SEPTIÈME LEÇON
Suite de V Histoire naturelle générale des Mammifères.
En traitant des mammifères , il est nécessaire , Messieurs , d’observer surtout leur moral ou le principe qui les fait mouvoir, qui dirige les actions de ces créatures, puisque c’est proprement en cela que consiste l’animalité. Lorsqu’on dissèque un animal, et qu’on examine les rapports et les ressorts de toutes les pièces qui composent son organisation avec un art si sublime, on se demande quel est le mobile qui met en jeu toutes cesparties, surtoutle cerveau et le cœur, qui fait sentir, agir une créature avec une sorte d’intelligence ou d’instinct? Sans doute , ni Antonio Pereira , ni Descartes et d’autres philosophes , n’ont pu nous convaincre que ces bêtes fussent de pures machines , telles qu’une horloge ou une montre ; et nous voyons trop évidemment le chien, l’éléphant, manifester du sentiment , une volonté et de l’intelligence : aucun art humain ne saurait jamais attribuer les mêmes facultés à une machine , à nul automate.
Mais cet agent inconnu de la vie , du sentiment, de l’instinct, elles les animaux, est-il une âme?
Diffère-t-il essentiellement, et par sa propre nature, de lame humaine , si capable .d’élévation nriorale et de hautes pensées , ou ne se distingue-t-il que par de moindres degrés de puissance , d’étendue, delé- '*■ . • vation? Vous le voyez, Messieurs , dès les premiers pas de cette étude, l’esprit humain se trouve confondu dans un labyrinthe d’incertitude et d’ignorance , où se sont tant de fois égarées la métaphysique et la théologie, lorsqu elles ont prétendu résoudre ces problèmes, ou découvrir des ressorts secret% que la nature a dérobés à notre connaissance.
Il est toutefois des recherches moins abstraites et plus instructives , qui nous dévoileront divers degrés d’intelligence dans les animaux. L’homme, cette créature orgueilleuse , prétend s’arroger seul tout v l’esprit sur la terre , et réduire les autres êtres à l’état de brutes insensées. Il frappe en despote, il massacre en tyran , il écrase avec fierté d’innocentes espèces auxquelles la nature avait départi des instincts, des qualités admirables ; et cependant de minces abeilles lui présentent les plus hautes leçons de prévoyance et de patriotisme. Qui n’a point ouï parler des sociétés et des travaux des castors? *
« Ils choisissent (ditHearne, voyageur anglais qui les a » le mieux observés ) des cé^ix assez profondes , pour ne «point geler jusqu’au fond /soit de petits lacs, soit de rivières; ils préfèrent les eaux courantes, parce qu’en « coupant leurs bois en haut, le fil de l’eau entraîne ceux-ci » aux lieux destinés à leur ville. D’abord ils établissent en «travers du courant une digue formée de fascines entre- « mêlées de pierres et de limon, mais sa nspieux enfoncés «dans le sol; cette digue, seulement employée pour les eaux Tous I. •
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«courantes, a pour but de les maintenir toujours au ni- » veau de leurs habitations. Elle a reçu une courbure con- » vexe du côtédu courant, et cette digue , sans cesse for- » tiliée , devient Très-solide , au point que les branches «des fascines y germent, et forment une haie où les ^ oiseaux d’eau viennent nicher.
«Les huttes, proportionnées au nombre de leurs habi- »tans, reçoivent d’ordinaire un ou deux pères et mères • avec leurs enfans, souvent en nombre double; elles sont «construites en dômes au-dessus de l’eau , où les castors «se tiennent, avec des écorces et autres nourritures; «mais ils mangent en bas , ou près de l’eau; quelquefois chaque famille a sa chambre séparée par une cloison. » La hutte n’a qu’une porte d’entrée sous l’eau , et nulle » communication avec la terre.
» C’est avec ses dents rongeantes que le castor coupe les » branches d’arbre ; il croise ces branches habilement à «l’aide de ses mains, sans employer des pieux. La char- » pente est ensuite garnie de pierres , de mortiers et de «morceaux de bois pour former des murs; le ciment « d’argile se prend au fond de l’eau où plongent les cas- «tors, en l’apportant entre leurs pâtes de devant.
« Ce n’est que pendant la nuit que travaillent ces ani- » maux , et très-rapidement ; chaque année ils recrépis- , «sent leur maison d’une nouvelle couche de limon, aux » premières gelées , pour que le tout se consolide mieux. «Pendant les beaux jours d’été , nos castors quittent les «eaux et visitent la campagne; mais ils reviennënt aux pre- » miers froids. C’est pendant l’été qu’ils vont choisir les «bois , et qjarquer les emplacemens plus commodes , les «lieux des nouvelles colonies; les bois sont coupés à la « fin de l’été , et l’édifice ne commence qu’en automne. » Cependant il y a le long d% rivage, des terriers, espèces « de maisons de campagne , où ces animaux se réfugient > quand ils sont attaqués. Leur principal ennemi est le » glouton , petit ours qui cherche à démolir leurs huttes» .
Toute cette association de travaux , loin des regards de l’homme» peut-elle avoir lieu sans quelques discours entre ces animaux ?
Mais si les bêtes parlent entr’elles , si l’on ne peut pas raisonnablement douter qu’elles aient un fonds quelconque d’intelligence, plus ou moins développé, suivant leurs espèces, quels seront les rapports moraux de ces créatures avec l’homme ? Le droit que nous nous arrogeons de les tuer, de les asservir , est-il conforme aux lois de la nature? N’avons-nous rien qui nous doive arrêter? Est-il permis, par exemple, de faire servir le chien à des expériences douloureuses de chirurgie, ou de se jouer des tourmens d’un pauvre animal , sans nécessité , comme le font souvent des hommes atroces? Cette tendre philomèle , à qui un dur laboureur arrache sa naissante couvée encore sans plumes , et qui, perchée sur le peuplier des rivages , prenant en vain le ciel à témoin de nos injustices , remplit de nuit la solitude de ses tristes plaintes : cette mère infortunée n’a-t-elle aucun droit à la justice de la nature? L’homme le plus inhumain n’égorge pas, sans émotion, le faible agneau qui lui lèche les mains, et semble lui demander grâce pour une vie infortunée. Les peuples les plus religieux , comme les Brahmes de l’Inde, les Pythagoriciens, les premiers Chrétiens , croyaient qu’il y avait quelque crime à massacrer ainsi des animaux sans défense, fût-ce même pour se nourrir; aussi la plupart d’entr’eux se privaient de l’usage de la chair , qui rend cruel et insensible ; et les jeûnes, les carêmes, de diverses religions , sont un reste de ces sentimens. Nous aimons voir, chez un peuple voisin , des lois qui répriment les traitemens barbares qu’on
fait subir à nos animaux domestiques ; au cheval r noble compagnon de notre gloire dans les combats; au bœuf, laborieux et fidèle serviteur , qui nous sacrifie ses travaux et même sa vie sans se plaindre.
Mais ce n'est pas l'homme seul qui pratique l'iniquité la plus révoltante envers les animaux , puisqu’il y a des bêtes féroces créées par la nature ellemême , pour détruire d’autres espèces , et que nous en avons ailleurs montré les raisons finales. Seraitce donc la nature elle-même qui donnerait les premières leçons de férocité à tous les êtres , depuis la chatte , apportant à ses petits naissans des souris en vie, pour les instruire à se jouer cruellement d’un proie encore palpitante, jusqu’aux tigres, aux léopards et à tout ce qu'il y a de plus horrible sur la terre, dans les airs ou les eaux ? Des théologiens et des légistes ont cru , en effet , d'après Leibnitz , que les animaux n 'étaient pas exempts de crimes, et qu’il était digne de la suprême Justice qui gouverne l’Univers, de se montrer équitable rémunératrice des biens , et vengeresse des meurtres exercés en ce monde, soit par l’homme , soit même par les animaux , toutes proportions gardées.
