‹ Histoire des moeurs et de l'instinct des animaux. Avec les distributions méthodiques et naturelles de toutes leurs classes. Cours fait a l'Athénée Royal de ParisChapitre 35 sur 50 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

Histoire naturelle des Reptiles , et de leurs Mœurs.

En passant de l’histoire des oiseaux à ceile des reptiles, ou des quadrupèdes ovipares et des serpens, nous franchissons une distance bien plus grande que celle qui sépare les oiseaux des mammifères. En effet , nous avons vu que les deux premières classes d’animaux avaient le sang chaud , une respiration vive , fréquente, un cœur à deux oreillettes et deux ventricules, enfin une existence plus animée , plus complette , une intelligence plus étendue, une sensibilité plus exaltée que celle de toutes les autres classes. Voilà ce qui les rapproche de la nature humaine , ce qui les ennoblit , ce qui les rend plus capables aussi de s’apprivoiser parfaitement, de communiquer avec nous, de recevoir un rayon de notre pensée. .• . ' , . ti . .

Mais nous descendonsicivers des races dégradées, non moins par la laideur deleurs formes et l’ignoble bassesse de leur origine , que par la froideur , la stupidité de leur naturel. Toutefois nous y reconnaîtrons encore la main toute puissante et les merveilles du Grand-Être, qui les tira de la fange impure Tome I. aa

où rampent presque toutes ces espèces. Cette empreinte divine est même d’autant plus étonnante, qu’elle agit dans des créatures plus imparfaites , quelle lutte , pour ainsi dire , contre l’inertie , contre l’inaptitude de ces êtres. L’horreur qu’excitent plusieurs animaux de cette classe , loin d’être un motif pour nous éloigner de leur étude , nous prépare de plus étranges spectacles ; et ne contemplons-nous pas, quoiqu’en frissonnant, sur la scène tragique , ces Atrée, ces Néron , ces monstres humains avec toutes leurs noires perfidies? Ce sont des couleurs rembrunies qui rehaussent d’un nouvel éclat l'innocence ou la vertu des autres personnages ; de même les reptiles forment comme une ombre dans le tableau des êtres vivans. Qu’une créature ait le malheur de naître tortue ou grenouille , ou même crocodile et vipère , ce n’est point volonté, c’est disgrâce de sa destinée ; ainsi manquant de la liberté du choix , on doit du-moins absoudre ces êtres de l’intention , et ne pas leur ravir cette sorte d’intérêt et de commisération que l’on garde aux individus difformes ou maltraités par la nature.

Jadis la Mythologie arma le dieu du jour , Apollon , de ses flèches , pour percer l’énorme Python sorti du limon terrestre après le déluge ; jadis Hercule étouffa l’horrible Achéloùs malgré ses tortueux replis ; jadis des dragons furieux gardèrent le jardin des Hespéridesetla toison d’or. Persée secouant la tête sanglante de Méduse , sema les serpens de sa chevelure sur l’aride Libye ; les atroces Gorgones , les infernales Euménides , la Discorde et

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l’Envie, armées de couleuvres, épouvantaient les humains , les pétrifiaient d’horreur. Les amis de la nature , aujourd'hui vainqueurs de tant de monstres , nouveaux Cadmus, empruntant le caducée pacifique de Mercure, s'avancent sans crainte au milieu de ces races ennemies , les dénombrent, les classent , et couverts de l’égide de la science , se garantissent de leurs atteintes. Ils ne voient plus parmi les reptiles que des créatures merveilleuses dans leurs formes , singulières par les couleurs variées qui les décorent, curieuses par les étranges métamorphoses de quelques espèces , par les mœurs bizarres de presque toutes, ils comptent i peine un vingtième d’individus venimeux dans~cette classeentîère. Plusieursd’entre ces espèces nous présentent des alimens sains et abondanr tels que les tortues , divers lézards etserpens, et des grenouilles} d’autres offrent des écailles utiles aux arts, des médicamens restaurans. L’on a su apprivoiser jusqu’au crocodile , et l’on voit de jeunes Maures se faire transporter au loin, en jouant, sur leur dos ; tant il est vrai que la supériorité et la domination de l’homme se font sentir sur tous les êtres !

L’on nomme reptiles les quadrupèdes ovipares et les serpens. Ce nom de reptiles convient en effet aux premiers , bien qu’ils aient des pieds , parce qu’ils s’en aident moins pour marcher que pour ramper , et que le ventre , chez les tortues , les lézards , les grenouilles , les crapauds et les salamandres touche presque toujours à terre. Si ces derniers genres vivent aussi dans l’eau et y nagent fa-

cilement, ils se plaisent fort bien aussi sur la terre ; ce qui les a fait regarder comme de véritables amphibies. Cependant, si l’on considère que pour cette double vie , il faut pouvoir également respirer sous l’eau comme les poissons , et sur la terre comme les mammifères , on reconnaîtra qu’il n’y a point de véritables amphibies parmi ces animaux , excepté peut-être les sirènes et les protées, qui ont des poumons dans leur poitrine et des branchies extérieures. Quand les grenouilles , les crapauds et salamandres sont à l’état de têtard dans leur jeune âge, ils demeurentpourv us de branchies qui respirent l’eau, et ne peuvent pas subsister hors de l’eau en cet état ; enfin ces têtards étant devenus des animaux parfaits , leurs branchies disparaissent , et ils font usage des poumons; en sorte qu’ils sont alors obligés de respirer de l’air , et qu’ils périraient suffoqués sous l’eau , s’ils étaient contraints d’y rester submergés pendant trop long-temps.

Les reptiles ne peuvent donc plus se rattacher , comme les oiseaux , à cette classe supérieure qui forme l’élite du règne animal , aux mammifères, bien que la plupart aient quatre pâtes comme ceux-ci. C’est plutôt avec les oiseaux et les poissons que les reptiles semblent contracter une alliance par la structure interne , comme par les mœurs et les habitudes. Aussi les reptiles des familles des tortues , des lézards , de plusieurs serpens se rapprochent à plusieurs égards de l’organisation des oiseaux, et même par quelques formes extérieures, tandis que les genres des grenouilles , des sala-

mandres, des sirènes, et des cécilies avoisinent, par beaucoup de caractères , la classe des vrais poissons.

Quatre tribus principales distinguent la classe entière des reptiles , suivant leur distribution méthodique la plus naturelle et la plus simple.

La première famille, celle des tortues , ou reptiles ehéloniens , est bien remarquable par cette épaisse cuirasse osseuse qui les recouvre, fortifiée par huit cerceaux de côtes , et qu’on nomme carapace pour le dos , et plastron pour le ventre. Celui-ci représente le sternum , et est formé de neuf écussons'. Ce sont des animaux lourds, timides et humbles qui , dépourvus d’armes et de défense, avaient besoin, en effet, que la nature les protégeât avec soin ^espèces innocentes , n’ayant pas même de dents, mais des gencives cornées et tranchantes , avec lesquelles ces tristes êtres mâchent des herbes ou quelques' vermisseaux pour toute nourriture , soit sur terre , soit dans les eaux, où plusieurs d’entr’eux s’enfuient. Les tortues terrestres sont plus bombées et plus résistantes que celles de mer, aussi se retournentelles assez facilement sur le ventre quand on les a renversées sur le dos, ce que ne peuvent faire les tortues aquatiques , parce qu’elles sont trop plates. Ces animaux pondent des œufs nombreux , et jusqu’à un millier en quelques espèces. Leurs œufs, déposés dans un sable chaud sous les rayons d’un soleil méridional et en été, mais sans aucune incubation , sans même aucun soin de la mère , qui pourtant veille non loin à leur conservation, don-

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nent le jour à de petites tortues. Celles-ci , pourvues , en naissant , de l’instinct de leur race , vont chercher aussitôt leur pâture , sur terre ou dans les eaux. Telle est encore la prévoyance delanature, que les femelles ont le plastron de leur ventre renflé , parce qu’elles portent des œufs, tandis que ce plastron est enfoncé chez les mâles pour faciliter l’accouplement. Les muscles renfermés sous les os des tortues en font des espèces d’animaux retournés.

