‹ Histoire des moeurs et de l'instinct des animaux. Avec les distributions méthodiques et naturelles de toutes leurs classes. Cours fait a l'Athénée Royal de ParisChapitre 37 sur 50 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

Suite des Mœurs des Poissons .

Rien ne prouve mieux que l’antique mythologie fut l’histoire même de la nature, voilée, par les premiers sages, sous d’ingénieux emblèmes, que les vérités dont ses fables sont remplies. Entrons dans ces mystères sacrés d’Eleusis ou de Mithra , cachés aux regards du vulgaire; nous verrons dans cette Vénus chantée par Lucrèce, dans cette fille immortelle de la mer et du temps , née de l’écume des ondes et de Saturne, l’image de la nat^e féconde , de cette source intarissable de générations dont l’Océan présente le perpétuel prodige.

En effet, les eaux ne sont point un empire stérile comme la terre aride ou l’air, qui ne produisent rien d’eux seuls; car aucun être animé n’existe sans l’humidité, comme le prouvent les affreux déserts de l’Afrique. Au contraire, partout où les eaux s’épandent, il naît des créatures vivantes. Les profonds abîmes des mers sont peuplés de myriades d’animaux, et la profusion des germes, la multiplication des individus , l’incalculable variété des espèces et des races , y surpassent peut-être tout ce que les airs et la terre peuvent former ensemble. La moindre goutte d’eau, vue au rnicros-

cope , présente un monde entier d’animalcules: quels milliards incompréhensibles renferme donc le vaste royaume des mers? La vase fourmille d’innombrables vermisseaux qui pullulent sans cesse. Que de bancs épais de coquillages contenant, je ne dis pas des millions , mais des nombres épouvantables d’individus , entassés et pourris depuis des milliers de siècles sur la face des continens ! L’Océan est un goufre éternel de naissances et de destructions; la matière y semble plus vivante, plus jeune, plus mobile, plus transformable que partout ailleurs; elle s’y multiplie sous toutes les formes , comme la fable nous le montre encore sous l’emblème de Protée. Du sein fertile des ondes sont peut-être sorties toutes les races de créatures qui peuplent notre Univers. 11 ne serait pas impossible |ie faire voir l’homme lui-même, commençant sa vit? par letat aquatique dans le sein maternel , et les autres animaux de la terre et des airs, retrouvant aussi leurs ancêtres parmi les eaux, antique patrie de tout ce qui respire. Enfin , nous devons envisager la mer, à cause de sa fécondité inépuisable , comme la souveraine matrice de la nature.

Et c’est encore de son sein qu’émanent les êtres les plus étonnans par des formes bizarres ou monstrueuses. Depuis la baleine colossale jusqu’à la monade microscopique, depuis le fucus gigantesque, qui, enraciné au fond des abîmes, étale son large feuillage vers la superficie des eaux , et avec plus de trois cents pieds de tige, couvre au-moins

un quart de lieue de largeur, jusqu’à la mousse imperceptible ; depuis l'énorme kraken , s’il existe ( espèce de poulpe plus vaste qu’une île), jusqu’au moindre polype ; la mer est le réceptacle de tout ce qu’il y a de plus extraordinaire sur notre globe. La torpille étourdissante , le requin féroce , la chimère effrayante, le bizarre poisson-lune, la baudroie horrible, et tous les poissons étranges, ne sont peut-être que peu de* chose en comparaison des formes inouies de mille espèces de mollusques, de crabes, d’astéries, de Gorgones et de Méduses, de madrépores, et des habitudes non moins incompréhensibles de tous ces êtres ambigus ; la nature semble s 'être jouée , dans leur création , en tentatives pour ainsi dire extravagantes, soit pour faire preuve de sa puissance et de sa fécondité, soit pour épuiser, en quelque manière, toutes les combinaisons possibles. Il semble même que la mobilité perpétuelle des eaux ait imprimé son sceau sur tou§. les êtres nés dans leur sein , et que toutes les parties ramollies se soient prêtées avec complaisance aux efforts qui en ont modifié la structure.

Après nous être rappelés tout ce que nous avons exposé dans notre précédente leçon sur la nature des poissons , tant les cartilagineux que les osseux ou épineux , sur leur conformation molle et humide, leur respiration par des branchies , le peu de développement de leurs facultés et de leur sensibilité, sur leur natation , etc. , nous allons voir combien la fécondité de ces animaux est augmentée par cette

influence vivifiante de la mer, et surpasse celle de toutes les races terrestres.

