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ces êtres simples que dans notre race perfectionnée , ou plutôt déformée partant de préjugés et d’habitudes peu naturelles , habillée enfin de tant d’opinions bizarres par toute la terre, que l’homme devient méconnaissable à l’homme en diverses contrée s de notre globe. Nous remarquons déjà, au contraire, parmi les enfans, cette candeur, cette sim-r plicité vierge et native, cette heureuse franchise du cœur, qui ne sait ni se déguiser, ni rougir encore, parce qu’elle ignore le mal-faire : âge innocent et pur vers lequel nous aimerions à revenir , âge d’insouciance et de plaisirs sans regrets, que le temps jaloux ravit d’abord aux humains pour ne leur laisser que le fond ou la lie de l’existence.
Et , en effet , lorsque les philosophes sont en doute si une action est naturelle , ou conforme à l’ordre général , lorsque la diversité des opinions a tellement corrompu notre jugement et notre sens intime , que nous ne savons plus reconnaître le vrai; les hommes ( comme s’ils s’accusaient ouvertement de fausseté et de dépravation ) , d’un commua accord , rejettent tout témoignage humain pour recourir à l’exemple des animaux , seuls êtres qui * ne mentent jamais , ou qui conservent encore intacte la vérité que nous avons exilée. C’est ainsique la médecine humaine a commencé par l’observation de l’instinct des brutes; presqu’en toutes choses ils furent d’abord nos guides et nos premiers maîtres^ M. Levaillant voyageant en Afrique, se servait d’un singe magot qui , discernant les fruits sauvages mangeables , de ceux* qui étaient empoi-
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.sonnans , garantissait ce voyageur de funestes essais dans une terre inconnue , et était , en quelque sorte , son précepteur d’hygiène.
. C’est que les animaux marchent , pour ainsi parler , par le concours simultané de toutes leurs facultés ; leur instinct , leur intelligence , leurs affections , tout suit avec harmonie une impulsion unique ; ils ne sont pas , comme notre espèce , tiraillés en tous sens, par des goûts et des opinions vacillantes, égarés et divisés en plusieurs projets opposés ; ils vont de concert, de simplicité, et par conséquent de force , d’impétuosité naturelle. Hs agissent, sentent, jouissent pleinement et vivement; tout entiers à ce qu’ils font , leurs, sens sont droits, leur complexion est équilibrée par une juste modération. Plus sages , plus philosophes peut-être dans èqur vie entière que les sophistes orgueilleux qui se targuent de sagesse parmi nous.
Voyez , au contraire , l’homme tel qu’il est , contrarié jusque dans lui-même , et sentant la révolte s’allumer si vivement entre ses sens et sa raison. Combien de fois son cœur a soupiré pour des objets qu’un jugement sain repoussait ! Combien aussi de variations au moindrë vent de l’opinion ! Combien de passions qui s’entre-heurtent! Combien de fois prenant jun caprice passager pour un sentiment durable , le même individu n’a-t-il pas détesté le soir ce qu’il croyait chérir tendrement le matin même ? Son esprit et son cœur étant presque toujours en querelle , il ne parle , il n’agit , il n’exécute rien alors que par une moitié de lui-même ;
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et ces demi -actions , ces fractions de ses facultés et de sa vie ne produisent rien que de faux , d’équin voque , d’avorté , dans tous ses actes , dans ses pensées, dans ses productions littéraires ou autres. Tout ne se fait que d’effort, qu’à contre-cœur, ou qu’avec dégoût et» sans suite ; ce n’est plus la nature , c’est l’art , c’est une machine détraquée qui marche de travers. Les philosopliesanciensont pensé que les monstruosités qui sont, et plus étranges , et en plus grand nombre piarrni l’espèce humaine que chez les animaux , résultaient nécessairement de ces égaremens de notre sensibilité, de ces affections divergentes ou perverties, ou traversées par mille intérêts entre les sexes soit par les discordances d’âge, d’humeurs mal assorties, soit part ce défaut d’harmonie et d’unité dans les amours et les mariages ; tandis que les bêtes , toutes brutes qu’elles sont, mettent plus d’accord et d’unisson entre elles. * ! • . • •t'U'V» ) . -
Il en est de même des autres productions de notre espèce. Par exemple) le langage de tête seul est froid , ou cérémonieux , et trop apprêté pour être toujours véritable; celui du cœur n’est qu’exaltation passionnée , ou qu 'emportement déraisonnable. Mais le concours simultané de ces deux sources d’action imprime son charme et «a perfection à tout ce qui en émané-. La raison étant vivifiée et échauffée par le sentiment , et le sentiment éclairé , dirigé par l’intelligence , plus cet équilibre sera juste , plus il en résultera d’unité , de vérité , d’harmonie et de beauté dans tout ce qu’on entre-
prendra. La nature est avare , il est vrai , de ces génies bien organisés, et uns de cœur et d’esprit: tout ce qu’il est possible de faire , est d’aspirer à rétablir en nous cette correspondance salutaire qui, à proprement parler, constitue la santé de lame, comme l’équilibre des facultés corporelles maintient la vigueur et la banne constitution organique che» tous les êtres animés. Ces principes sont d’une haute importance, je ne crains pas de l’affirmer.