La seconde famille, celle des sauriens, se compose de toutes les espèces de léiards, animaux soupçonneux, faciles à distinguer par leurs quatre pâtes, leur longue queue, leur vetement écailleux, leur démarche plus ou moins agile quoique traînante à terre. D’ailleurs , leurs pâtes de derrière , qui semblent se tourner du côté de la queue , servent à pousser en avant l’animal. Tous ont des dents nombreuses, pointues , mais jamais venimeuses , qui leur servent à dévorer, soit des insectes, soit une plus grosse proie ; car tous aiment les substances animales en général, et on en voit de très-fortes espèces telles que les crocodiles. Tous produisent aussi des œufs qu’ils abandonnent , soit sous le sable , soit dans des trous de rochers, ou sous quelque souche d’arbre ou des feuilles , et qui , par la seule chaleur de l’atmosphère , font éclore des petits parfaitement formés , de même que leurs parens , f t pouvant subsister sans le secours de leur mère. Tels sont les voraces crocodiles, caïmans, alligators, les lézards iguanes , faciles à s’apprivoiser , ayant

une longue queue qu’ils font mouvoir et vibrer comme un fouet pour flageller leurs ennemis, et pouvant gonfler une sorte de goitre sous leur gorge ; les stellions et moniteurs, qui observant tout avec curiosité et défiance , avertissent , dit-on , d’un coup de sifflet avec leur langue fourchue, les autres animaux de l’approche de leurs ennemis , des alligators; les geckos sont de hideux lézards nocturnes à tête applatie avec de grands yeux brillans dans les ténèbres , et des ongles rétractiles comme les chats. Ils répandent une humeur vénéneuse et âcre sur tout ce qu’ils touchent. Les caméléons, comme on sait, ont l’étonnante propriété de changer de couleur. Les seps, les chaleides et autres rampeurs pré- * sentent des couleurs vives, à reflets changeans, de cuivre et d’or, sur cette brillante cotte de mailles qui les revêt. Il y a même des races singulières de petits lézards qui n’ont que deux pâtes , soit de devant, soit de derrière , et sont ainsi l’intermédiaire des lézards et des serpens. Il y a sur-tout un animal bien plus étrange: c’est un lézard volant à écailles de couleur d’airain ; un lézard qui , semblable auxdragonsde la fable, outre sesquatre pieds, porte sur ses flancs deux ailes membraneuses soutenues par des os en rayons, et à l’aide desquelles il voltige d’arbre en arbre pour atteindre les insectes et d’autres animaux dont il se nourrit.

Les ophidiens ou serpens composent une troisième famille , et la plus redoutée dans la classe des reptiles; ennemis connus de tout le monde par leur défaut de membres, par la forme cylindrique.

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très-alongée de leur corps , par la merveilleuse flexibilité de leur épine dorsale , par leur rampement à l’aide des larges plaques écailleuses de leur ventre, disposées en recouvrement comme lès ardoises d’un toit. Les plus perfides se distinguent par des dents creuses et en forme de crochets mobiles à volonté , situées à la mâchoire supérieure de chaque' côté, près d’autres dents solides. Ces crochets, implantés dans les chairs de la mâchoire, sont placés sur une vésicule remplie d’un suc vénéneux, jaune; etlorsque le traître les redresse et mord, la compression fait jaillir ce venin dans la plaie par le canal de ses crochets ; aussi les serpens venimeux ont d’ordinaire la tête plus triangulaire ou plus renflée sur les côtés, des écailles plus hérissées que les espèces innocentes ; ils produisent aussi plus fréquemment des petits vivans , comme la vipère; c’est-à-dire, que les œufs de ces êtres redoutés éclosent dans le sein de leur mère , tandis que chez les autres serpens , les œufs sont déposés avant que les petits soient éclos. Il y a pareillement des lézards qui , produisant d’ordinaire des œufs, déposent quelquefois des petits vivans ; mais de quelque manière que ce soit , jamais les reptiles ne prennent soin de leur progéniture ; et jamais la vipère dénaturée n’a donné l’exemple de cette tendresse maternelle, si vive parmi les mammifères. L’on ne ^ compte pas un cinquième de serpens armés de ces traits dangereux qui en font détester la race entière.

Tous se retirent dans quelques creux pendant l’hiver ; ils y passent , comme les lézards et les tor-

tues qui s’engourdissent pareillement par le froid , cette saison sans manger; ils se réveillent au retour du printemps , se dépouillent de leur ancien épiderme en se frottant contre les pierres, et paraissent rajeunis au soleil , où ils se dressent en déroulant leur queue, lançant çà et là des regards avides, et sifflant à l’aide de leur langue fourchue incapable de piquer. Quelquefois on les rencontre entortillés et adhérens dans leur hideux accouplement; les mâles ont deux verges , et leur scrotum est parfois hérissé d’épines ; ces organes se déploient ' à la manière des tentacules du colimaçon, hors du cloaque , ou de l’anus.

Les serpens peuvent avaler des animaux bien plus gros qu’eux ; car leur mâchoire inférieure n’étant point fixée étroitement à la supérieure, leur œsophage se dilate facilement, et ils mettent quelquefois plusieurs jours à avaler un grand animal ; de sorte que la portion reçue dans l’estomac est déjà digérée, tandis que celle qui reste hors la gueule est encore intacte. Cependant , ces reptiles ne sont pas étouffés par une aussi grosse proie , parce que la nature dans sa prévoyance , même pour ces êtres cruels , leur a fait don d’une trachée-artère toute cartilagineuse, cylindrique, et qui résiste à la compression. Ainsi l’on a vu d’énormes serpens boas , de trente à quarante pieds de longueur , engloutir des cerfs et même des taureaux tout entiers , après les avoir brisés et comme moulus sous les vastes replis de leurs corps. Les serpens les plus venimeux portent à leur queue des sortes de sonnettes

DSS REPTILES»

formées par l'épiderme, et qui crépitent comme du

parchemin froissé.

Enfin, la quatrième famille des reptiles est composée par les balraciem, animaux des genres de la grenouille, du crapaud et des salamandres, espèces nues à quatre pâtes, ou sans membres comme la eéeilie, tous à peau molle et humide, vivant dans l’eau et sur la terre, dépourvus de vraies côtes, produisant, mais sans accouplement intime , par défaut de verge des mâles, une sorte de frai ou d’œufs. Ceux-ci donnent naissance à des têtards, petits nageurs différens d’abord de leurs parens, et ayant besoin d’une métamorphose subséquente pour arriver à l’état parfait. Voici donc une circonstance bien extraordinaire dans la vie de ces animaux ; ces têtards, ou ces petits êtres noirâtres à grosse tête et à queue mince , que nous voyons frétiller par milbons dans l’eau des mares, au printemps, sortent de ce frai, ou plutôt des points noirs de cette mucosité , de cette bave qui est déposée dans l’eau par les femelles de grenouilles , de crapauds , ou de salamandres. Les têtards se nourrissent d’abord de cette glaire, de cette sorte de blanc d’œuf visqueux d’où ils sortent. Comme ils vivent sans cesse plongés dans l’eau, il leur fallait des branchies semblables aux ouies ou peignes rouges des poissons, organe respiratoire approprié à l’eau. Aussi ces têtards sont d’abord des espèces de poissons qui périraient à l’air ; mais lorsque leur organisation interne se développe , leurs branchies se flétrissent , et les poumons qu’ils ont dans leur poitrine, entrent

à leur tour en fonction pour respirer l’air. De même l’entant sort des eaux de l’amnios et du sein maternel. Ces têtards étaient aussi enveloppés d’une peau qui cachait leurs pâtes ; celles de devant sortent et germent pour ainsi dire , à mesure que les franges ou branchies de leur col s’oblitèrent ; de même , leur queue se résorbe peu-à-peu dans le corps, pour fournir au développement des pâtes postérieures; et la jeune grenouille, dépouillant cette sorte de maillot, s’élance avec toute la vigueurde la jeunessehors deces langesde son enfance.