En général , les êtres d’une complexion humide sont plus féconds que les autres , et surtout lorsque leurs facultés intellectuelles et sensitives sont peu étendues , les fonctions nutritives et génératives acquièrent beaucoup de prépondérance. Il s’y joint encore une cause particulière chez la plupart des poissons; c’est que n’ayant point d’accouplement réel, et ne prenant nul soin de leur postérité, la nature a dù, par une énorme multiplication, assurer la perpétuité des espèces , malgré les causes actives de destruction qui les environnent. Ainsi, moins les poissons marquent d’attachement entre leurs différens sexes, et d’intérêt pour leur famille, plus ils jouissent de fécondité ; mais les espèces qui, parmi cette classe, s’accouplent, et les poissons chez lesquels des œufs éclosent dans le sein maternel, ne pouvaient pas porter unnombre d’individus aussi considérable, et les petits étant ci-’^illeurs moins exposés à périr, furent créés moins féconds.

A mesure que les animaux produisent une plus nombreuse famille, les liens d’amour, trop étendus, s’affaiblissent, les affections trop partagées se dissipent; la reproduction devient de plus en plus une œuvre machinale, qui a moins de rapports avec l’individu engendrant, que d’intérêt relatif aux produits engendrés; ce n’est plus qu’un acte corporel auquel il ne se mêle rien de moral : c’est la lie de la volupté. Si l’homm'e unit à ses amours tous les enchantemens du cœur Routes les illusions de

l’imagination, et cette douce harmonie des âmes dont les attraits sont plus touchans et plus purs que les liens grossiers du corps; l’animal, au contraire, et le poisson surtout, ne connaissant que le but matériel, qui est la multiplication des œufs, se concentre tout entier dans ce seul objet ; les deux sexes sont même presque étrangers l’un à l’autre.

Cependant la nature , dans l’acte le plus important de tous, n’a pas disgracié le poisson; elle a su l’orner, aux époques du frai , des plus éclatantes peintures. Les chétodons rayés de banderolles brillantes, les zées décorés d’une riche broderie d’or, les coryphènes étincelans du feu des pierreries, les scares , les labres , les dorades , diaprés de vives couleurs; les rougets vêtus de pourpre, et mille autres, rois pompeux des mers équatoriales , portent des livrées d’amour, rehaussées d’émeraudes, de saphirs , de rubis , d’hyacinthes , de topazes , et de tout leclat des métaux. Si nous considérons surtout que ces tribus, cuirassées d’une armure écailleuse où resplendissent tous les reflets lumineux de l’iris, préfèrent les mers échauffées du soleil, dont l’ardeur les colore ; si nous les voyons s’élancer dans des ondes transparentes , y simuler avec légèreté des combats, des tournois, des naumachies, et offrir au spectateur leur parure sous tous les aspects , lui présenter les teintes vives , les éclats multipliés qui jaillissent tour-à-tour de leurs écailles , on reconnaîtra que les poissons ne cèdent en beauté, ni à la grande classe des oiseaux, ni même à celle des plus magnifiques papillons, et des co- Tome I. 27

quillages si variés de l’Océan. Mais la plupart de ces couleurs sont fugaces , et disparaissent avec la vie du poisson ; elles se ternissent lorsqu il perd la faculté d’engendrer, ou se flétrissent quand il devient malade ou vieux. Les anciens Romains, au temps du luxe de leurs empereurs, se plaisaient à contempler les nuances diverses du rouget dans les agonies de la mort, avant de le présenter sur leur table.

Il paraît que le nombre des mâles est quelquefois le double de celui des femelles parmi les poissons , afin que la fécondation des œufs soit plus assurée. Quelques espèces, telles que l’aiguille de mer, ofrent si rarement des mâles , qu’on a soupçonné qu’elles se reproduisaient seules , à la manière des femelles de pucerons; mais cette rareté des mâles ne serait-elle pas l’effet de leurs émigrations, comme on voit , chez les oiseaux , des femelles d’une espèce de pinson partir seules en hiver , tandis que les mâles restent gardiens des bois paternels?

