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Ainsi les mammifères sont le nœud auquel s* rattachent les diverses classes supérieures du règne animal , comme au type le plus parfait , et comme au premier anneau de la chaîne de gradation de tous les êtres animés placés immédiatement sous l’homme. Comparons , en effet , au quadrupède ces diverses classes. L’oiseau , citoyen des airs , a reçu un tempérament vif et chaud , délicat et sensible ; toujours gai , pétulant , volage , il est plein de fougue et d’inconstance comme le milieu mobile qu’il parcourt ; mais les poissons , peuples froids des ondes , sont d’un naturel stupide , d’un caractère insouciant , apathique , à cause du ramollissement de tous leurs organes ; ils ne s’occupent que des besoins les plus matériels. Toute leur vivacité s’épuise en efforts physiques pour nager; leur vête* ment écailleux les soustrayant aux impressions, les empêche de sentir , de perfectionner leur intelligence. Le quadrupède , au contraire , se tenant dans un milieu également éloigné des hauteurs de l’atmosphère et des profonds abîmes des eaux , marchant en possesseur et en maître , avec l’homme souverain , sur la terre , semble tenir aussi le milieu entre ces extrêmes. 11 n’a ni l’ardeur , ni la pétulance de l’oiseau , ni la stupidité brute du poisson, ni la lourde apathie du reptile qui se traîne dans la fange ; mais fixé sur un sol ferme et sec , son naturel a reçu aussi plus de consistance et sa charpente plus de solidité. La démarche du quadrupède n’a point la rapidité du vol de l’oiseau et la près-* te«se de la nage du poisson ; mais elle n’a pas la
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lenteur pénible de la tortue et des reptiles ; sa vitesse modérée permet plus facilement aux sens d’agir , aux facultés de se développer; et si nous voulons ne nous pas compter, le quadrupède sera l’être le plus susceptible d’intelligence sur la terre.
D ailleurs , toute la série de ces mammifères ne représente qu’une longue suite de dégradation de la structure propre de l’homme. Le singe, considéré , soit dans sa forme extérieure , soit dans ses organes internes , paraît un homme dégradé ; les membres sont tous les mêmes ; le gquelqtte, les muscles , les veines, les nerfs , le cerveau, l’estomac , les principaux viscères sont presque absolument semblables , soit dans la structure générale , soit jusque dans les ramifications des moindres vaisseaux. Il semble donc, par rapport à nous , un être ébauché, quoique parfait dans sa propre espèèe. La même nuance de dégradation s’observe en descendant du singe à la chauve-souris, de celle-ci au paresseux , au quadrupède carnivore et à toute la série. Les organes les plus importans , les appareils essentiels aux fonctions intérieures, sont identiques chez tous ces animaux , et exécutent leurs actes de la même manière: ils ne se dégradent presque pas. C’est à l’extérieur , et comme à la superficie de chaque animal , que les variations se manifestent. La main humaine, par exemple, se reconnaît dan» celle du singe; déjà elle se défprme de plus en plus chez les makis, les sarigues ou didelphes, les ours, les hérissons , les taupes ; elle devient pâte chez les chiens , les lièvres ; ensuite ses doigts s'encroûtent
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de sabots de corne chez la brebis, le cerf, le bœuf, et se renferment dans le pied du cheval ; enfin chez les Féaux-marins ou phoques , chez les dauphins et les cétacés surtout , la main ou le bras n’est plus qu’un moignon grossièrement façonné en rame pour fendre les eaux ; et si l’on ouvre même la peau coriace de cette partie , on découvre bien encore les principaux os du bras , de l’avant-bras et de la main , mais en rudimens qui conservent seulement des rapports avec l’organisation parfaitement développée de l’homme.