L’intérieur du corps n’éprouve pas moins de métamorphose; car les intestins du têtard , disposés en spirale et destinés à vivre d’alimens végétaux , changent alors de formes, se resserrent, et s’apprêtent, à digérer des nourritures animales. La queue subsiste toutefois chez les salamandres , qui subissent les mêmes transformations. Ces animaux den venus parfaits, ayant perdu leurs branchies, ne sont plus capables de respirer que de l’air par les poumons, quoiqu’ils aimentencore revoir leur habitation aquatique. Us étaient donc premièrement poissons, puis ils deviennent reptiles nageurs ; mais ce que nous remarquerons de non moins singulier , c’est qu il existe aussi deces animaux doués à-la-fois de poumons pour l’air, de branchies pour l’eau , également capables de vivre dans l’un et dans l’autre de ces fluides. iNouveaux tritons, nouvelles sirènes par ces doubles moyens d’exister, êtres paradoxaux et étranges; leur forme ressemble aux têtards et aux salamandres ; ils paraissent être un jeu bi-

zarre de la nature , un témoignage perpétuel de sa puissance et de letonnatite variété de ses productions.. Tels sont les vrais amphibies. -

En effet, les animaux vertébrés à sang froid composent presque un autre monde, qui conserve bien avec nous quelques traits d’analogie , par la -charpente osseuse , par une disposition générale des principaux viscères; mais le cœur, chez les reptiles et les poissons, n’a plus qu’un ventricule ou une seule cavité ; l’oreillette est encore double néanmoins chez les tortues et les lézards, mais simple chez les autres reptiles. Les poumons vésiculeux dans toute cette classe , au-lieu de recevoir la totalité du sang pour l’imprégner d’air vital , comme chez les mammifères et les oiseaux, ne reçoivent qu’un petit filet de sang veineux. Il s’y oxygène faiblement , car les reptiles respirent lentement par ce viscère d’un tissu lâche et à grandes vésicules. Il en résulte que ce sang peu échauffé , peu vivifié par sa combinaison avec l’air vital , n’excite l’organisation que languissamment. Aussi les reptiles sont froids au toucher; aussi recherchent-ils la chaleur de l’atmosphère ou du soleil; aussi le froid des hivers les engourdit-il. Enfin ces êtres insensibles végètent et ne paraissent presque pas s’apercevoir qu’on les Liesse, qu’on les taille en pièces: à peine ils s’eri plaignent; leur organisation-répare au contraire, soit la queue, soit les doigts qu’on leur aurait retranchés.

Comme les reptiles ont très-peu de cervelle à proportion de leur taille, et un çerveau composé de

six petits tubercules , leur existence n’est pas aussi absolument concentrée ou ramassée que la nôtre , dans leur tête; elle semble plutôt dépendre de leur moëlle épinière et être plus généralement disséminée dans leur corps. En effet, on a enlevé le cerveau d’une tortue , qui n’en a pas moins vécu dix-huit jours , marchant encore , quoiqu’en tâtonnant ; car ses yeux se sont fermés et ont cessé de voir, à cause que les nerfs optiques étaient coupés; nous avons vu une salamandre vivant depuis deux mois , quoique décapitée au moyen d’une ligature serrée du cou ; des grenouilles sans tête s’agitent encore long-temps. Le cœur d’une vipère arraché peut battre jusqu’à quarante heures encore , lorsqu’on le pique. Ces reptiles n’out donc pas une vie aussi centralisée que celle d’un mammifère ou d’un oiseau, qui périrait sur-le-champ par ces amputations. . L’irritabilité si persistante chez les reptiles les rend très-propres aux expériences galvaniques, aux contractions excitées par l’électricité; de là vient que celle-ci exerce sur eux une vive influence; aussi les reptiles sont-ils très-sensibles aux orages et à 1 état électrique de l’atmosphère , dont ils pressentent les changemens, comme font les reinettes , et les grenouilles par leurs coassemens.

C’est donc à l’état d’imperfection dans l’appareil respiratoire , qu’il faut rapporter toute cette inertie des reptiles. Les branches de la veine cave et de l’aorte qui s’y rendent, n’y font circuler qu’une très-petite portion de sang , et non pas une masse de ce fluide pïesque égale à celle du reste ducorps.

comme dans les animaux à sang chaud. La respiration peut même rester suspendue pendant quelque temps Sans interrompre le cours de la vie et la circulation des humeurs, comme on le voit chez les grenouilles et les salamandres; les tortues marines plongent sous les eaux , ou s’enfoncent dans la vase pendant des journées entières. Plus l'atmosphère est froide , plus ces animaux peuvent subsister longuement sous l'eau sans y périr , car ils sont alors à demi engourdis; mais dans les temps chauds, reprenant une vie plus active, ils ont plus souvent besoin de respirer l’air. Dans leur état de torpeur hybernale, les reptiles de nos contrées demeurent plongés , en effet , dans un profond sommeil; ils restent immobiles, presque gelés ; leur sang circule à peine, leur sensibilité, leur activité, sont suspendues ; ils ne perdent presque rien par la transpiration , parce qu’ils sont recouverts d’une peau épaisse , coriace et peu perméable.

C’est même à cette froideur naturelle des reptiles qu’on doit attribuer leur disparition presque totale des régions polaires, tandis qu’ils deviennent très-multipliés entre les climats ardens des tropiques, où la chaleur de la terre supplée au défaut de leur respiration.

Celle-ci causant une sorte de stagnation dans la vie des reptiles , une lenteur et une insensibilité continuelles, l’existence doit s’user moins promptement chez eux ; car nous voyons, pour l’ordinaire, que moins la vie est active et violente, plus elle se prolonge, sauf les accidens qui peuvent en abréger

le cours. Le reptile qui végète et qui s’engourdit une partie de Tannée, doit exister longuement. Le serpent fut, chez les Egyptiens, les Grecs, les Mexicains, Temblème de l'éternité ou du temps, à cause de sa longue vie. Il semble meme se rajeunir chaque année en se dépouillant de son ancienne peau à l'époque du printemps , rajeunissement de la nature. On dit même que le crocodile croît pendant presque toute sa vie , ce qui est une marque certaine de longévité; puisqu'on est jeune pendant tout le temps qu’on s’accroît, et Ton ne vieillit que lorsqu’on ne peut plus s'accroître.

Cette même faiblesse de la respiration des reptiles diminue l’énergie de leurs fonctions nutritives; ils mangent peu et digèrent lentement. Il paraît même que le venin des serpens qui corrompt et putréfie si promptement les chairs des animaux , devient pour ces reptiles un supplément à leurs facultés digestives. Ce venin est à leur proie ce qu’est la cuisson à nos alimens ; car de même que nous digérerions difficilement la chair crue , les serpens venimeux auraient peine à dissoudre leur proie dans leur estomac froid , sans l’action du venin dont ils l’ont empreinte.

Puisque les reptiles mangent peu, leur accroissement doit être fort lent; aussi leurs fonctions montrent peu d'activité; aussi les organes de leurs sensations ne sont guère développés , leur toucher est très-obtus à cause de la densité et de la dureté de leur peau ; leur goût paraît également peu étendu puisque leur langue est ou cartilagineuse, et quel-

35a • des reptiles,,

qucfois fourchue , ou enduite d’une humeur visqueuse et épaisse. La petitesse des organes de leur odorat accuse la faiblesse de ce sens. L’ouïe semble être moins imparfaite , bien quelle manque de plusieurs parties utiles , telles que le limaçon , la conque et le canal extérieur. Leur tympan reste même couvert , pour l’ordinaire , de peau , d’écailles ou de parties muscqlaires. La vue est le sens le plus pa rfait des reptiles ; ils présentent , pour la plupart, des yeux fort, grands, une prunelle contractile comme celle des chats, sur-tout dans les geckos, qui voient clair de nuit et ont une membrane clignotante de même que les oiseaux; ce qui indique une grande sensibilité dans cet organe chez ces deux classes d’animaux, et le besoin qu’ils ont de modérer l’éclat trop éblouissant de la lumière. Cependant la eéeilie , espèce de serpent qui se rapproche des batraciens, et les protéesou tritons , n’ont que des yeux excessivement petits et cachés sous la peau. Du reste , le cerveau des reptiles est fort petit , et bien que la cavité de leur crâne soit étroite, il ne la remplit pas entièrement; aussi ces êtres sinistres présentent peu de facultés intellectuelles; on apprivoise pourtant des serpens, des lézards, maison ne peut leur donner presqu’aucune instruction. Plusieurs jettent des cris assez forts, comme les grands alligators, ou poussent des sifllemens aigus avec beaucoup de force et d’intensité , sur-tout les serpens qui ont une trachée-artère entièrement cartilagineuse; car la même organisation accroît la force de la voix chez les oiseaux . les lions , etc.

