‹ Histoire des missions de Chine [microform] (volume 2)Chapitre 9 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CONSTRUCTION D'ÉGLISES ET DE PRESRYTÈRES. ŒUVRES DE CHARITÉ ET D'ÉDUCATION. — VISITES ÉPISCOPALES.

Notre-Dame de Liesse. — Eglise de Gan-chouen. — Oratoires de Tsin-tchen, de Long-ka, de Lo-pie, de Hoang-tsao-pa — Construction et incendie de la cathédrale de Kouy-yang. — Résidence de Hin-y fou. — Eglise de Tsen-y. - - Petits oratoires.

Le complément des travaux d'évangélisation directe et, par certains côtés, la solidification des résultats résident dans l'organisation matérielle des paroisses, c'est-à-dire dans l'existence d'églises, d'oratoires, de presbytères, dans la possession de petites propriétés. Ces choses ont un double but : d'abord les églises et les oratoires prouvent l'importance que le catholicisme attache à honorer Dieu par des édifices convenables, ils excitent la piété des fidèles, la curiosité et parfois l'admiration des païens, pour lesquels ils sont une sorte de prédication ; ensuite les presbytères et les propriétés, si modestes qu'elles soient, affirment aux yeux des autorités et des populations la volonté que le catholicisme a de vivre, la liberté à laquelle il a droit et ils donnent au groupement des fidèles plus de cohésion et partant plus de force.

Nous allons indiquer chronologiquement, dans un tableau d'ensemble augmenté de quelques détails, les églises, les oratoires et les presbytères élevés à cette époque par le zèle des ouvriers apostoliques.

C'est d'abord la jolie chapelle de Notre-Dame de Liesse construite près de Kouy-yang, en face du séminaire de Lou-tsong-koan, sur le plateau des ciboules vertes. Un jour, en se promenant dans cet endroit,

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CONSTRUCTION D EGLISES

les missionnaires eurent la pensée d'y placer une statue de la Vierge ; mais on était en 1857, la guerre civile battait son plein, ravageant depuis plusieurs années la province entière ; placer cette statue en évidence était impossible. Ils choisirent une statuette haute de quelques centimètres, qui fut bénite, placée dans un bocal bouché à Témeri, puis cachée sur la montagne, dans une anfractuosité de rocher. « Dès lors, écrit Faurie, quand nous avions le cœur oppressé parle ravage des persécutions, le massacre de nos chrétiens, le bouleversement de nos belles et nombreuses stations, et que nous ne pouvions, malgré notre soumission à la volonté de Dieu^ nous empêcher de sentir notre cœur brisé, nous allions à Notre-Dame de Liesse et nous chantions les litanies en répétant trois fois Causa nostree lœtitiœ, et nous redescendions le cœur au large et le pied léger. »

« Dès le principe, ajoute Lions, on manifesta le désir d'élever un petit oratoire pour mieux honorer la sainte Vierge, mais la paix et les pièces blanches manquaient. Enfin, Faneau, avec sa pension annuelle, se chargea des frais ; on choisit pour construire une montagne voisine plus commode et plus agréable"; Ghemier fut nommé architecte et l'oratoire qu'on voit actuellement sur cette montagne fut bâti, il est peut-être bon d'ajouter, en Fhonneur du bienfaiteur, qu'outre les frais de bâtisse il voulut fonder une rente suffisante pour le gardien et l'entretien de l'oratoire. »

Mais bientôt les habitants de la capitale du Kouy-tcheou s'effrayèrent de ces murs inoffensifs qui s'édifiaient à plusieurs kilomètres de chez eux et y virent une menace pour leur ville. Ils prétendirent que l'évêque élevait un fort afin de le remplir de soldats français alors, affirmaient-ils, cachés au collège de Lou-tsong-koan, et qu'il les renforcerait de clirétiens chinois, payés au prix deitaëls par mois. « Les- mandarins envoyèrent secrètement des émissaires pour examiner les constructions de la chapelle, et s'assurer si réellement ce n'était pas une tour de guerre, comme on le disait. Ceuxci, qui n'avaient jamais rien vu de semblable en fait de construction, soit malice, soit ignorance, rapportèrent qu'ils ne savaient trop ce que c'était, que réellement on construisait un rempart autour ; qu'il y avait trois étages avec de grandes meurtrières, sans doute pour placer les canons, etc !... Les remparts, c'était une terrasse de 3 pieds de haut ; la tour, c'était la chapelle ; les étages, c'étaient les échafaudages ; les meurtrières, les fenêtres ogivales de la chapelle !... Ces faux bruits augmentèrent ; le premier étage était destiné à pro-

1 Le P. Alphonse Schotter construisit ensuite une petite chapelle dans l'endroit de l'ancien pèlerinage.

2 A. M.-E., vol. 5'i7, p. 455. Me^ Lions à M. Imbert 1872,

ET DE PRESBYTERES

léger ou à battre la capitale... le deuxième étage pour battre ou protéger Gan-chouen, à 2o lieues ; le troisième étage devait protéger Tsen-y et Hin-y, environ à 80 lieues !

« Gomme ces rumeurs auraient pu amener des malheurs, je crus devoir prendre quelques précautions. J'ai donc demandé au gouverneur de la province un édit contre ces mauvais bruits qui couraient sur nous. L'édit fut donné, mais il n'eut pas tout le succès désirable. Alors je pris le parti d'aller moi-même trouver le gouverneur et lui exposer nettement les choses, afin de prévenir les désastres possibles et de rétablir la tranquillité dans le public. Gar les païens, en plusieurs endroits, croyaient et disaient tout haut que les chrétiens se révolteraient bientôt! A certains endroits, comme à Tchen-lin,les païens commençaient à émigrer et à mettre leurs aiïaires en sûreté ! Le mandarin de Tchen-lin avait même fait fei-mer les portes de la ville le jour de l'Assomption ! D'un côté, il y avait réellement de quoi rire, mais d'un autre côté ce n'était pas du tout amusant ni pour nous, ni pour les païens. Je dis donc au gouverneur : « Vous n^ignorez pas les mauvais bruits qui courent dans toute la province, bien qu'ils soient ridicules et que les grands hommes n'y ajoutent pas foi, il est prudent et utile d'y porter remède, de crainte qu'on en vienne à des voies de fait sur quelques points de la province. Vous n'avez pas oublié la catastrophe de Tien-tsin ; des bruils semblables à ^ceux-ci l'ont précédée... » Cette citation des affaires de Tien-isin sembla lui faire impression...

« Veuillez donc envoyer le préfet et sous-préfet de la ville visiter officiellement la chapelle de Notre-Dame, afin de s'assurer par leurs yeux que c'est bien là une chapelle ^t non une forteresse. Veuille/ ensuite faire un édit pour toute la province, afin d'éclairer les esprits et faire tomber ces mauvais bruits, etc. »

« Il m'a tout accordé, et dès le surlendemain cinq mandarins montaient pour examiner la chapelle. Quelque temps après, un édit était publié en faveur de la religion, et peu à peu tout rentra dans le calme. »

La bénédiction de la chapelle de Notre-Dame de Liesse fut faite par Lions, le 18 septembre 187i'. « La cérémonie- avait attiré

' L'ancien provicaire de la mission du Kouy-teheou, Mihièrcs, qui devint supérieur de la mission du Kouang-si, se trouvait eu 1869 à la bénédiction de la chapelle bâtie à Sancian par M^r Guillemin. [1 voulut q,ue le Kouy-tcheou eût un souvenir de la fête ; « pour cela, dit-il" dans une lettre du 8 mai, j'ai pris la pierre sacrée qui a servi à la célébration de la première messe dite sur le tombeau du

saint. Cette pierre sacrée est destinée à la chapelle de Notre-Dame de Liesse. Je

l'ai confiée à M. Moineaux, nouveau confrère, qui doit se rendre au Kouy-tcheou. » Voir Appendice, Planche VII, la gravure représentant la chapelle de Notre-Dame de Liesse.

2 M. C. an. 1880, p. 36.

KOUY-TCHEOU S

CONSTRUCTION d'ÉGLISES

tous les missionnaires des stations voisines de la capitale et même quelques-uns des districts plus éloignés. Depuis longtemps, les élèves des grand et petit séminaires, dont les bâtiments s'étendent au pied de la montagne, avaient préparé dos banderoUes et des oriflammes, et c'était un gracieux coup d'œil de voir flotter ces drapeaux. Les chrétiens de la ville de Kouy-yang et des campagnes environnantes étaient venus en grand nombre assister à cette fête. La procession solennelle, partie du séminaire, se déroula majestueusement sur les flancs de la montagne, en chantant les litanies de la sainte Vierge. » Depuis lors, les pèlerinages y sont devenus plus éclatants qu^autrefois ; on y fait des processions, particulièrement à la fête de la Nativité de la sainte Vierge, choisie pour fête patronale ; les chrétiens de Kouy-yang sV rendent nombreux, la grand'messe y est solennellement chantée. A l'époque de leur retraite annuelle, les missionnaires s'y réunissent et les cérémonies y sont encore plus belles* qu'à la Nativité.

' Un missionnaire du Koay-tcheou, de Liesse le cantique suivant :

A. ^.-D. DE LIESSE Air : N.-D. de Bon Secours.

Patronne du Missionnaire, Voyez aujourd'hui près de vous, Voyez à vos pieds, bonne Mère, Vos enfants du Kouy-tcheou

Refraia- ■

Pour nous garder de la tristesse, Vierge, à vous nous avons recours, O Notre-Dame de Liesse, Notre joie et notre secours.

Quand nos aînés vinrent de France Prêcher la foi dans ce pays, Pour vous prier dans la souffrance Ces monts par eux furent choisis.

Et cette chapelle bénie Noblement s'élève aujourd'hui Au lieu que Monseigneur Faurie Jadis lui-même avait choisi.

O Notre-Dame de Liesse, Vous dont le nom suave et doux

Boiliuier, composa en l'honneur de IS'.-D.

Eu nos cœurs répand l'allégresse, Vierge Marie, priez pour nous.

Nous vous prions pour cette Chine, Si rebelle au nom de Jésus ; Que votre œil vers elle s'incline, Et les démons seront vaincus.

Et dans cette Cliine si chère, Vierge, nous vous prions surtout De bénir cette pauvre terre, Notre pays du Kouy-tcheou.

Voyez d'ici la grande ville Dont les murs s'étendent là-bas ; Faites que le saint Evangile Sur l'erreur y prenne le pas.

Oh! bénissez le Séminaire, Berceau des prêtres de Jésus, Et sous votre ombre tutélaire Faitcs-y fleurir les vertus.

Nous vous prions, ô tendre Mère, Pour notre Evêque bien-aimé ; Nous prions pour chaque Confrère ; Conservez*nous zèle et gaîté.

ET DE PRESBYTERES

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A la môme époque, Faneau répare l'oratoire de Long-li, aménage la résidence et achète une maison qui deviendra le presbytère.

Nous avons vu précédemment Vielmon et Lamy demander avec instance des secours à Faurie pour construire une église ù Ganchouen. L'évéque n'ayant pu leur on accorder, la construction de l'édifice dut être remise à plus lard. Enfin les travaux commencèrent au mois d'octobre 1872. L'édifice eut oO pieds de long sur 30 de large ; le chu^ur était surniontt; d'un clocher cliinois à trois étages ; le prix total s'éleva à Ki.OOO francs ; et le missionnaire y célébra la messe pour la première lois le jour de la F'entecôte 1873. « Je voyais enfin la croix dominer la ville, écrit-il \ et je la priais d'étendre sa vertu souveraine sur les pauvres païens en abolissant leurs idoles. Je choisis les saints Anges gardiens pour patrons, je leur devais une reconnaissance infinie pour la protection dont ils m'avaient couvert en maintes circonstances. » La bénédiction fut faite par Lions le 15 novembre 1873; musique, drapeaux, pétards, chrétiens de la ville et des environs, païens nombreux, donnèrent à la cérémonie tout le relief désirable ; de là l'évéque alla bénir l'oratoire de Chouitang-tchai. Malheureusement, au mois d'août 1874, la foudre détruisit le clocher de l'église de (lan-chouen et brisa la croix, ce qui fit dire aux païens que les dieux protecteurs de la ville se vengeaient des chrétiens.

Esslinger construit un presbytère à Si-teou-gai, un oratoire à Tsintchen. Cet oratoire, béni au mois d'août 1873, est situé dans la nouvelle ville dont il est le plus bel édifice. Les fondements sont en pierres de taille, le reste en briques et en tuiles ; il est de style moitié gothique, moitié chinois, et ne manque pas d'une certaine élégance.

