TSEN-Y
station,
baptisés,
53 adorateurs.
Tong-hiang,
Sl-HIANG,
KlEN-SI,
Lan-hiang,
Pe-hiang,
stations,
baptisés,
Total
732 adorateurs.
Les relations du missionnaire avec les mandarins de Tsen-y sont excellentes. Toujours extrêmement poli, habile à manier la langue chinoise, très au courant des habitudes des lettrés, doux et prévenant, Bodinier ne perdait aucune occasion d'être agréable aux autorités. Grâce à cette diplomatie de bon aloi, les mandarins mal disposés ne faisaient pas acte d'hostilité, et ceux qui étaient favorables sentaient grandir leur sympathie. En 1877, le sous-préfet de Tsen-y, Tcheou, était, dit le missionnaire^ « le meilleur mandarin du Kouy-tcheou, son successseur, Teou, était meilleur encore. Le jour de son arrivée il m'a fait visite en grande tenue, il m'a même fait la prosternation ce qui est vraiment trop ; ce jour-là il n'a voulu rendre visite qu'à moi, au préfet et au général. »
Egalement en très bons rapports avec le préfet, qu'il appelle « son
^ A. M.-E., voL 548, p. 1920.
- A. M.-E., vol. 548, p. 1674. Lettre à M&r Lions, janvier 1879.
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TRATAUX D EVANGELTSATION
vieil ami », Bodinier en profite pour faire arrêter Lieou Han-tang, un ennemi des chrétiens toujours prêt à répandre contre eux des calomnies et à soulever la population. Ces relations avec les autorités finissent, semble-t-il, par influer sur l'esprit général- Les notables vont parfois faire une visite au missionnaire qui leur montre son église, son orphelinat de filles, sa pharmacie, et au premier jour de l'an, échange des cartes avec eux.
A la fin de 1882, la situation n'a pas changé et Bodinier la juge en ces termes, qu'il convient d^accepter pour vrais au moment oii ils sont écrits, mais qui ne doivent pas faire préjuger de l'avenir * :
Je ne vois pas dans mes quatre cercles de grand mouvement de conversions, je crois que pour Tsen-y le temps en est passé. Mais la grande majorité des stations s'augmente chaque année de nouveaux adorateurs, dont un bon nombre parviendront au baptême. Il me semble que la prédication de la religion chrétienne à Tsen-y, si elle a perdu en éclat et en retentissement a gagné en solidité; sans vouloir nier qu'il y ait toujours des haines et des obstacles, je crois que nous sommes mieux vus et mieux acceptés par l'opinion pubHque. Les gens influents, surtout les chefs de gardes nationales ou de marché, je l'ai constaté bien des fois par moi-même ou par les chrétiens, parient généralement bien de nous et ne nous voient pas chez eux avec déplaisir. »
Aussi lors qu'en 1878 il avait été question de changer Bodinier de poste et de lui confier la paroisse Saint-Louis à Kouy-yang, Bouchard, qui fut consulté, répondit "":
Je trouve qu'on ne gagnera pas en mettant Bodinier au Lan-tang. Mais à Tsen-y on y perdra une influence qu'il a acquise par 12 années de succès, c'est quelque chose qui ne se remplace pas du premier coup ; il faut le temps et l'expérience pour cela, et encore faut-il tomber juste sur celui qui peut le remplacer. Votre Grandeur se rappelle dans quel état était le district de Tsen-y quand Bodinier y fut envoyé. Quelle différence maintenant ! Comme le nombre des chrétiens a augmenté ! Et c'est surtout maintenant qu'il augmente vite chaque année. Rien qu'autour du marché de Long-pin. de mon temps, il n'y avait presque plus de chrétiens, maintenant il y en a 230 baptisés et un bon nombre de païens y embrassent le christianisme depuis quelque temps. On sera bientôt obligé déformer plusieurs districts autour de Tsen-y. Pour les rapports avec les missionnaires, la procure, la correspondance, etc., impossible de trouver dans un autre Père cette promptitude, cette charité toujours égale et active, malgré les ennuis qui peuvent surgir... Sa renommée au prétoire suffit pour arranger les aff"aires de tous ces pays, etc., etc. Toutes ces qualités sont nécessaires dans une partie si grande et si importante du Kouy-tcheou. Pensez-vous, Monseigneur, qu'autrefois M^'' Faurie, en nommant M. Mihières son provi-
^ A, M.-E., vol. 549, p. 462. Lettre à Ms'' Lions, 31 décembre 1882. 2 A. M.-E., vol. 548, p. 1367. Lettre à Me-- Lions, 6 juillet 1878.
TRAVAUX D EVAN6BLISATI0N
caire dans cette partie, n'avait pas trouvé que c'était nécessaire. Et bien, maintenant vu l'importance que prend de plus en plus cette partie du Vicariat, 'je trouve qu'il faut (faute de provicaire) un Père comme celui-là, qui soit tout à tous puisque tous les confrères de cette partie ont à faire à lui.