Sans nous engager toutefois en ces recherches, et discuter avec de savans Sociniens allemands, $i c'est à tort ou à raison qu'une chenille a pu être tuée par une guêpe , et si l'araignée a le droit de dévorer les mouches , nous dirons que la nature a pris soin de se justifier dans nous à l'égard des animaux. Si nous n'étouffions pas trop souvent dès
l’enfance ce sentiment moral si honorable qui nous fait compâtir aux douleurs d’une autre créature, nous verrions que la nature indignée se révolte contre toute cruauté; quelle se revenge dans le cœur des Tibère et des Néron des horreurs qu’ils commettent , comme l’a remarqué l’historien Tacite. Les états de boucher ou de bourreau des animaux , quoique nécessaires à notre vie , nous paraissent toujours odieux : c’est donc une sorte de frein naturel que la sage Providence a placé dans le cœur humain, comme une garantie contre le mal gratuit que nous pourrions exercer sur les animaux. Les Bralimans poussent si loin cette pitié, qu’ils ne tuent pas même les insectes , et qu’on voit chez les dévôts Musulmans , des hôpitaux pour les chiens infirmes.
Nous avons dit d’ailleurs que cette commune nécessité de mourir, à laquelle est condamné tout être vivant dès sa naissance , et le peu de sensibilité et d’intelligence des créatures d’un ordre inférieur, rendaient moins criminelle l’action de détruire les animaux. Ainsi l’homme qui ressentie rait le plus de commisération à égorger la brebis, se nourrit sans remords de l’huître vivante , parce que ce dernier animal n’a presqu’aucun sentiment, ne jette aucun cri de souffrance dans ce moment fatal de la destruction ; moment si terrible pour les êtres les plus sensibles. Les bêtes féroces exercent , à-la-vérité , leur odieux ministère sans remords , mais subissent à leur tour, la plupart, la même destinée qu’elles font éprouver à d’autres
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espèces, de sorte qu’il y a dans le règne animal une sorte de réciprocité et de compensation générale de biens comme de maux.
Plus les animaux sont intelligens et sensibles , plus leur destruction, par d’autres espèces, semble accompagnée de cruauté et d’injustice ; mais peuton dire que le lion ou le vautour soient coupables? la nature ne les a-t-elle 'pas justifiés par leur organisation et le besoin de vivre de chair ou de sang? Les animaux se doivent-ils quelque chose entr'eux? Ont-ils des liens communs de confraternité qui les lient? Ne voit-on pas partout, sur le globe, régner la force plutôt que l’équité, même entre les nations les plus civilisées , par cet horrible abus de la puissance, tour-à-tour, dès lesàges lesplus ântiques?Sila rage et la guerre sont les seules lois que reconnais* sent , soit les animaux entr’eux , soit les hommes qui leur ressemblent, dans quel monde abominable avons-nous été jetés ? Mais peut-être que le contrepoids et l’équilibre entre tous les êtres de la création , ne pouvaient s’établir que par ces moyens ; car nous voyons que chaque individu , se prévalant également de son intérêt propre , ne reconnaît rien de supérieur à sa nature indépendante. Ainsi la puissance ou l’autorité peuvent seules établir l’accord et l’unité ; ainsi la force, parmi les animaux, tient lieu de la justice, tandis que parmi leshommes, ce serait à la justice à tenir lieu de la force, si toutefois la première pouvait jamais suffire elle seule parmi nous.
La plus grande sensibilité que les êtres mani-
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testent entr eux est relative à leur propre espèce , depuis celle de la mère pour ses enfans, et celle des sexes l’un envers l’autre, jusqu’aux simples rapports de langage, de voix ou de signes. Chacun recherche son pareil dans la nature , à l’exception de ces êtres dénaturés et farouches pour lesquels le sang et la férocité sont un besoin. Ainsi, jamais l'araignée n’aborde une autre araignée, sans qu’elles se livrent une guerre à mort , et les approches même de l’amour sont dangereuses et redoutables. Malheur à l’imprudente qui s’abandonne sans réserve à ce sentiment ! Si elle rencontre un être moins passionné qu’elle, aussitôt elle en deviendra la proie. De même les autres animaux féroces, les tigres, les lions ne s’apparient qu’avec défiance; s’ils ne sont point assez aüioureux, ils deviennent furieux : car la concurrence de la chasse, ou la nécessité de vivre de même proie, rend ces animaux ennemis de leur espèce même ,• et ils ne souffrent leurs femelles et leurs petits que dans le seul temps qu’ils ne peuvent pas être rivàux. Cette singulière combinaison de la haine au milieu des plus douces passions, est encore une merveilleuse harmonie de la nature, pour prévenir la trop nombreuse multiplication detres cruels et malfaisans. Ainsi la Providence se montre en cela bonne par cette industrieuse méchanceté; et heureusement les monstres prennent soin de s’entre-détruire eux-memes.
Cçs considérations ne sont pas inutiles, Mes* sieurs , puisque nous devons vous entretenir de * l’histoire des animaux carnassiers , ou que la nature Tome I. ij •
a voulu armer de dents , de griffes , et remplir d’un instinct sanguinaire ; en sorte qu’ils sont , pour ainsi parler, les exécuteurs obligés et nécessaires des actes que leur impose leur organisation.
En effet, ce n’est point avec des dents aigues que les léopards et les panthères peuvent broyer des herbes pour leur nourriture; ce n’est point dans un estomac étroit , simple et membraneux, abreuvé de sucs irritans. que ces herbes pourraient se digérer ; et la preuve en est , que ces animaux rejettent , sans digestion , le pain , les matières purement végétales qu’on les force d'avaler. La chair répugnerait, au contraire, à l’estomac de l’agneau et de la douce gazelle ; leurs dents ne sont point faites pour déchirer, et leur goût repousse avec horreur de sanglantes proies. Toutes les parties de leur constitution sont au contraire destinées au régime végétal. Ainsi l’on doit voir dans la conformation de chaque animal, la raison de ses actions*
Tout se tient en effet chez les créatures organisées, et principalement chez les animaux, en telle sorte qu’une seule partie indique quelquefois le tout. « Montrez-moi une dent d’un animal, disait un Naturaliste , et je vous apprendrai toute l’histoire de cet être que je n’aurai jamais vu de ma vie » . Ceci n’est point , Messieurs , une vanterie extravagante, ni une folle, présomption. Par la grosseur de la dent on peut juger de la taille de l’animal qui la portait ; par là configuration de cette dent , propre à broyer des herbes, ou bien à déchirer de la chair; on connaîtra quelle appartenait à un herbivore ou
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bien à un carnivore ; et de là que n’en résulte-t-il pas? Tout le reste de la structure du corps, nonseulement l’estomac et les viscères , mais la forme des pâtes , des griffes chez l’un , ou des sabots chez, l’autre, la vivacité des sens, les habitudes qui dérivent par nécessité de ce genre de vie et de cette constitution , font voir bien clairement que tout se coordonne , que tout se tient dans l’organisation par les plus merveilleuses harmonies.