Voilà ce que les animaux eux-mêmes nous enseignent , l’unité , la simplicité , la force ; ils noui dévoilent aussi le fond des caractères» leurs passions, leurs vices innés. Tout ce que l’bomme civilisé déguise avec tant de soin, ses injustes intérêts, ses inclinajions si souvent folles ou téméraires , ou basses et indignes de son rang ; la fausseté», la dm* plieité , l’inconstance sont des vices que les bêtes connaissent le moins. Elles agissent naïvement et uniformément, par impulsion naturelle , tandis que l’bomme qui suit davantage la réflexion , n’emploie trop souvent sa raison qu’à multiplier ses erreurs, qu’à couvrir ses prétentions désordonnées d’un vernis brillant d’équité à l’extérieur. Ne serait-il pas curieux de découvrir ce qu’il entre du moral de plusieurs espèces d’animaux dans lecœurde l’homme? Nous différons d’eux par l’intelligence ; mais nos passions , nos vices , nous ravalent vers la bête. Aussi l’on dit que Démocrite cherchait jadis dans les entrailles. du renard et du serpent, les causes de la finesse et de la ruse.
Dans ce genre d’études, les oiseaux ne sont plus
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si éloignés de nous ; ils nous tiennent un langage plus facile à comprendre , et peut-être remarquera-t-on avec Aristote , Porta , et le peintre Lebrun , jusque dans le jeu de leur physionomie, des caractères , des images grotesques qui se peignent par quelques traits sur la figure des individus, le plus ignoblement entachés des mêmes vices ou des mêmes habitudes que les animaux manifestent.
Toutefois, ce que nous nommons vice ou vertu dans l’homme qui a la conscience du juste et de l’injuste , n’est, chez la brute, qu’une réunion de qualités plus ou moins développées en bien comme en mal , suivant sa conformation ; et cette structure originelle est la cause première de ses habitudes ou de ses mœurs innées. L’homme apporte de même , en naissant , des propensions , des dispositions pour tel acte plutôt que pour tout autre î et ne voyons-nous pas des enfans élevés de la même manière, avoir les uns plus de vivacité ou de lenteur , plus de gaieté ou de taeiturnité , plus de hardiesse ou de timidité ; d’autres , jaloux , envieux , colères , ou lâches et stupides , ou ardens , alertes , etc, ? Si, parmi une nichée, on trouve également des diversités d’humeurs entre les oiseaux de lanpême race , à combien plus forte raison d’autres races , d’autres espèces manifesteront des qualités morales différentes ? Les oiseaux ne sont donc point de purs automates , ainsi que le soutenaient jadis les stoïciens, et Descartes parmi les modernes. La nièce même de ce philosophe trouvait , n’en déplaise à son oncle, que sa fauvette avait du sentiment.
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«Quand je me joue à ma chatte, disait Montaigne, » qui sait si elle passe son temps de moi , plus que »je ne fais d’elle ; nous nous entretenons de singe- » ries réciproques » . Les animaux ne sentent-ils pas, ne songent-ils pas comme l’homme , et ne voyonsnous pas les chiens haleter , aboyer , remuer les jambes et la queue dans leurs rêves, comme s’ils étaient éveillés et occupés à quelque poursuite? On a vu pareillement des perroquets , des pies , lâcher quelques mots ou descris pendant leur sommeil; tout cela n’est-il pas une preuve manifeste , que l’intelligence des oiseaux est affectée de la même manière que celle de l’homme ?» En matière de pru- »dence , d’esprit et de raison , disait encore notre «philosophe périgourdin dans son vieux langage, » il se treuve plus de différence de tel homme à tel » homme, que de te^animal à tel homme. Il est aisé » de voir que ce qui aiguise en nous la douleur et la » volupté , c’est la poincte de notre esprit. Les
• bestes qui le tiennent sous boucle, laissent aux
• corps leurs sentimens libres et naïfs. Si nous ne «troublions , en nos membres , la jurisdiction qui » leur appartient en cela , il est à. croire que nous » en serions mieux , et que la nature leur a donné » un juste et modéré tempérament envers la volupté » et la douleur; et ne peut faillir d’être juste , étant
• égal et un. » On peut ajouter encore, que les bêtes ne sachant point ce qu’est la mort , sont débarrassées d’une des plus grandes sources de maux qui affligent et tourmentent tant de personnes ; de sorte qu’à cet égard , comme à beaucoup