Le district de Su-yang fut, pendant quelque temps, confié à Viret. En 1873, d'anciens néophytes qui en 1869 étaient venus trouver Mercusot, et dont nous avons parlé, les Tchang, revinrent lui demander le baptême. Le vieux Tchang était suffisamment instruit, mais il fumait l'opium. Le missionnaire lui promit de le baptiser dès qu'il se serait corrigé, A partir de ce jour, le néophyte ne fuma plus ; bientôt il reçut le baptême.
« On ^ s'occupa aussitôt des autres adorateurs. M. Viret alla les visiter, afin de donner de l'élan à leur bonne volonté qui était manifeste. Du reste, maître Tchang, le nouveau- baptisé, menait hommes et femmes tambour battant, et sous sa direction ils étudiaient la doctrine avec ardeur. 11 y avait aussi dans le pays une vierge, nommée Marthe Ouang, qui ne craignait pas sa peine ; à tous elle eût voulu donner sa foi et sa piété, et en général ces chrétiens furent instruits et fervents. » Berthon remplaça Viret en 1873. 11 connaissait insuffisamment la langue et les coutumes chinoises, mais il était généreux ; il fit de larges aumônes qui amenèrent à son église de nouveaux adorateurs. En 1875, Pasquier, jeune missionnaire, vint occuper ce poste. Peu après, il y fut remplacé par Ronat auquel succéda, en 1877, Jouishomme qui devait y demeurer plus que tous ses prédécesseurs ensemble.
Il a laissé sur ce district des notes rédigées en assez mauvais français mais précieuses par les renseignements qu'elles donnent ^. 11 parle tantôt brièvement, tantôt longuement, des stations qu'il dirige : Ghe-long-men, « bonne chrétienté, est à peu près toute composée de fermiers de l'Eglise, une quarantaine de personnes » ; Pao-chang date de 1878, la première famille chrétienne se nommait Lieou, elle venait de Cha-tsen-pa; Ma-sang-kiao, fondée en 1879, se composa de quatre familles formant un total d'environ 40 personnes ; Yu-tsekong fut établie en 1880, d'abord avec la famille Sie, puis avec les Tai Hoa-tin et les Ghe Pan-ki. La môme année, fut définitivement fondé le poste de Tchen-gan tcheou par l'achat d'une maison pour le prix de 120 taëls. Quelque temps après, une autre maison fut achetée 300 taël s. Les catéchistes Ouang Fong-tin, Kiang et Ly s^y installèrent successivement et s'occupèrent de la pharmacie. En 1880
^ A. M.-E., vol. 549k, p. 80.
» A. M.-E., vol. 549^
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TKAVAUX D EVANGELISATION
également, fut établie la station de Oiiang-tsao dont voici l'origine ^ :
« La religion prit racine, grâce au chef des lettrés, Guie, qui sans être globule lui-même, a enseigné les lettres à presque tous les bacheliers du pays.
« Cet homme, assez pauvre parce qu'il était juste et n'augmentait pas son pécule au moyen des escroqueries habituelles aux lettrés, vivait à Sou-hio-tang, du revenu de quelques champs paternels.
(( Désireux de savoir à quoi s'en tenir sur la religion chrétienne, il voulut lire les livres de doctrine. Le P. Fourcy lui en donna quelques-uns qu'il trouva bons ; plus tard, il vint à Su-yang et s'informa avec soin de ce qu'étaient les chrétiens.
« Vers Tannée 1877, je passai à Ouang-tsao ; ce pays me plut, et je résolus d'y établir une station chrétienne qui relierait Tchouanlong-tcheng avec Kouan-koue-pa et Tchen-gan. Il fallait donc un prédicateur et un baptiseur ; il fallait une boutique de pharmacien.
« Les choses traînèrent un peu eu longueur ; enfin, en 1880, Tchen Kouan-yu-se rendit à Ouang-tsao, et d'après mes instructions, y loua la boutique du plus méchant païen de l'endroit. Ce païen avait besoin de sapèques, elles sapèques qu'on lui offrit apaisèrent sa haine, ce qui lui valut de s'entendre dire par les habitants du marché : « Toi qui voulais empêcher les chrétiens de s'établir ici, tu leur loues ta maison ; maintenant, nous autres, nous pouvons donc vendre aussi, à l'Eglise, ce qu'il nous plaira. » 11 ne trouva rien à leur répondre.
« Tout d'abord, les païens hésitèrent à porter leurs enfants ma-, lades à la pharmacie ; peu à peu ils y vinrent cependant, et bientôt elle fut trop petite.
« Ce fut une vieille femme, nommée Li, ancienne affiliée à la secte du Nénuphar blanc, qui demanda, la première, à se faire chrétienne. Plusieurs familles le demandèrent ensuite. Un jour, j'allai les visiter. Tout le marché était accouru, et sur ce marché, les gens sont particulièrement curieux. A la visite suivante, il y eut une dizaine de baptêmes. Tous les chrétiens savaient bien la doctrine, mais plusieurs d'entre eux ne purent être baptisés à cause de certains empêchements, parmi lesquels, en premier lieu, l'usage de Fopium. Déjà, d'autres familles parlaient de se faire chrétiennes ; l'Eglise était connue. Elle avait bien des ennemis, comme partout ; mais en somme tout allait bien. » Mieou-sin-chan est de 1881 avec la famille Tien, ainsi que Houang-yu-kiao avec la famille Tchen.