En 1873, Thieulant commence l'oratoire de Long-kia, que Roux achèvera. Cette construction toute en pierres coûta cher et ne servit presque à rien. Mais alors on espérait l'accroissement de la station qui, au contraire, diminua rapidement. ^< C'est une preuve de plus, écrit le missionnaire^ que dans les nouveaux postes, il ne faut pas se hâter de construire des oratoires, surtout des oratoires de prix. »

En 1873 encore, un petit oratoire fut élevé à Xgai-kio-tchai, dans un terrain donné par une veuve âgée qui s'était convertie à son lit de mort; peu après, un autre à Lo-pie, qui fut dédié à saint Vincent, patron du missionnaire-. Roux, qui l'avait élevé. Le travail ne se fit ni sans peines, ni sans soucis ; pendant la construction, une partie des maté-

A. M.-E., vol. 659' p. 459, et suiv. Notes sur Gan-chouen. 2 A. M.-E., vol. 5i9', p. 572, etc., M. Roux donne le détail des achats faits à Lo-pie. Une partie de ces achats fut faite avec l''argent offert au missionnaire par l'anglais Mesnil.

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CONSTRUCTION D EGLISES

riaux fut volé, il fallut les remplacer et il fut impossible d'en trouver d'aussi bonne qualité. Le même missionnaire termina l'oratoire de Tchcn-lin, qui fut béni par Lions et dédié à saint François-Xavier ; deux ans plus tard, il acheta un cimetière qui coûta 40 taëls, dont 27 furent versés par les chrétiens.

En 1873 également, Chouzy acheta à Ta-chan un terrain de 140 pieds de long sur 80 de large ; il y construisit un oratoire et un presbytère, et Tannée suivante il fit un nouveau cimetière.

Après avoir, comme nous l'avons raconte, obtenu avec beaucoup de peine une propriété à Iloang-tsao-pa, Chouzy commença la construction d'un oratoire et d'un presbytère. « Tout-à-coup^, pendant les travaux, écrit-il \ et sans qu'on puisse remonter à la source d'une manière certaine, les bruits les plus ridicules comme les plus infâmes circulent contre nous et volent (\e bouche en bouche : nous arrachons les yeux des enfants pour les vendre en Europe, afin d'augmenter la force de la vue de nos compatriotes, qui acquièrent ainsi la faculté de scruter les profondeurs de la terre ; nous tordons le cou des moribonds pour les achever avant leur décès naturel ; chaque fois qu^'il se fait un mariage de chrétiens, le prêtre passe les deux premières nuits avec la jeune femme, etc ; ce sont les missionnaires qui ont procuré la mort de l'empereur pour s'emparer de la Chine ; et d'autres extravagances de ce genre. On ne me laisse bâtir une maison, assure-t-on, qu'afin de la détruire ou delà brûler avec plus de fracas lorsque tant sera terminé ; tel est, ajoute-t-on, le projet des lettrés. Ces calomnies semblent venir des notables, peut-être même du mandarin Tchen, de Hin-y fou, qui voudraient se venger de n'avoir pas réussi à empêcher nos constructions dans cette dernière ville ; il est certain que les bruits sont plus intenses et plus violents sur la route qui vient de la préfecture ici et que le peuple les attribue au préfet lui-même. J'ai fait coffrer une des mauvaises langues prise en llagrant délit et demandé au sous-préfet une affiche qu'il vient de placarder. Il serait néanmoins fort utile, Monseigneur, d'obtenir à la capitale un ordre pour mieux rétablir la paix, et surtout pour imposer silence aux lettrés, qui ne cessent de me jeter des bâtons dans les roues et de me susciter des difficultés, sans doute pour se venger d'avoir été obligés de nous céder un petit morceau de terrain dans la ville. »

L'évêque fit ce que le missionnaire désirait et, sur un ordre des autorités de Kouy-yang, les oppositions cessèrent. Malheureusement, Chouzy ayant été forcé de s'absenter, la construction fut faite tout autrement que le plan n'en avait été tracé ; les matériaux employés

i A. M.-E., vol. 548, p. 43. LeUre â Msf Lions, 10 avril 1875.

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ET DE PRESBYTERES

furent de mauvaise qualité, il fallut en recommencer une partie. Enfin au mois de mai 1875, Ghouzy put aller habiter dans cette nouvelle demeure qui coûta 500 tacls ; pour l'église, finie un peu plus tard, Ghouzy dépensa près de 800 taëls'.

« La bénédiction de la chapelle a eu lieu le jour de IWssomption 1877, en présence des missionnaires du Kouang-si, réunis à Hoangtsao-pa, pour conférer des affaires de la mission, et au milieu de deux cents chrétiens et de plusieurs milliers de païens.

« Toute la journée du 15 août et le lendemain, les canonniers du mandarinat, que m'avait envoyés le sous-préfet, ont tiré des coups de canon en l'honneur de l'inauguration dû sanctuaire du vrai Dieu. D'innombrables pétards, fournis parles chrétiens, par des riches marchands païens delà ville, par des notables et des gens du mandarinat civil, ont aussi réjoui les airs de leurs détonations. Vers midi, tous les mandarins, à l'exception d'un seul, et les principaux notables, sont venus, en grande cérémonie, me féliciter. Sincères ou non, ces démonstrations, ainsi que les cadeaux apportés la veille, au son de la musique, de la part des chrétiens, des riches marchands et des gens du prétoire ont produit sur la foule un excellent effet. Le jour de la fête, les chrétiens seuls prirent part au repas préparé à cette occasion. Le lendemain, ce furent les ouvriers et ceux qui m'avaient offert des cadeaux.

« Gomme réponse aux accusations calomnieuses qu'on avait répandues, cet hiver, contre les chrétiens, j'avais fait placer sous le porche, sur une table ornée et entre deux bouquets de fleurs, une planche recouverte de papier jaune sur lequel étaient écrits en beaux caractères ces mots : « Vive l'empereur ! » De chaque côte étaient

1 A. M.-E., vol. 548, p. 28. M. Ghouzy à M»'- Lions 2 février 187:3.

Voici quelques [détails donnés sur l'édifice par le missionnaire : « Un mur de 3 pieds de hauteur, en pierres de granit taillées, forme la base de l'église. Sur la façade, les deux piliers de côté sont en granit de forme carrée ; les deux colonnes du milieu sont en pierre tendre et do forme ronde. Les trois cintres des portes sont en granit. Il y a de plus quatorze piédestaux en pierres taillées pour les quatorze colonnes qui soutiennent l'édifice. Ces ouvrages ont coûté beaucoup plus que je ne présumais. Mais ils étaient nécessaires pour la solidité et pour la beauté du sanctuaire. » {A. P. F. vol. 50, p. 133. M. Ghouzy à Me'' Lions).

« La disposition du terra'in, qui sur l'arrière de l'emplacement formait un bas-fond de 8 ou 10 pieds de profondeur, a nécessité des frais énormes de fondations et de remblais ; ce sera l'affaire d'une centaine de taëls enfouis dans le sol. La cherté des briques simplement séchées qu'on enduira de chaux est excessive ; s'il s'agissait de bâtir tout en pierres, il faudrait une somme épouvantable. Les tuiles sont à 55 ligatures les dix mille, et quelles tuiles ! de plus, les sapèques n'ayant jamais le nombre voulu, on perd dans le change, généralement 1 taël et demi sur 25 taëls. » (A. M.-E. vol. 548, p. 51. Lettre à Mgr Lions, 10 avril 1875).

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CONSTRUCTION D EGLISES

les affiches du gouverneur de la province, du mandarin de la ville, et un abrégé de la doctrine catholique'. «

En 1874, on commença la cathédrale de Kouy-yang ; l'église que l'on décorait du nom de cathédrale était toujours celle qu'avait élevée Albrand sur les raines de la maison du martyr Joachim Ho. Elle était devenue trop petite pour une paroisse de 2000 chrétiens ; aussi, le dimanche, beaucoup de fidèles ne pouvaient entendre la messe. Enfin, on se décida à en construire une autre sous la direction de Billouez; elle était presque achevée quand, le 2 décembre 1873, un incendie -, allumé, dit-on, j)ar la raalveilhince, la consuma en moins d'une heure. « Deux miUe chrétiens, écrit Lions ', ne pouvaient rester sans église, aussi malgré notre détresse, il a fallu remettre la main à l'œuvre, et les chrétiens aidant au-delà de leurs forces, l'église Saint-Joseph est maintenant debout, inachevée, il est vrai, mais en état de recevoir les lidèles pour les prières. Le reste des travaux est ajourné indéfiniment. Plus de la moitié de Tallocation de cette année 1876 y a passé ; « mille taëls pourraient suffire pour achever cette petite cathédrale qui mesure à peine 120 pieds de long y compris la sacristie;, sur laquelle un élégant clocher chinois est bâti en bois. Malgré sa modestie, cette ('glise est un petit monument pour ces pays". » Elle fut bénite en 187() et conserva le vocable de l'ancienne église, Saint-Joseph".

En 1874 encore, à Tsen-y, où Bouchard, grâce aune partie de l'indemnité payée pour les pillages de 18()9, avait acheté la maison Lin, proche de la propriété de la mission, Bodinier commence une église « qui. espère-t-il, favorisera le retour des demi-apostats et ranimera le faible courage des néophytes. Mécontente de voir se relever l'oratoire détruit quelques années auparavant, la populace excitée par quelques notables voulut renverser la nouvelle construction. « Déjà elle s'était portée sur les lieux pour mettre à exécution son projet;, lorsque les mandarins civils et militaires, avertis à propos, arrivèrent avec soldats et satellites ; la foule et les meneurs furent bientôt dispersés. Depuis lors les travaux ont continué en paix ; et, à l'érection de la charpente de l'église, les mandarins et les notables de la ville ont envoyé des présents pour le repas et la fête qui, selon

' A. P. F. vol. 50^ p. 134. Lettre de Chouzy à Lions citée par ce dernier, 2 août 1778.

- I\L Guichard était dans le clocher, il n'échappa aux flammes qu'en se précipitant d'une fenêtre très haute. Heureusement il n'eut d'autre mal que sa barbe brûlée.

3 A. M.-E., vol. 548, p. 249. Mgr Lions au Séminaire, 20 février 1876.

* Plus tard, on ht des décorations intérieures qui coûtèrent environ 8000 francs. Le chemin de croix y fut placé en 1882.

^ Voir la gravure à l'Appendice, planche VIIL

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ET DE PRESBYTERES

Tusage chinois, ont eu lieu en cette circonstance. Dans quelques mois, tout sera fini K »

Cette espérance ne se réalisa pas. Avant d'être achevée, l'église s'écroula, il fallut la reconstruire. Cette fois, les travaux furent faits plus solidement ; et Largeteau. au nom du Vicaire apostolique, bénit le 15 août 1876, le monument dédié à la sainte Vierge, sous le vocable de l'Assomption.

Près de l'église, s'éleva un presbytère construit en môme temps.

En 1875, à Tchen-fong, Renault acheta une maison qui servit de presbytère ; à Hin-y fou, il construisit la résidence-, non sans avoir à lutter contre les notables qui répandaient sur lui les bruits les plus malveillants, mais qu'un ordre de Kouy-yang fit cesser. Cependant, il eut de la peine à venir à bout de son entreprise ; une dizaine de fois on lui vola des matériaux ; pendant plusieurs mois, lui et son domestique veillèrent une partie des nuits. Enfin, le 23 avril 1875, le missionnaire put écrire avec satisfaction ^ : « Mamaison est debout. Le mur d'enceinte a 8 pieds de haut du côté du prétoire. A l'ouest, du côté des jardins, il a 1 1 pieds tout en grosses pierres. Le terrain a 70 pieds de large sur 222 de long, sans compter la place sur le devant qui nous appartient. Le mur d'enceinte me revient à 100 taëls : ce qui me ruine c'est le transport des pierres et du bois. »

Renault fit la bénédiction du nouvel oratoire le jour de Noël 1875, en compagnie de Rirbes*; missionnaire du Yun-nan°.

Aubry® augmenta ou recommença dès 1880 quelques-unes des

t A. P. F., vol. 47, p. 35. Lettre de Me>' Lions.

- Renault fut obligé de faire valoir les droits de la mission sur la propriété de Hin-y fou. Bazin et Chouzy s'en étaient occupés, mais avaient cru, pour le bien de la paix, devoir céder des maisons précédemment données. Renault réussit à se les faire rendre. [A. M. £., vol. 549', p. 35. Dissertation de Aubry sur ce sujet).

•'' A. M.-E.; vol. 548, p. 53. Lettre à M^-- Lions.

* Le plan de celte construction se trouve A. M.-E., vol. 548, p. 58.

* Jean-Marie-Joseph Birbes, né à Laurabue (Aude) le 21 décembre 1841, prêtre le 12 mai 1867, parti le 3 août 1869 pont- le Yun-nan, mort le l^^ septembre 1892 à Siao-pou-tse (Yun-nan).