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d’autres , la vie de bête , ou purement naturelle , n’est pas la pire , philosophiquement parlant; ce qui ne signifie pas qu’il faille marcher à quatre pâtes , et coifëher dans les bois. Qu’il serait aisé , Messieurs , de donner de solides raisons avec le bon Plutarque , de cette simplicité de la vie animale , lorsqu’il fait raisonner contre Ulysse un de ses compagnons transformé en brute par Gircé ? Gryllus , satisfoit de sa métamorphose , combat le sentiment du roi d'Ithaque , qui veut le ramener à la vie humaine; il appelle l’homme le plus misérable, le plus calamiteux , le plus injuste animal qui soit au monde; le seul qui soit susceptible de folie, et qui attente à sa propre existence , dans l’excès de ses malheurs. Il fait voir que les bêtes ne manquent ni de prudence , ni de tempérance , ni de courage, ni d’équité entr’elles ; que le$ crimes et le mensonge leur sont étrangers , et n’appartiennent qu’à l’homme ; qu’elles ne s’asservissent pas l’une à l’autre , et quil ne leur faut aucune loi pour lés forcer à bien vivre , ou pour les punir ; que toute avarice , toute vaine gloire leur étant inconnues , la plus grande racine de l’ambition , et des guerres furieuses qu’elle engendre, sont retranchées par ce moyen ; que des oiseaux même usant naïvement et simplement de leurs sens, n’outre-passent jamais la mesure convenable dans le manger, le boire, leurs autres besoins, et dans leucsamours sages et conformes aux lois universelles ; qu’il en résulte moins de maladies, puisque rien d’apprêté, decuit, de fermenté n’excitant leur appétit au-delà de la nature,
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on ne connaît parmi eux ni indigestion, ni ivresse, ni d’autre désordre. Si l’oiseau souffre de quelques maux physiques , alors guidé par un instinct plus habile que nos vaines théories , l’individu fait ce qui lui convient, ne se tourmente jamais de chagrinantes inquiétudes , mais accomplit en paix tout ce qui lui est dicté par cet auguste et ingénieux maître.
- Et telle fut , en effet, l’admiration inspirée par les bonnes qualités des animaux , aux plus anciens peuples renommés par leur sagesse , qu’ils adorèrent , sous l’emblème de ces créatures , les attributs divins quelles retraçaient. Ce n’était ni le bœuf Apis , ni le chien Anubis, ni le crocodile , les cercophithèques, l'ibis , eux-mêmes que les Egyptiens révéraient dans leurs temples, mais les qualités merveilleuses de la Divinité , qu’ils trouvaient dans les mœurs de ces animaux. Virgile , le sage Virgile examinant l’ordre et le travail des abeilles , est prêt à leur attribuer une sorte d’intelligence céleste, et Salomon renvoyait le paresseux à l’exemple de la diligente fourmi. Que l’homme redescende donc un peu de ce haut degré d’orgueilleuse prévention où il est pour lui-même ! Qu’il ne croie point avoir seul toute la sagesse pour apanage, dans l’Univers! Qu’il étudie le moral des autres créatures , des anciens compagnons de son état sauvage , et il y trouvera soit d’utiles et d’agréables exemples, soit aussi des défauts à éviter.
Je crois devoir /"Messieurs, m’attacher principalement en ce cours à vous retracer ces qualités et
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ces mœurs des oiseaux, encore plus que vous décrire leurs formes extérieures , leur structure organique , leur configuration particulière. Il faudrait en effet pouvoir ouvrir ici de vastes galeries remplies d’animaux , les toucher, les manier, les disséquer même; car de sèches descriptions, sans modèles sous vos yeux , n’offriraient à votre esprit que des images bien vagues et faiblement intéressantes. Les Musées d’Histoire naturelle vous présenteront ces objets dont j’aurais essayé de vous entretenir ; vous y verriez des corps morts , dont je voudrais pouvoir vous ressusciter les actions. Tel est le charme de l’Histoire naturelle , qu’il ne veut point être borné à contempler les riches parures, les plumages les plus éclatans des oiseaux ; qu’il n’offre point seulement un brillant spectacle , une fête pour les regârds, comme ces décorations magiques de nos théâtres; mais le mouvement , le jeu , les affections des différons êtres présentent la partie la plus attrayante sans doute de la science de la nature. Nous découvrons par ce moyen, sa marche, ses vues, ses inspirations, et en quelque sorte cétte main vivante qui dirige toute la série de ses opérations. Que servirait de connaître tantd’êtres créés, d’observer tant de conformations extraordinaires, si nous ne recherchions pas les principes ou les causes imprimant la vie, déterminant les mœurs , les caractères propres à toutes ces créatures? , . 1
Sans rappeler ici les considérations émises dans notre séance précédente sur les rapports des maca-
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mifères avec notre espèce, nous allons passer à l’étude des oiseaux et à celle de leurs familles naturelles. Aucune classe ne présente plus de hardiesse dans les moyens de se transporter; aucune ne joue un rôle plus gai, plus brillant; aucune n’a des amours plus impétueuses, et des mœurs plus indépendantes sur ce globe.