Presque tous les reptiles vivent de substances animales, excepté quelques tortues qui mangent des algues, des fucus ; aussi l’estomac de celles-ci a une grande capacité. Quoique les reptiles ne boivent pas , ils rendent beaucoup d’urine , parce que leur peau coriace laisse très-peu transpirer, et même la peau des grenouilles et des salamandres absorbe de l’humidité et de l’air, qui est comme un supplément de respiration pour elles. Dans les serpens , un seul lobe de poumons est développé; l’autre, placé très -bas, reste presque nul. Les femelles des reptües ont deux ovaires et deux oviductus ; la fécondation s’opère intérieurement chez elles, excepté dans la famille des batraciens. Les tortues et les lézards mâles portent une verge sillonnée dans leur longueur pour 1 écoulement de la liqueur fécondante; cette verge est double chez les serpens, et nulle parmi le* batraciens.

Indépendamment des espèces de reptiles à quatre pâtes , il en est à deux pâtes seulement , Comme certains lézards qui forment le passage à la famille des serpens; et parmi ceux-ci , quelques espèces, comme les anguis , les orvets , les ophisaures , conservent encore sous leur peau des restes d’os du Sternum , qui sont propres aux lézards , comme s’ils entraient avec regret dans la famille abhorrée des serpens , et conservaient l’espoir de reprendre un jour des pâtes.: : ;

Jamais les reptiles né portent de poils ni de plumes, mais bien des écailles chez les tortues, les, lézards , les serpens , et une peau nue , Tome I. a3

rvii s HEPîiLES;

plus ou moins tuberculée chez les batraciens.

Quoique nos terrains ombragés et humides , la vase de nos marais nourrissent la plupart des reptiles de nos climats , il* faut étudier cette classe 1 d’êtres dans leur empire naturel , dans ces fangeuses demeures où tout concourt à leur développement et à leur multiplication sous des climats ardens.

Les serpens fourmillent à* la Guyane , au bas Oré- ( noque , à Nicaragua * à Panama, au Cassiquiaré , «

quoiqu’on y trouve peu d’espèces distinctes ; mais ils pondent deux fois par an une multitude d’œufs , 5

en sorte que si les Indigènes mettent le feu à des * broussailles , il en sort des armées formidables de * serpens , fuyant en rangs pressés , de tous sens , t

au nombre de plus de trente à quarante inille; on a

est obligé de déserter devant cette horrible en- »

geance. On voit des couleuvres dans les' eaux du t

lac lirai et de la mer Caspienne , ainsi que plusieurs }

autres espèces dans les fleuves et les mers <Jes pays chauds, tels que les hydres/, les pythons r les pe- &

lamis. D*autres serpens grimpent sur les arbres et ü

vont y dévorer les œufs ou les jeu ries couvées des i

oiseaux 5 la mère désespérée nè peut soustraire sa u

famille aux dents meurtrières -du monstre ;■ elle e

appelle par ses cris, par ses agitations du secours c

contre ces hideux reptiles , qui déchirent; d’inno-* t

cens oiseaux. - »- • * - * si • .* q

C’est surtout entre ces nénuphars, ces herbes pion- q

gées dans la vase, sous ces joncs, *ées feuillages aqu a- \

tiques* et ces tiges parasites; que se tiennent les f

crocodiles alligators, les caïmans, la gueule ouveçtey

avec leurs quatre-vingt dents crochues, avec leurs dos cuirassés d’écailles brunâtres. C’est dans des marécages que s’enfouissent ces tortues , que des serpens s’entre-dévorent , que de hideux geckos et des crapauds, gonflés de venin , couverts de livides pustules, coassent et dérobent au jour leurs sales et odieuses amours , ou composent leurs poisons d’herbes âcres et vireuses,; d’insectes empoisonnés dont ils se nourrissent , en pétrissant la fange de leurs larges pâtes. Permettez -moi d’appeler vos regards surces pénibles images ; puisque des merveilles étranges sont ensevelies sous la pourriture même de ce lirrfon, où fermentent , où éclosent , où multiplient ces effroyables légions d’amphibies , de salamandres, de têtards, de reptiles de toute sorte, avec les vermisseaux et les insectesqui en soulèvent les immondices , qui en sillonnent la surface , et qui en creusent les noires profondeurs.

En effet , le reptile , jeté par la nature dans ce domaine intermédiaire des eaux et de la terre , et pour ainsi dire dans le champ de combat de ces deux élémens , le reptile ne sera ni quadrupède parfait, comme le mammifère, qui habite un continent solide , ni un vrai poisson , comme les peuples nombreux des mers. Ce sera un être mi-parti , une de cesproductionsambigues , de ces créatures amphibies , qui paraîtra .tantôt quadrupède, tantôt poisson, et qu’on a comparées à ces caméléons politiques, criant tour-à-tour, selon leurs intérêts , Vive le roi , vive la ligue ; êtres également repoussés et méprisés de tous les partis , froids reptiles,

odieux égoïstes qui se roulent dans la fange des révolutions , battent l’eau pour y atteindre plus sûrement leur proie, et distillent également le poison de leurs calomnies sur tout ce qui s'oppose à leurs exécrables desseins.

Et cette inconstance du milieu que les reptiles fréquentent , est l’origine de la variété bizarre de leurs figures , de leurs mœurs extraordinaires ; il a falluqu’ils se façonnassent à ces perpétuelles révolutions des élémens, qu’ils pussent subsister également dans l’eau, sur terre et à l’air. Il a fallu que les espèces les plus informes , que les races les plus disgraciées de la nature , les plus dénuées d’armes ou de défenses , privées même de tous membres , se traînassent avec effort, se garantissent par la prudence, se coulassent obscurément, se dérobassent à la rage de leurs ennemis. La lourde tortue du-moins , se retirant sous son toit osseux , attend les coups , se résigne aux chocs ; le lézard plus agile s’esquive en quelques trous , au hasard d’abandonner sa queue , perte qu’il peut aisément réparer ; la grenouille , la salamandre sautent et se cachent dans l’eau , qu elles obscurcissent en agitant la vase ; mais le serpent , privé de tout moyen d’éviter ses ennemis, s’évertuerait eu vain; t’est pourquoi la nature a donné aux plus lentes et plus faibles de ces espèces, des traits terribles, des crochets venimeux pour frapper de mort d’injustes agresseurs ; car s’il faut être équitable pour des reptiles mêmes, nou6 avouerons que rarement ces seipens cherchent la guerre ; ils sont plutôt craintifs ; ils sentent trop

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leur impuissance : ce n’est que lorsqu’ils se voient forcés par la nécessité , par le désespoir d’échapper, ou par le besoin impérieux de se nourrir, qu’ils font usage de leurs armes fatales et empoisonnées , mais qui sont sans danger pour leurs propres races. La nature n’a pas donné ces armes aux puissantes espèces de serpens , telles que les boas , parce que leur taille et leur force les investissent d’assez de pouvoir pour résister aux attaques ; et si les petites espèces de reptiles , tels que les lézards geckos, des salamandres, des crapauds font suinter de leur peau une humeur âcre, fétide , dégoûtante ; c’est une défense innocente que la nature leur accorde pour empêcher qu’on ne saisisse ces animaux dénués de secours et même de dents , de griffes , etc., et afin qu’ils ne soient pas immolés à la haine générale que les autres espèces leur vouent.