Nous avons fait voir déjà que le rétrécissement et la diminution du cerveau rendaient aussi l’animal plus brute ou plus bête ; et en effet le singe , les quadrupèdes se courbent vers la terre , leur museau s’allonge , tout chez eux tend à accroître les appétits , les penchansdes sens ; ils ne songent qu'à remplir leur ventre , qu’à repaître leurs désirs. Ainsi les facultés extérieures , les sens grossiers chez les quadrupèdes se développent par un exercice continuel, d’autant plus que les facultés internes , morales et spirituelles du cerveau se détériorent , s’obscurcissent par leurinaction , leur inertie. Les quadrupèdes ont donc, en général , des sens plus actifs , plus impérieux que l’homme ; ils s’y abandonnent avec impétuosité , sans nulle retenue , ce qui augmente leur ascendant insurmontable ; ainsi l’animal dominé par ce penchant n’est pas susceptible de perfectionnement moral comme l’homme. Les philosophes , les moralistes , qui tentent d’agrandir l’homme intellectuel et l’action de la pensée ,
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ont soin de diminuer , d’affaiblir ce puissant empire des sens matériels , de fermer les portes par lesquelles nos facultés s’écoulent et se dissipent hors de nous-mêmes; car nous voyons la gourmandise et les autres sensations animales abrutir, émousser la sensibilité interne, et comme encroûter l’âme dans la matière.
De plus , la brute étant plutôt conformée pour agir que pour réfléchir, ses membres sont à proportion plus robustes que ceux de l’homme ; l’exercice , d’ailleurs , chez les animaux sauvages , chea les carnivores surtout, déploie fortement leur vigueur musculaire ; il les rend aussi plus sains , plus capables de résister aux intempéries des saisons , aux chocs extérieurs. A mesure que ces qualités corporelles sont plus fortifiées , les facultés internes de sensibilité , la délicatesse nerveuse , diminuent , s’éteignent, comme on le remarque si l’on compare un épais et vigoureux manœuvre avec l’homme de cabinet , ou la femme délicate et spirituelle. Autant le premier reçoit en vigueur de corps , comme les animaux , autant notre espèce en se perfectionnant gagne en qualités de l’esprit ; mais par la même cause , l’homme devient plus sujet au dérangement des maladies. Tel est le résultat inévitable de notre civilisation , et l’on a vu des hommes de génie ne pouvoir se bien porter qu’en se rendant plus bêtes. La plupart des maladies nerveuses ne se guérissent même, comme on sait, qu’en reprenant une vie animale.
Bien que les quadrupèdes soient si inférieurs à
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notre espèce, ils sont pourtant de tous les animaux les plus capables de nous comprendre. L’oiseau garde déjà moins de rapports avec nous; car quelque familiarité, quelque intelligence qu’on suppose au perroquet , au serin apprivoisé , les qualités du chien , du castor , de l’éléphant l’emporteront toujours ; après l’oiseau , nous trouvons encore bien moins de moyens de liaisons avec les reptiles , les poissons, les insectes qui semblent appartenir à d’autres sociétés naturelles. Or, plus un animal nous approche et peut nous comprendre , plus nous le modifions. Nous ne pouvons presque pas agir sur le moral de l’insecte , du poisson , du reptile ; mais nous avons déjà de l’influence sur celui de l’oiseau ; enfin nous communiquons beaucoup de connaissances à divers quadrupèdes; Ceux - cl n’agissent point comme de purs automates ; ils sont susceptibles de s'instruire ; ils ont leur genre dé perfectibilité s on pourrait établir que le quadrupède est l’intermédiaire entre là matière grossière qui compose les corps des animaux , et l’essence divine qui forme l’âme humaine ; car il n’a point cette existence stupide , et toute brutale des autres espèces , réduites à manger , engendrer et mourir.