Un bec et des plumes, deux ailes et deux pâtes font aisément reconnaître cette classe d’animaux à sang chaud, ayant un cœur à deux ventricules, et deux oreillettes, respirant un grand volume d’air dans de vastes poumons , pondant des œufs recouverts d’une coque plus dure que celle des œufs de tous les autres ovipares. La faculté de voler n’est point l’attribut du seul oiseau., puisqu’il existe des chauve-souris, des dragons-volans, espèces de lézards ailés, des poissons volans, et une multitude d’inseetes pourvus d’aîles, tandis que ni l’autruche et le casoar, ni les pingouins et guillemots , quoiqu 'étant bien certainement des oiseaux et ayant des rudimens d’aîles , ne sont nullement capables de s’élever dans les airs. Les oiseaux sont aussi privés de quelques parties qui se trouvent chez les quadrupèdes ; ainsi leur cerveau est déjà moins parfait ; il manque de corps calleux , de voûte ( fornix ) et de cloison transparente ( septum luci dum ) ; il est composé de six principaux tubercules. 11 n’y a ni lèvres, ni dents visibles, ni pavillon extérieur des oreilles , ni queue de chair , ni épiglotte , ni diaphragme , ni vessie urinaire chez ces volatiles. Les femelles, au-lieu de matrice, ont un seul ovi-
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ductus , et les mâles portent leurs parties sexuelles plus intérieurement que les quadrupèdes. Toutefois les os de l’aile peuvent se rapporter parfaitement à ceux du bras et de l’avant-bras de l’homme et des quadrupèdes , sauf les proportions de forme et de grandeur ; car tous les animaux à vertèbres sont composés, à l’intérieur, sur un même modèle, comme nous aurons de nombreuses occasions de le démontrer. «
Je me propose de vous esquisser cette merveilleuse analogie que la nature établit entre cette seconde classe du règne animal et la précédente, famille par famille, et comment chaque mammifère trouve pour ainsi dire son représentant parmi les oiseaux. La nature aime à revenir sur ses mêmes traces, et l’on rencontre également une foulo d’exemples charmans de ces réminiscences parmi les fleurs.
Comme la première famille des quadrupèdes a été celle des singes * la première de la classe des oiseaux doit être celle des perroquets. Les uns et les autres sont grimpeurs ? vivent aussi par troupes sur les mêmes arbres, des mêmes fruits, et dans les mêmes climats chauds entre les tropiques; tous sont monogames ou s’apparient également à une seule femelle; ils sont pareillement mimes, ou imitent les actions , les voix mêmes des autres animaux; susceptibles au même degré de s’apprivoiser, ils manifestent encore une adresse et une intelligence naturellement supérieures à celles des autres espèces de leur classe ; si les sapajous
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d’Àmërique ont une queue flexible dont ils s’aident pour grimper , en la reployant autour des branches, les aras ou perroquets d’Amérique appliquent aussi leur grande queue roide contre l’écorce des arbres, pour se soutenir et s’aider. Les perroquets mâles prennent, avec leur femelle, un tendre soin de leur couvée , ne pondent guère que deux œufs ; ce sont des oiseaux bruyans et criards , à bec large et crochu , dont la vie est longue et dure, la chair sèche, fibreuse, le plumage peint de couleurs éclatantes et fortes ; leurs pieds courts et robustes ont deux doigts devant et deux en arrière pour mieux saisir les branches ; car , comme les singes , ils ne marchent presque jamais à terre. Ils aiment les pays secs et chauds, les bois solitaires et les hauts palnîîers chargés de fruits sucrés. Ainsi , l’on peut dire que les perroquets sont les singes de la classe des oiseaux. Les espèces de singes à museau pointu, nommés makis, sont représentés aussi par les oiseaux grimpeurs à bec pointu , tels sont les pies , les loriots , les huppes , les grimperaux , les martins-pêcheurs , qui dévorent à la manière de ces quadrupèdes , les insectes, les chenilles et larves , qu’ils vont dénicher et extraire entre les fentes des écorces des arbres , autour desquels ils semblent ramper. Ces oiseaux ont tous deux doigts en devant et deux en arrière pour mieux s’accrocher aux arbres.
Nous comparerons aux chauve-souris les espèces d’oiseaux nocturnes nommés engoulevens ou Jetle-chèvre, et même les hirondelles, parce qu’à
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là manière de ces quadrupèdes volans,l’engoulevént voltige dans le crépuscule , pour saisir dans l’air les phalènes, et d’autres insectes dont il se nourrit ; qu’il se cache de jour dans les lieux caverneux ; qu’il a un vilain cri, le bec très-fendu , très-large, la tête applatie , le plumage grisâtre ou noirâtre, et bien d’autres traits de ressemblance avec les chauve-souris , près desquelles il niche dans les mêmes trous des masures ; les grandes ailes des hirondelles , des martinets , leurs petites pâtes , leur manière de se cramponner aux murs, représentent encore diverses habitudes des chauve-souris; enfin si celles-ci se cachent en hiver , les hirondelles également se cachent ou dans les roseaux des marais ou fuient sous des cieux plus doux. Si ces quadrupèdes peuvent voltiger, à plus forte raison leurs représentans parmi les oiseaux doivent être doués d’une haute puissance du vol, et l’on sait que les martinets surtout jouissent au suprême degré de cette faculté.