Les carnivores ont besoin, outre leurs armesoffensives , leurs dents, leurs griffes, de beaucoup de vigueur, d’agilité, d’un instinct cruel, sanguinaire; et ils trouvent la source de ces qualités dans la nature de leurs alimens, dans la chair et le sang. Les herbivores, outre qu’ils manquent d’armes offensives, sont craintifs et pacifiques ; ils aiment se réunir en société, paître ensemble la riche parure des collines ou des vallons, ou mettre en commun, tels que les espèces frugivores de rats , de campagnols, de mulots , de loirs , de marmottes , les fruits de leur économie, et de cette sage diligence digne d’être imitée par l’homme : ces nourritures peu substantielles leur donnent moins d’ardeur et de courage. Les carnivores au contraire, pareils aux tyrans , sont insociables par leur caractère dominateur et féroce ; ils redoutent toute concurrence, et l’amour seul rapproche un instant leurs sexes. Comme ils ne trouvent point chaque jour une proie facile, qu’il leur faut l’attaquer avec violence, ou l’atteindre à la course, ou la surprendre par ruse,
. ils supportent plus aisément la faim, que les her-
bivores , dont la nourriture est toujours prête ; ils peuvent même jeûner pendant plusieurs semaines; mais lorsque le besoin les presse , il accroît leur audace. Le loup, intrépide alors et désespéré de rage, force l’enceinte dés étables, en plein jour; il s’élance même contre l’homme, le déchire, et venge dans son sang toutes les injures que nous commettons contre son espèce. Mais lorsqu’il trouve une abondante nourriture, il se repaît pour plusieurs jours, et cache les restes sous terre , prévoyant la faim à venir.
Cette habitude de se nourrir de chair, cette soif du sang et du meurtre, communiquent aux carnivores des passions farouches, une insensibilité dame qui se remarque de même chez les hommes que leurs occupations forcent à verser le sang des animaux. Au contraire , la vie toute pythagoricienne des herbivores, les rend plus faibles et plus timides.
Il semble que cette douceur soit même empreinte dans leurs chairs et leurs humeurs, tandis que lacreté de celles des carnassiers semble être la source de leur atrocité. Leurxhair, en effet, est trèsdésagréable au goût , leurs humeurs sont dans un état d’alcalescence voisin de la putridité , et leurs déjections fétides , parce qu’ils vivent d’alimens prompts à se corrompre ; au contraire , les nourritures végétales donnent aux herbivores une chair délicate, un lait sucré, agréable, un sang doux: aussi ces animaux paisibles deviennent la nourriture de l’homme , tandis que nous rejetons la chair des espèces féroces. Loiu de les dévorer , nous le* .
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imitons. Ainsi la destruction pèse uniquement sur les races les plus pacitiques, qui, bien éloignées de porter dommage , ou d’entrer en concurrence de voracité avec nous, venaient nous offrir leurs services, leur toison et leur lait. C’est ainsi que les tyrans s’épargnent entr’eux , et ne conspirent que contre les faibles. L’homme semble être né pour vivre par l’ingratitude, pour établir le règne de l'injustice sur la terre. Il n’est point étonnant qu’il porte dans ses sociétés cet odieux caractère de férocité , d’avarice et d’ambition qui le distingue si éminemment parmi tous les animaux.
Les antipathies naturelles des carnassiers entr’eux, naissent de la concurrence pour la chasse. C’est ainsi que le lion, le tigre, la panthère, l’ours, etc., ne souffrent point de rivaux dans les bois , les montagnes, les domaines qu'ils se sont appropriés. Ces despotes du règne animal ne supportent aucun partage d’autorité , aucun rebelle dans leurs états; ils purgent leur empire de ces tyrans subalternes, de, ces hargneux guerroyeurs qui détruisent le menu gibier, et qui, semblables aux anciens seigneurs de village, opprimaient sourdement les paysans, et minaient la population. Seulement le lion , prince généreux, permet aux chacals, espèces de chiens sauvages, de lui servir de pourvoyeurs, et de vivre des restes de sa table ; mais ces humbles parasites ne se présentent qu’en tremblant devant ee fier animal, dont le front redoutable est ombragé d’une épaisse crinière.
Ces antipathies des puissans carnivores entr’eux,
ont donc pour but de diminuer leur nombre ; car les races féroces se déclarant une guerre à mort, et le tigre dévorant quelquefois ses propres enfans , la nature est soulagée de la multitude de ces déprédateurs. L’homme surtout est chargé de débarrasser la terre de ces races sanguinaires, pour régner seul en toute liberté, et usurper la monarchie universelle sur les ruines des autres puissances, pour revendiquer le droit de vie et de mort sur tous les animaux. C’est ainsi qu’il a confiné les bêtes farouches dans les déserts inhabitables, et mis leur tête à prix, comme celle des plus fameux brigands. Aussi la haine que nous portent ces animaux les ligue tous contre nous. Toutes les espèces sauvages abhorrent celles de leur race que l’homme a rendues domestiques ; le chien hérite de la haine que chaque animal nous voue , parce que nous les tyrannisons tous. Le loup , qu’on peut considérer comme un chien sauvage, déteste celui qui s’est attaché à nous; il le regarde comme un satellite dévoué à nos intérêts , ou plutôt comme vendu à un tyran, pour massacrer la race des loups. Indigné de la lâcheté d’un traître , cédant sa liberté pour recevoir, avec ignominie et bassesse, un morceau de pain de la main d’un despote qui lui ordonne de sévir contre sa propre espèce, il attaque le chien avec fureur, et, l’ayant mis à mort, assouvit de chair et de sang sa justice ou sa vengeance. Aussi les animaux domestiques ne paraissent qu’en tremblant devant leur espèce sauvage ; ils ont l’air de transfuges, d’apostats, de criminels ; ils parâis-
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sent honteux, atterrés, parce que ces espèces sauvages étant plus libres, plus exercées, plus indomptées , sont aussi plus vaillantes , et manquent rarement d’attaquer , de punir de mort ceux-ci , à-moins que le sentiment de l’amour ne vienne suspendre leur fureur. C’est ainsi que des chiennes, des truies en chaleur, rodant parmi les bois , sont quelquefois surprises par les loups , les sangliers. La race qui en provient est plus mâle et plus vigoureuse , parce qu’elle a été comme retrempée dans sa source originelle.
L’animal né libre, et vivant sauvage, ne peut supporter la servitude. Dans sa fierté , il s’indigne de sa chaîne; ee lion intrépide rompt ses dents contre les barreaux de fer qui le retiennent captif, et périt de faim en rugissant auprès des nourritures; dons, méprisés de la main d’un - tyran. 1 II préfère ainsi .la mort à l'avilissement.; Ce n’est qu’en l’ac-i coutumant dès l’enfance au1 frein de la domination, ce n’est qu’en l’alléchànt etTâffriàndant parla douççur de l’esclavâgej qu’en achetant s'a liberté et peutêtre son orgueil de toufeleprix des bienfaits d une vie domestique , qu’on ‘parvient à l’apprivoiser. Encore le moindre mauVàis traitement de sbn maître lui parait, dans sa misère, un outrage dont il conserve un long ressouvenir: Qu il fait payer alors, s’il le peut avec usure tous les chagrins de son antique asservissement ! Qu’il-venge avec rage toutes les humiliations du joug que portaient à regret Sa tête altière et>a mâle indépendance !