En général , tous les reptiles , quoique hideux , effrayans même à la vue , causent plus de répugnance ou d’horreur que de mal réel ; la nature les environne de cet appareil , les couvre de ce masque repoussant afin d’écarter les autres animaux , afin de les garantir parla seule terreur qu’ils inspirent. Et leur existence était nécessaire, si l’on considère que les foyers impurs etbourbeux qu’ils fréquentent, pullulant d’une multitude épouvantable de vermisseaux , d’insectes , seraient devenus plus infects, [dus funestes par cette, énorme multiplication d etres parasites , par la putréfaction qui eu serait résultée, si les reptiles ne venaient pas purger cette vermine des marécages , et s’en nourrir.

Mais à leur tour , ces reptiles , trop multipliés par ■ d’aussi abondantes subsistances, auraient encombré la terre; alors la nature envoya des légions d’oiseaux aquatiques et à longues jambes, qui vinrent fouiller dans cette vase , et à leur tour dévorer ces reptiles. C’est ainsi que l’ibis, sur le limon laissé par l’inondation du Nil, que la cigogne, dans les marais, les halïs, les polders de la Hollande , et les volées de grues , qui se transportent en divers climats, nettoient la terre de ces amphibies dégoutans et marécageux, et épurent ainsi des limons fertiles. Telle est donc l’économie de la nature ,et l’on voit que ces différens êtres ont été créés avec sagesse et une utile harmonie dans le monde.

C’est surtout parmi les climats ardens que les reptiles sont plus multipliés , qu’ils parviennent quelquefois à une énorme taille , et que les races venimeuses préparent des poisons plus exaltés, plus pernicieux. Il y a des tortues marines aux Antilles, si grandes , que quatorze hommes peuvent se tenir debout sur leur dos à-la-fois ; le missionnaire Labat s’est fait plus d’une fois porter par cette lourde et cahotante voiture ; une de ces tortues peut suffire à un repas pour une centaine d’homines; on la fait cuire dans son écaille , comme dans un plat ; on sait aussi que la belle écaille dont on fabrique des boites et d’autres objets , vient d’une tortue. 11 se trouve d’énormes crocodiles en Afrique, et ces animaux croissent long-temps ; ceux du Nil , adorés par les anciens Egyptiens, parvenaient jusqu’ù quarante pieds de longueur; mais ou en rencontre

à Madagascar , delà longueur de soixante pieds ; les gavials ou crocodiles du Gange ont des mâchoires de cinq à six pieds de longueur, tout hérissées de longu* dents aigues et recourbées. Les alligators et caïmans d’Amcrique sont des crocodiles extrêmement nombreux dans les lacs ; ils hurlent avec férocité le soir et le matin; tous ces animaux, quoiqu 'assez agiles , ne peuvent pas se plier aisément pour se retourner. On a vu le lion attaquer le crocodile qui, l’œil en feu , la gueule béante, la griffe étendue, attend fièrement sur le sable son terrible adversaire. Le lion, mesurant la distance, fond sur lui d’un seul bond , et malgré sa peau écailleuse et cuirassée , malgré ses coups de queue redoublés lui brise les reins d’un coup de dent. Le reptile furieux se retourne , replie sa queue avec force , lance aux eieux un cri horrible, et écumantde rage s’apprête à mettre en pièces son ennemi, en lui enfonçant ses griffes dans les flancs. La terre est teinte de sang, le rivage retentit de clameurs , et la victoire est long-temps douteuse ; mais terrible en sa colère, le lion s’élance, terrasse son rival , lui fracasse les os , déchire ses entrailles , et lui fendant la poitrine, étanche dans son sang sa rage et sa vengeance.

On voit ailleurs d’immenses serpens marbrés sillonner la terre humide; leurs yeux sont rouges et gonflés, unebave venimeuse, jaune, découle de leur gueule; ils sifflent enlevantlatète,et vibrantleurlanguefourchue; ils exhalent une odeurputride quisoulève le cœur. Cachés sous quelque buisson d’acacia,

DTS REPTILES.

ils guettent leur proie auprès d’une source ; lors-» qu’une jolie gazelle, au corps svelte, au regard doux et craintif, vient s’y désaltérer, soudain le reptile s’élance, l’entoure de ses replis, fait craqfter ses os , et ouvrant sa vaste gueule , avale à loisir cet innoçent quadrupède, qui appelle en vain le se-» cours de sa mère au milieu des agonies de la mort.

On a trouvé des serpens, aux Indes orientales, longs de plus de cinquante pieds; on a vu, au Brésil, et à Surinam, l’un de ces monstres, qui s’entortille autour d’un tronc d’arbre , pour s’élancer de là sur sa proie, engloutir une Hollandaise enceinte. Lorsque ces serpens énormes rampent, on dirait un grand tronc de sapin ou un mât de navire qui s’avance en ondoyant au travers des broussailles, et y laisse une large traînée. Le général romain Régulus trouva, entre Carthage et Utique, un serpent monstrueux, qui s’élançait sur ses soldats puisant de l’eau à la rivière, qui les étouffait sous ses replis, ou les empoisonnait de son souffle. Aucun dard ne pouvait percer ses écailles brillantes comme l’airain; il fallut dresser contre lui des catapultes, des machines de guerre : un quartier de roche, lancé avec roideur sur ce monstre, lui fracassa lepine du dos; mais formidable encore à l’armée , des cohortes eurent bien de la peine à l’achever. Régulus envoya à Rome sa peau longue de cent vingt pieds, et elle se voyait encore suspendue dans un temple au temps de la guerre de Numance. Lorsque Caton ' traversa la Libye avec les débris de l’armée de Pompée , il se

vit entouré d’une multitude de serpens, dont les affreuses morsures firent périr, dans les tour mens, une foule de ses guerriers, comme Lucain en a tracé la peinture ( Pharsale , Liv. ix ). Voici comment Brébeuf a traduit ce passage, qui donne l’idée des connaissances des anciens sur cette partie de l’Histoire naturelle.

D’abord on voit sortir du sein de la poussière Ce serpent regorgeant d’une écume grossière.

Ce reptile glacé , L’assoupissant aspic,

Dont l’intérêt sordide osa faire un trafic

.... On voit l’héinorrhoïs et l’écumant prester,

A longs plis et replis lentement serpenter;

Les syrtes ambigus enfantent le chersydre ;

Les sables sont fumans des traces du chélydre;

Le cenchrys émaillé de diverses couleurs,

Prête au jour un éclat qu’on ne voit point ailleurs.

Le céraste cornu, l’amphisbène à deux têtes,

Ont pour nuire aux humains des armes toutes prêtes; * Le scytale qui sait renouveler sa peau ,

Le natrix qui corrompt la pureté de l’eau,

L’ammodys surprenant, la dipsade altérée,

Le dard impétueux et l’agile parée,

Le sèpe qui dissout et la chair et les os ,

Ou rampent sur la terre ou nagent dans les flots. L’énorme basilic qui blesse de la vue ,

Qui pousse dans les airs un sifflement qui tue,

Et répand un venin qui met l’homme aux abois,

Est armé contre lui de trois morts à-la-fois;

Même les fiers dragons, aux écailles dorées,

Divinités ailleurs par le peuple adorées.

Ailleurs sans violence, et cruels en ees lieux,

Fondent sur les humains d’un vol audacieux, etc.

Les Anciens ont mêlé de nombreuses fictions à

l’histoire de ces reptiles, surtout à celle des basilics et des seps ; mais , dès ces temps reculés , il y avait, en Afrique, des peuples, les Psylles, qui savaient, dit-on, charmer les serpens. Aujourd’hui, l’on connaît, aux Indes, des bateleurs qui instruisent des couleuvres à se mouvoir en cadence par le chant; ces descendans des Psylles ont soin, ou d’arracher les crochets venimeux de ces reptiles, ou d’épuiser leur venin , en les faisant mordre un drap ou une étoffe de laine; c’est pour vendre quelques racines au peuple, comme contre-poison , qu’ils font en public ces sortes de charlataneries; s’ils sont appelés près d’une personne mordue d’un serpent, ils sucent la plaie pour attirer le venin. Ce poison avalé ne cause pas de mal, comme l’abbé Fontana s’en est aussi assuré : son seul mélange avec le sang devient dangereux dans le corps. L’on sait que l’ammoniaque caustique et les alcalis cautérisans surtout, sont les plus surs remèdes de ce venin; quoiqu’en certaines contrées, des Nègres et des Indiens se rendent, dit-on, invulnérables, ou plutôt inattaquables au moyen du suc de diverses herbes odorantes, du guaco surtout, espèce d’eupatoire d’Amérique. Ces herbes ont, par leur odeur , le pouvoir decarler les serpens , comme le fait notre livèche , plante ombellifère.