* Au moment ou M. Aubry arriva à Hin-y fou, il fit ce relevé des propriétés de la mission :

« La propriété de l'Eglise ici se compose de ce qui suit : 1° l'emplacement de l'église assez grand mais encore incomplet, car il reste un coin en bas auprès de la pharmacie à acheter pour bâtir plus tard l'orphelinat des filles ; 2° une maison sise derrière la mienne, de l'autre côté de la rue et actuellement louée cinq ligatures à des païens ; 3° un terrain sec situé près du Lao-kin-tang de Kin-kia- Ichong et provenant de chrétiens morts sans héritier : il est loué à des païens pour cinq mesures de riz par an; 4" un autre terrain de même provenance situé un peu plus loin, à Ya-keou-miao, et qui est loué...; 5" une ferme de cent cinquante taëls de terrain située à La-gao, au Pe-hiang, laquelle provient d'une famille

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CONSTRUCTION D EGLISES

constructions faites par Renault, tout en rêvant des développements pour Favcnir * :

« J'ai achevé hier la construction du grand mur derrière l'église et la future maison des filles et la reconstruction du mur qui sépare le jardin et la maison d'en haut de celle d'en bas. Voici mon plan et mes raisons. L'emplacement d'en haut avec celui d'en bas sont une agglomération de maisons anciennes, pleines de murs, de cours, de fondations de constructions, de pierres entassées partout, d'étables à porcs, etc. ; tout cela n'a jamais été défoncé ni raccordé. La maison de Hin-y fou, comme toutes nos maisons devra toujours être divisée en deux à peu près d'égale grandeur, ou môme celle du haut, destinée au Père et aux hommes, devra être plus grande. En transportant le mur de séparation des deux maisons, un peu plus bas qu'il n'était, j'agrandis la maison d'en haut et je donne de la place pour les hommes et la future église. C'est un gros travail, mais il n'est pas inutile tant s'en faut. Ce mur^ qu'aujourd'hui je fais incomplet, sera complété plus tard. »

En 1876, Lamy installa une résidence àGan-pin, acheva l'oratoire de Sin-tchai commencé par Jouishomme, et qui, hélas ! ne devait pa^ servir longtemps par suite de l'apostasie des chrétiens. L'année suivante, le même missionnaire éleva un oratoire à Kan-pa à la suite d'un fait, que lui-même raconte en ces termes : « A un moment les rumeurs furent très fortes contre les chrétiens. Un jour de marché, à Sin-tchai les principaux de Fendroit firent publier, au son du tamtam, qu'on allait exterminer les chrétiens. Quelques fidèles de Kanpa avec d'autres de Lao-sing-po qui se trouvaient au marché, furent battus. Je portai plainte au mandarin qui envoya des satellites et punit les coupables de 50 taëls^ mais je n'en touchai que 30, le reste demeura au prétoire. C'est avec cet argent que j'achetai pour 12 taëls la carcasse d'une maison qui se trouvait dans le village et que l'oratoire actuel fut bâti. Les chrétiens donnèrenF" quelque chose. Je préférai employer cet argent ainsi, afin que tout le monde en vit bien la destination. »

Heou chrétienne, entièrement éteinte ; cette ferme avait été détenue depuis la mort des Heou par le teou-jeii du lieu, M. Renault l'a recouvrée en 1878 ; je viens de la louer pour la première fois à raison de... de rendement annuel mais il y aura lieu de l'augmenter. »(A. M.-E., \ol. 549', p. 728.)

1 A. M.-E., vol. 5491, p. 829.

Aubry acheta une maison à Ilin-y fou. Mais, sur les instances que le préfet fît après la mort du missionnaire, Roux et Michel, en vue de la paix et aussi parce que les titres du vendeur étaient douteux, le terrain ayant été 12 ans auparavant donné au Kong-chan, rendirent cette maison, et on remboursa le prix payé par Aubry.

ŒUVRES DE CHARITE

En 1879, furent construits le presbytère de Tin-fan, les oratoires de Kouan-koue-pa, de Poii-lao-tchang; en«1880, l'oratoire de Mao-leao et le presbytère de Hia-eul-lang-pa, situé dans un site ravissant, bien bâti, agréable sous tous les rapports. » Les résidences de Jen-hoai tin dans le nord, de Tou-yun vers le sud-est, la petite chapelle de Mao-keou, datent de 1882, et l'oratoire de Kouy-hoa' fut élevé presque entièrement aux frais des chrétiens, en 1884 et I880-.

Orphelinat de Gan-chouen, de Tchen-lin, de Hoang-tsao-pa — Orphelinat de Tongtse — Inondation dans cette ville. — Orphelinat des filles transféré à Tsen-y.

L'œuvre de la Sainte-Enfance, si florissante au Kouy-lcheou et principalement à Kouy-yang pendant l'épiscopat de Faurie , se développa régulièrement dans les principales villes de la province durant l'administration de son successeur.

Kouy-yang eut dans les paroisses Saint-Joseph et Saint-Louis, ses orphelinats toujours remplis et bien dirigés par les Vierges chrétiennes \ Nous sommes moins renseigné sur eux que sur les autres, parce que les missionnaires qui en sont chargés, étant proches du Vicaire apostolique, l'entretiennent de vive voix et ne lui écrivent pas. Or, de leurs conversations, les comptes rendus gardent peu de traces, tandis que les lettres, adressées à l'évêque par les prêtres répandus dans la province, nous conservent les détails historiques de leurs œuvres.

Les orphelinats de Gan-chouen comptèrent, en 1872, jusqu'à 21)0 enfants: 160 filles et 90 garçons. Quand ces derniers étaient âgés d'environ 12 à 13 ans, le missionnaire les mettait en apprentissage ; peu à peu, il s'aperçut que les maîtres chez lesquels il les plaçait n'en prenaient qu'un st)in médiocre, et il essaya dès lors de les faire adopter par les familles chrétiennes, mais là il se heurta à un autre inconvénient : ces familles n'étaient pas assez nombreuses.

Les orphelinats étaient en pleine prospérité, lorsqu'en 1876, le dimanche 9 janvier, un incendie allumé par l'imprudence d'un enfant éclata dans la maison des garçons. « Au premier signal.

' Dédié à saint Paul, patron du mandarin chrétien qui avait donné le terrain.

- M, Chasseur acheta en 1879 une maison à Ou-tchoan et, en 1880, M. Tsiang une propriété à Mei-tchou-tsin (^. M.-E., vol. 548, p. 2189. Lettre de Bodinier à Mgr Lion, 22 juillet 1880).

■* L'orphelinat Saint-Etienne n'existait plus.

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CKUVRES DE CHARITÉ

écrit Lamy ', les chrétiens^ réunis en assez grand nombre, volent sur les toits, enlèvent les tuiles ; les uns pénètrent dans la maison, jettent dehors bancs et tables, d'autres montent dans les greniers et jettent par les fenêtres lits et couvertures ; pendant ce temps les plus intrépides se portent au centre de l'incendie et à force de travail finissent par faire effondrer la maison sur elle-même. Tout le monde, y compris les enfants, se montra plein de bonne volonté, les catéchistes remplirent merveilleusement leur devoir, c'est grâce à tout cela que Ton parvint à éteindre le foyer de l'incendie et à se rendre maître du feu sur tous les points-. »

Peu à peu, à mesure que disparut la misère causée parla rébellion, le nombre des enfants recueillis dans les orphelinats de Gan-chouen diminua : en 1877 il fut de 180, en 1878 de 170, en 1879 de 150, en 1880 de 140. A cette cessation de la misère, Lamy, ajoutait en 1882 une autre raison^ : « Les filles deviennent rares et par là même chères ; elles trouvent facilement des acheteurs ou d'autres personnes qui les recueillent pour en faire leurs brus plus tard. »

Dans le compte rendu de 1883-1884 rédigé par Lamy, nous trouvons des faits médiocrement édifiants, mais qui précisent la physionomie des orphelinats, c'est pourquoi nous les citons* :

« De temps en temps il est arrivé que quelques enfants se sont échappés de l'orphelinat, ou parce qu^ils avaient été réprimandés, ou simplement parce qu'ils désiraient jouir de la liberté. Au bout de quelques mois, d'un an et même plus, on a retrouvé ces enfants, on les a exhortés à revenir, ou eux-mêmes ont demandé à rentrer, le bien de leur âme me les a fait admettre de nouveau ; mais chaque fois j'ai eu lieu de m'en repentir. Ainsi Toan Lao-iao , déjà

^ A. M.-E. vol. 548, p. 231. Lettre à Mgr Lions, 13 janvier 1876.

- « C'est l'imprudence d'un élève, frère du Lao-tong qui tHudia le latin chez le P. Chemier qui fut cause de cet incendie ; il s'était emparé d'un réchaud, avait volé au catéchiste du charbon ponr le remplir et pendant ce temps, la prière ayant sonné, il alla le cacher sous le lit du catéchiste, afin de ne pas être découvert et réprimandé. Ce charbon ayant pris feu, communiqua le feu à la paillasse, aux rideaux, aux couvertures, etc. C'est un chrétien qui en passant par la cour aperçut la flamme qui sortait de la chambre du catéchiste et cria : au feu.

(( Si malheureusement cet accident fût arrivé un antre jour que le dimanche, tout l'orphelinat, y compris le grenier, y passait. Aucun missionnaire n'était à la maison ; le P. Jouishomme était parti en visite et moi j'étais dans les parages de Kin-pin. On m'expédia un courrier en toute hâte pour me prier de venir rétablir l'ordre et prendre les mesures nécessaires. Je quittai donc ma visite et revins en toute hâte pour consoler mon petit monde qui était encore sous le coup de la peur. Les pertes s élèvent environ à 200 taëls, mais j'espère que pour 100 taëls, je pourrai réparer le strict nécessaire. » (A. M.-E., vol, 548, p. 233. M. Lamy àMg"- Lions, 13 janv.1876).

» A. M.-E., vol. 5491, p. 503.

* A. M.-E., vol. 549», p. 512.

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ET D EDUCATION

grand, volait le riz qu'il allait vendre, il a été surpris en flagrant délit.

« Tchang Tchang-gan a pris les clefs de ma chambre déposées chez le P. Ouang et m'a volé une peau de panthère et un vêtement. Lo Lao-sc», enfant miao-tse, des parages de Kouy-hoa, autrefois domestique du P.Ouangqu'il abandonnadansunvoyage,misensuiteen apprentissage, ne persévéra point ; il me demanda à rentrer pour étudier et aller plus tard enseigner ses compatriotes, j'y consentis ; il me vola. Ko Lao-ou fut mis plusieurs fois en apprentissage, mais il ne put rien apprendre soit à cause de son manque d'aptitude, soit à cause de son peu d'application ; comme il avait des dispositions pour rétude, il me demanda à revenir, il me v^ola. »

En 1876, Roux commença un orphelinat à Tchen-lin. 11 recueillit d'abord cinq petites filles, puis sept garçons de 9 à 10 ans ; ce nombre, faute de ressources, n'augmenta pas rapidement; en 1883, nous no trouvons encore que quinze enfants dans les deux orphelinats. Le missionnaire avait eu l'intention de fonder un orphelinat agricole, mais, en présence des difficultés de l'entreprise et du peu de chances de succès qu'elle présentait, il y renonça.

Renault faisait la même chose à Hin-y fou en 1876 ; et quand son successeur Aubry arriva en 1878, il trouva 12 filles et 6 garçons. Peu à peu, un mouvement ascensionnel se dessina : en 1879, les 2 orphelinats de Hin-y fou comptent, outre le personnel, 26 membres ; en 1880 : 4S ; en 1881 : 99 ; en 1882 : 99 ; en 1883 : 9i (diminution tenant à l'établissement des écoles de Tse-hen) ; en 1884 : 129 dont 74 garçons , outre 4 étudiants pour devenir maîtres d'écoles, et 35 filles ; en 1883 : 137 ; en 1886 : 119.

En 1877, Chouzy construit à Hoang-tsao-pa un orphelinat qui, l'année suivante, comptait 12 enfants, et 17 en 1879.

Viret, chargé de la paroisse de Tong-tse en 1873, se vit entouré d'une population exubérante d'enfants, augmentée encore par ceux des nombreux émigrants des provinces voisines, particulièrement du Su-tchuen, qui venaient au Kouy-tcheou chercher la vie à meilleur marché. Sur sa demande. Lions lui permit de recueillir d'abord quelques enfants, ceux qui se présentaient d'eux-mêmes, il en vint plus qu'on n'en pouvait nourrir ; bientôt, suivit l'autorisation d'ouvrir un orphelinat. Les enfants arrivèrent en foule. Pour les loger, le missionnaire construisit deux établissements, l'un de garçons et l'autre de filles. Il s'en occupa avec l'esprit de suite et d'habileté qui distinguait tous ses actes.