L’on pourrait établir aussi de curieuses analogies entre les quadrupèdes voltigeurs, pourvus de peaux sur les flancs , comme les galéopithèques , et les oiseaux brillans de paradis , qui semblent avoir de secondes ailes sur leurs flancs, et dont la queue, formée de plumes soyeuses, est cette aigrette flottante et légère du casque des guerriers , ou plutôt ce riche ornement de la coiffure de la beauté. L’on trouverait encore de singulières ressemblances entre l’allure lourde des toucans, oiseaux pourvu» d’un bec énorme et d’une langue frangée comme
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une plume, et le grimpement des coucous, des momots , etc. , avec la lente race des quadrupèdes nommés paresseux. Il suffit de distinguer la famille de ces oiseaux par la conformation de leurs doigts, deux devant et deux derrière, pour mieux grimper. Passons à des familles plus remarquables.
L’aigle est parmi les oiseaux ce qu’est le lion parmi les quadrupèdes , ainsi que l’ont dit Linné et Buffon, et comme l’a chanté Delille :
Au lion dans les bois, à l’aigle dans son aire.
Qui ne reconnaît pas le même caractère ?
Tous deux sont fiers, tous deux, tyrans de leurs vassaux, Dans leur désert royal ne veulent point d’égaux; L’impérieux amour, le besoin d’une épouse,
Domptent seuls les fureurs de leur fierté jalouse ;
Tous deux rois des Etats par la victoire acquis,
Ne veulent de festins que ceux qu’ils ont conquis ; Ennemis généreux et vainqueurs magnanimes.
Enfin tous deux font grâce à de faibles victimes :
Ainsi le même instinct produit mêmes humeurs,
Et différens de race , ils sont joints par les mœurs.
Mais il y a des caractères bien plus intimes dans l’organisation des oiseaux de proie, comparée à celle des quadrupèdes carnivores. Ainsi, l’instinct sanguinaire, le besoin de vivre de rapines, de cadavres ou de victimes vivantes, ne sont pas les seules qualités communes entr’eux, non plus que cette férocité de mœurs, ce, naturel indépendant,, cette haine de rivaux où de concurrens dans leur voisinage. L’oiseau rapace , conime le mammifère carnassier, ont, l’un le bec recourbé, l’autre des dents aiguës et tranchantes; l’un des serres ero- Tome I. iS
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chues , l’autre des griffes acérées ; tous deux des intestins courts, membraneux, propres à digérer Seulement la chair ; tous deux une grande vigueur de membres, des mouvemens brusques et rapides, la même audace, le même courage, et jusqu'à des nuances de couleurs analogues , soit fauves , soit grises ou terreuses; enfin, une sorte d’uniforme semblable, puisqu’ils sont enrôlés dans la même milice de destruction contre les animaux. Ils peuvent aussi supporter la faim long-temps : la voix est âcre , aiguë , perçante chez les oiseaux de proie , comme chez les carnivores. S’il y a des carnassiers qui voient de nuit, tels que les chats, de même il y a, parmices oiseaux , des chouettes, des chats-huants, des ducs , des effraies , dont les yeux sont pareillement flamboyans dans l’obscurité, dont les griffes sont aussi rétractiles; la tête est ronde, avec des plumes dressées en oreilles, comme s’ils étaient les chats des oiseaux. Les vautours , semblables aux hyènes et aux chacals, suivent également, dans l’Orient, les armées , et se repaissant ensemble des mêmes cadavres , s’attroupent en volées pour dévorer les charognes infectes et les immondices. Le faucon, lepervier , rendent, dans la fauconnerie , les mêmes services que le chien à la chasse. Enfin , les oiseaux rapaces se contentent d’une femelle; celle-ci, qui est plus forte et plus grande d’un tiers que le mâle, parce que la nature la charge surtout de nourrir sa couvée, pond deux ou quatre œufs, place son aire sur les rochers les plus élevés , parmi les désertâ les plus sauvages, comme le quadrupède carnivore.
qui cache sa progéniture au fond des antres des montagnes.
Et cette analogie se soutient parmi les oiseaux demi-rapaces , tels que les pies-grièches , les tyrans et les moucherolles, les guêpiers, les mésanges, ou parmi les corbeaux, les pies, les calaos à gros bec, les mainates, etc. ; oiseaux appelés coraces (ou analogues aux corbeaux) : espèces vivant également de petits reptiles, de faibles oiseaux, d’insectes ou autre menue proie, et de végétaux. A plusieurs égards, ils sont comparables à ces moindres races de quadrupèdes carnassiers , à ces tyrans subalternes , à ces exacteurs méchans et cruels du règne animal , ainsi que les fouines, les putois; suçant le sang, dévorant la cervelle des animaux qu’ils surprennent par fraude ou par adresse ; de même les piesgrièches écorcheurs dévorent la cervelle, crèvent les yeux des petits oiseaux, puis embrochent ensuite cette proie dans les épines des buissons , pour la retrouver au besoin. Tous guerroient en lâches assassins , ou surprennent leur victime par stratagèmes plutôt qu’ils ne l’attaquent de front avec une noble fierté.