Les Anciens n’avaient point la meme horreur - que nous pour la plupart de ccs animaux; la première mère du genre humain , nous disent les livres sacrés, fut séduite par le serpent hypocrite et trompeur, emblème ingénieux de la vaine cu-

riosité, qui souvent entraîne l’homme au crime; la marche insinuante du serpent désigna les qualités d’une douce et persuasive éloquence. Plusieurs peuplades nègres adorent encore, comme une divinité ou fétiche , le daboie, couleuvre énorme du genre boa , privée de venin, qui débarrasse au contraire leurs cabanes d’une foule d’autres animaux malfaisans, de lézards et d’insectes. Il y a des Négresses, et même des femmes blanches dans les Indes, qui apprivoisent des couleuvres non venimeuses, qui les placent dans leur sein, autour de leur col , de leurs bras, comme des bracelets élégans ou des colliers. Ces animaux furent jadis l’emblème d’Hygie, déesse de la santé , et entourèrent le bâton d’Esculape à Épidaure; ils devinrent aussi les symboles de la prudence et d’une vie éternelle : c’est que les serpens, mangeant peu, enseignent la sobriété; c’est que leur timidité les fait paraître prudens ; c’est que, déposant leur épiderme chaque année, ils semblent se rajeunir sans cesse.

En effet, les reptiles étant froids, ayant de faibles mouvcmens, perdant peu par la transpiration à cause de leur peau épaisse ou écailleuse, ils digèrent fort lentement, et peuvent jeûner plusieurs mois de suite sans périr; une tortue passe tout l’hiver sous terre, engourdie, sans manger, et son poids diminue à-peine de quelques onces ; on a cru que le caméléon vivait d’air, parce qu’il avale à-peine quelques insectes dans l’espace d’une semaine. Tristement accroché à une branche autour de laquelle il entortille sa queue, ce lézard languit ainsi au soleil,

364 DES reptiles.

muet, immobile, jetant seulement ses regards de tous côtés ; car il a la singulière faculté de pouvoir tourner un ail eu un sens et l’autre dans un autre sens. Si quelque mouche se pose près de lui , le caméléon darde avec roideur sa langue gluante et longue comme un ver sur cet insecte; il l’englue ainsi , puis l’attire dans sa bouche. Et c’est vraisemblablement à cause de cette lente et pénible digestion, que les grands serpens surtout exhalent une odeur nauséabonde extrêmement fade , qui , quoiqu’un peu musquée, comme celle des crocodiles, n’en soulève pas moins le cœur, et décèle de fort loin leur présence aux INègres, aux Sauvages, qui ont l’odorat exercé. En effet, la proie de ces reptiles ne semble se digérer qu’en se putréfiant dans leur estomac. On a yu ces gros serpens qui mettent plusieurs jours à engloutir un animal, gisant lourdement, à moitié engourdis, dans leur repaire; ils répandent autour d’eux une atmosphère stupéfiante ; si, la gueule béante, les yeux hagards, ils fixent leur vue sur un oiseau perché sur l’arbre voisin, ce timide volatile, effrayé de cet aspect imprévu , surpris d’une vapeur immonde , tombe quelquefois d’épouvante près du monstrueux reptile. C’est ainsi qu’on a prétendu que des serpens pouvaient charmer des oiseaux, etles faire descendre par eette fascination jusque dans leur gueule. C’est sans doute à de pareilles frayeurs qu’il faut rapporter les effets étranges du regard des crapauds sur des chiens , et sur des hommes mêmes.

La puissance d’autrui sur nous réside souvent

dans la faiblesse de notre imagination. Un individu fort impose, par son seul aspect, la terreur au timide, comme on voit le chien tenir en arrêt le gibier par son regard ; comme on voit des personnes rougir de honte, de pudeur, et perdre la voix d’un seul coup-d’œil. Et dans les pays chauds, où l’imagination devient si exaltée, si ardente, si mobile, on redoute l’œil de l’envie, les regards envenimés delà haine sur les enfans, sur tous les êtres délicats soumis à ces impressions. Que n’a-t-on pas dit des regards d’amour et de leur prodigieux empire? Les animaux ne sont pas privés de cette sensibilité, ou plutôt de cette impressionabilité morale; ils agissent aussi l’un sur l’autre par ces regards , par ces influences, comme nous agissons sur eux, et comme ils peuvent agir sur nous. La sensation de frayeur causée à l’aspect des serpens est même générale pour les mammifères et les oiseaux; elle dérive de la même source que ce tremblement subit qui saisit un jeune chien à l’apparition du premier loup qu’il a vu de sa vie, ou que l’antipathie du chat et de la souris. C’est un instinct inconnu, qui dit à tout être de conserver son existence en lui montrant ses ennemis naturels. L’opinion qui attribue aux serpens le pouvoir de charmer, ou plutôt de stupéfier leur proie par l’cpouvante , remonte à la plus haute antiquité; des anciens philosophes attribuèrent ce pouvoir à la vapeur nauséabonde exhalée par les reptiles, et causant une sorte d’asphyxie à la proie vivante vers laquelle ces reptiles lancent leurs effluves. On a dit que des

DES BEPTILES.

écureuils auhaut d’un arbre, étant regardés fixement par de hideux seipens qui sifflent en dardant leur langue fourchue hors de leur gueule béante, ces petits quadrupèdes étaient contraints , par une sorte d’attraction magique, de se précipiter dans la gueule même du reptile qui les engloutit. Le grand Linné adopta ce récit, dont les faits sont loin d’être constatés , comme l’a remarqué Barton ; car Vost maër ayant renfermé un petit bruant dans une cage avec un serpent à sonnette , l’oiseau , loin d’être fasciné par ce hideux boiquira, lui becqueta ledos.

C’est donc surtout l’impression de la frayeur qui est capable de produire ces prétendues fascinations; les Anciens disaient qu’un berger regardé par les loups inopinément perdait la voix, ou celleci devient rauque ; mais qui ne sait pas qu’un orateur la perd souvent par timidité devant une assemblée, un auguste personnage? Un prétendu magicien ayant renfermé plusieurs crapauds dans -une boite , voulut voir ensuite ce qu’ils yi deveinaient; mais en ouvrant le vase, soit que l’horreur de cette vue denormes crapauds bruns et pustuleux entassés , fixant avec colère sur lui leurs gros yeux, soit que l’odeur fétide de l’ail qu’ils exhalent le surprît soudain; il pâlit, tomba en syncope, tandis que ces reptiles échappés et coassans, sautillaient pesamment autour de lui à terre. Le peuple crut voir cet homme en un sabbat diabolique, entouré de démons sous la forme de ces reptiles, et en proie aux plus noirs maléfices; on eut bien de la peine à le rappeler à la vie. On a vu de ces cra-

DES ItEPTILES» Ob')

pauds aussi gros et enflés que des citrouilles , couverts de pustules sanieuses , ouvrant dans leur trou obscur, leurs grands yeux flamboyans et leur large gueule ; les chiens redoutent d’attaquer ce hideux ennemi, car l’humeur âcre qui suinte de sa peau , corrode la gueule de l’animal qui le mord. L’urine que le crapaudlance alors de frayeur, et qu’on a prise à tort pour un venin, n’est pas venimeuse , comme on le croyait, puisque l’anglais Townson a eu le courage de s’assurer par le goût, qu’elle ressemblait presqu’à de l’eau pure ; ces animaux absorbent aussi beaucoup d’eau par leur peau, ce qui leur tient lieu de boisson; car ou assure que ces reptiles ne boivent pas.