En 1876, il avait recueilli 60 enfants ; en 1877, ce chiffre dépassait 70 et encore plusieurs avaient-ils été dirigés sur Tsen-y. L'orphelinat des filles était, à cette époque, tenu par la vierge Monique Ouang

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ŒUVRES DE CUARITE

« qui aime l'ordre et la propreté. » En 1878, Bodinier écrivait^ : « L'orphelinat du P. Viret prend un accroissement que nous osions à peine espérer ; à l'heure qu'il est, il comprend 1 15 enfants : 53 garçons et 62 filles. Encore on ne prend quasi que ce qui s'offre de lui-même et ne coûte rien ou presque rien d'achat ; si on voulait donner une ligature ou même 600 sapèqucs pour acheter des enfants, on en trouverait quelques centaines en peu de mois. »

Au mois de juillet de cette année, une très forte inondation ravagea les campagnes des environs de Tong-tse et atteignit la ville ellemême. « Le 14 juillet, au soir, l'eau débordait déjà sous les remparts de la ville, raconte le missionnaire^ ; le 15, au matin, elle couvrait le pont, et après le déjeuner, elle se précipitait dans la ville par la porte du Lan-men avec une violence et un bruit qui tenaient d'un torrent : on avait même pas pu y lancer les barques. Vers midi, l'eau couvrant une bonne partie de la ville, les mandarins vinrent en grande cérémonie lui faire trois prosternations, et brûler du papier monnaie ; mais l'eau qui peut éteindre le feu, ne se laissa pas fléchir et monta toujours rapidement. A minuit les rues étaient complètement inondées et la jonction au point culminant de la ville était un fait accompli. » Le 16 au matin, l'orphelinat, le presbytère et l'église étaient inondés. Le missionnaire fit venir une barque qui arriva pardessus les remparts et il embarqua 45 filles qui furent transportées chez les chrétiens des environs.

Le 17 à midi, trois autres barques emportèrent à Tien-kiao et à To-mou-tin presque tous les enfants qui restaient encore à l'orphelinat avec leurs maîtres. Il n'y eut plus dans l'établissement que les vierges et quelques grandes pensionnaires qui partirent le 18, lorsque l'eau atteignait le niveau des fenêtres de l'église. Les réparations qui furent longues coûtèrent 200 taëls. Pendant qu'elles durèrent, une partie des filles réfugiées d'abord à Tien-kiao furent conduites à Tsen-y.

Ce malheur coïncida avec la double résolution prise par l'évêque et son conseil au sujet de Torphelinat de Tong-tse : la première, de faire de nouvelles constructions pour l'orphelinat des garçons, et la seconde, de placer à Tsen-y l'orphelinat des filles pour éviter les susceptibilités des païens, toujours prêts à blâmer le rapprochement des deux orp'helinats.

Les constructions de Tong-tse, commencées en 1878, furent achevées en 1879. « Le réfectoire, écrivait le missionnaire'', a été inau-

• A. M.-E., vol. 548, p. 107. Lettre à M^^ Lions, 14 janvier 1878. - A. M.-E., voL 548, p. 1380. Lettre à Me-- Lions, 21 juillet 1878. 3 A. M,-E., vol. 548, p. 1902. Lettre à Mgr Lions, 27 déc. 1879.

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ET D EDUCATION

guré le jour de rimmaculée-Conception : il est à peu près rempli. Cet appartement et le dortoir où j'ai mis 28 lits^ étaient vraiment nécessaires. Quoique j'ai reçu beaucoup d'enfants cette annnée, il n'en reste que 130 environ, un certain nombre étant morts en automne. »

Malheureusement, plusieurs maladies vinrent en 1880 attrister tout ce petit monde. Au mois de janvier 1881, une quinzaine d'enfants étaient emportés par la dysenterie ; d'autres furent attaqués d'un mal d'yeux qui les fit beaucoup souffrir, d'autres d'enflure à la tète et aux jambes. Malgré ces accidents;, le nombre des enfants augmentait toujours ; au 9 novembre 1881^ on en comptait 128 ; et 158 en 1882. Le premier jour de l'an 1882, le sous-préfet de Tong-tse étant venu offrir ses vœux au missionnaire, celui-ci fit appeler les orphelins pour saluer le mandarin. « Les ' enfants conduits par leurs maîtres arrivèrent en ordre dans la cour intérieure, firent le grand salut à deux genoux au sous-préfet, qui se leva de son siège et sortit sur le seuil de l'appartement. Ce fut une petite scène charmante. »

Quant à la seconde décision prise, en 1878, par Lions de ne pas laisser d'orphelinat de filles à Tong-tse^, mais de l'installer à Tsen-y, son exécution fut confiée à Bodinier qui va nous raconter comment les choses se passèrent ^ :

(( Je me mis à l'œuvre pour organiser le matériel du nouvel orphelinat. Et tout d'abord, sur Tavisde Votre Grandeur, j'allai visiter., les orphelinats de Gan-chouen si habilement dirigés par M. Lamy, pour prendre chez lui les leçons que son expérience de plus de dix années lui a données en cette matière. Il y a de ces petits détails, de ces petites précautions matérielles qu'on ne saurait deviner à priori, et que l'expérience seule peut apprendre.

« J'ai dépensé pour la réparation des maisons destinées à l'orphelinat, l'installation matérielle, le mobilier, etc., la somme minime de 150 taëls. Votre Grandeur verra, en sa prochaine visite, que jamais orphelinat si grand n'a coûté si peu cher à la Sainte-Enfance. Les salles, les chambres et les dortoirs sont vastes et en nombre, les cours larges, le jardin étendu. De plus, l'emplacement tout entier de l'établissement est situé en un lieu élevé et bien aéré, qui sera par conséquent très salubre. Enfin, pour la commodité rien ne laisse à désirer ; les maisons de l'orphelinat communiquent avec Téglise où les petites filles pourront se rendre sans mouiller leurs petits pieds, ce qui est toujours fort important et fort apprécié en Chine.

« C'est au mois de septembre dernier qu'ont eu lieu l'installation définitive et la bénédiction de l'orphelinat. M. Viret m'a envoyé de

A. M.-E., vol. 549, p. 312. M. Bodinier à Ms"^ Lions, 29 mars 1882. A. M.-E., vol. 548, p. 1713. Id. Id. janv. 1879.

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ŒUVRES DE CHARITÉ

Tong-tse toutes ses petites filles. Je vous assure que c'était fort drôle de les voir arriver porte'es en paniers. Deux petites filles formaient une charge, une dans le panier de devant, l'autre dans le panier de derrière ; quelquefois deux dans un panier selon le poids et la grosseur. Ces paniers sont attachés par des ficelles à un bâton qui se met sur l'épaule et en avant ! quand le porteur change d'épaule, le colis de devant passe par derrière et réciproquement, cela fait varier le paysage. Tout mon monde est bien petit encore, les deux tiers sont au-dessous de sept ans ; et je n'ai guère que cinq ou six enfants audessus de 12 ans. » En 1879, l'établissement de Tscn-y reçut li-5 enfants, sur ce nombre 45 moururent, quelques-unes furent placées dans des familles chrétiennes; au 31 décembre, il en restait 86. En 1880, on en reçut 49 et, à la fin de l'année, il n'y en avait plus que 82, parce que le nombre des jeunes filles mariées avait été plus grand que précédemment. En 1881, il y eutjusqu^à 150 enfants « J'ai constaté plusieurs fois cette année, écrivait Bodinier \ une chose qui m'a fait grand plaisir, parce quil prouve que Ton voit de bon œil notre orphelinat dans la ville de Tsen-y ; c'est que des mèrçs païennes ont apporté d'elles-mêmes à l'orphelinat des filles dont elles voulaient se débarrasser. Elles disaient aux chrétiennes qui leur servaient d'intermédiaire qu'elles préféraient donner leurs enfants à l'Eglise plutôt que de les vendre ou donner aux païens, parce qu'elles les savent bien vêtues, bien nourries, et bien élevées, qu'elles peuvent les voir pendant leur séjour à l'orphelinat et surtout qu'elles ne perdent point leur nom et ne renient point leurs parents pour être filles de l'Eglise. »

En 1882, le chiffre des admissions fut beaucoup plus élevé- : « J'ai reçu 145 enfants, le double au moins des années précédentes, lesquels joints aux 96 enfants qui restaient au l^"" janvier 1882 donnent un total de 241 enfants qui ont passé cette année par l'orphelinat. »

Et, à ce sujet, le missionnaire faisait en 1883 cette réflexion dont plusieurs directeurs d'orphelinats ont reconnu la justesse^ : « J^ai remarqué que le nombre de 100 ou 120 ne doit pas être dépassé dans un orphelinat, si on veut qu'il soit bien tenu et que la surveillance en soit bien faite. »

En 1886, la mission comptait donc 10 orphelinats : 2 à Kouy-yang; 2 à Gan-chouen ; 2 à Hin-y fou ; 1 à Hoang-tsao-pa ; 1 à Tchen-lin ; 1 à Tsen-y ; 1 à Tong-tse : ils renfermaient au total 414 enfants.

' A. M.-E., vol. 549, p. 111. Lettre à Me-- Lions, mars 1881. • A. M.-E., voL 549, p. 466. M. Bodinier à Ms'' Lions, 31 décembre 1882. A. M.-E,, voL 564. Lettre à Msr Lions, 31 décembre 1883.

ET D EDUCATION

Pharmacies à Gan-pin, à Mou-you-se, à Hin-y-fou, à Tsen-y, à Kouang-chouen, etc. — Pharmacie pour les indigènes à Tchen-Iin. — Résultats. — Lettre au Directeur de la Sainte-Enfance.

Près des orphelinats, il nous faut placer les pharmacies qui font partie des œuvres soutenues par la Sainte-Enfance. Nous avons dit précédemment les avantages que Faurie et ses missionnaires trouvaient à l'établissement des pharmacies. Cette opinion était partagée par Lions ; aussi, sous son administration voyons-nous augmenter le nombre de ces maisons. 11 s^en fonde à Gan-pin, à Mou-you-se, à Kouang-chouen, à Hoang-tsao-pa, à Tchen-fong, etc., d'autres se restaurent ou s'agrandissent. Nous allons donner quelques détails sur chacune de ces fondations qui ne se font pas toujours sans difficultés ; par exemple, voici celles qui accompagnèrent les débuts de la pharmacie de Gan-pin, installée par Lamy : « La construction se faisait très vite, écrit ce dernier, le terrain fut agrandi moyennant plusieurs achats, tout allait pour le mieux, lorsqu'un notable, nommé Han, parent d'un Hau qui nous avait vendu sa maison touchant à la nôtre, vint accuser l'Eglise de s'emparer d'un terrain acheté frauduleusement. Le mandarin Siang fut heureux de trouver cette occasipii de nous molester ; il déclara que nous étions des accapareurs, que nous pervertissions le peuple et que le terrain contesté serait confisqué pour en faire une pagode. Je portai cette affaire au préfet de Gan-chouen et tout rentra dans l'ordre. » ' Malheureusement, Tannée suivante, sous l'inspiration, dit-on, de ce mandarin Siang, la pharmacie fut incendiée ; on la reconstruisit en 1875.

En 1874, Michel établit une pharmacie à Mou-you-se ; elle coûta environ loO taëls.

En 1875, Renault fit revivre la pharmacie de Hin-y fou, abandonnée depuis plusieurs années et en confia la direction à un catéchiste assez habile Fou Men-te ; Chouzy fonda celle de Hoang-tsaopa.

En 1876^ nous trouvons le prêtre Ouang ouvrant une pharmacie à Kouy-hoa, et Bodinier augmentant les résultats de celle de Tsen-y : une pharmacie fonctionnait depuis plusieurs années dans l'ancienne ville sous la direction du catéchiste Pascal Gny-kong. Le missionnaire aurait bien désiré installer une seconde pharmacie dans la ville

m * A, M.-E,, vol. 5491, p. 502. Notes sur Gan-chouen.

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ŒUVRES DE CHARITE

nouvelle plus peuplée que Tancienne ; ne pouvant le faire, faute de ressources, il se contenta de donner à son pharmacien un aide, qui chaque jour ou à peu près, parcourait la nouvelle ville et les faubourgs à la recherche des enfants moribonds ; aussi le nombre des baptisés s'élcva-t-il annuellement à 400 et parfois même à oOO.