Nous comparerons les oiseaux granivores, si nombreux , et dont le bec conique est capable de briser les graines de même qu’une pince , aux quadrupèdes rongeurs , si multipliés, qui ont les deux dents de devant également propres â entamer les substances végétales. Ces oisillons , dont la démarche est toujours vive, sautillante, inquiète; dont le caractère est sensible, timide; dont les habitudes
sont douces, qui se plaisent dans nos bosquets, dans le voisinage de nos demeures, et dont plusieurs espèces se forment des nids avec tant d’industrie, avec une adresse si surprenante, vivent souvent en sociétés, en volées, de même que les écureuils, sur les mêmes arbres, ou les campagnols, les rats, les souris. Par exemple, les moineaux sont presque les parasites de nos maisons , comme ces petites races de quadrupèdes, comme la gent trotte-menu ; les gros-becs et bruans,les pinsons, les linottes , les bouvreuils et verdiers, etc. , représentent cette foule de petits quadrupèdes rongeurs; et si nous avons vu ceux-ci se creuser des retraites souterraines savamment distribuées , nous ne trouverons pas moins de talens industrieux dans la construction des nids des oiseaux caciques, des carouges , des troupiales. Il y a des rongeurs qui se cachent ou émigrent en hiver; de meme, on observe une foule de migrations parmi ces petits oiseaux , surtout parmi ceux dont le bec est fin , et qui, vivant aussi de menus insectes, vont en chercher en hiver dans de plus chaudes contrées. Enfin, l’abondante multiplication de ces races , la sapidité agréable de leur chair, leur facilité à s’apprivoiser, leur genre de nourriture, et une foule d’habitudes rapprochent ces oiseaux de ces quadrupèdes. On peut même dire que le lapin et le lièvre représentent les pigeons , et deviennent également domestiques; qu’ils sont également féconds et ârdens en amour, etc.
Et considérez, Messieurs, des analogies plus frap-
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pantes encore entre nos oiseaux gallinacés ou de basse-cour, et les mammifères rumina ns. Ceux-ci portentplusieurs estomacs comme on sait; de meme les gallinacés, tels que la poule , le faisan , le dindon, la perdrix, la caille, l’outarde, le paon-, la pintade, le hocco, l’autruche, etc. , ont d’abord un jabot membraneux 011 se ramollissent les graines qui sont ensuite broyées , triturées à l’aide de petites pierres qu’ils avalent, dans un second estomac musculeux et épais » nommé le gésier. Si les ruminons sont armés de cornes ou défenses , les gallinacés ont des cornes, des crêtes à la tête ou des ergots aux pâtes ; d’autres des épines au pli de l’aile pour défenses : ces quadrupèdes et ces oiseaux s’appri- • voisent aisément , offrent une chair excellente. La poule est pour les oiseaux ce qu’est la vache parmi les mammifères : l’une nous fournit ses œufs, l’autre son lait; l’autruche au long col, à la tête plate, comme le chameau, parcourt avec lui les sables arides de l’Afrique , porte comme lui , sur son dos bossu, le jeune Maure à travers l’ardente solitude, ou se joue, en courant avec ses ailes relevées , du cavalier agile qui la poursuit. Les xnâles des gallinacés rassemblent plusieurs femelles, et, de même que les mâles des ruminans, sont aussi polygames. Les gallinacés se plaisent dans les campagnes cultivées, se roulent dans la poussière ( d’où vient aussi leur nom d’oiseaux pulvérateurs) comme les ruminans. Les mêmes cimes de montagnes nourrissent le coq de bruyère et la gelinotte avec le chamois ou le bouquetin , et les
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uns, courant rapidement comme les autres, sur la neige, sontuneproie également estimée duchasseur.
IVous retrouverons les analogues du cheval ou des solipèdes , dans plusieurs des oiseaux à longues jambes qui mesurent d’une course si rapide l’étendue des champs et des friches , dans le kamichi, l’agami, le secrétaire oumessager, qui s 'apprivoisent, ou les râles , les jacanas , etc. ; mais si nous voulons chercher des ressemblances entre les quadrupèdes qui se vautrent dans la fange, tels que les cochons, les tapirs, ou d’autres gros animaux à lard et à peau épaisse , et les oiseaux doués des mêmes habitudes, nous trouverons un grand nombre d’espèces à hautes jambes ( nommés aussi échassiers ) qui se plaisent également dans la boue , qui sans cesse y patrouillent , s’il faut ainsi dire , y barbottent , y fouillent avec leur long bec porté sur un long cou , y cherchent une victuaille de vermisseaux , d’herbages impurs qui pullulent dans les eaux croupies. Telles sont ces bécasses, ces vanneaux et pluviers , ces ibis et courlis , ces grues , cigognes , hérons , butors , flamants , races stupides à petite tête, aux yeux faibles , qui recherchent les terrains limoneux couverts de joncs, et préfèrent les saisons nébuleuses , les brouillards gris d’automne , qui voyagent par bandes ou volées , pendant le crépuscule , et dont le plumage sombre, les teintes lavées , ternies , annoncent pour l’ordinaire ce ca ractère mélancolique et peureux , qui se manifeste par des soupirs plaintifs élancés de temps-en-tcmps pendant la nuit le long des rivages , comme des
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gémissemens d’hommes naufragés. Ces oiseaux, nommés aussi scolopaces, ont une queue courte ; «lie est compensée , dans leur vol , par la longueur de leurs jambes, lesquelles , pendant en arrière , remplacent le gouvernail de la queue , pour se diriger dans les airs. Ils sont polygames , se battent entr’eux pour leurs femelles, et celle-ci conduit seule ses petits à la pâture , de même que le font les mammifères analogues à ces oiseaux.
