‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 9 sur 56 · POPULATION · texte numérisé non relu

POPULATION

LANGAGE

1" Les Choui-tse ou Choui-kia\ qui habitent surtout au-delà du Tsin-choui-kiang, aux environs de Ong-gan-jen et de Hoangpin-yen, dans les déparlements de Pin-yue et de Tchen-yuen ; ils se disent originaires du Kouang-si ; ils parlent le chinois, mais ils le prononcent d'une manière assez défectueuse.

2° Les Pou tse Tien-ten-jen, du nom de leurs villages, habitent aux environs de Gan-chouen et de Gan-pin ; ils prétendent venir du Tche-kiang et du Kiang-nan. Quant à l'époque de leur émigration ils l'ignorent, et volontiers la disent très ancienne. « Mes ancêtres sont venus ici au commencement du monde », affirmait l'un d'eux en parlant à Ms"^ Lions. En tous cas, à leur arrivée, les plus grandes villes actuelles de la région n'existaient pas ; Gan-chouen, Gan-pin, Tchenlin, ne furent bâties que plus tard. Ils ont pris le langage des Chinois et à peu près, du moins les hommes, leur costume. Ils sont généralement plus grands et plus vigoureux que les autres Chinois ; certains pensent qu'ils sont les descendants des premiers conquérants, alliés aux femmes du pays. Dans la pagode de Koan-ti, près de Ganchouen, on montre une statue d'homme en costume de guerre et auprès celle d'une femme habillée à la mode miao ; ce sont, diton, les statues de leurs ancêtres. Ils sont excellents cultivateurs.

3° Les Tchoan-tsin (habillés de bleu foncé) viennent, comme les Pou-tse, du Kiang-si; ils se sont surtout installés depuis Ganpin bien jusqu'à Tsin-tchen bien, et de Tsin-gai à Pin-yue. Les hommes seuls parlent le chinois ; les femmes ont conservé la langue primitive. Tous sont très superstitieux, et aussi difficiles à convertir que les Pou-tse. Bons cultivateurs et possédant presque tous quelques arpents de terre, ils sont environ au nombre d'un million.

4" Les Li-min-tse, qui ressemblent fort aux Pou-tse et aux Tchoan-tsin, habitent les environs de Lang-tai, ils ont une langue particulière et se disent originaires du Kouang-tong, descendants d'un certain Li venu au Kouy-tcheou sous la petite dynastie des HeouHan (947-949). ::;:.>\/. ,-;^ ::>:.: ..^ ^.'-^yJCi-^r:..::^:-^.:^

^° Les La-pa-tse, venus du Hou-kouang depuis bien des siècles, se sont répandus au-delà de Lang-tai et de Mao-keou, dans la préfec- -^ture de Hin-y. Durs au travail, vindicatifs et remuants, tel est le portrait qu'en font ceux qui les ont le plus fréquentes. Ils parlent chinois, quoiqu'ils aient gardé la connaissance de leur idiome primitif.

6° Les Fong-teoii-ki (crête d'aigle) appelés ainsi sans doute à cause de la manière dont les femmes disposent leurs cheveux : après les avoir liés au ras de la nuque, elles les divisent, puis les ramènent

* Chez les Chouj-kia par M. Cavalerie, Annales de la Société des Missions- Etrangères, mai-juin 1899, n» 9, pp. 101-107.

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INTRODUCTION

sur les côtés et sur le front, et enfin les relèvent à la façon d'une crête, sur le milieu de la tête. Pour le môme motif on les nomme aussi fCi-jen, hommes poules : Ki-eul-tse crêtes de coq.

T» Les T en-tien- j enK Leur nom vient de ce qu'ils cultivent les bonnes rizières, Ten, affectées lors de la conquête, qui eut lieu sous les Ming, à l'entretien des soldats. "

Telles sont les races ou tribus principales d'anciens Chinois ; leurs usages ont beaucoup de rapports les uns avec les autres, leurs relations sont nombreuses et les familles contractent assez facilement des alliances matrimoniales entre elles. Les femmes n'ont pas les petits pieds comme les Chinoises. actuelles, aussi sont-elles plus actives, plus laborieuses, plus libres d'aller oii leurs affaires les appellent.

• « Voici, écrit M. Aloys SchoUer, comment un chrétien me rapporta la tradition

de cette race, d'après des documents autrefois conservés au prétoire du gouver-

' neur dans des armoires de fer. Ce chrétien, Hiang, bien intelligent, a joué un rôle

assez important à la dernière rébellion, s'entremettant pour obtenir la soumission

aux mandarins d'un roitelet révolté :

« Le grand aïeul de ma famille, me dit-il, était soldat de l'armée impériale qui, la cinquième année de Hong-ou, vint réduire le Kouy-tcheou. Le pays de Toiiin ma ho étant soumis, le général en chef Lieou, finit la guerre en s'emparant du camp des miao Kin ky chan montagne des faisans dorés, près Ping-yue. Pour consolider la conquête on décréta que la moitié des soldats pourraient retourner dans leur patrie, mais que l'autre moitié s'installerait au Kouy-tcheou. On tira au sort les flèches d'un carquois, la moitié étant jaunes et la moitié rouges. Mon aïeul tira une flèche rouge et dut rester au Kouy-tcheou. On divisa les meilleurs champs en 28 lots ; chaque soldat reçut sa part sans autre charge que l'entretien d'un nombre déterminé de soldats. Notre général Lieou se fixa dans la plaine de Lo-kang.

(( Cet état de choses dura jusqu'à l'établissement des mandarinats, époque à laquelle on licencia une partie des soldats et l'on mit des impôts sur les champs qui les nourrissaient, ce qui les fit nommer vieux champs imposés ; plus tard les soldats étant complètement congédiés, leurs champs reçurent encore un impôt et s'appelèrent : nouveaux champs imposés.

