôtre parcourt le pays sans revenir à sa résidence principale. Ce missionnaire, que les chaleurs de l'Inde avaient failli conduire au tombeau, est plus résistant à la fatigue que les plus vigoureux ouvriers évangéliques du Kouy-tcheou ; il les étonne et les surpasse tous par son endurance, son entrain, son initiative, l'indépendance de son action qui rappelle la liberté dont il a joui au Coïmbatour sous le gouvernement anglais. On dirait que sa première éducation apostolique lui a donné une trempe d'esprit particulière, qui ne rappelle que d'assez loin celle qu^ont reçue les missionnaires de Chine, formés au milieu des craintes, des persécutions et des rébellions.
L'année 1877 ressemble aux précédentes. « Je suis en train de visiter les^ stations voisines de Heou-chan% écrit-il le 6 jan-
» A. M.-E., vol. 548, p. 389. Lettre à M. Bodinier, 19 septembre 1876.
« A. M.-E., vol. 548, p. 393.
^ Le chef de Heou-chan s'était converti après la rébellion. Pendant 10 ans au moins, il avait vécu à la suite de Lieou Tsou-tsou, le grand chef rebelle ; il avait conquis un haut grade dans la secte du Nénuphar blanc ; ce fut Lieou qui lui donna
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vier'; il me faudra bien 4 ou 5 mois, à raison de 4 ou 5 jours dans chaque station, pour tout visiter. »
Le 4 septembre 1878, il est dans les mêmes dispositions et accomplit les mêmes travaux sur un autre théâtre- : « J'ai mis sept journées en chaise, de la ville de Mei-tan pour arriver dans les stations où je me trouve maintenant. Je vais visiter un certain nombre de villages pendant plusieurs mois, tous à peu près à la même distance de Mei tan. Ces stations n^ont pas vu le Père depuis plus d'un an et demi. Depuis près de deux ans, ces chrétiens n'ont pu se confesser et communier. Quant aux quelques stations où je me trouve hic et nunc, c'est la première fois que\i'y viens, et jusqu'à présent, je n'ai guère vu de stations si bien préparées pour la première visite. Il y aura là un bon nombre de baptêmes. Dans les autres villages, du reste, il y a de nombreux baptêmes. Cette année, c'est le temps de la grâce ; avant, c'était l'époque du premier travail, le temps de la préparation ; maintenant, c'est le te.mps de la récolte. Depuis la 1'"'^ lune chinoise, il y a eu déjà celle année environ 250 baptêmes. »
La fin de cette année 1878 est marquée par une certaine hostilité des mandarins de Ou-tchoan et de Se-lan, auparavant presque sympathiques à Tœuvre du missionnaire, et généralement justes envers les chrétiens ; mais un ordre du gouverneur du Kouy-tcheou arrête la malveillance. Les années suivantes sont aussi fructueuses et, au mois de septembre 1880, Bouchard écrit à son évêque^ : « Depuis la ii" lune j'ai pu visiter les pays de Yuin-hin, Kan-ki, Lang-kiangao, Tin-tse-pa, Kiun-pin, Tchang-kia-tchai et Su-kia-pa.
« Je vais bientôt me rendre dans le pays de Ta-pao un des plus grands marchés de la province et ensuite à Kien-tcha-ki et à Lieouchong où se trouvent les plus nombreuses stations ; ce qui ne sera pas visité cette année chinoise, on tâchera de l'administrer un peu plus tard. »
En 1881^ le préfet de Se-lan, Lao, ayant été changé, son successeur se montra favorable au missionnaire et plusieurs de ses subordonnés l'imitèrent. Cette bienveillance s'affirma publiquement lorsqu'à la fin de cette année ou au commencement de 1882, Bouchard acheta une niaison dans la nouvelle ville de Gan-hao, ancien marché de Ta-pao. Plusieurs notables de cette ville s'étant avisés de dénon-
l'idéc de se faire chrétien en lui disant : « Toutes les religions sont fausses, même la nôtre, je puis les réfuter toutes ; il n'y en a qu'une à laquelle il est impossible de répondre, c'est la religion du Maître du Ciel, la religion chrétienne. »