En 1877, Mercusot installa une pharmacie à Kouang-chouen'. Un ancien catéchiste, Tchcn, la dirigea. Ce Tchen avait à sa disposition plus d'une ressource, et quand il en manquait, son imagination en créait volontiers. « Il se mit d'abord à faire le commerce de médecin ambulant, écrit Gréa-. Comme il est très habile en médecine, il eut bien vite acquis une certaine réputation ; nos pharmaciens ordinaires voyant, les malades et distribuant les remèdes sans rétribution, je lui permis, ahn d'éviter tout soupçon, de demander de l'argent pour ses consultations. Au bout de quelques jours, il entra en pourparlers pour acheter sur le grand marché un magnifique emplacement de 48 pieds sur 150 de profondeur. Comme les Chinois savent bien inventer des histoires, il racontait avec un aplomb imperturbable qu'il était associé avec son oncle maternel Li Ouan-mei (nom chinois de M^"" Lions) pour ouvrir une boutique de drogues, et un sien cousin nommé Fang (nom chinois de M. Mercusot) qui, lui, devait ouvrir une fabrique d'eau-devie. Votre Grandeur dans cette affaire ne s'attendait pas sans doute à se découvrir un neveu, moins encore à passer pour marchand de drogues, pas plus que moi à devenir aubergiste ou liquoriste ; mais il faudrait prêcher bien longtemps à ce vrai type de Chinois, pour lui persuader qu'il a menti. L'emplacement acquis, je pressai la construction. Nous avions raison de nous presser, car nos gens ayant été surpris à prier, grande rumeur dans la ville, des attroupements ont lieu, on crie, on vocifère, on parle de renverser la maison. La Providence vint tirer notre pharmacien de ce mauvais pas. La femme du mandarin était malade depuis deux ans, sans que les médecins appelés de très loin aient pu apporter le moindre soulagement à son mal ; en désespoir de cause on mande notre pharmacien ; il crut que c^était un leurre ; cependant il se rend au prétoire, voit la malade, et la guérit parfaitement. Dès lors le mandarin^ qui fermait auparavant les yeux sur les molestations et les menaces qu'on faisait à notre homme, le prend sous sa protection, et le calme le plus parfait se rétablit en ville. Aussi on n'hésite déjà plus à apporter les enfants à la pharmacie. »

'^ (( Cette ville a été longtemps sous le joug des rebelles qui, bien entendu, n'osant s'y fixer, l'ont complètement rasée. C'est à peine si l'on peut trouver la trace des remparts qui du reste étaient fort peu considérables avant la rébellion. « (^A. M.-E., \ol. 548, p. 2200. Mgr Lions aux directeurs du Séminaire des M.-E., 1880).

2 Lettre de Gréa, citant Mercusot. Kouy-yang, 24 juin 1877.

ET D EDUCATION

La pharmacie de Tclien-long par Renault date de 1878 ; celle de Lang-tai par Roux de 1880 ; celles de Pai-kin^, à 4 lieues de Tin-fan, de Jen huai tin, de ïclien-gan furent installées en 1881, de même que celle de Hin-y bien, que (^hanticlair confia au médecin chrétien Sin Fa-ho ; en 1884 et 1885, commencent celles de Che-tsien et de Toanpo-tchai. En 1886, Roux augmenta la pharmacie de Tchen-lin principalement en vue des indigènes, « parce que, dit-iP, ces gens-là cessent de croire aux superstitions dès qu'ils croient à la médecine... et ne croient à la médecine que lorsqu'ils croient en Dieu... Donc introduire chez cette tribu la croyance à la médecine, c'est lui faire renoncer aux superstitions et lui faire faire le grand pas qui la sépare du christianisme. » Roux ne voulait pas seulement une pharmacie pour les indigènes, il en rêvait une autre mieux garnie pour les Chinois de ïclicn-lin, « car, ajoutait-il, en dehors du public que nos pharmacies ordinaires atteignent, il reste un grand nombre de personnes qui ne s'adressent jamais à elles, soit parce que le pharmacien n'est pas assez instruit, les remèdes de qualité trop médiocre, et surtout parce qu'il faut entrer dans la propriété de l'église ; alors il faudrait des pharmacies particulières tenues par d'habiles médecins... ». Le rêve du missionnaire ne s'est pas encore réalisé.

Les orphelinats et les pharmacies ont pour but principal le baptême des enfants de païens en danger de mort. C'est aussi le but des baptiseurs et des baptiseuses envoyés dans les villes et surtout dans les campagnes avec des remèdes qui leur serviront en quelque sorte de passe ports.

Les ouvriers apostoliques s'eilorcèrent d'exciter l'intérêt des chrétiens pour cette œuvre; tel Rodinier, qui, en 1877, remit à plusieurs lîdèles M une ^petite boîte contenant quelques remèdes, une éponge pour administrer le baptême et un livret pour inscrire le nom des baptisés. Cette initial^ive produit d'excellents résultats, et bientôt le missionnaire raconte que ceux à qui il a donné ces objets tiennent à ne pas rendre leur livret en blanc et s'ingénient pour trouver des baptêmes chez les parents et les voisins ou chez les émigrants du Su-tchuen. »

La statistique complète et détaillée que nous plaçons dans 1'^/;pe/idice^ de cet ouvrage permettra de se rendre compte des résultats obtenus ; nous nous contenterons de dire ici le chiffre total des

" Cette pharmacie, fut installée par Layes. - Elle coûta 150 taëls et fut achetée par Jouisiiomme. ■^ A. M.-E., vol. 649^ p. 27. Lettre à Ms'' Lions, 5 février 1886. '■• Appendice : statistique de la mission du Kouy-tcheou, XL\ II. KOUY-ÏCHEOU

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ŒUVRES DE CHARITE

enfants de païens baptisés à l'article delà mort de 1872 à 1884, qui fut de 82.188'.

En présence de ces c]ii(rres,on comprend donc bien la reconnaissance que le Vicaire apostolique du Kouy-tcheou portait à l'œuvre de la Sainte-Enfance, et Ton n'a pas lieu de s'étonner de la lettre qu'avec les Vicaires apostoliques réunis au synode de Soui-fou en 1880, il adresse au Directeur de TOEuvre-:

Monsieur le Directeur,

Les Vicaires apostoliques de la division occidentale de la Chine, tous appartenaiit à la congrégation des Missions-Etrangères de Paris, réunis en synode à Soui fou, dans le Su-tchuen méridional, en septembre, viennent de clore les travaux du synode le dimanche, du saint Rosaire.

Avant de nous séparer, pour rentrer cliacun dans son Vicariat, nous nous faisons un devoir de venir en commun vous présenter nos remercîments et nos hommages, appelant de tous nos vœux sur toute l'OEuvre et en particulier, sur vous. Monsieur le Directeur, et sur toutes les personnes dévouées à son développement, les bénédictions du Très-Haut et du saint Enfant Jésus, afin que non seulement elle puisse se soutenir en ces temps orageux, mais encore ci-oître et se développer de plus 'en plus dans toutes les parties du monde où elle fait partout tant de bien et sauve tant d'âmes, surtout dans l'Empire chinois, et plus particulièrement dans nos six Vicariats, 011 la Sainte-Enfance envoie chaque ann^e au ciel un nombre beaucoup pljis considérable d'àmes que la Propagation de la Foi qui pourtant est l'œuvre nécessaire aux Missions.

Agréez, Monsieur le Directeur, etc. . .

Ecoles. — Instruction de la Propagande. — |Progrès dans le Tse-lien. — Conversions par les écoles. — Statistique des écoles en 1887. — Détails sur quelques vierges chrétiennes.

Tous les orphelinats de garçons ou de filles avaient des écoles : celui de Tong-tse, en 1882, divisait ses 138 enfants en cinq classes, chacune avec un maître d'école ; l'un deux était un orphelin recueilli deux ans plus tôt et devenu, grâce à son travail et à son intelligence, capable d'enseigner ^ A Tsen-y, à Kouy-yang, à Gan-chouen, dans les orphelinats de filles, les classes étaient tenues parles vierges.

Peu à peu, de petites écoles se créèrent en dehors des orphelinats, non seulement dans les villes et les villages oii résidaient les missionnaires, mais dans les stations qui n'étaient composées que de

* Manquent les résultats de l'année 1883.

2 A. M.-E., vol. 549j , p. 17b3. Lettre du 2 octobre 1880.

^ A. M.-E., vol. 549, p. 301. M. Viret à Mgr Lions, 6 mars 1882.

ET D EDLCATION

quelques dizaines de cliréliens. En 1876, on comptait iU écoles et 656 élèves. En 1878,1c nombre des écoles était de i-2 et celui des élèves de 629.

Dans le district de Tsen-y, Hodinier à qui, en 1878, lut accordée une petite allocation de 25 taëls, en profita « pour' développer les écoles des garçons et des filles, et donner quelques bourses ou demibourses à des enfants de familles pauvres des campagnes, ou de la ville et organiser une école de filles attenante à l'orphelinat. »

En 1879, son district possédait les écoles de garçons suivantes : 1 à Tsen-y tenue par Hoang Fou-tsou, 1 àChe-kai-pin, 1 à Tchang-chan, 1 à Yang-tsen-keou, 1 à Ou-fong-tchouang, plus une école de filles à Tsen-y.

Dans plusieurs des nouvelles stations qu'il fondait, Bouchard installa des écoles ; il en avait une dizaine en 1886.

En 1880, Desvoivres établit de petites écoles à Lan-yuen-yo, à Tchou-kia, à Mo-kia-tsen, à Po-man-hang.

h' Instruction de la Propagande qui, en 1883^, recommanda fortement l'établissement des écoles de garçons et de filles ne fut pas sans influence sur le développement qu'elles prirent dans les années suivantes. Le district de Hin-y fou sous la direction d'Alph. Schotter se signale entre tous : il a H écoles en 1883 ; 26 en 1884 ; 39 avec 450 élèves en 1885 ; 37 avec 516 élèves en 1886 ; 35 en 1887 avec 605 élèves. Ces élèves étaient de deux sortes : ceux qui venaient le jour au nombre de 278, et ceux qui, à cause de leurs travaux, ne pouvaient étudier que le soir ; de ces derniers, on en comptait 327.

Tchen-lin qui, en 1883, comptait 2 écoles de garçons et 1 école de filles, ayant au total 44 élèves, avait, en 1886, (J écoles, dont plusieurs étaient fréquentées par des chrétiens et des païens. Le missionnaire du district, Roux, raconte deux conversions dues à ces écoles \ La première est celle d'un jeune maliométan, qui passa deux ans à l'école de la paroisse, en fut retiré par ses parents qui craignaient de le voir embrasser le christianisme, entra dans une école païenne, se prépara à l'examen du baccalauréat tout en fumant l'opium et en fréquentant des tavernes de jeu. Saisi par la maladie, il se rappela les enseignements des missionnaires, et voulut absolument recevoir le baptême que Roux alla lui administrer. La seconde est celle d'un mandarin militaire, devenu aubergiste ; cet homme avait voulu que son fils fréquentât lécole chrétienne et, quand il fut sur son lit de mort, il envoya, malgré l'opposition de sa

1 A. M.-E., vol. 548, p. 1091. M. Bodinier à Mgr Lions, janvier 1878.

^ Collectanea constitutionum etc., 2<= édit., p. 55, n" 135.

^ A. M.-E., vol. 549, p. 611. LeUre à Mg' Lions, 26 décembre 1886.

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l'einiiie , rcnfant clicrclicr le prêtre qui l'instruisit et le l)aptisa.

La paroisse de Gan-cliouen, qui possédait doijx e'coles depuis assez longtemps, en eut une troisième en 1882; elle fut placée à part dans une maison située en face de Tégiise. « C'était un de mes grands désirs, écrivait Lamy à cette occasion', mais le local manquait; quelques enfants fréquentaient les écoles de l'intérieur des orphelinats; le plus grand nombre étudiait chez des maîtres païens, soit parce qu'ils répugnaient aux parents de mêler leurs enfants à ceux de la Sainte-Enfance, soit parce qu'un seul maître était cliargé de nombreux éU''ves. Cette année, la première de sa fondation, elle compte 20 élèves. l'/Ue a saint Joseph pour protecteur. »

A Mou-you-se, l'école des garrons était dirigée par Joseph Lo ; celle des iilles par la vierge Ten (plus tard elle le fut par la mère de Joseph Lo); celle des garçons, à Ivieou-clie-tang, par Yang ; quant à la vierge qui s'occupait des iilles, Michel eut, en 1886, la charité de la céder à la mission du Kouang-si. llouang-ko-chou et Ta-ong avaient chacun une école.

Le district de Tsin-gai ne fut pas négligé ; il comptait i écoles, dont 2 à (ùhe-teou-tchai : la première était tenue par le catéchiste LieoLi, la seconde parla vierge Pen-mei.

Au total, en 1887, le nombre des écoles de la mission du Kouytcheou s'élevait à 135 fréquentées par 2218 enfants, c'est-à-dire qu'en dix ans le nombre des écoles et des élèves avait plus que triplé.

Parmi les vierges qui dirigaient les orphelinats et les écoles de filles, les unes avaient été formées à Kouy-yang, les autres à Ganchouen. Il serait bien difficile, sinon impossible, d'avoir, en certaines missions de Chine comme en Europe, des couvents habités par de nombreuses religieuses ; les païens y trouveraient vite, à redire et leurs calomnies exciteraient des troubles ; cependant, les circonstances étant moins dit'hciles qu'autrefois, on peut recevoir et faire vivre ensemble plusieurs vierges chrétiennes.