Emp^tageant les avantages de la sociabilité atee
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l’homme', les quadrupèdes sauvages y perdent nonseulement cette indépendance, mais y contractent encore un affaiblissement qui dégrade leur espèce. Quand meme les epüooties ne viendraient pas ravager les troupeaux , qui pourrait rendre à ces animaux le courage, la vigueur du tempérament, fruits de la liberté et de l’état de nature? Ce sont nos soins, nos abondantes nourritures qui les amollissent, qui leur ôtent la santé comme £ noiis-
mémes. iNous ne pouvonsdorxiptcr les animaux qu’en
les énervant, qu’en les etférriinânt;. nous nous les attachons en les mettant dans d’impuissance'- de: se passer de nous; car les races les plus vigoureuses sont aussi Je* moins suseéptiblfes de; s’apprivoiser , et, la captivité .dans laquelle lés autres se plaisent, n’est qu’une marque de la lâcheté de leur caractère. Que pouvait-il leur manquer dans l’état de liberté? La terre, toujours- paréedeverdure , leur offrait des alimens sains» agréables , ' unè table toujours servie. Les vastes forêts' leur dînaient des retraités et des ombrages, j&’fe avaient à craindre les armes de l’homme ; en ont-ils -moins, à redouter aujour-» d’hui en se soumettantà lui? Ne dispose-t-il pas à son gré de.Jeur vie? Ménage-t-ib leurs travaux et leurs sueurs? Ne prodigue-:t-il pas leur sang’ pour ses plaisirs , çt ,i dans son 'caprice, ne se joue-t-ii pas do leurs douleurs? - Quelle sorte d’outrage lui reste-t-ûl à exercer contre’ eux dans la nature? Cë n’était p,oii)t a$ses que le bœuf »' soumis* au joug, traçât péniblement des sillons , prodiguât ses fatigues pour: fâire croître le blé , dont cet humble ahi-
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mal ne profite pas; falkiit-il, sur ses vieux jours, conduire à la boucherie ce laborieux serviteur? La génisse qui nous donne son lait, la douce brebis qui nous offre sa toison , devaient-elles attendre , pour récompense, une mort cruelle de la main qu’elles enrichirent de leurs bienfaits? Ce vieux coursier, qui tant de fois sauva son maître des périls , en exposant sa propre vie , qui triompha avec lui dans tant de combats , devait-il finir sa carrière sous le fouet d’un brutal voiturier, ou se voir frappé du couteau d’un avare écorcheur? Tandis que ce pauvre animal expire sous les coups, son maître, jouissant des faveurs de la fortune, oublie le domestique fidèle qui les lui mérita , et qui achève sa vie sans se plaindre de l’ingratitude des hommes. C’est ainsi que les heureux traitent les misérables qui se sacrifient pour eux, et l’injustice a souvent été le seul prix du sang versé pour la défense de l’Etat.
Non-seulement l’homme immole les animaux , mais il les déforme , il les mutile, il les avilit : aux uns il retranche les oreilles, la queue ; il engraisse l’autre pour le dévorer dans ses festins ; il empêche celui-là de croître pour en faire son jouet : il lui faut des variétés , des monstruosités ; il confond les espèces,' et veut étendre son empire 'jusque sur les plus doux sentimens de la nature, sur ceux de l’amour. C’est ainsi qu’il crée des mulets par des liaisons adultères qu’il mélange les races de chiens, de chats, de lapins, de brebis, de chevaux que nous voyons se multiplier aujourd’hui.
Comme c'est pour notre*seul avantage que nous asservissons les animaux , nous ne cultivons en eux que les qualités les plus utilesà nous-mêmes ; mais en attirant à nous ces espèces, il faut aussi que nous participions en quelque façon à leurs caractères.
Voyez ces hommes qui passent leur vie auprès des animaux, comme les bouviers, les bergers, les porchers , les palefreniers , les braconniers ; ils retiennent toujours du naturel de l’espèce dont ils prennent soin; ils contractent en la fréquentant , des manières, des mœurs analogues, et jusqu’à son odeur* C’est ainsi que l’homme devient lourd et grossier avec le bœuf, sale et gourmand avec le porc , simple avec les moutons , courageux et habile chasseur avec le chien. De même l’Arabe est sobre avec son chameau , le Tartare dur et brutal comme ses chevaux, le Lapon craintif comme le renne v le montagnard léger avec la chèvre, l’Africain lascif avec le singe, l’Indien lent et réfléchi avec l’éléphant , parce qu’il faut que nous nous prêtions à la nature de ces animaux lorsqu’ils ne peuvent se façonner à la nôtre. De même , dans la société , ,1e chien, si délicat lorsqu’on l’élève en chambre , devient féroce chez le boucher, humble dans la Cabane du pauvre , ou mendiant aveo l’aveugle* her et dédaigneux avec le grand seigneur: il se fait au ton de son maître; il reçoit l’empreinte de ses vices comme celle de ses vertus.
Les principaux stigmates de la servitude chez les quadrupèdes sont les oreilles basses, la tête penchée, la queue pendante, les teintes pâles ou
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lavées du pelage, ou une sorte d’étiolement, tandis que l’animal sauvage porte la tête haute , l’oreille droite, la queue dressée; il a des couleurs fortes et vives , la démarche sûre et hardie , l’œil au guet, le cou tendu et ferme. Mais l’animal asservi semble traîner avec tristesse la chaîne que nous lui imposons ; dans l’état d’indignité et de dégradation où nous l’avons plongé , il vient implorer humblement l’assistance de l’homme auquel sa faiblesse le rattache , et peut-être que la fidélité de quelques espèces n’est que l’impuissance de subsister désormais indépendantes.
A mesure que les lieux sont plus incultes , plus solitaires, les quadrupèdes y deviennent plus farouches, parce que leur proie est rare, toujours disputée avec opiniâtreté par des concurrens affamés, de sorte que n’obtenant rien que par la violence et la rapine , leur caractère contracte une aigreur atroce, une cruauté implacable. L’ours des Alpes, à l’aspect du voyageur, appelle à haute voix dans les échos des forêts , ses compagnons ; son œil étincèle dans l’obscurité ; nouveau Cacus , il gravit en silence au milieu des roches , pour déposer en sa caverne les corps des hommes qu’il a mis à mort. Les autres animaux osent à peine lever les yeux sur ce monstre sauvage , à la tête hérissée , à la gueule écumante , à la croupe énorme et rebondie.
Les bêtes des pays de plaines , de vallées fertiles , trouvant au contraire des nourritures plus faciles et moins disputées , amollis par les commodités de la vie , ne déploient jamais le courage et
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l’âprçté des animaux montagnards. Cette diffétence de Caractère se remarque même parmi les hommes ; car les peuples des montagnes sont bien autrement durs et vigoureux, que les nations voluptueuses et efféminées des vallons et des plaines, où règne l’abondance avec la joie et les plaisirs.