Enfin la dernière famille se compose des oiseaux nageurs , à pieds garnis de peaux ou membranes entre les doigts : tels sont les oies et canards , les plongeons , harles , goélands et mouettes , pélicans, cormorans, albatrosses, pétrels, guillemots , fous , pinguins , manchots , etc. , qui sont évidemment les analogues des quadrupèdes amphibies , nageurs comme les phoques , et même des cétacés. Ces oiseaux palmipèdes ou à pieds à membranes en forme de rames , et reculés fort en arrière ( ce qui leur donne une démarche boiteuse et gênée sur terre ) , ont le corps applati et taillé comme la quille d’un vaisseau , pour mieux fendre les eaux , un plumage serré , et naturellement huilé pour le rendre impénétrable à l’humidité , un corps allégé par une graisse abondante , . et couvert d’une peau dense , épaisse , huileuse. Les couleurs de leur plumage sont la plupart sombres et sales ; leur voix est très-criarde , retentissante et nazillonante ; les mâles sont d’ordinaire polygames, et les femelles , façonnant grossièrement leur nid sur les rivages et entre les joncs, conduisent «à l’eau
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leurs petits très-jeunes. Ce sont en général des espèces voraces , stupides , qui sillonnent la surface des lacset des mers; qui , hardis navigateurs , s’élancent au sein des tempêtes , ou rasent quelquefois dans leur vol les plaines mouvantesde l’océan, et fondent sur- les poissons pour les dévorer. Ceux de ces oiseàux qui ne peuvent voler, et n’ont plus que des moignons d’ailes ou des ailerons , tels que les pinguins et manchots, nagent et plongent avec une facilité merveilleuse ; ils sont insubmersibles, et vivent en troupes à la manière des dauphins , des marsouins, desphoqueset veaux-marins, qu’ils représentent dans la classe des oiseaux; ils en ont les moeurs gloutonnes, les habitudes, le meme racourcissemenl de-membres, et jusqu’à la chairpareillement huileuse, et d’un .goût de marée désagréable.
Yoiâà donc la grande classe des oiseaux partagée én familles distinctes , faciles à reconnaître ; i.° les perroquets et les autres oiseaux grimpeurs, les pies, les grimpereaux, dontles pieds ont deux doigts en avant etdeux.en arrière , analogues .aux singes et aux makis; 2.° les hirondelles et engoulevens , qui font la chasse aux insectes dans l’air, analogues aux chauve-souris , et les oiseaux de paradis , analogues aussi à. d’autres quadrupèdes voltigeurs ; 5.° les oiseaux rapaces ou de proie , aigles , faucons, vautours , chouettes , comparables à; nos mammifères carnivores, comme les oiseaux demi-rapaces, les pies-grièches, les coraces, lesinsectivores, représentent nos petits quadrupèdes carnassiers ; 4-° Ie* petits oiseaux , la plupart granivores et à. hcc eo-
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nique , nommés eu général les passereaux , tels que moineaux, pinsons, bruans, gros becs, et aussi les bec-figues, fauvettes , lavandières, ortolans , comparés aux quadrupèdes rongeurs. Ces quatre lamilles principales comprennent tous les oiseaux percheurs, ou qui se tiennent souvent sur des arbres , et ils correspondent aux quadrupèdes qui , ayant les pieds divisés en doigts, ou lesfissipèdes, se servent de leurs pâtes .avec adresse, ou sont plus intclligensetmieux organisés que les familles suivantes.
En effet , les oiseaux non-percheurs , analogues aux quadrupèdes ongulés , qui ont leurs doigts renfermés dans des sabots de corne, sont : i.° les gallinacés , oiseaux pulvérateurs , se plaisant à gratter la terre , et comparables aux quadrupèdes ruminans; 2. 0 les échassiers ou scolopaces, montés sur leurs hautes jambes, recherchant laboue , tels que grues , cigognes , bécasses , courlis , vanneaux , pluviers , etc. ; 5.° Enfin , les palmipèdes, ou oiseaux nageurs , oies et canards , goélands , cormorans , pélicans , plongeons, harles, etc. , à doigts garnis de peaux pour former la rame , races boiteuses et stupides , analogues aüx mammifères amphibies et nageurs. Ces trois familles dernières n’offrent pas d’oiseaux qui se perchent naturellement , ou qui aient autant d’adresse et d’industrie que les familles précédentes. Presqu’aucun de ces derniers oiseaux ne dégorge une nourriture macérée dans 'son estomac , à ses petits , pomme font les premiers, et nul d’entr eux n’est capable d’imiter aussi la voix humaine. ■ ■>
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Une fois que ces caractères spéciaux de chaque famille, indiqués plus loin , seront bien observés , on aura une parfaite idée de la classe des oiseaux. C’est même une sorte de méthode très-simple, puisqu en étudiant seulement quelques oiseaux de chacune des familles dont nous parlons , on saura classer sans peine tout oiseau parmi les trois à quatre mille espèces décrites ; ensuite le moindre traité méthodique d’ornithologie vous en indiquera le nom propre. Il en est de même de tous les animaux et des végétaux considérés dans leurs familles , leurs groupes naturels , et pour ainsi dire dans les légions de cette grande armée de la nature.