Mais nous voyons un phénomène bien autrement curieux dans le caméléon, et quelques autres reptiles ; c’est le changement de couleur de leur peau. Sans doute des reflets divers font quelquefois varier la*teinte d’un animal , comme la gorge d’un pigeon; mais ici, c’est un changement instantané, ou partiel , ou total, de couleur, dépendant soit de la volonté , soit d’un mouvement intérieur qui s’opère chez l’animal , sans qu’il change de posture ou d’aspect. Examinez ce caméléon, ce. lézard long de sept à huit pouces; d’ordinaire, il parait d’un gris de souris plus ou moins foncé; est-il à l’ombre et en repos? il se décore peü-à-peu d’une jolie teinte rose ou rouge pâle ; un rayon de soleil vient-il échauffer une partie de son corps ? celle-ci devient grise ou brune, et à l’endroit où l’ombre et la lumière se touchent, on observe une bande isabelle

vive, par le passage du rouge de la partie ombrée au brun de la partie éclairée. D’autres fois cet animal se pare d’un verd éclatant et gai , pointillé de jaune ; touchez-le, alors de grandes taches noires mêlées de verd se répandront sur sa peau. Si vous l’enveloppez d’une étoffe, de quelque couleur qu’elle soit, il n’en recevra pas la nuance , comme on l’a dit; c’est bien assez de changer de luimême : on l’a donc calomnié sur ce point, et il n’est pas si caméléon qu’on le pense ; mais souvent il pâlit , ses couleurs s’effacent ou sont moins vives. Enfin il prend des teintes si mobiles, si variables, suivant qu’il est affecté, et selon la frayeur, la colère, l’amour, le besoin de manger, la chaleur ou le froid , selon le plus ou moins de respiration qu’il fait, qu’on ne peut pas exactement déterminer en lui une couleur naturelle , tant on voit se succéder sur son corps le rouge , le verd , le jaune , le bleu, le gris, le brun, le noir, le violet, etc; enfin étant mort sa peau n’a plus qu’une teinte grise cendrée.

Cette étrange propriété n’est pas l’apanage du seul caméléon ; il y a des lézards iguanes , des Ægames , et d’autres espèces à gorge renflée en goitres , qui grimpent sur les grands arbres de l’Amérique méridionale , et qui prennent aussi diverses couleurs , mais moins parfaitement que le caméléon ; il y a surtout notre rainette verte sautant sur les arbres , et une sorte de petite grenouille dont le dos change du verd pomme au blanc, puis devient gris, ensuite bleuâtre, puis violet, puis brun. Voici l’explication qu’on peutdonnerde ce singulier

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phénomène. La peau de tous ces reptiles multicolores est assez fine, demi-transparente, et traversée d’une infinité de vaisseaux en tous sens, comme le cuir ou le derme de tous les autres animaux. Mais ces reptiles , respirant lentement , ont un sang noirâtre ou violâtre parce qu’il est peu oxygéné, peu rouge. Or, suivant que ce sang noirâtre se précipite plus ou moins abondamment dans les petits vaisseaux capillaires de la peau , il y produira des nuances plus ou moins foncées et des ecchymoses variées, avec les autres humeurs naturelles qui s’y trouvent : tout de même, dans la colère, le visage devient rouge ou livide; la crainte rend pâle, ou le froid, violet# ou la bile épanchée peut soudain causer la jaunisse. En effet , le caméléon , les lézards verts , l’agame , l’iguane vert , et la poche goitreuse du cou des iguanes prennent aussi diverses couleurs selon les affections de ces animaux.

Tous les reptiles ontmême des nuances plusvives et plus éclatantes dans le temps de leurs amours qu’à toute autre époque La peau de la plupart d’entr’eux est cuirassée d’écailles polies , luisantes, , qui resplendissent de leclat des métaux, tels que l’airain , l’acier rehaussé d’or et d’argent chez divers lézards et serpens. On y voit jouer l’azur du lapis, la turquoise , l’améthyste et d'autres couleurs étincelantes. Cette parure diaprée devient surtout plus éclatante au printemps , lorsque ces reptiles détachent le vieil épiderme de l’année précédente.

Parmi les reptiles à peau dense , ce renouvellement n’a lieu qu’une fois l’an; chez les serpens à Tome I. , 24

DÈS BEPTILES.

sonnettes, cet épiderme s’attachant à la queue où h

il s’arrête , forme autant de petites clochettes que j

d’années : prévoyance merveilleuse de la nature, a

qui, par ce moyen, avertit les autres animaux de f,

l’approche d’un ennemi aussi redoutable. Au-lieu $

d’épiderme solide , les grenouilles , les salamandres n

et autres batraciens détachent de leur peau sanf r

écailles , une sorte de mucosité. Cette famille à ^

peau nue se trouve renfermée dans cette enveloppe comme en un sac qui n’adhère qu’au tour de la gueule, des yeux, de l’anus , et à leurs doigts tou- ^

jours privés d’ongles.

En général , les reptiles étant peu capables de se défendre, délaissés dès leur plus tendre enfance et tristes orphelins de la nature , sont entourés de nombreux ennemis. Commune pâture de la plupart fl

des oiseaux , des quadrupèdes , des poissons , détestés de l’homme, ils auraient bientôt vu s’éteindre leurs races ,-si la prévoyance éternelle n’avait , pour ainsi dire , ressuscité chaque année , du sein de (

la fange , d’innombrables légions de ces animaux.

Il fallait , en effet , qu’ils fussent très-féconds. Mais comment rendre amoureux ces êtres hideux , froids, insensibles et presque tous antipathiques les uns pour les autres ,‘ ou même indifférens pour leur propre espèce ? Cependant la nature a su vaincre y ces obstacles; que dis-je? elle a même doublé, chea plusieurs lézards, et les serpens, leurs organes de reproduction , comme pour doubler leurs plaisirs et leur multiplication. Ceux d’entre ces reptiles ,

quelle a privés d’une union intime ou d’organes

PES REPTILES. 5jl

extérieurs des sexes , tels jque les batraciens, la grenouille et ses congénères , ceux-là se tiennent sans relâche , pendant trois à quatre jours , dans d’étroits embrassemens ; ni le fer, ni le feu même , ce qui paraît inconcevable , ne les sépare; on a en vain taillé , arraché les cuisses au crapaud , à la grenouille , ils n’ont point abandonné leurfemelle; ils ont mis au-dessus de leurs propres souffrances la volonté impérissable de la nature. Dans ces étranges amours , le mâle engendre eu même temps que la femelle accouche.

C’est surtout en été , sous les feux du soleil, et pour ainsi dire à la face du ciel , qu’ils accomplissent les vœux sacrés que la nature leur impose. Ce tortueux reptile qui se roule dans le sable , exhale ses désirs en longs sifflemens ; ce farouche crocodile , ce gavial aux longues mâchoires , dans la fange du Nil ou du Gange , appelle sa femelle par d’effroyables hurlemens dès l’aube du jour , et prépare entre des joncs fleuris , le lit de ses amours. Cette lourde tortue amasse , sur le sable des rivages , un monticule de gravier , dure couche nuptiale où elle doit enfouir ses œufs. Enfin , ce coassement nocturne dans les étangs est l’hymne sacré , l'étrange épithalame par lequel tant d’animaux célèbrent leurs bizarres jouissances.’