Les attroupemens des carnivores n’ont pour but que l’attaque et le brigandage; les sociétés des herbivores ne sont établies que pour leur propre sûreté. Toutes les races paisibles se plaisent ensemble; souvent une troupe légère de gazelles à la taille élancée, bondit sur les collines de Tldumée ou du Liban; on croirait voir, au matin, les nymphes des montagnes joueT parmi les bruyères, tandis que le vaste hippopotame se couche dans les roseaux touffus des fleuves, et que les vieux onagres , semblables aux ;h ermites des déserts, viennent se désaltérer à la fontaine et se retirent en silence près de leur roche solitaire. Et dans les Cordilières » l’inquiète vigogne, l’oreille attentive, l’œil égaré, voyage en 'bandes sur les sommets glacés de ces monts; elle ne fournit qu’à regiet sa belle laine blonde ou rose aux tristes descendans des Incas. Les ruminans se tiennent la plupart en troupeaux, voyagent en bandes pour se défendre en commun. Lorsqu’ils sont attaqués , ils ont soin de placer au centre du bataillon tous les petits, et de ranger les femelles par derrière , tandis que les mâles s’avancent de front unis en .phalanges , et présentant leurs cornes , soutiennent vigoureusement le choc de l’assaillant. La plupart des frugivores, tels que
les singes, les makis et loris, gambadent aussi en compagnies nombreuses , qui dépouillent de fruits tout un canton et qui, commed’habilesmaraudeurs, établissent entr’eux un ordre de pillage , une discipline sûre pour dévaster les jardins avec adresse: ils posent des sentinelles avancées; ils forment une chaîne pour se passer les fruits de mains en mains; et au moindre signal de leurs gardes , la troupe s’enfuit dans les bois ou les montagnes, emportant ce qu’elle peut dans ses mains et ses abajoues.
Ces singes, famille malfaisante, curieuse, lascive, cherche à contrefaire les actions des autres animaux , à leur prêter ses ridicules ; le magot, toujours rechignant, grimaçant, marmottant , s’accroupit, fait la moue aux passans; les sapajous entortillant leur queue autour des branches d’arbre , se laissent pendre la tête en bas, et se brandillent ainsi dans les forêts d’Amérique. Le voyageur entend de loin les affreuses clameurs des singes hurleurs, des alouates, et les échos retentissent des accens de ces Démostliènes sauvages. Lorsqu’on traverse les forêts, sous la zone torride, on est assailli par des cercopithèques, des guenons qui lancent des pierres , des bâtons à la tête des passans, en prenant mille postures bizarres et grotesques; les babouins féroces font des gestes dégoûtans, et leurs femelles provoquent les hommes avec impudeur; mais les maris jaloux soufflettent alors ces laides et hardies coquettes. Toutes ces espèces montrent un soin particulier de leurs petits; les guenons , en leur offrant la mamelle , les embrassent
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arec tendresse, et lorsque la femelle fuit en grinçant les dents, à l'approche du chasseur, le petit se cramponne après elle tandis qu elle s'élance au sommet des plus grands arbres.
Les chauve-souris , spectres sinistres qui sifflent et voltigent dans l'horreur de la nuit comme de légers fantômes, se retirent en hiver sous des cavernes ténébreuses , et suspendues aux voûtes , j passent cette saison dans l'engourdissement. Réveillées par la douce haleine du printemps, elles déploient leurs ailes membraneuses , et poursuivent les phalènes , les moucherons bourdonnant pendant les soirées de l'été. Leurs petits cependant, cramponnés sous leurs ailes, sucent les mamelles de leur mère. On voit, sous la zone torride, des galéopithèques munis de larges membranes sur leurs flancs, tenter, à l'aide de ces parachutes, de grands sauts paraboliques d'arbres en arbres , pour y cueillir des fruits , ou saisir de petits oiseaux endormis*
Les aïs ou paresseux, grimpant avec "une ex-% trême lenteur sur les arbres , poussent de temps en temps des exclamations lamentables, qui ressemblent aux pleurs d'un enfant délaissé dans les déserts d'Amérique. Ces malheureuses espèces, abandonnées sans défense à toutes les insultes de leurs ennemis , à toute la rigueur des saisons , supportent, avec résignation , les pluies, la faim, la soif, les chutes, les blessures : leur vie n’est qu'une longue agonie ; aussi l'espèce diminue de nombre chaque jour, et s'éteindra probablement dans l'avenir.
DES MAMMIFÈRES. a3g
Parmi les carnivores , les hérissons, les blaireaux, les taupes , les musaraignes , se creusent des terriers, et s’engourdissent, comme l’ours, une partie de l’hiver. Amis de la retraite et de l’obscurité , moins audacieux que lents à s’irriter , la colère des grandes espèces d’ours , de blaireaux , de ratons , de coatis , est cependant atroce , haineuse , opiniâtre ; ils se laisseraient déchirer en morceaux plutôt que de lâcher prise. Le terrier du hérisson a des chambres, des issues de plusieurs côtés, et l’animal , examinant la disposition de l’air, chaque jour, a soin de se retirer dan» les chambres les moins exposées aux vents qui soufflent. Les civettes, le zibet, les genettes , répandent une forte odeur de musc , tandis que leschinches exhalent des puanteurs affreuses, surtout quand on les poursuit. Le genre des lions, des tigres, des chats, ne force jamais sa proie à la piste et à la course; car il n’a pas l’odorat trèsdéveloppé ; mais , tapi dans un repaire touffu près des sources d’eaux vives , il attend l’animal qui vient se désaltérer, et, d’un seul bond, fond sur sa victime comme la foudre. La biche en vain se débat contre sa destinée, et implore du secours; le monstre, lui déchirant les flancs, savoure avec délices un sang tout fumant , et des chairs encore palpitantes. On se sert , dans l'Inde , du caracal , du guépard et du chatpard pour la chasse; en trois bonds ils atteignent leur proie , ou s’ils la manquent ils se retirent Confus ou s’enfuient dans les déserts.
On voit, au contraire, le genre des chiens, tels que les jackals, le boshond, l’hyène , ardens à
â40 SES MAMMIFÈRES.
poursuivre leur proie comme les loups , habiles à éventer les émanations des bêtes fauves,1 se concerter pour surprendre le gibier, ne dédaigner pas même les charognes infectes , déterrer les cadavres humains j dans les sables de l’Afrique ou les cimetières de l’Orient. Les adives s’attroupent de nuit comme une bande de voleurs, tandis que le Bédouin ou le Maure, renfermés dans leur tente, redoutent à chaque instant l’attaque de ces audacieux brigands. Leur voix terrible qui roule en longs hurlemens dans les déserts, leur voracité, leurs rapines, leur nombre, les rendent redoutables; et une fois accoutumés à la chair humaine, ils n’en veulent plus goûter d’autres; ils s’assemblent jusqu’à deux ou trois cents pour combattre de nuit les caravanes. A leurs effroyables clameurs> les quadrupèdes fuient et tombent dans l’embuscade de quelque léopard qui les dévore , tandis que * la
troupe des adives , voyant à regret sa proie entre |
les dents de cet autre brigand , se contente de se j
disputer les restes. ^ s * * r * \{
Une autre famille,, bien remarquable par »ses $,
habitudes , est celle des quadrupèdes rongeurs. Ces j
espèces , faciles à distinguer à leurs dents tran- •*
chantes, à leur démarche sautillante, à leur corps %
ramassé , aiment les retraites souterraines qu’ils se ^
creusent, pour la plupart, comme les lapins, les , rats, les marmottes. Sachant fort bien se servir de leurs pâtes de devant pour tenir leurs alimens-, pour peigner leurs petites moustaches, ils sont toujours propres, vifs, pleins . d’inquiétudé; il£
boivent très-rarement, quoiqu’ils urinent beaucoup; leur voix n’est jamais qu’un petit cri d’impatience ou de désir; tous sont très-portés à l’amour et trèsféconds. Plusieurs espèces dorment souvent, et s’engourdissent même en hiver. Celles-ci savent se renfermer, en cette saison, dans des cases souterraines bien tapissées de mousse , et y sommeillent jusqu’au printemps ; lorsque ces animaux se réveillent parfois , ils trouvent les provisions qu’ils ont eu soin d’amasser pour leur nourriture» L’écureuil rassemble des noisettes , des faînes , des noix , des cônes de pin; les loirs font une récolte de glands, de pépins ; la marmotte cherche divesses racines; plusieurs rats, des bulbes de plantes. Tous sont plus adroits qu’aucun autre animal pour se creuser des terriers; l’un étançoOne un . terrain qui s’éboule, l’autre divise une vaste cavité en compartimens ; celui-ci, prenant de l’argile pétrie, garantit, par un toit, sa demeure de la chute des eaux; tel autre sèche, aux derniers soleils de l’automne, ses fruits, pour les conserver en hiver; chacun travaille suivant son industrie ou ses forces ; telle chambre est destinée à tenir chaudement les petits et leur mère ; telle autre est le grenier; ici est le dortoir, là une sorte de yestibule; le hamster pratique deux galeries; l’une, fosse oblique, pour y jeter les excrémens; l’autre, escalier perpendiculaire pour lasortie; l’ondatra, sur les bords des fleuves américains, bâtit ses huttes de joncs , ses maisonnettes à plusieurs étages-, pour y monter, selon la crue des eaux; vous diriez que ces petits architectes ont Tome I. »6
«4a ~ des mammifères.