1 A. M.-E., vol. 548, p. 1057. Lettre à Mgr Lions. Chang-chouang, 6janvier 1878.
2 A. M.-E., vol. 548, p. 1443. Lettre à Mgr Lions, Fen-kien, 4 septembre 1878.
3 A. M.-E., vol. 548, p. 2247. Lettre à Mgr Lions, Ta-tang-po, 27 septembre 1880.
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TRAVAUX D EVANGELTSATION
cer cet achat au sous-préfet, celui-ci leur répliqua^ : « Vous avez bien fait de m 'avertir, maintenant s'il y a la moindre affaire contre l'Eglise, j^ai vos noms et c^est à vous qu'on s'en prendra. » Battus de ce côté, les mécontents allèrent chez le préfet de Se-lan : « Qui êtes-vous donc, leur dit celui-ci, pour oser empêcher l'Eglise de bâtir à Ta-pao, quand le gouverneur la laisse construire à la capitale? » Puis appelant un secrétaire. « Prends les noms de ces Messieurs, s'il survient la moindre affaire contre l'Eglise à Ta-pao, c'est à vous qu'on s'en prendra : tenez-vous pour avertis. »
En 1882, le district de Bouchard est divisé, et ChafFanjon, un missionnaire arrivé en 1879, est chargé de la partie qui a Mei-tan pour chrétienté principale avec 70 autres stations habitées par un millier de baptisés et plusieurs milliers d'adorateurs. Les dispositions de ces néophytes ne sont pas mauvaises, mais leur instruction est incomplète, et, pour le prouver, Ghaffanjon raconte à son évêque le fait suivant* :
^< En arrivant avant-hier à Long-tou-chan, je trouvai un chrétien de la station voisine qui m'apportait 3 ligatures de messes pour un adorateur qui venait de mourir dans sa station. « L'avezvous baptisé au moins, lui demandai- je tout de suite... » « Mais oui Père^ me répond-il, il est bien mort. » — « Voyons, comment vous y etes-vous pris pour le baptiser, raconte-moi toute l'histoire. » Et le pauvre chrétien, non baptisé lui-même, fmit par nous expliquer comme quoi ils l'avaient baptisé très validement, mais seulement une bonne heure au moins après sa mort... Allez-vous dire que ce sont là des mauvais chrétiens ; mais non, ce sont des ignorants. »
En 1883, Desvoivres ouvre quelques nouvelles chrétientés dans les environs de Ou-tchoan.
ïsen-y sous l'administration de Bodinier. — Su-yang et Tong-tse.
Vicaire apostolique aux missionnaires.
Conseils du
Bodinier n'opère pas dans le district de Tsen-y des merveilles qui égalent celles de Bouchard, il a cependant le droit d'être satisfait des progrès que la foi accomplit et des nouveaux postes qui se fondent. Tout d'abord, au mois de janvier 1875, il cite, dans la souspréfecture de Kien-si, le village de Cha-tou, où s'implantent sept fa-
1 A. M.-E., vol. 5491, p. 277. Lettre de M. Bodinier à Mgr Lions, 7 février 1882. » A, M.-E., vol. 549, p. 33. Lettre du 26 janvier 1882.