Dès 1867, Vielmon y travailla dans le couvent de la paroisse Saint- Louis ; Lamy en lit autant à Gan-chbuen. La première jeune fille qu'il reçut se nommait Lo, elle mourut à l'âge de 36 ans. « Elle était bonne, écrit le missionnaire, et on pouvait compter sur elle. »

Le couvent de Gan-chouen fut pendant assez longtemps sous la direction de la vierge Ki, « personne de tête, et sous celle de la vierge Sie, qui avait de l'énergie et savait gouverner, mais dont le caractère était un peu violent; elle mourut en 1890 et fut remplacée par la vierge Leang, âgée de 30 ans seulement, dont la nomination fut agréable à tous. »

' A. M.-E., vol. 549', p. oOU. Notes sur Gau-chouèu,

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ET D EDUCATION

Les autres vierges dont les annales du couvent de Gan-chouen ont gardé le souvenir sont : Sie Kieou-mei, qui fut envoyi'e à Hin-y fou pour diriger l'orplielinat ; OuSau-mci, une indigène, qui aida Houx à Tchen-lin pendant IT} ans. Elle mourut on 1880 à Cha-kia-matchang, « regretléi^' des clnvUiens qui l'ont pleuréc comme on pleure une mère, regrett('e du missionnaire qui comptait sur son savoirfaire, sur son caractère doux el toujours égal, pour ravancement de ses œuvres- ».

Citons encore les vierges Chang et Ou mortes en ISOi. La première âgée de 8i ans, originaire du Su-tchuen, avait, pendant quelque temps, dii'igé Fécole de Tong-tse ; elle vint ensuite à Cian-chouen dont elle gouverna Torplielinat pendant 2'} ans. « C'était, dit Lamy, une. diligente procureuse, prenant bien les intérêts de rEglis(\ mais l'énergie et la capacib' lui manquaient pour diriger comme il eut fallu, un grand orphelinat. »

La seconde était de race Tchong-kia-tse; instruite et pleine de zèle, elle se livra avec ardeur à l'enseignement de ses compatriotes ; elle tomba malade dans le pays de Kouy-hoa et mourut à l'tige de iO ans.

Le Séminaire. —

Largelcau.

Difilciillés. — Changement de méthode, nations. — Ecole préparatoire.

Ordi-

Le séminaire du Kouy-tcheou, situé ;i Lou-tsong-koan, rebâti en grande partiv. en 1871, sur les plans et par les soins de Chemier, donnait moins de succès qu'on avait le droit de l'espérer de l'activité de son supérieur, Largeteau.

« Ce cher et zélé confrère, écrivait Lion» en 1878 ', fait beaucoup plus qu'il ne doit, soit pour la science, soit pour la [)iété ; aucun autre missionnaire ne pourrait faire ce qu'il fait, et je crains parfois qu'il ne succombe à la besogne ; c'est là réellement sa partie. » Tous les matins, en effet, à trois heures et demie, Largeteau était debout, et se rendait aussitôt à la chapelle pour faire le chemin de la Croix. 11 présidait la prière et la méditation des séminaristes, montait à l'autel et célébrait pieusement la sainte messe.

« A chaque fête, écrit son biographe % il donnait libre cours à ses

* A. M.-E., vol. 549', p. 510. Notes sur Gan-chouen.

2 A. M.-E., vol. 549", p. 756.

" A. M.-E., vol. 548, p. 1614. LeUrc au Séminaire des M.-E., 20 nov. 1888.

^ Compte rendu, ann. 1895, p. 390.

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.^XVRES DE CHARITE .

goûts nettement prononcés pour la pompe extérieure du culte catholique, la célébration des messes chantées et les bénédictions solennelles du Très Saint-Sacrement. Peu d'églises en Chine ont vu s'accomplir d'aussi belles cérémonies religieuses que l'humble oratoire du village de Lou-tsong-koan. »

Malheureusement, plusieurs séminaristes, assez avancés dans leurs études, furent frappés par la maladie et moururent. En 1878, un souffle d'indiscipline passa dans la maison. « Il y a deux ou trois ans, écrivait Largeteau,* on a fait une grande faute, celle d'accepter à titre d'élèves de théologie un renvoyé du Su-tchuen, qui paraissait converti, et qui a apporté dans nos séminaires (grand et petit) l'esprit d'insubordination. Cela nous a forcés de faire des exécutions majeures et nous y avons perdu nos meilleurs élèves, qui s'étaient mis en avant de la résistance, par la conviction qu'on tenait à eux et qu'on leur céderait tout. On n"a pas cédé, et plusieurs sont partis, nous avons pu sauver le reste, qui pendant quelque temps ne laissait pas de nous donner des inquiétudes ; maintenant, par la grâce de Dieu, tout est rentré dans l'ordre ; nos élèves moins nombreux font beaucoup de progrès dans la piété, au moins dans la piété extérieure, ils sont très friands des sacrements, très dociles, et ont du zèle pour la règle. Trois vieux tonsurés, qui ont du être éloignés ad lempus^ méritent des confrères qui les dirigent d'excellentes notes qui leur permettront de rentrer, j'espère, l'an prochain avec de nouvelles idées ou plutôt avec leurs anciennes.

« Mes nouveaux tonsurés me donnent de la consolation ; et je serais étonné s'ils ne devenaient point prêtres et bons prêtres, sinon tous, du moins presque tous ; mes espérances sont partagées généralement par mes confrères. Pierre Yang, un enfant de la Sainte - Enfance, continue à me donner satisfaction et espoir.

« L'enseignement de ces jeunes gens n'est pas si facile que celui des élèves de France, parce qu'ils ont tout à apprendre, ne sont pas forts en latin, et n'ont qu'un Père pour leur enseigner tout; or qui trop embrasse mal étreint : surtout lorsque le Père n'est pas seulement professeur, mais est encore obligé, comme moi, d'administrer un petit district. Du reste on ne peut, sans les tuer, pousser ces élèves aux études, c'est pour cela que jadis tous nos bons sujets sont morts avant la fm de leur séminaire. Nous tâchons donc à présent de diminuer leurs travaux, par un grand nombre de fêtes et de plus longues vacances. Les voyages de vacances, depuis que la pacification du Kouy-tcheou permet de les accomplir, sont surtout ce qui les remet le mieux ».

1 A. M.-E., vol. 548, p. 1219. Lettre à M. Déjean,21 mars 1878.

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ET D EDUCATION

Pendant assez longtemps on avait suivi la méthode des séminaires du Su-tchuen « oïj ^ la règle est que les séminaristes, après avoir achevé leurs études, sont envoyés pendant plusieurs années à la suite d'un missionnaire pour être éprouvés. Leur épreuve achevée, ils rentrent au séminaire et, au bout d'un certain temps^, on leur confère tous les ordres, ordinairement en huit jours. Mais l'expérience prouve que la plupart de nos jeunes gens perdent leur vocation pendant le temps de l'épreuVe, et que ceux qui la conservent perdent beaucoup de leur piété.

« C'est pourquoi, considérant l'état des choses, on a commencé à essayer d'une autre méthode. D'abord, afin de mieux observer les interstices, et aussi pour encourager les séminaristes, on leur accorde la tonsure dès l'année de leur philosophie. On a envoyé les premiers à l'épreuve à la suite du missionnaire avant de commencer leur théologie : tous, excepté un, y ont perdu leur vocation. Voyant encore cet insuccès, depuis deux ou trois ans on essaie de les garder au séminaire jusqu'à la prêtrise. Ainsi deux sont appelés au sous-diaconat, qui fort probablement n'y seraient pas appelés s'ils avaient été à l'épreuve à la suite du missionnaire; deux vont être ordonnés prêtres à la, Trinité, l'un des deux n'est jamais sorti du séminaire. Je ne saurais dire ce qu'ils seront plus tard, mais, pour le moment, je puis affirmer qu'ils sont pieux et fervents. Jusqu'à présent je crois que c'est le moyen d'obtenir un petit clergé indigène, je dis petit, car il faudra des années avec une mission presque toute de néophytes avant d'avoir un nombreux clergé indigène. »

Les deux séminaristes dont il est question. Paul Ouang et Pierre Yang, furent ordonnés sous-diacres en 1880 et prêtres en 1881.

En 1888, Largeteau quitta- pour quelques années le Kouy-tcheou afin de se consacrer à Tœuvre de Nazareth, la maison de retraite établie à Hong-kong par la Société des Missions-Etrangères. Il fut remplacé par Chafïanjon.

En 1886, se conformant aux conseils dé la Propagande et aux décisions du synode de Soui-fou, on avait créé une école préparatoireau séminaire, qui fut installée dans Tancien orphelinat Saint-Etienne et confiée d'abord à Esslinger. Le but de cette institution était de choisir parmi les jeunes enfants ceux qui semblaient présenter des marques de vocation ecclésiastique.

L'œuvre réussit assez bien ; et Ton compte que, sur 25 à 30 élèves, une dizaine entrent au séminaire.

1 A. M-E., vol. 549 j. p. 1800. Not. de Lions sur le Clergé indigène. ' Cette école préparatoire avait déjà existé quelques années auparavant.

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VISITES

Visites épiscopales de 1872 à 1881. • — Prudence de l'évêque. — Rapports avec les manclarins. — Réflexions sur certaines chrétientés.

Les missionnaires étaient encouragés dans leurs travaux par les visites de leur Vicaire apostolique, que l'aflaiblissement de sa santé n'empêchait pas de faire de nombreux et fatigants voyages. C'est ainsi que nous le trouvons à ïsin-gai en 1872; à Gan-cbouen et dans les environs en 1873; de nouveau à Tsin-gai, pnis à Tsen-y et jusqu'à Tong-tse et à Su-yang en 1874; encore à (ian-cbouen en 1876. Lui-même nous a résumé la méthode qu'il suivait dans ses visites pastorales':

Arrivé dans l'endroit central, j'entrais à l'oratoire, récitais les prières d'usage, donnais l'eau bénite puis j'adressais une courte allocution à la foule qui le plus souvent était considérable, et en certains endroits mêlée de beaucoup de païens. J'expliquais en peu de mots le but de ma présence, j'exhortais les chrétiens à assister à la messe et aux instructions, afin de bien se préparer à recevoir les sacrements, surtout le sacrement de confirmation.

Généralement ces visites se faisaient le plus promptement possible, à cause des dépenses plus ou moins considérables qu'elles causaient aux chrétiens, qui, bien entendu, partout voulaient traiter l'évêque et ses gens ainsi que le missionnaire et les siens.

Tous les jours je célébrais la deuxième messe assisté par le missionnaire. Après l'évangile, je faisais une instruction qui roulait le plus souvent sur la confirmation.

L'instruction du soir et le catéchisme étaient l'affaire du missionnaire ainsi que les confessions, ce qui n'est pas le moins fatigant. En certains endroits plus populeux, j'entrais aussi au confessionnal, mais le gros du travail était toujours pour le missionnaire.

Les noies particulières sur les visites dont nous avons indiqué les dates ne présentent rien de bien saillant. Sur celle de Tsin-gai : « Partout beaucoup de néophytes, beaucoup de confirmations et beaucoup de canons. »

Sur celle de Gan-chouen- : « La réception a été magnifique. Tous les orphelins, environ un millier de chrétiens, sans compter les païens et les prétoriens envoyés par leurs maîtres, une dizaine de cavaliers, des parasols ; ce n'était pas ce qui valait le mieux, mais alors tel était Lusage, il venait des délégués de toutes les campagnes.

' Journal de Lions, p. 404.

î Journal de Lions, p. 331.

EPISCOPALES

« Le dimanche', une partie des chrétiens de la ville m'apportèrent solennellement un grand dîner avec un pien, sorte daflichc longue de deux mètres et large de moitié, qu'on place ordinairement audessus' des portes ; et comme accompagnement, deux grandes sentences morales gravées sur des planches de bois vernij qu'on suspend de chaque coté de la porte au-dessus de laquelle s'élève Taffiche. i Pendant le dîner, les donateurs, en habit de cérémonie, viennent gravement se mettre en ligne devant la table, et tous ensemble me font la prosternation à deux genoux, pour me féliciter et me remercier d'avoir bien voulu accepter leur olfrande. Au même instant, le feu est mis aux pcHards, et la musique fait entendre son harmonie fatigante pour des oreilles françaises. »

L'évoque part ensuite pour Tin-fan, « située à quatre lieues au nord de Gan-chouf'n, petite et ancienne ville, avec une vaste enceinte de murs en ruines ; il y a là un petit mandarin militaire. A un kilomètre de la ville, au sortir des gorges, j'aperçois, sur une petite hauteur, une foule mouvante avec des drapeaux et des chevaux : c'était le missionnaire entouré de ses chrétiens. Du plus loin qu'on me voit venir, le canon retentit, la trompette résonne et la musique commence. A mesure que je m'approche, le vacarme devient plus fort. Mon arrivée est saluée de dix-huit coups de canon, sans compte^ les pétards. 11 y avait là quelques centaines d'Y-kia ; ils me saluent en chœur à la manière chinoise et se mettent en marche dans le plus beau désordre. Les uns, après avoir ■ attaché une longue cordeaux brancards de mon palanquin, comme on fait pour les grands dignitaires chinois en voyage, tirent de toutes leurs forces et obligent mes porteurs à prendre le trot, au risque de bi'iser ma chaise contre les rochers qui bordent la route ou de culbuter les curieux. D'autres, les plus dignes, suivent le palanquin, une main appuyée aux brancards comme pour le soutenir.