appris leur art de quelque Vitruve champêtre. D’autres espèces s’attroupant dans l’automne, en immenses cohues, comme les campagnols, les lémings , se mettent en marche de nuit , traversent -, presque toujours en ligne droite, les bois, les montagnes, passent même les rivières à la nage, et fondent de nouvelles colonies en d’autres contrées , du vont recueillir les fruits de différens climats. D’autres enfin , petits maraudeurs de nos vergers, pareils à- de jeunes écoliers gourmands, grimpent adroitement sur les arbres, ou pénètrent dans les fruitiérs et les serres, sans bruit, pour enlever des provisions et préparer leurs joyeux festins à nos dépens. ' •'* ’•••’• •’< • ' : • .»
Aucune famille dè quadrupèdes n’est plus utile à l’homme que celle des ruminans. Les chameaux , espèces sobres, nerveuses , sans cornes, ont une allure déhanchée., un regard stupide. Sur leur dos, garni de coussins naturels , ou de bosses graisseuses , ils transportent . au 'milieu des arides solitudes, l’Arabe ou le Maure avec son bagage. Au premier signe de son maître ,: le dromadaire s’accroupit pour qu’oii lie* charge, ét se levant sans murmure , tourné se» ‘pas vers- l'immensité dés: déserts. Ses pieds calleux sonq appropriés1 atu sol sablonneux d’Arabie; ses gencives, sa langue, presque cartilagineuses , s’accommodent sans peine des herbes sèches’et épineuses. Le 'renne domestique chez les Lapons, lés Jakutes et les Samoïèdes, offre à ces peuples, qui ne pourraient subsister sans son secours, soûlait, sa peau, sa chair; il les fait voyager r. .
rapidement sur les glaces dans des traîneaux; cet animal grattant la neige découvre les lichens et les mousses dont il se nourrit. Dans la brûlante Éthiopie , au contraire , la giraffe colossale , paît le feuillage des plus hauts arbres, et bondit en troupes dans de vastes campagnes. Souvent parmi les broussailles de l’Afrique, le buffle sauvage lève sa tête hérissée à l’aspect inopiné du voyageur, enfle ses naseaux du souffle de sa colère ; et l’œil enflammé, le regard de travers, tendant la queue et se battant les flancs, il fond tête baissée sur le passager , l’é-t crase, le perce, et déchire à travers les buissons ses membres palpitaus. Lorsque poursuivi par une meute , le fougueux animal se voit atteint, il lance à quelques pas sur les chiens des excrémens caustiques; mais enfin acculé contre un arbre, furieux, désespéré, il présente les cornes, éventre quiconque l’approche, et perd vaillamment sa vie, en écumant dans les convulsions de la rage.
Dans les pays profonds, marécageux, remplis âe joncs touffus , en Asie ; en Afrique , le rhinocéros , l’hippopotame, l’éléphant même , les tapirs de Sumatra ou d’Amérique,? aiment -se vautrer dans la fang déterrer les racines 4 briser les tiges dont ils se nourrissent. Les mâles prennent plusieurs femelles, et marchent en troupes. Vers les embou-t chures des fleuves habitent les veaux-r marins, les phoques, les lamantins , les morses , le dugong , sortes d’amphibies dont les pieds sont formés en, rames, et qui respirant l’air , vivent ou de poissons ou d’herbes marines , s’accouplent et allaiteut
leurs petits, qu’ils instruisent à nager, en les transportant sur leur dos. Les lions marins , les ours de mer et les grands phoques , rassemblent leurs femelles en un sérail , dont ils prétendent avoir la possession exclusive, et qu’ils gardent avec un acharnement sans exemple contre tout étranger. Ils vont déposer leurs petits en quelque île déserte pour les élever avec soin. La mère , l’œil au guet , placée sur quelque roche élevée et solitaire , veille tandis que sa famille est endormie. Ces animaux hargneux , irascibles, ne cherchent cependant qü’à défendre leurs droits entr’eux , et se mettent toujours , dit-on , du côté de l’équité et de la justice dans leurs querelles , pour secourir le faible et l’opprimé. Tous prennent parti dans leurs guerres honorables, et, insensibles aux blessures , excepté vers le nez , ils ne se rendent point quoique leur sang ruissèle ; ils présentant ainsi un éclatant exemple de la vaillance consacrée au maintien des droits. Les cétacés enfin , voyageant en troupes sur les vastes plaines des mers glaciales, dérobent leurs' amours au milieu des bromes polaires / s’accouplent , allaitent leur postérité; ils promènent leur jeune famille à travers les tempêtes et les vagues , sur tous les parages où celle-ci doit trouver sa pâture ou des bancs de poissons qu’elle dévore.
Après la1 nourriture , l’amour ou la propagation est en effet la grande occupation , le besoin principal de tous ces animaux. A peine le jeune individu parvient au quart , ou même au sixième1 de sa vie ( car chez les quadrupèdes comme dans
l’homme , la puberté se déclare à cette époque toujours proportionnelle à la durée de l’existence ) , que la femelle d’abord , et le mâle un peu plus tard, deviennent capables de se reproduire. Tout se prépare pour cette noce de la nature , pour ces jours de bonheur et de fêtes , mais aussi de combats et de doux triomphes. L’ardent quadrupède se lève plus fier, sa taille se forme, se dessine avec plus de vigueur et de grâce ; son pelage se lustre , s’embellit , dépose la livrée de l’enfance ; le mâle exprime dans ses cris , devenus plus forts , ses désirs et ses amoureuses peines ; il exhale des odeurs vives qui attirent et qui charment l’autre sexe. Farouche, indomptable, l’animal ne dort plus , ne mange plus ; un feu inquiet le dévore et circule dans tous ses sens ; tout est délire , emportement ; l’être le plus timide devient courageux , intrépide devant la mort même. Le lion se revêt de sa mâle- crinière , le taureau aiguise ses cornes, le sanglier, le cerf se préparent aux combats ; car la jouissance chez la plupart des quadrupèdes , n’appartient qu’aux vainqueurs. Ces querelles entre les mâles , ce triomphe des forts, cette récompense des vaillans et des généreux, nous manifestent l’intention de la nature qui veut la perfection de l’espèce aux dépens même des individus; en écartant les faibles , chaque race doit s’ennoblir et produire de plus vigoureux rejetons par cette concurrence; ainsi la nature oppose l’ardentamour aux causes qui tendent» l’abâtardissement des espèces. .