Mais l’oiseau lui-même est un être singulier dans ses attributs. S’il fut donné aux quadrupèdes de vivre sur terre , au poisson de sillonner les profondes eaux de l’Océan , à l’oiseau de s’élancer au sein des airs , chacune de ces grandes nations semble avoir retenu dans sa constitution une surabondance de l’élément qu’il eut én partage pour sa demeure. En effet, le poisson, toujours plongé dans un liquide froid , reçut une complexion molle , humide , un sang refroidi ; le quadrupède , placé sur un sol sec , et souvent pierreux , a contracté une solidité d’organes , une constitution ferme et vigoureuse, tandis que l’oiseau, voyageant toujours dans un fluide raréfié, obtint cette structure légère, cette vivacité , cette mobilité ou inconstance toute aérienne et volage , comme l’empire qu’il habite. Et ne voyons-nous pas en effet les oiseaux d’eau retenant dans leur corps , une grande abondance
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du principe humide , être plus lourds , plus épais que les peuples agiles des airs; et les oiseaux gallinacés , ces dindons , ces poules , ces perdrix qui ■vivent sur terre , n’ont-ils pas contracté cette pesanteur de corps, cette lenteur de mouvemens que n’ont point les espèces habituées à s’élever dans les hautes régions de l’atmosphère, et pour ainsi dire , à nager dans les eieux ? »
L’air influe donc principalement sur l’oiseau , qui même est pénétré de ce fluide dans toute son organisation ; car il a des poumons vastes, adhérens aux côtes , s’étendant par des sacs membraneux dans son bas-ventre; ses os, son tissu cellulaire , ses plumes , toutes ses parties enfin , sont perméables à l’air , et le rendent léger ; aussi la nature a voulu qu’il déposât des œufs , et les couvât ; car si la femelle avait porté ses petits dans son sein comme les autres espèces à sang chaud, elle n’aurait pas pu voler pendant sa gestation , à cause de cette pesanteur.
L’air, en pénétrant l’oiseau partout, agrandit l’appareil respiratoire de cet animal , et il en résulte des effets vermeilleux ; car , puisque la respiration devient le foyer de notre chaleur, de notre activité ; puisqu’elle imprime au sang sa couleur vive , son ardeur vitale , pour ainsi parler, l'oiseau jouira de ces facultés au suprême degré. En effet , Messieurs , l’oiseau montre plus de chaleur que l’homme et tous les animaux ( il a jusqu’à 35® , et nous n’en avons guère que 3o à 32) , il est comme dans une fièvre, perpétuelle; à peine peut-on compter les pulsations
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rapides de son cœur ; à peine reste-t-il un moment tranquille ; et comme dévoré du feu de la vie , ni la rigueur de nos hivers ne peut l’engourdir ( puisque les . petits roitelets supportent gaiement les plus rudes gelées sans périr ) , ni les grands froids des hautes régions de l’atmosphère ne l’arrêtent. Nous verrons que si plusieurs oiseaux émigrent . dans des pays chauds , ce n’est pas à cause du froid de nos hivers, mais par défaut d’insecte6 et de productions pour sc nourrir alors.
Et pour exécuter ces violens mouvemens qui soutiennent l’oiseau dans les airs , qui le transportent à d’énormes distances , quelle vigueur de muscles ne fallait-il pas ? Quels rapides coups d’ailes à donner sans cesse avec tant de prestesse ? Qui fournira à toute cette dépense de forces , si ce n’est le #feu de la respiration ? C’est aussi pour cela que les autres animaux halètent ou respirent avec rapidité #;n courant avec vitesse. D’ailleurs , l’air, échauffé dans le corps de l’oiseau , en allège encore le poids. On voit dope que toutes les tentatives des hommes pour imiter le vol de l’oiseau , ne peuvent réussir, faute de ce grand système respiratoire; car il nous faudrait au-moins, comme aux chauve-souris, une poitrine ample et vaste, des poumons étendus, de puissans muscles pectoraux pour agiter de fortes ailes de la même manière. Sans cela l’on verra toujours d’imprudens lcares s’estropier, et remplir les gazettes du bruit de leurs folles entreprises.
En outre, l’oiseau a son corps taillé pour fendre l’air, mieux que tous les autres animaux volans, sans