« Le mandarin militaire se tenait à la porte de la ville en habit d'étiquette, pour me recevoir. J'aurais dû desceudre de chaise ; mais comme je n'étais pas averti et que mes porteurs semblaient avoir pris le mors aux dents, à peine ai-je le temps de lui rendre son salut du haut de mon palanquin. Nous traversons ainsi, au pas de course, une grande partie de la ville qui n'a qu'une rue et dont tous les habitants sont sur pied pour voir la pompe de nos barbares (Y-kia) et surtout pour voir ce qu'ils n'ont jamais vu, Févéque des chrétiens, barbare d'Occident. V^ers le milieu de la ville^ nous faisons halte et je descends dans un petit hôtel. La foule nous presse et le mandarin militaire a toutes les peines du

' A. P. -F., vol. 47, p. 3:

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VISITES

moDde pour arriver jusqu'à nous. Après avoir pris un verre de vin et m'avoir accablé de compliments, le mandarin nous quitte et je remonte en chaise, tandis que mes deux confrères enfourchent leurs montures qui caracolent au bruit du canon et des pétards. Au sortir do la ville, nos Y-kia, au lieu de prendre la route directe mais solitaire de Long-ka, en prennent une beaucoup plus longue qui traverse plusieurs villages patens chinois. Nos barbares sont fiers de se montrer chrétiens et de recevoir avec pompe leur grand homme, leur évoque.

« C'est ainsi qu'après maints détours nous arrivons assez tard au grand village de Long-ka. J'ai été agréablement surpris de voir venir à ma rencontre des bandes de femmes et de jeunes filles. Autre- Ibis, lors de ma première visite à ces indigènes, du plus loin qu'elles m'apercevaient, les femmes se cachaient ou se tenaient à Fécart, se gardant bien de venir à la messe ou au catéchisme. Aujourd'hui, partout où la foi a pris racine, les femmes vout sans trop de crainte voir le prèlre ou lévèque et écouter la doctrine. Aussi bon nombre d'entre elles ont pu recevoir le baptême, la confirmation et même la communion. »

Après une courte promenade à Ho-teou, petit village que les rebelles et les soldats avaient respecté, l'évêque partit pour Choui-mou. « Pendant les quatre ou cinq jours que j'ai passé là, on ne m'a pas fait grâce d'un repas, ni de la musique, ni des pétards qui en sont l'accompagnement obligé. J'étais dans le palais ruiné d'une famille mandarinale, les Mei, qui forme un petit village. Tout en remplissant la charge de maire et de premier chef de la garde nationale des environs, ces descendants de mandarins ont grevé leurs terres d'hypothèques. Les murs d'enceinte du domaine de cette grande et nombreuse famille ont bien un kilomètre de circuit ; c'est un véritable petit village de quinze à vingt familles en partie chrétiennes. »

De Choui-mou à Tchen-lin, la route court d'abord dans une vaste plaine, puis elle grimpe sur les montagnes doii l'on aperçoit de nombreux villages en i-uines.

En revoyant cette région que naguère il avait administrée, où il avait eu tant d'espérances et presqu'autant de désillusions, on surprend le bon évoque à jeter un regard mélancolique sur le passé ^ :

« De la hauteur où nous étions, à trois lieues de Tchen-lin, écrit-il à un ami, je contemplais en esprit, au pied de ces montagnes, les nombreux et beaux villages Y-kia, que je parcourais autrefois comme en triomphe, au son de la musique, des pétards et des canons, escorté parfois d'une foule immense.

^ A. M.-E., vol. 547, p. 452. Lettre à M. Imbert.

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EPISCOPALES

« Il y a tout juste huit ans, presque jour par jour, que je passais par cette même route. Les villages étaient alors au nombre de plus de 300, avec une population de 60 à 80,000 âmes ; maintenant, en comptant tous les villages oii nous avons des chrétiens indigènes dans le département de Gan-chouen, le nombre ne dépasse pas 100, dont le plus grand nombre ne sont pas complètement chrétiens ; quant au total de la population, il est certainement moindre de plus de la moitié. »

Avant d'arriver à Tchen-lin, l'évèque revit également le petit village de Yao-pou-tse, où Faurie avait commencé sa tournée triomphale. Son successeur n'en eut guère que Técho, mais ce fut encore un écho sonore*. *c La procession grossissait, les petits canons tonnaient ; nous fîmes un petit détour afin d'entrer par la porte du nord, ce qui nous permettait de traverser toute la ville pour arriver à l'oratoire élevé près de la porte du midi. Cet oratoire nouvellement construit n'était pas une merveille d'architecture, mais il était en pierres et très bien situé. Chinois et Y-kia vinrent en nombre assez considérable recevoir la communion et la confirmation. »

Il se rendit ensuite à iMou-you-se, dont était chargé le prêtre Ouang. Alors eureiit lieu, telles que nous les avons racontées, les funérailles du prêtre Yang massacré en 186o. Ce fut le terminus de cette visite.

Dans le récit des voyages faits «à Tsen-y, ïong-tse, Su-yang, nous avons remarqué celte pensée qui revient facilement sous la plume du visiteur épiscopal - : « La pompe extérieure était grande, peutêtre trop, surtout en ville^ par la faute des chrétiens, ce qui, j'en suis sûr, n'a pas beaucoup contribué à nous concilier l'affection des notables. »

Le second voyage, fait à Gan-chouen, fut marqué par une décision que l'évèque a consignée avec l'expression émued'ufi regret : « M. Lamy avait préparé une quinzaine de chrétiens d'une petite station des environs à recevoir la confirmation, mais, ajouta-t-il, en m'en parlant, ils plantent tous l'opium. » Alors, tout de suite, sans précaution oratoire selon mon habitude, je lui dis franchement : « Ils ne peuvent recevoir la confirmation. » Le pauvre Père qui a compris tout de suite la portée de cette manière d'agir faillit tomber en syncope. Il resta chez lui fort triste et dormit fort mal la nuit. De fait, la visite fut triste et les conséquences pires, cardes lors cette station, qui allait assez bien et donnait de l'espoir pour les environs, tomba tout à coup et dépérit rapidement, au point que maintenant, paraît-

^ Journal de Mgr Lions, p. 339.

- Journal de Mgr Lions, p. 387.

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VISITES

il, on rofuse de venir chercher le prêtre. Eh bien ! je suis persuadé que, si j'avais agi autrement, cette station existerait encore et peutêtre serait llorissante »

Le récit de la visite faite.en 1879 débute par les lignes suivantes qui nous montreront la nature des relations de l'évêque avec les mandarins ' :

« Avant de partir de Kouy-yang, je jugeai utile et à propos de me conformer aux usages chinois et d'aller prendre congé du gouverneur et des autres grands mandarins de la cai^itale. .l'ai été bien reçu partout. Le gouverneur surtout m'a exprimé sa vive approbation, et sur sa demande, je lui indi(|iiai les départements que je devais parcourir, puis je l'invitai à faire cooiiiiilre mon voyage aux mandarins des lieux par ofi je devais passer. H y accéda de bon cœur, et donna des ordres en conséquence... »

De plus, dans tout le cours de son voyage, l'évêque ayant jugé plus prudent « et surtout, comme il le dit, plus commode de ne pas aller en personne saluer les mandarins » envoya sa carte à chacun d'eux. Tous y répondirent immédiatement ; beaucoup lui hnmt demander par quelles villes et par quels villages de leur circonscription il devait passer, « et aussitôt ils envoyaient deux satellites avec des ordres écrits en gros caractères et afhchés sur une planchette longue et large d'un pied, iixéc sur une tige d'un mètre de longueur. Les satellites parcouraient, cette afliche à la main, les routes que l'évêque devait suivre, remettaient aux maires chargés de maintenir l'ordre des avis spéciaux. Grâce à ces précautions conformes au goût et aux habitudes chinoises, la visite pastorale se passa sans accident, et sauf dans un petit marché qui. par mégarde. ne fut pas averti, absoliunent sans incident.

Après la visite de Tcha-tso qui n'olTrit rien de particulier, Lions se rendit à Tsen-y. La paroisse même de la ville comptait seulement 200 chrétiens, mais les tidèles des stations environnantes y vinrent, de sorte que la réunion fut nombreuse - :

« Notre entrée à Tsen-y s'est faite assez simplement, afin de ne pas exciter la jalousie des païens, qui dans cette partie de la province sont généralement très orgueilleux.

'( Le missionnaire s'était conformé à ma recommandation de ne rien faire d'extraordinaire. Mais quand nous avons été arrivés à la résidence que nous avons dans cette ville, la réception fut solennelle, la fumée des pétards obscurcissait l'air, les présents arrivaient de

' A. M.-E., vol. 548, p. 2009. Lettre aux Conseils de la Propagation de la Foi, 10 janvier 1880.

■' A. :\I.-E.,vol. 548, p. 2014, id., 10 janvier 1880.

EPISCOI'^LES

tous côtés. Pendant les huit ou dix jours que je suis reste à la ville pour la visite et faire g'agner le jubilé aux chrétiens, avec l'aide de quatre missionnaires, la foule des néophytes était considérable, et les pétards ont continué chaque jour jusqu'à la hn de nolfe travail. »

Après la ville, ce fut le tour des campagnes ; une trentaine de chrétientés dépendaient de ïsen-y ; évidemment Tévéque ne pouvait aller partout.

« On a donc^ dit-il, choisi quatre ou cinq centres où les chrétiens des environs se rendaient ; mais- si la distance à parcourir était par trop considérable, les plus éloignés se contentaient de députer quelques-uns des plus intluents parmi eux ; en sorte qu'il y en a eu un grand nombre, surtout parmi les femmes, qui n'ont pu voir leur pasteur. Cependant, pour ne pas les priver du bienfait de la conjirmation, usant du pouvoir accordé par le Saint-Siège aux missions, le prêtre l'administrera à ceux qui à mon passage ne l'auront pas reçue. C'est ainsi que nous faisons toujours dans les cas semblables. »

11 visita d'abord les centres des environs : « A Tsen-y, dit-il, j'avais réussi à empêcher les démonstrations extérieures, mais dans la campagne, il n'y eut pas moyen de s'y opposer. A peine étions-nous arrivés à mi-route que les pétards commencèrent à résonner et à faire retentir les échos des montagnes environnantes. Nous traversâmes le marché de Lo-min-tchen, et c'est là surtout qu'on eut soin de faire le plus de tapage. Enfin, après de nombreux détours à travers les belles rizières de ces riches pays, nous arrivâmes au palais qui nous était préparé. C'était la maison assez vaste d'un néophyte qui durant la persécution de 1869 avait tenu ferme dans la foi et s'était bien comporté. Tous les chrétiens des environs, à plus d'une journée de distance, devaient se réunir là pour la visite. La pièce qui devait servir d'oratoire étant beaucoup trop petite pour contenir la foule, on avait élevé deux espèces de nefs au dehors, au mojen de grandes nattes de bambou dont se servent les cultivaîeurs pour battre et sécher le riz. Nous voilà donc installés comme dans un camp. Nous sommes trois missionnaires, nous nous mettons à la besogne, et en trois jours, confessions, communions, confirmations, tout est fini. Chacun alors rentre chez soi, et nous nous remettons enroule pour un autre centre, San-tcha-ho% éloigné d'une journée, dans la partie méridionale. Là les mômes démonstrations et les mêmes

exercices se répètent avec le même entrain -, »

^ Où la mission possédait une ferme.

- Avant de commencer les exercices de la mission, l'évêque à la tète des fidèles se rendit en pèlerinage au tombeau du Bienheureux Pierre Ou, qui n'avait alors que le titre de Vénérable. « Ce tombeau est situé à un demi-kilomètre du grand marché de Long-pin, dont le Vénérable arait dû être le premier apôtre, »

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VISITES

De San-tcha-ho, l'évoque partit pour ïong-tse. « A une lieue et demie de la ville, nous rencontrons l'avant-garde des chrétiens de cette station envoyés par M. Viret ; et bientôt après, le missionnaire lui-mrme avec Tarrière-garde^ dont la partie laplus intéressante était un petit peloton de fantassins composé d'une centaine d'enfants de la Sainte-Enfance. Aussitôt la procession s'organise ; mais rappelez-vous que c'est une procession chinoise, aussi quel beau désordre ! Devant, derrière mon palanquin, ce sont des chaises et toute une cavalerie qui s'effraie bientôt au bruit des pétards et des canons ; alors de tous côtés -se font entendre des cris qui ordonnent de marcher en ordre. Enfin, pour plus de solennité, à l'approche de la ville, les musiciens même du prétoire, sans doute pour obtenir un pourboire, car on ne les avait pas invités, viennent se poster devant ma chaise, afin de me réjouir de plus près par leur harmonieuse musique ! C'est ainsi que se lit notre entrée en ville, et l'on peut bien dire qu'alors toute la population était sur pied pour voir défiler notre procession et surtout pour voir l'évêque du Kouy-tcheou et ses compagnons de route. Nous arrivâmes donc à Téglise, car il y en a une, à travers cette foule curieuse, mais tout à fait silencieuse et je dirais presque pleine de respect.