Et pourquoi voyons-nous toutes les femelles re-
fl46 DES MAMMIFÈRES.
chercher les mâles les plus ardens? Ne cèdent-elles qu’à la violence ,ou n’aspirent-elles qu’à déplus séduisantes voluptés? Ne préfèrent-elles pas aussi quelquefois un mâle plus jeune ou plus agile , pendant que d’autres së disputent cette volage conquête ? Sans doute toutes les unions ne sont pas indifférentes parmi les animaux libres dans leur choix ; mais leurs espèces n’ont point ces caprices qu’on remarque parmi nos races domestiques , qui, plus abondamment nourries et toujours en société , sont portées à s’accoupler en tout temps. Les mammifères ont chaque année une époque principale pour leurs amours ; elle a lieu surtout au printemps , ou quelquefois en automne. Des petites espèces , comme les rongeurs , plus ardentes , et se nourrissant continuellement, se reproduisent plusieurs fois l’année , et même sont sujettes à la superfœtation^ car on voit des lapines et des souris concevoir , indépendamment des fœtus qu elles portent. Ces petites races d’animaux sont aussi capables d’engendrer avant que leur croissance soit parfaite , tandis que les grandes espèces sont , et bien moins fécondes, et moins promptes à se multiplier, ou moins sujettes à des variations dans leurs individus. Ainsi les rats, les écureuils , toutes les menues espèces montrent une multitude de variétés congénères, au-lieu que les éléphans, les rhinocéros ou même le cheval , le chameau , n’ont que très-peu de races voisines. ■
Les femelles âgées entrent plus tôt en ardeur que les jeunes; mais toutes apportent une sorte de
DIS MAMMIFÈRES. a.^7
coquetterie, et savent se faire désirer des mâles; car pourquoi la nature déshonorerait-elle ses voluptés en les abandonnant au premier désir? D’ailleurs la plupart des femelles , après la conception , se refusent aux approches des mâles ; toutefois dans le genre des lions , des tigres , des panthères , comme dans celui des chats , les femelles sont les premières à solliciter les mâles. Ces races féroces ne se seraient jamais rapprochées , si l’individu le plus faible et le moins â craindre n’eût pas été le provocateur. Dans les autres espèces , les mâles , au contraire ,cherchentàplaîreàl’autresexe ; ilssontmême jaloux : car il n’y a peut-être jamais de vrai amour sans une possession entière et exclusive. Les singes, par exemple , se contentent d’une ou deux femelles , rarement davantage à-la-fois ; leur union semble une sorte de mariage ; ils exigent la fidélité, et sont horriblement jaloux ; violens contre elles, lorsqu’ils les rencontrent avec d’autres singes ; car elles sont fort volages. Chez tous les quadrupèdes monogames ou ayant une seule femelle , comme sont plusieurs fissipèdes , les rongeurs , les chauve-souris , les taupes , etc. , il s’établit des familles unies entr’elles pendant le temps de l’éducation des petits : le père et la mère en prennent également soin. La tendresse mutuelle semble présider à ces petits ménages formés par le sentiment seul ; les attentions, les détails en sont partagés par tous ; et la société , chez certains rats , ou des hamsters et bobacs ( espèces de marmottes souterraines) est presque aussi intime que parmi les hommes; mais au-Iieu de paroles, ces
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animaux ne peuvent se comprendre entre eux que par certains cris ou gestes. Les petits devenus assez, forts pour se passer de leurs parens , s’écartent .ensuite ; ils forment ailleurs d’autres liaisons de famille. Ils ne se reconnaissent plus, après uncertain temps , deviennent indifférens l’un à l’autre , et ne craignent pas de contracter même des liaisons d’amour entre leursplusprochesparens.il est rare néanmoins que l’amour remonte des jeunes aux vieux ; au contraire, ce sentiment descend presque toujours la chaîne des générations et de l’ancien au plus jeune.
Parmi les espèces polygames , comme le bélier , le bouc , le taureau, et tous les autres ruminans , il n’y a guère de véritable attachement de parenté ; le père ayant plusieurs femelles, ne s’affectionne pas aux petits ; la mère seule est chargée du soin de leur enfance. Toutefois ces espèces mettant bas un moindre nombrede petits à-la-fois que les animaux monogames , la femelle suffit pour les nourrir et les soigner. D’ailleurs ces polygames étant herbivores et marchant dès leur naissance , se trouvent plus tôt en état de se passer de leurs parens que les animaux carnassiers. Ceux-ci sont pour la plupart monogames. Il était nécessaire , en effet , qu’une tigresse, qu’une ourse ou une louve, fussent aidées de leurs mâles pour trouver une proie suffisante à la nourriture de leur famille , car les jeunes carnivores ne peuvent pas subsister d’eux seuls de la chasse , aussitôt que les autres animaux vivant de fruitsou d’herbes. Ainsi, les carnivores demeurent plus long-temps en famille, et ne prennent qu’une
femelle. Leurs petits naissent souvent d'ailleurs les yeux clos et avec des sens imparfaits.
Nous observons encore que si les herbivores ne portent qu'un ou deux petits, cette production peu nombreuse est compensée par le grand nombre de femelles que les mâles peuvent féconder ; ainsi le taureau , le bélier suffisent à un troupeau de vingt brebis ou génisses. Mais les carnivores n'ayant d’ordinaire qu'une femelle , produisent une plus nombreuse lignée ; il en résulte que chez les animaux , comme dans l’espèce humaine, la fécondité semble attachée à la monogamie et à la chasteté. Les quadrupèdes frugivores , comme les rongeurs , n'étant ni toujours monogames , ni polygames généralement, sont féconds, et les petits trouvent aisément leur nourriture ; c'est pourquoi les pères n'en prennent pas soin constamment.
Rien n’est plus singulier que la famille des animaux à bourse , appelés marsupiaux par cette raison , tels que les sarigues ou didelphes , les kanguroos , les phalangers , dont quelques-uns étendent sur leurs flancs de larges peaux qui les soutiennent dans leurs grands sauts sur les arbres , comme des parachutes. La plus grande partie de ces espèces portent , sous l'abdomen , un repli de leur peau , soutenu par des pièces osseuses , et formant une manière de sac. ou de bourse , dans laquelle se trouvent cachées les mamelles. Les mâles ont une verge fourchue , placée derrière le scrotum ou les testicules , contre l’ordinaire des autres mammifères, parce que ces espèces paraissent s’accoupler à
ü5o DES MAMMIFÈRES.'
reculons. Les femelles, au-lieu d’une seule matrice, ont deux canaux se rendant chacun en un ovaire, en sorte que les fœtus ne pouvant pas séjourner longuement dans ces tubes étroits, espèces de trompes de Fallope , en sortent avant terme et encore tout rouges ; ils sont placés probablement par leur mère, qui a des main9 , dans cette bourse, où ils s’attachent chacun à un mammelon. Ils correspondent ordinairement par leur nombre de 4 ? 6 , ou 8 à celui des mamelles. Suçant continuellement du lait jusqu’à ce qu’ils parviennent au terme ordinaire des autres animaux, alors ils s’éveillent, ils sortent de la bourse en sautillant autour de la mère qui leur distribue la nourriture avec ses pâtes de devant; mais au moindre danger , ils se cachent dans le sac de la mère , qui s’enfuit avec sa petite famille dans les bois.