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TRAVAUX D EVANGELISATION
milles chrétiennes du Yun-nan; elles avaient entendu dire que les terrains étaient à bon marché dans ce pays, elles venaient en profiter. « A leur arrivée, écrit le missionnaire \ ces pauvres gens ont été accueillis par des rumeurs qui les ont tourmentés quelques mois et qui ont eu l'avantage providentiel de les faire connaître dans toute la région, d'épuiser les premières colères des païens et d'habituer leur esprit à cette idée : des chrétiens chez nous, dans le Kiensi tcheou. »
Heureusement ces fidèles avaient à leur tête un catéchiste nommé Ko, ancien domestique de quelques missionnaires du Yun-nan. « Encore- très jeune, ayant une bonne langue, un tantinet d'instruction, de la foi (sans détriment de ses défauts), bon compagnon et agréable aux païens, avec qui, en vendant des remèdes, il se mit en grandes relations. « Grâce à lui, les chrétiens finirent par demeurer en paix, et quelques païens demandèrent à embrasser le catholicisme. Ko savait d'ailleurs profiter de toutes les occasions et de tous les prétextes pour rehausser le prestige de la religion du Seigneur du ciel. Ainsi, en 1877, ayant entendu dire, ce qui était assez éloigné de la vérité, que le gouverneur du Kouy-tcheou avait promis de laisser dans trois ans la mission s'établir à Kien-si, il en tira devant les païens cette conclusion : « Ah ! les voilà bien attrapés ces notables qui voulaient empêcher la religion de s'établir à Kien-si. Le gouverneur a joliment pris l'intérêt de l'Eglise et obligé Tcha à donner une pagode pour presbytère. L'évêque mettra un prêtre dans la ville sitôt que nous aurons pu fonder assez de chrétientés pour lui tailler de la besogne ^ »
Parmi les conversions qui s'opèrent à cette époque dans son district, Bodinier se plaît à raconter celle-ci* :
a Un habitant du Si-hiang, près du marché de Fong-hiang-pa, nommé Yang, avait adoré jadis, quelques mois avant la persécution de 1869. Il avait à peine appris à faire le signe de la croix lorsque la persécution éclata ; aussi tout fut oublié bien vite.
« Au mois de juillet 1876, ce Yang devint presque aveugle. Il se fit conduire en ville pour chercher remède à son infirmité. Un jour il lui vint une bonne pensée ; se souvenant du Dieu qu'il avait adoré, il fit une espèce de vœu, que si ce Dieu lui rendait la vue suffisamment pour aller seul, sans aide, de son auberge à l'église, il se déclarerait de nouveau chrétien. Or, voilà que dès le lendemain, en se
1 A. M.-É., vol. 548, p. 1164. Lettre de M. Aubry à M. Guichard, mars 1878.
2 A. M.-E., vol. 548, p. 1164. Id.
' A. M.-E., vol. 548, p. 1166. Id.
* A. M.-E., vol. 548, p. 551. Lettre à Mer Lions, janv. 1877.
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TRAVAUX d'ÉVANGÉLISATION
réveillant, il trouve sa vue tant améliorée qu'il peut marcher sans guide. Se souvenant aussitôt de sa promesse, il se rend tout droit à l'église. J'étais alors en campagne. Son histoire racontée à mes catéchistes, on le fait adorer de nouveau, et on inscrit son nom. Là-dessus il s'en retourna chez lui. Mais il n'oublia point son engagement ; arrivé dans son pays, il fit de la propagande parmi ses amis et dans sa famille ; si bien qu'à la fête de Noël dernier il s'en revint demander un prédicateur pour mettre en train la nouvelle station. J'ai envoyé le prédicateur demandé. »
Le missionnaire a également la joie de voir seize familles apostates de Ou-fong-tchoang revenir à la foi. Au mois de juillet 1877, il loue ^ les dispositions des catholiques de Pai-cha-keou, qu'habite une Lieou, la plus vieille chrétienne du district de Tsen-y ; et de ceux de Ho-kiakeou, qui compte une cinquantaine d'adorateurs. Peu après, le missionnaire visite Kan-ki, station « autrefois très négligente et maintenant excellente, grâce aux prédications de Ouang; » Ta-machoui, oii tout le monde « a bien la foi » ; Cha-tou, dont nous avons dit la fondation et qui compte 25 familles asez ferventes ; Tapin-chang, proche de Cha-tou, dont une partie des chrétiens émigrent pendant que ceux qui restent ne valent pas grand'chose ; Tie-tchang, You-mou-tong, éloigné de 80 li de Cha-tou et habité par quelques familles dispersées, venues du Yun-nan et duSu-tchuen, Gan-ti, Pa-la-tchang et Ta-kousin-tchang, qui ne possèdent que de rares catholiques de passage. En racontant ses travaux d^administration à son évoque, Bodinier laissait glisser sous sa plume une pensée de souvenir, toujours réconfortante, vers ceux qui l'avaient précédé- : « Jaime spécialement à visiter toutes les vieilles stations du Ou-kiang-ho ; quel plaisir surtout de les voir rajeunir, comme Kan-ki et Ta-ma-choui ! 11 y a là comme un parfum de souvenir de nos vieux du Kouy-tcheou ; les PP. Muller, Mihières, et Ms"" Faurie ont passé par là et les chrétiens s'en souviennent bien ; c'est sur le sable du Ou-kiang-ho, à Tapin-chang, que le P. Muller échangeait avec le P. Néel son couteau dont il souhaitait la transformation en un grand sabre, ce qui est arrivé'^ ».