Les mammifères ont tous cinq sens , mais non pas en un égal degré de force. Les espèces qui se tiennent , comme le chamois , le bouquetin , sur les montagnes , et dont la course est rapide , vagabonde , ont une vue presbyte , ou voient mieux de loin que de près ; au contraire , les races pesantes qui peuplent les vallées , tels que les cochons , les
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rhinocéros , voient mieux de très-près ; ceux dont les yeux sont trop sensibles à la vive lumière» offusqués de l’éclat du jour , ne sortent qtie de nuit» comme les hideuses chauve-souris, ou même se cachent sous terre comme les tatous, leshérissons. Les peuplades les plus faibles, étant par cela même plus timides , font plus d’usage de l’ouie pour éviter le danger ; le lièvre , le lapin , la gerboise , la souris Ct les autres rongeurs , tendent l’oreille au moindre bruit, pouT fuir, tandis que les races puissantes ou courageuses , le lion , les tigres , les chats les lynx, dont la vue est perçante , même pendant la nuit , ont des oreilles courtes et l’ouïe faible : la force d’un sens compensant d’ordinaire ht faiblesse de l’autre. Ainsi les hommes qui deviennent aveugles ont l’ouie plus subtile} ainsi les sourtfi exercent beaucoup leur vue; ainsi la taupe, qui n’a que des rudimens d’yeux, a l’ouïe très-fine. L’odorat chez les bêtes n’a de rapports qu’atec leurs nourritures ou leurs amours. Le chien ne trouve aucun agrément à flairer la tubéreuse eù l’œillet * mais bien la chair , même putréfiée , ou sa femelle. Chez les carnivores , le sens du goût devient nn appétit ardent , sanguinaire ; chez les herbivores , ü leur faut dans ce sens une délicatesse assez grande pour discerner la plante nourrissante de l’herbe vénéneuse.
Ainsi la nature approprie la constitution de chaque individu à la destinée qu’elle lui donne sur la terre; elle revêt le quadrupède de poils plus rares parmi les pays chauds et en été , comme le chien turc ,
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I éléphant ,* les singes qui habitent sous les trôjii»
ques, et de fourrures plus épaisses et chaudes en hivef
et sous les zones froides , comme les martes-zibe*
lin es , les, ours et les renards gris. Si elle prive de
dents les Hatous ^ les pangolins , elle les couvre de
. cuirasses ou d écaillés 5 si elle a rendu faibles et
presque sans défense le hérisson* le porc-épic , elle
change leurs poils en une fotêtdedards acérés, et ces •• “ ** animaux, sachant se Fouler en boules épine uses, sont
inattaquables aux autres» espèces. Si la nature dénie «ttx. espèces herbivores; des dents fortes , ou des gtiffes crochues * elle arme la tête 4 chez les rumi- Bàns * de cornes menaçantes 1 enfin elle donne à de timides rongeurs , soit 1 industrie de se cacher sous terre , comme la marmotte * le lapin, le rat , soit Ihgilité desaüter d’arbre en arbre* comme l'écureuil* soit la vitesse de la course et d immenses gambades fwmr fuit ; commé aux gerboises, aukangurou, qui bondissent comme des sauterelles. Les vigognes et lamas n’ont aucune défense ; mais si l’on veut les frapper , ils lancent sur leurs ennemis une salive acrimonieuse et dégoûtante. Les putois , les mouffettes* les coases exhalent • lorsqu’on les poursuit^ des vapeurs empestées, et si exécrables, qu’elles font quitter prise àleurs ennemis les plus acharnés; enfin parmi touè ces animaux , les uns épouvantent leurs persécuteurs par des hurlemens affreux , comme les singes alouates; d autres s’esquivent en grimpant sur des arbres , en se creusant des tannières souterraines , ou en voltigeant > en sautant , en pion* géant dané les eaux > en déroutant leurs ennemis
par une foule de ruses , de soins prévoyans , et en a. se ménageant ou des asiles sûrs ou d’obscures retraites. Les plus petites espèces , outre qu’elles sont plus fécondes en nombre et se propagent plus souvent , sont aussi plus robustes et plus vives à proportion que les grandes espèces. Avant qu’un éléphant ou une baleinese soient seulement retournés , un lérot, une souris auront fait cent mouvemens ; la petitesse des membres donne plus d’unité , de solidité au corps ; des muscles plus courts se contractent plus aisément , tout mouvement est plus rapide et plus fort que dam ces grosses et lourdes machines ; un animal qui serait long seulement de trois à quatre cents pieds, et épais à proportion , resterait gisant à terre et comme accablé sous son poids ; il deviendrait la facile proie de tous les autres , et des plus faibles même.
bES mAmmifèees.