HUITIÈME LEÇON
v\ V\. |%%V V%«V. V\W VkVV>»\«V. MM*
Histoire naturelle des Oiseaux.
L’on a dit autrefois que si les breuvages et les euchantemens de la magicienne Circé , c’est-à-dire, les voluptés , les divers plaisirs de la vie , ensorcelaient tant d’hommes, et les métamorphosaient en bêtes , il avait été donné aux Muses l’heureux privilège de transformer, au contraire, les bêtes en hommes. Parmi ces Muses , ou plutôt parmi ces sciences, l’Histoire naturelle tient un rang élevé , puisqu’elle s’applique plus spécialement que toute autre étude à rechercher ce qu’il y a de commun et de différent entre la brute et l’espèce humaine , pour nous offrir soit d’utiles apologues , soit de salutaires exemples, comme au temps d’Esope, et surtout de l’âge d’or. A cette époque , dit-on , les animaux parlaient. C’est que l’homme alors plus voisin delà nature, observant plus attentivement les actions , les mouvemens , les cris de chaque espèce . comprenait mieux qu’aujourd’hui les sentimens , les idées , le caractère des bêtes ; il en tirait de profitables instructions pour la conduite de sa vie. Dans ces siècles antiques , toute la terre avai%une même lèvre , suivant l’expression de la Genèse , c’està-dire , que toutes les créatures vivantes s’entrete-
naient du même langage d’action, qui est aussi celui des sourds et muets , formé de signes , de cris et de gestes , et entendu par toutes les nations, comme par tous les animaux.
Depuis que nous avons cessé de le comprendre , faute d’usage; depuis que nous avons préféré d’employer celui* de la parole articulée, nous nous gommes éloignés de notre état originel. Les oiseaux ne trouvent pas moins de difficulté de communiquer avec nous leurs idées , que nous avons de peine à leur faire concevoir les nôtres ; et si nous jugeons que leur entendement est bien borné , ces animaux ne doivent-ils pas nous présumer également bien bêtes , pour ne pouvoir comprendre des idées aussi simples , aussi naturelies que les leurs? Notre civilisation est, par rapport à eux, une dépravation de l’ordre primitif, dont ils se gardent prudemment sans doute de nous envier les résultats. ,
Approfondissons cette science des facultés des animaux 5 nous y découvrirons sans peine les racines et les fondemens véritables de notre humanité. Car , Messieurs , nous ne devons pas penser que l’homme soit un être isolé et entièrement déta- • ché du règne animal ; au contraire , il en est comme le sommet ou le cerveau , la portion la plus noble et la plus épurée. Mais nous retrouvons en germe , en embryon, chez ces créatures inférieures , les linéamens principaux de notre nature morale déjà reconnaissables. Ces caractères sont même plus naïvement tracés, plue purs et moins défigurés chez