L'année 1877 est bonne pour ce district naguère assez éprouvé, et Bodinier résume la situation en ces termes*: « Cette année le chiffre
»A. M.-E., vol. 548, p. 775, M. Bodinier à Mgr Lions, Pai-chan-keou, 26 juillet 1877.
2 A. M.-E., vol. 548, p. 1751. Id. 27 février 1879.
3 Pendant ce temps, J.-B. Aubry, alors jeune missionnaire, visitait les stations de Lo-mep-tchen, Siao— ho-keou, Yang-tsen-keou et Mou-lin. A Yang-tsen-keou, il reçoit 15 familles d'adorateurs ; à Ya-ki-keou, il trouve que tout va à merveille.
* A. M.-E., vol. 548, p. 1090. M. Bodinier à Me^ Lions, janvier 1878.
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TRAVAUX D EVANGELISATION
total des chrétiens du district atteint le chiffre inconnu jusqu'alors de treize cents (1309) avec un appoint de près d'un millier d'adorateurs (979). L^augmentation sur Pannée précédente est de 274 baptisés. Elle ne vient pas seulement des nouveaux baptêmes, qui vont cependant au chiffre de 178 adultes et enfants, mais elle résulte encore de nouvelles recrues chrétiennes du Su-tchuen et du Yun-nan, et aussi d'un bon nombre de retours d'apostats ou de négligents, dont les noms ne figuraient pas sur les listes précédentes.
« La ville de Tsen-y ne suit pas l'exemple des campagnes, et on n'y remarque pas jusqu'à ce jour de retour vers la foi. S'il se fait d'assez nombreuses adorations en ville, ce sont toujours des Sutchuenais. Le plus grand obstacle, je crois, à la conversion des gens de la ville, ce sont ces associations qui lient entre eux tous les individus d'un même métier, tous les membres d'une même famille ; or, toutes ces sociétés, depuis la persécution de 1869, portent pour clause la défense de se faire chrétien. » '
Les progrès dans l'organisation accompagnent l'augmentation du nombre des chrétiens et des néophytes, etBodinier l'expose dans cette page* : « La préfecture de Tsen-y se trouve divisée très régulièrement en quatre cercles qui portent le nom des 4 points cardinaux ; la ville se trouve à peu près au milieu. J'ai suivi aussi tout naturellement cette division pour Torganisation des districts et des catéchistes ; et mon plan, (que je tâche de remplir autant que possible) est d'avoir, dans chaque cercle au moins un prédicateur-catéchiste, une prédicatrice et une école. Je dis, au moins, car deux ou trois seraient bien mieux quand ils ne sont pas nécessaires. Ces prédicateurs-catéchistes sont chargés de l'instruction des chrétiens de leur cercle, du baptême des enfants, des cérémonies extérieures et des enterrements ; ils accompagnent le missionnaire qui fait la visite et le mettent au courant des affaires et des gens, du bien et du mal en chaque station.
(( Voici donc l'état actuel des choses en janvier 1879 :