'( A l'église qui fut bientôt envahie par une foule de chrétiens et même de païens, on me fit la réception à peu près selon la rubrique du Pontifical ; je dis quelques mots à la foule, puis lui donnai ma bénédiction chantée. Ensuite tous les chrétiens vinrent saluer l'évêque. On avait eu soin d'écarter les femmes et de ne pas les laisser paraître.

« Après 8 jours de ministère à Tong-tse, nous prenons la route des montagnes que je quitterai rarement jusqu'à mon retour à la capitale, et nous arrivons à Kouan-koue-pa où M. Jouishomme chargé du district de Su-yang, dont dépendait cette station^ était venu me recevoir. » Ce furent ensuite Iloang-yu-kiang, une des plus anciennes chrétientés de la province, Su-yang, Pou-lao-tchang, « où les fidèles sont déplus en plus nombreux », Ou-fong-tchouang, très ilorissantC' avant la persécution de 18b9, et Mei-tan.

« A une demi-lieue de cette dernière ville, une belle escorte de soldats endimanchés avec armes et drapeaux vinrent escorter Tévèque ; mais naturellement, il n'y eut pas grande administration, puisque les néophytes habitaient tous à une certaine distance de la ville. »

Vint le tour de Ou-tchoan, qui ne comptait pas de chrétiens, mais possédait quelques catéchumènes.

'- A Mei-tan, Mg^ Lions se fit recevoir du Tiers-ordre de saint François, au mois de septembre 1879.

EPISCOPALES

« Nous nous sommes, raconte Lions', reposés deux jours, en attendant que les vieux chre'tiens de Mao-tien et Mao-loao envoyassent du monde prendre nos petits bagages; car c'est dans ce pays (\ue commencent les longues, pénibles et dispendieuses courses. Delà à Maotien on ne compte que trois lieues, mais quelles routes et quels précipices ! Quels pays sauvages et pittoresques ! Enfin, nous avons pu arriver chez nous à l'entrée de la nuit: ma chaise n'était pas intacte.

« A Mao-tien, nous avons une petite résidence et un modeste oratoire qui n'est autre chose qu'une grande maison chinoise ordinaire. C'est là la plus ancienne chrétienté du Kouy-tcheou et elle n'est composée rien que de vieux chrétiens.

« C'est dans cette station que M. Moye, intrépide et saint missionnaire, a été pris, il y a plus de 100 ans. Sa mémoire est en vénération chez les vieux chrétiens du pays. A quatre lieues plus loin, sur le plateau d'une des plus hautes montagnes du Kouy-tcheou, du sommet de laquelle on peut contempler au loin les pays bas du Su-tchuen, se trouve une autre vieille chrétienté appelée Mao-Ieao. Les chrétiens ne sont peut-être pas si nombreux qu'à Mao-tien, mais ils sont plus fervents. Autrefois ils dépassaient le chilTre de trois cents. Depuis les troubles, leur nombre a diminué très sensiblement à cause des émigrations. Néanmoins c'est encore là qu'est le plus grand noyau de vieux chrétiens. » En cet endroit, nous trouvons encore sous la plume de l'évoque cette réilexion attristante- : « Bon nombre de confirmations ont été ajournées à cause de l'opium, c'est bien fâcheux, car les familles qui n'ont pas été acceptées sont tombées dans l'indifférence et maintenant sont probablement apostates. »

Après être revenu à Ou-tchoan, il partit avec Chasseur pour Che-tsien,en passant par Hia-tai qui venait d'être témoin du massacre de sept chrétiens et de l'emprisonnement de sept autres ; par Tchao-ki, une des principales stations nouvellement formées par M. Bouchard, et par Tien-tchou-ngan-pa, où il bénit la maison du néophyte Sin Kiopa. Le l*^'" novembre, il célébra la fête de la Toussaint à Che-tsien, où il resta deux jours; puis il partit pour Heou-chan^ « Le ckefde cette station ainsi que des stations environnantes, dit-il*, est un savant et habile lettré qui possède ici même un vaste domaine. Ce néophyte, bien instruit et assez zélé, rend au missionnaire d'importants ser-

1 A. M.-E., vol, 548 p. 2044* Lettres aux Conseils de la Propagation de la Foi^ lOjanv. 1880.

-Journal de Mgr Lions, p. 395.

^ Heou-chan, n'est qu'un hameau qui a'est guère habité que par les colons du catéchiste. C'est comme une grande ferme perdue au milieu des vastes forêts qui s'étendent à plusieurs lieues.

* A. M.-E., vol. 548j p. 2064. Lettre du 10 janv. 1886.

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VISITES

vices soit pour correspondre avec le prétoire quand il y a quelque -aiïaire de chrétiens à traiter, soit pour convertir les païens, soit pour iustruire et conlirmer dans la foi les autres néophytes. C'est aussi lui qui. comme grand catéchiste de tous les parages au midi de Meitan, avait organisé tout ce qu'il avait pu inventer en fait de pompe pour ren>dre mon voyage le plus solennel possible.

« Le catéchiste de lleou-clian a fait bâtir exprès une très vaste maison pour servir d "o'raloire et de logement au missionnaire. Trois grands compartiments sont uniquement aifectés au lieu de prières. A chaque visite, ils se remplissent de chrétiens. Nous sommes donc restés là huit jours pour administrer tout ce monde. Beaucoup venaient de loin. »

Enlin après être passé à Ty-o-po, à Nieou-tchang, à Toan-potchai, dont les trois cents chrétiens de 1857 étaient réduits à quatre-vingts, le Vicaire apostolique rentra à Kouy-yang.

Ce voyage avait duré plus de cinq mois, il s'était étendu dans six districts renfermant plus de 200 stations et environ 8000 chrétiens. De ce grand nombre de postes, Lions en avait seulement visité 24. « De retour chez moi, dit-il en terminant son récit' après une longue absence, j'aurais dû selon l'usage aller saluer tous les grands dignitaires de la ville; mais pondant mes courses ils nous était arrivé un nouveau gouverneur qui a changé de politique : il ne reçoit pas les étrangers, dit-on, et pas beaucoup les mandarins, je me suis donc contenté de le faire saluer par ma carte. »

Une autre visite épiscopale eut lieu aux mois de juin et de juillet 1880, dans les deux districts de Tin-fan et de Koang-tchouen. L'évèque quitta Kouy-yang avec un missionnaire Layes. A Kao-tchai, il remarque les mauvaises dispositions des femmes indigènes pour la religion chrétienne. « Elles empêchent souvent, dit-il -.leurs maris d'embrasser le catholicisme, il ari'ive mémo qu'elles font apostasier ceux qui l'ont embrassé. Les principales causes de ces mauvaises dispositions des femmes, c'est, je crois, leur ignorance à peu près générale de la langue chinoise, qui ne leur permet pas d'apprendre et de comprendre la doctrine, et aussi, on peut dire surtout, certains usages au sujet du mariage et du libertinage des grandes tilles. » Parmi les autres villages qu'il visite. Lions cite Long-tsiuen-tchai, « où l'on est as.-ez instruit et dont les habitants viennent tous les jours à la messe et au catéchisme ; » Ly-mou-lchai, Tchao-se, Loteng, autant de lieux ofi lenombi'e de chrétiens diminue. A Pai-king, grand marche d'environ 1000 habitants généralement hostiles

* A. M.-E., vol. 549J, p. 1773.

2 A. M.-E., vol. 549J, p. 1777.

EPISCOPALES

atix catholiques, « ces derniers étaient venus des environs ; ils avaient voulu profiter du passage de l'évèque pour montrer qu'ils n'avaient pas peur ; aussi le son strident de la trompette chinoisej le cre'pitement des pétards, la détonation des petits canons n'ont cessé de retentir tout le long de la route : mais c'est surtout à l'approche du marché et dans le marché môme que nos paysans s'en sont donnés, une douzaine de petits canons placés à la file les uns des autres étaient allumés presqu'instantanément parle moyen d'unCil de communication. » Le prélat arriva'' ensuite à Tin-fan, où il laissa Layes pour prendre avec Pasquier, dont il allait parcourir le district, le chemin de Koang-tchouen, où l'administration ne présenta rien de spécial. Le 27 décembre 1880, il partit pour Tou-chan dirigé par Saby.

« Tou-chan, écrit-il *, était alors, et je crois qu'elle est encore l'une des plus belles stations de la mission du Kouy-tcheou. Rendant plus de huit jours, nous avons travaillé comme des nègres; il n'y eut pas grand temps perdu ; d'ailleurs tous les jours l'oratoire était plein, surtout le matin à la sainte messe. 11 y a eu là beaucoup de confirmations, quelques baptêmes et quelques retours, entre autres celui de la famille Long, que j'ai réussi à faire réconcilier avec la famille Teng, grâce à la confession que celle-ci a consenti à faire. »

Le prélat se rendit ensuite à Ong-long, à Heoutchang-pou, à Siteou-gai, « composé de quelqXies chrétiens assez bons et d'un plus grand nombre fort négligents », à Pin-fa, qui n'avait encore ni presbytère ni oratoire ; « nous avons donc, raconte-t-il *, été reçus chez l'aubergiste Ma, dont la maison était plus vaste.

« C'est pendant cette visite que, voyant tant de néophytes, et pas d'oratoire, je les exhortai à bâtir une modeste maison, les assurant que l'Eglise les aiderait. Je me suis aperçu de suite que plusieurs, surtout parmi les plus riches, ne goûtaient pas trop mes paroles; sans doute, tout le monde voulait bien un oratoire, et le plus beau possible, mais ils auraient préféré que l'Eglise se chargeât de toutes les dépenses, ou du moins les laissât libres d'y contribuer autant qu'ils voudraient. » •

En 1881, l'évèque fit la visite des chrétientés du sud-ouest ; il commença ses travaux à Mou-you-se, les continua à Tchen-fong qui ne possédait alors que fort peu de catholiques ; puis sans avoir pu, à cause des pluies, aller donner la confirmation aux indigènes des stations environnantes, il arriva à Hin-y fou, où Aubry « lui fit une réception plus solennelle que ne le comportait le nombre des chrétiens ; mais les campagnes s'en sont mêlées, quoique assez éloignées, et le

''■ Journal de Mgr Lions, p. 371.

2 Journal de Mgr Lions, p. 375.

KOUY-TCHEOU

io

VISITES ÉPISCOPAlfeS

bataillon des élèves, avec leurs costumes de diverses couleurs. Défaisait pas mauvais effet. » Il y eut d'ailleurs d'assez nombreuses confirmations, grâce aux deux orphelinats peuplés de plus de cent enfants.

Accompagné d'Aubry, le Vicaire apostolique se rendit, par ïsinghiao, à Hoang-tsao-pa oii Chanticlair avait préparé un certain nombre de fidèles à la conlirmation ; puis à Ta-chan, Pan-kang, Pe-ma-tong et aux stations de la frontière méridionale, et là il écrivit sur son Journal cQlte réflexion attristante' : « Au fond, il me semble que les chrétiens ne sontpas'plus nombreux qu'il y a trente ans, seulement ce ne sont pas les mêmes. »

Cette visite fut la dernière de Lions et, sauf un petit voyage à Cheteou-tchai avec Lucas, sauf de rares promenades à Lou-tsong-koan, l'évoque ne sortit plus de Kouy-yang; ses trente-quatre années de mission pesaient lourdement sur lui, et sa santé ne lui pej'mettaitplus ces expéditions qui sont, par certains côtés, pénibles comme des voyages d^explorateurs.

Au sujet de ces visites pastorales, Lions a fait une réflexion que nous citons sans commentaire^ :

J'ai souven,t vu qu'à ma première visite tout était plus solennel, ce qui est naturel, mais qu'il y avait plus d'entrain pour les prières et qu'un plus grand nombre de chrétiens venaient assister aux sermons, il y avait aussi moins de baptêmes et de contirmations ; il me semble que ce n'est pas là une forte preuve du progrès de la foi ! Je suis persuadé, cependant, que ceux qui ont tenu bon et persévéré dans la foi seront mieux instruits et plus vrais chrétiens. Ceux qui se sont retirés très probablement n'avaient pas la foi, ou tout au moins ils avaient une foi bien superficielle. Quel qu'en soit le motif, il faut avouer que ce n'est pas très consolant pour le missionnaire.

^ Journal de Mgr Lions, p. 364 .

2 Journal de Msr Lions, p. o78.

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