Qu’y a-t-il en effet de plus bizarre qu’un crapaud accouchant sa femelle , en fécondant ses longs chapelets d’œufs enduits de bave, puis enveloppant ses propres jambes de ces sortes de cordons, les promenant partout avec lui sur terre et

dans les eaux , jusqu’à ce qu’il en sorte de petit* têtards ? Cependant chaque été , ce singulier manège se renouvelle dans nos marécages , chez ces êtres hideux. Surmontons cette répugnance qui nous éloigne de cette famille d’animaux , et , imitant une savante Hollandaise , M“\ Mérian , qui peignit si habilement les plus rares merveilles de la colonie deSurinam, considérons ce crapaudpipa ; il est bien laid, sans doute, avec sa tète plate , sa peau noire et orangée , couverte de pustules ; voycz-le plaçant sur le dos de sa femelle , avec ses larges pâtes , des œufs imprégnés d’une bave gluante: illesy colle enfin en s’appuyant dessus ; il les féconde. La femelle s’avance ainsi en sautillant couverte de ses œufs, qui , après quelques semaines développent de petits crapauds sur ce dos pustuleux, où ils se sont creusé de petites cavités; voilà çet animal hérissé d’une couvée de petits crapauds. Combien d’autres espèces , au temps de leurs amours , poussent des clameurs étranges ! Vers les rivages déserts de la mer Caspienne et du Wolga , vous croyez tout-à-coup entendre , le soir , une joyeuse assemblée d’hommes et de femmes riant aux éclats ; vous approchez : ce rire inextinguible redouble entre des pierres; ô prodige ! C’est une troupe d’énormes crapauds noirs dans leurs plus joyeux ébats. Ainsi est réalisée la fable que récite Ovide , de ces paysans qui , s’étant moqués de Cérès , furent transformés par cette déesse en cette tourbe coassante. D’autres races d’Amérique imitent , l’un le tintement d’une cloche funèbre pen-

dant la nuit, l’autre le choc sonore des timbales, tandis que de brillans lézards anolis chantent d’une voix flûtée sur des arbres , pendant toute la nuit , leurs amours près de leurs femelles , et que d’énormes alligators s’entre-battent , en hurlant avec une bruyante fureur, dans les lacs de la Floride et de la Virginie.

Quoique tous ces reptiles ne couvent jamais leurs œufs , ils n’ont pourtant pas absolument abjuré tous les sentimens de maternité , et nous venons de voir des crapauds même prendre intérêt à leur postérité. D’ailleurs il y a des serpens , et ce sont particulièrement les espèces venimeuses , qui conservent leurs œufs dans leurs oviductus plus longtemps que toute autre race de couleuvres. Ces œufs y éclosent et il sort de leur sein des petits vivans ; aussi ces animaux en produisent en moindre quantité que les autres serpens, les lézards, et les tortues, qui mettent bas des œufs. On dit que les femelles des crocodiles déposent les leurs sur un lit de joncs et de sable quelles recouvrent d’un second , d’un

troisième lit semblablesavecd’autrescouchesd’œufs,

pour les dérober aux recherches de la mangouste , espèce de/uret qui en est très-friand. Les serpens rassemblent leurs œufs en se roulant autourd’eux , et les amassent ainsi dans des trous exposés au midi. On a vu de petits lézards transporter soigneusement leurs œufs dans leur gueule , en des lieux tempérés , afin qu’ils y éclosent plus vile. Mais les petits, une fois éclos, n’ont rien à attendre de leur mère; elle n’a ni mamelles ni lait à leur présenter ;

jamais elle ne prendsoin de leur’préparer des nourritures; les seuls têtards en trouvent une dans le frai où ils ont pris naissance. Cependant s’il périt une multitude de ces jeunes individus , la race en est toujours féconde, et la nature n’est point trompée dans les calculs de sa prévoyance.

Telle est la tribu si singulière des reptiles dont les formes extérieures deplusieurs se rattachent, souvent aux quadrupèdes, et l’organisation interne , tantôt aux oiseaux, tantôt aux poissons ; classe qui semble, par les tortues, se rapprocher des crustacés , et par les étranges métamorphoses des batraciens . s’assimiler à la grande race des insectes hexapodes ; par les changemens de couleur de quelques espèces, imiter certains mollusques céphalopodes et des actinies. Ainsi la nature paraît la plus variée, la plus singulière dans les productions de cette classe que dans toutes les autres peut-être du règne animal.

CLASSIFICATION Pour la dixième Leçon.

OVIPARES à sang-froid; deux ou une oreillette au cœur, avec un seul ventricule ; œufs à coque solide, ou à coque membraneuse L’organisation de ces animaux se rapproche ou des oiseaux, ou des poissons.

PHOLIDOTES ; un test ou des écailles et des plaques sur tout le corps ; deux oreillettes au

cœur, œufs à coque solide, pondus en lieu sec. Pénis et langue on simples ou bifides ; organisme analogue à celui des oiseaux.

*.o MONOGT.OSSES et UNI- PEN1ENS : langue et pénis simples ou non divisés; larges plaques osseuses ou cornées sur le dos.

DBS REPTILES

( Une carapace ou test renfermant l'animal : Chéloniens de M. Brongniart. )

Tortues terrestres : carapace bombée, jambes courtes.

Tortues aquatiques : test applati , pâtes en nageoires.

Chélides : gueule fendue en travers , nul bec de corne.

Trionyx : carapace coriace au-lieu d’écailles.

( Nulle carapace; des écailles raboteuses sur le dos ; crocodiles. )

Gavials : museau tr ès-alongé, dents en scie.

Crocodiles vrais, museau moyen.

Caïmans ou alligators: dents supérieures entrant daus la mâchoire inférieure.

a.» DIGLOSSES et BIPE- E1E NS : corps couvert d’écailles seulement. Langue et pénis souvent bi&des.

A* (Sauriens ou Lacertoâdes, à membres coureurs, quatre ou deux).

Eêiards vrais : dents au palais, deux rangées.

Iguanes : langue seulement échaoerée , nou extensible.

Cbair mangeable.

Monitors: queue comprimée, point de dents palatiues.

Geckos : tête plate, doigts à crampons.

Caméléons; queueprenante, langue simple, extensible, vastes poumons.

i Seines quadrupèdes : corps analogue a celui d’un poisson.

Seines bipèdes : à pâtes courtes de devant ou de derrière.

Dragons : des ailerons membraneux sur les hjpochondres ; soutenus par des rayons.

B. Ophidiens ou Sf.bpess : animaux rampeuis , privés de membres.

( Espèces sans crochets venimeux. )

Ophisaures\ les orvets : vivipares , fragiles ; les aconlias :

n’ont point de sternum que possèdent les autres.

Amphisbènes : marchent en avant et en arrière; queue aussi grosse que la tête.

Boas : deux crochets à l'anus; plaques simples sur tout le corps; queue prenante.

Couleuvres : plaques caudales rangées par paires.

Acrocorde : petites écailles uniformes partout.

( Ophidiens à crochets venimeux multiples, te’te triangulaire. )

Bon gares: dos caréné, plaques simple* partout.

Trimérésures : plaques entières à la base de la queue.

Hydrophisoo serpens d’ea u , ont la queue comprimée; lex ehersfdret, les pélamules nagent bien.

[Ophidiens h crochets venimeux, solitaires, à la mâchoire. )

Crotales : des sonnettes eu cornets emboîtés à la queue.

Soythales : plaques entière* tous tout le corps.

Acanthophis , queue ayant un aiguillon pointu.

Langahas , plaques annulaires à la queue.

Vipères : les naja , dont- le col se gonfle en disque , dits serpens à lunettes; les platures à queue comprimée; les trigonocéphales à occiput triangu-

laire ; tonies très-venimeuses.

GYMNODERMES , Batraciens :

Brongn. : peau sans écailles; cour à une oreillette et un ventricule; point de verge; accouplement par affliction ; œufs à coques membraneuses, naissance aquatique; jeunes individus «à l'cial de larves .

respiiant par des branchies.

Point de côles ; animaux nageurs. Organisation rapprochée de celle des pohgms.

1 0 Tétrapodes, à branchies caduques , ayant des yeux, point de queue à l’état parfait. Grenouilles.

Crapauds : corps pustuleux, ventru.

Trraics grenouilles : corps non pustuleux.

Pih ■as : les femelles portent leur: oeufs sur leur dos, et ils y éclosent.

Rainettes à pelotes visqueu-

ses aux doigts pour grimper.

( Une queue dans l'étal parfait . )

Salamandres.

Salamandres terrestres à queue ronde.

Salamandres aquatiques , à queue comprimée en rame.

2.0 BrànchifÈres. à branchiespermanentes, espaces pou vaut aussi , respirer par un poumon , vrais amphibies , dans l’air ou l'eau.r Yeux oblitérés.

Protêts : quatre pieds , queue comprimée, trois branchies de chaque côté.

Sirènes : deux pieds de devant, tiois branchies de chaque côté du cou.

3.° Apodes : point de membres ni de branchies, yeux oblitérés.

Cecilies : peau plissée en travers, visqueuse.

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