La fondation de Lo-tsen- date de 1882; Lieou, un Sutchuenais qui
^ A. M.-E., vol. 5491', p. 77.
2 A. M.-E., vol. 549'', p. 72.
TRAVAUX D EVANGELISATION
était fixé dans le pays, y avait acheté des champs ; ayant eu un procès à se sujets il embrassa le christianisme un peu dans l'espoir d'être soutenu par le missionnaire. « En attendant il apprit la doctrine et la foi vint. » To-pan-ki est de la môme époque ; son premier converti fut Sin Kio-tchai, un cultivateur, qui bientôt amena ses frères au catholicisme ^
En 1881, un jeune missionnaire, Terrât, fut chargé du district de Eul-lang-pa, que l'administration un peu négligente du prêtre chinois Tsiang avait laissé en souffrance. 11 réussit à se faire respecter des païens et aimer des chrétiens qui gardèrent de lui le meilleur souvenir.
Le district de Tong-tse était, par suite de la maladie de Mercusot, passé sous la direction de Viret ; il s'augmenta de quelques stations dans les environs de Song-kan, et de nouveaux postes dans les parages de Yao-tien et de Fang-gnieou-pin. En 1882, Ronat succéda à Viret et continua ses travaux.
Tels furent, dans leur ensemble, de 1872 à 1884, les labeurs des ouvriers du Kouy-tcheou et les progrès de lévangélisation directe. Nous ne les avons pas évidemment fait connaître tous ; ceux-là seuls nous sont parvenus qui ont été inscrits dans les lettres, les journaux, les comptes rendus ; d'autres ont été accomplis, qui demeurent oubliés ou inconnus des hommes, mais que Dieu récompensera ou auxquels il a déjà accordé le salaire mérité, le seul désiré par les apôtres. Pour travailler avec la prudence désirable, en rapport avec les circonstances, les missionnaires avaient eu les enseignements de Faurie, basés sur l'expérience d'une époque mouvementée ; ils eurent aussi ceux de Lions, dont nous nous plaisons à citer la page principale - :
Chaque année les chrétiens augmentent plus ou moins dans chaque district ; or, les missionnaires qu'on nous envoie n'augmentent pas à proportion. En plusieurs endroits, il faudrait diviser les districts. Malheureusement les nouveaux venus suffisent à peine pour remplir les vides faits dans les cadres par la maladie de quelques confrères qui ne peuvent plus tenir leur poste.
Je vous vois forcés, Messieurs, de mettre des bornes à votre zèle quant aux nouvelles adorations, puisque plusieurs d'entre vous ne peuvent déjà soigner suffisamment ce qui existe. Or vous savez que des néophytes négligés retombent bien facilement dans le paganisme ou au moins dans une indifférence peut-être pire encore. Cependant, il faut d'abord soigner les néophytes baptisés et les vieux chrétiens. Mais tâchez surtout de ne pas admettre à l'adoration des gens mal famés, c'est ce qui a gâté notre réputation et la gâte encore. Là-dessus, permettez-moi de vous rappeler ce qui vient d'être décidé au synode de Sou-y fou, conformément à
^ Cette chrétienté comptait 15 baptisés en 1886. > A. M.-E., vol. 5491, p. 755.
TRAVAUX D EVANGELISATION
certains décrets ou instructions de la Propagande, c'est-à-dire de ne jamais nous occuper au prétoire d'aucune affaire des néophytes, quand cette affaire ne regarde pas la religion, et quand on prétend qu'elle a rapport à la religion, il faut l'examiner avec soin avant de s'en occuper.
Puisque nous ne pouvons obtenir suffisamnjent de missionnaires pour diviser certains districts, que ceux qui sont chargés de ces districts, et les autres a fortiori tâchent de visiter au moins une fois l'an toutes les stations où il y a déjà des baptisés et d'envoyer les catéchistes enseigner et soigner les néophytes non encore baptisés.
Je sais par expérience qu'en un an on peut assez facilement visiter plus de mille baptisés, si l'on sait. ménager son temps et si l'on a la santé suffisante.
J'ai remarqué qu'en général au nouvel an chinois on s'habitue à prendre parfois d'assez longues vacances. Or je puis encore dire par expérience que c'est alors l'époque la plus favorable pour visiter ; il y a tout au plus quelques jours autour du nouvel an qui sont un peu moins commodes. Vous pouvez donc profiter de ces quelques jours pour vous voir ; mais tâchez de ne pas perdre trop de ce temps précieux pour la visite des chrétiens. Un missionnaire d'une santé et d'un zèle ordinaires, avec la circonscription des districts actuels, peut administrer de 1500 à 2000 néophytes en les visitant pour le moins une fois l'an ; donc au Kouy-tcheou le nombre des missionnaires est censé considérable vu le nombre de chrétiens.
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