« Les Pou-tien « champs des Pou-tse » sont des champs fertiles dont le propriétaire n'est tenu à aucune corvée, le partage en ayant été fait avant l'établissement des mandarinats. Les Ten-tien au contraire, étant fiefs de l'empereur, sont la portion des conquérants ; ceux qui les ont reçus ne peuvent ni les vendre ni les aliéner • à eux incombent la surveillance et l'entretien des routes ; ils doivent nourrir les grands mandarins en voyage et porter leurs bagages ; ils transportent même d'une étape à l'autre les condamnés à mort.

« En revanche le détenteur de ces champs est homme de l'Empereur : il peut aller à cheval dans la ville, porter aux examens le plastron brodé sur la poitrine et sur le dos. Les descendants tiennent à ces traditions et j'ai vu à Fey-ly-pa, de ces Kuin-kia « familles militaires » divisées en cinq noms patronymiques et ne s'alliant pas entre eux par le mariage. Voici la raison qu'ils donnent de cette coutume : Nos cinq ancêtres, disent-ils, étaient de la même tente, ils se reconnurent alors frères, et, à cause de cette parenté contractée sous les drapeaux, ils ne se marient pas entre eux. « , ^ • '

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VILLES — POPULATION

LAITGAGE

Les hommes sont bons cultivateurs et presque tous possèdent quelques arpents de terre.

Les Chinois modernes, dont l'immigration au Kouy-tcheou date surtout du XVIÏl® siècle et s'est continuée depuis dans une large mesure, viennent du Kouang-si, du Hou-kouang, et principalement du Su-tchuen. ,

On voit également, mais en moins grand nombre, des habitants du Fo-kien et du Kouang-tong ; ces derniers sont généralement des marchands et dans les villes où ils se fixent ils aiment à se grouper dans un quartier spécial, que pour ce motif on appelle le quartier des Cantonnais'.

Les traits les plus saillants du caractère des Miao-tse et des Tchong-kia-tse ont été précisés par les missionnaires, sous cette forme qui n'a rien de flatteur pour ^eux qui en sont l'objet. Aborigènes et Indigènes sont à peu d'exceptions près hypocrites, méfiants, menteurs, ivrognes ; ils sont assez travailleurs ; les fenîmes sont actives, généralement fidèles à leurs devoirs d'épouse et de mère^ du moins quand elles sont définitivement en ménage*.

Quant aux Chinois, Lions affirme qu'ils ont plus de simplicité, de franchise, et moins de corruption que ceux des autres provinces. Cette opinion n'est pas partagée par tous les missionnaires.

On peut se demander quels sentiments les représentants de ces diverses races. Aborigènes, Indigènes, Chinois anciens ou modernes, ont les uns pour les autres. V'

La réponse est aussi triste que facile à faire. Les Chinois n'ont que du mépris pour les Aborigènes qui les détestent ; ils ont du dédain pour les Indigènes qui le leur rendent bien. Cependant il y a moins d'éloignement entre les Chinois et les Indigènes qu'entre eux et les Aborigènes; on voit même quelques alliances matrimoniales et, d'autre part beaucoup d'Indigènes, surtout les hommes, parlent la langue chinoise. Il faut remarquer que cette antipathie réciproque, qui rend impossible la fusion des races, n'empêche pas les chefs de

1 Cette remarque s'applique d'une certaine façon à tous les émigrants, qui se groupent ordinairement selon les provinces dont ils sont originaires ; et, dans chaque grande ville, on trouve des syndicats du Su-tchuen, du Yun-nan, du Kiaugsi, dont les membres se soutiennent mutuellement.

^ Cette restriction fait allusion à la coutume indigène qui veut que les jeunes femmes demeurent chez leurs parents, généralement sans leur mari, pendant deux^ trois et même quatre ans après leur mariage.

PMpa

INTRODUCTION

se concerter dans les réunions, Isi toan, lorsqu'il s'agit de prendre * des mesures d'ordre général

La langue officielle et généralement employée dans toute l'étendue de la province, est le chinois mandarin à peu près tel qu'on le parle au Su-tchuen, mais il y a en outre un grand nombre d'autres langues.

Chaque race aborigène parle son idiome maternel différent de la langue chinoise et différent entre eux. On ne saurait dire positivement le nombre de ces idiomes.

Les Tchong-kia-tse parlent également une langue particulière qui ressemble beaucoup à celle de Siam. M^' Albrand, qui avait été pendant longtemps missionnaire dans ce dernier pays, reconnaissait beaucoup de mots siamois; tous ceux qui depuis lors ont étudie et comparé les deux langues ont trouvé entre elles de nombreuses analogies. Les Tchong-kia-tse n'usent du chinois, quand ils le savent, que pour faire le commerce ou traiter leurs procès aux mandarinats. Ils paraissent avoir peu de goût pour les livres, quoiqu'il y ait chez eux des candidats au baccalauréat et qu'ils réussissent assez bien dans leurs examens.

« Leur langue, écrit Aloys Schotter, est monosyllabique et comprend divers tons comme la langue chinoise; mais, n'étant fixée par aucune écriture, elle varie assez sensiblement d'un lieu à un autre, un peu comme les patois du midi de la France. Les Tchong-kia du Kouy-tcheou, les Long-jen du Yun-nan, les Tou-jen du Kouang-si, qui parlent évidemment la même langue, ont cependant de la peine à se comprendre ; cette langue est pauvre surtout d'expressions de morale et de métaphysique ».

Nous donnons, d'après A. Schotter, un tableau comparatif de plusieurs des langues parlées au Kouy-tcheou, auxquelles sont joints des mots de la langue siamoise (p. xxvii).

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