La durée de la gestation de trois à six semaines chez de petites espèces, comme les souris , les cochons-d’Inde, ne s’étend pas au-delà de dix à onze mois dans l’éléphant , le chameau , et les plus grosses races. Celles-ci d’ailleurs ne portent qu’un ou tout au plus deux petits. Il est rare que les quadrupèdes en mettent bas au-delà du nombre de leurs mamelles , qui est de douze au plus; cependant la truie fait jusqu’à vingt cochons de lait. Il semble que les espèces destinées à devenir la proie des autres animaux ou de l’homme , comme les rongeurs , soient aussi les plus fécondes , par une prévoyance de la nature.
Nous tentons en vain des unions adultères entre
DES MAMMIFÈRES. s5l
différentes espèces ; non-seulement elles y répugnent, mais la variété même de leurs organes d’accouplement , et les divers temps de gestation s’y opposant, leurs produits ne se multiplient pas. Ainsi la nature s’est réservé le droit de créer de nouvelles espèces. D’ailleurs, ces mélanges, ces produits bâtards ne peuvent avoir lieu qu’entre des espèces fort voisines, comme celles du cheval avec l’ânesse, du buffle et de la vache , du bison avec le zébu , du chameau et du dromadaire , du loup , du renard , du chacal et du chien ; du bélier avec la chèvre, du lièvre et du lapin. Les uns et les autres peuvent se féconder réciproquement , lorsque la longue familiarité et l’ardeur des désirs font disparaître toute répugnance , toute antipathie. Mais il y a des disparités d’organisation qui empêchent le chien et le chat, le taureau et la jument , l’âne et la vache de produire entre eux , quoiqu’on ait cru en observer des exemples. Les unions de l’espèce humaine avec les grands singes ne sont pas avérées comme on l’avait pensé.
La durée de l’âge , 1^ diversité des espèces , les variétés de grandeur , de couleur , de figure , de poils, dues au climat, aux noürritures et aux saisons; les contrées de la terre , naturellement préférées par chaque mammifère ; leurs habitudes particulières de vivre, soit de nuit, soit de jour; les causes du sommeil de quelques-uns en hiver , de quelques autres dans les chaleurs de l’été, comme des tanrecs d’Afrique , par exemple ; les analogies ou les différences des quadrupèdes, entre euv, nous
fourniraient bien d’autres sujets de recherches. Et combien de races , aujourd’hui enfouies sous terre , ne montrent plus à nos regards étonnés que de grands ossemens , des débris inconnus ? Le règne de la vie a changé , a subi des pertes , de* rnodifications profondes dans le cours des siècles-* sans doute avec notre planète. Les ossemens des vieux rhinocéros et des éléphans gigantesques de la Torride , se trouvent entassés sur les rivages de la mer glaciale , comme sur les bords de l’Ohio et dans nos carrières à plâtre , près Paris , avec d’autre* colosses du règne animal. Si les mammifères sont si variés selon les climats , l’air , les alimens ; si leurs organes se modifient, pourquoi ces êtres n’auraient-ils pas été différens jadis de ce qu’ils sont aujourd’hui, et ne changeraient-ils pas dans l’immense torrent des âges à venir , sans doute comme notrepropreespèce?Touchantdeplusprès à la terre que l’oiseau , ou même que le poisson, ne pouvant pas comme eux se séparer du sol , sé soustraire par une fuite rapide ou des migrations instantanées , aux évènemens de chaque région ; les quadrupèdes tout terrestres , doivent nécessairement participer plus que les autres animaux , aux révolutions de ce globe qui les nourrit , qui les allaite, et dont ils sont entièrement dépendans. Cependant tous vivent satisfaits dans les retraites que leur prépare la nature; tous suivent leurs amours, leurs habitudes ; et lorsqu’une mort paisible, inattendue, vient surprendre leur vieillesse , ils expirent sans regrets , au bord de quelque fontaine solitaire. Ils n’ont pas
DES MAMMIFÈRES. â53
eü nos plaisirs ; mais ils ne partagent point aussi les tourmens de la vie des hommes , et peut-être que la borne de leurs conceptions et de leur sensibilité ne retranche pour eux que des misères , san$ rien ôter au bonheur réel que la nature distribue à tous les êtres qui suivent ses lois.
NOTES ET CLASSIFICATIONS
Des sixième et septième Leçons. . .
Les caractères distinctifs de la classe des mammifères sont
de produire des petits vivans qui ont besoin d’être allaités par leurs mères : de là vient qu’elles portent des mamelles; presque fous ont du poil, et sont destinés à vivre sur terre, quoique plusieurs habitent aussi la surface des eaux; ayant tous des poumons, ils ont besoin de respirer l’air. Tous ont quatre membres , excepté les cétacés, dans lesquels on ne trouve plus, pour membres postérieurs, que deux os suspendus dans les chairs, et placés latéralement vers la queue. Dans d’autres espèces , les membres thorachique9 „ s’étendent en forme d’ailes ; tels sont les chéiroptères. Tous les mammifères ont un cerveau composé de deux hémisphères réunis par le corps calleux ou mésolobe ; ils renferment deux ventricules, et recouvrent les quatre paires de tubercules, qui sont les corps cannelés, les couches optiques
et nates et testes. Sous la moelle allongée, les jambes du cervelet constituent cette proéminence appelée pont de Varôle . Les sens de la vue et de l’ouïe sont complets, quoique les cétacés manquent de conques externes de l’oreille. L’organe vocal est placé au sommet de la trachée-artère, La mâchoire inférieure s’articule toujours au crâne; il y a sept vertèbres au cou (l’unau seul en a neuf). Plus les pâtes antérieures se rapproche ni de lu forme de lu main et du brus
fie l’homme, plus les espèces ont de facilité de mouvement, et développent de facultés industrielles. Il y a un diaphragme.
Le foetus est renfermé dans le chorion et l’amnios, et fixé par un placenta à Futerus, qui lui transmet le fluide sanguin et nourricier de sa mère.
. ONG U ICI) LÈS, ayant deux mamelles sur la poitrine : une verge libre ; les omnivores , J rugh '<>res, in sec t ivores.
Bimanes : deux mains , deux pieds , station droite.
Homme ( nosce te ipsum ) , . omnivore , cosmopolite. •
2/’ Quadrumanes : frugivores ,
' ceux de l’anciert monde. " ,
. ,,'î Orangs - autan gs : sans
queue : intelligeus.
Guenons : une queue, des ; / fesses calleuses , des abajoues.
■ «. Babouins : museau proémincnt, especes voraces et lubric" ques; les magots , les mata- , tpies , . les cynocéphales , les mandrills , les pongos.
^‘Quadrum. Ceux d’Amérique, ont des narines situées laleralement au nez.
Sapajous : longue 'queue prenante r quatre molaires de plus qu’aux précédens ; nujîes abajoues, ni callosités aux fesses; les alouates, les atèles, les
• oakis et ouistitis , a queue
1” non prenante. . " ^
Makis, un museau poihtti ; les loris sont paressenx ou ] ; lents; 1 es galagos et les tarsiers, à membres grêles.
* \Paresseux , à longs bras , à démarche lente , à doigts réur ni*; mangeurs de feuilles, et sans dents incisives. - é