On a trouvé plusieurs poissons , à-la-vérité , qui semblent hermaphrodites , ou réunir d’un côté la laite, de l’autre les œufs dans l’ovaire; mais ces faits rares n’offrent que des exceptions à la loi générale. De même, on peut soumettre des poissons à la castration, pour rendre leur chair plus grasse et plus délicate, et ils survivent presque tous à cette opération , imaginée par un pêcheur anglais. Les organes de reproduction , en effet , peu compliqués chez ces animaux, s’enlèvent facilement;

ce sont deux ovaires chez les femelles , et chez les mâles, deux corps glanduleux alongés, nommés la laitance, ou laite dans laquelle la chimie a découvert beaucoup de phosphore.

C’est ordinairement au printemps que les poissons fraient, près des rivages, et dans les eaux tranquilles , sur les grèves sablonneuses exposées au soleil. Les gros poissons jettent leur frai les premiers, et quelquefois même pendant le cœur de l’hiver; il en est qui déposent, comme les raies, des œufs plusieurs fois par an. Les espèces voyageuses, telles que les saumons, les esturgeons, viennent poudre chaque année dans le même lieu, et les émigrations annuelles des harengs, des sardines, des maquereaux, des thons, s’opèrent lorsque ces poissons, prêtsà frayer, cherchent les régionsles plus favorables , soit par leur position , soit par l’abondance des alimens , des vermisseaux qui y pullulent vers la même époque. Ce n’est donc point la crainte des baleines , des cachalots , des requins, et d’autres tyrans dévastateurs , qui chasse , comme on l’a dit , les harengs et les autres peuples voyageurs des mers sur nos parages ; car pourquoi ces voyages se feraient-ils à une époque constamment déterminée plutôt qu’en tout autre temps? Le départ des hirondelles est-il dû à la poursuite des éperviers et des milans, qui les suivent au travers de l’atmosphère, jusque sur les plages africaines?

Mais en nous réservant d’examiner l’histoire de l’émigration des poissons , nous continuerons celle de leurs amours.

Dans la plupart des espèces, il n’y a point d'ae* couplement réel; la femelle, suivie du mâle qui joue autour d’elle, dépose, en un lieu abrité, un paquet d’œufs couverts d’une humeur gluante. Le mâle vient exprimer sa laite sur ces œufs pour les féconder, de sorte que l’eau est l’intermédiaire de cette fécondation semblable à celle des grenouilles, et opérée hors du corps. Leeuwenhoeck pensait , d’après ses observations microscopiques, que la laite d’une seule morue pouvait contenir cent cinquante milliards d’animalcules vivifians, de sorte que , quoique délayés dans beaucoup d’eau , il s’en trouvait toujours assez, pour imprégner lesg,5445<>oo œufs pondus par la femelle. Le hareng de moyenne taille dépose environ 10,000 œufs; une carpe de seize pouces en avait 342,000, et voici comment se fait ce calcul : un esturgeon femelle pondit 1 19 livres pesant d’œufs débarrassés de toute substance étrangère. Comme sept de ces œufs pesaient un grain, le tout a pu être évalué à 653, 200 œufs.

Si l’on calcule combien de millions de ces ani-

maux en pondent chaque année autant dans leurs nombreuses espèces qui peuplent les abîmes des mers, on sera épouvanté de l’inépuisable fécondité de la nature? Quelle richesse , ou plutôt quelle inconcevable prodigalité! Et si tout pouvait naître, qui suffirait à nourrir ces, légions, ces foules incalculables? Non, les cieux mêmes seraient bientôt envahis. Mais les poissons dévorent eux-mêmes ces œufs pour la plupart ; les hommes , les oiseaux, les animaux aquatiques , les sécheresses qui les

laissent sur un sable aride des rivages , les dispersions causées par les courans , les tempêtes , etc. , détruisent des quantités également incalculables de ces œufs, abandonnés à toutes les chances dans l’immensité des mers.

La nature a cependant veillé à la conservation de quelques espèces par des moyens singuliers; ainsi, les œufs du brochet, du barbeau , couverts d’un épiderme compact qui les défend du suc digestif dans l’estomac des canards et autres oiseaux aquatiques qui les avalent, sont rendus intacts, susceptibles encore de produire des poissons. C’est même une des voies dont se sert la sagesse de la nature , pour disséminer au loin les poissons d’eau douce , à-peu-près comme d’autres animaux disséminent des graines de plantes non digérées , et rendues lavée leurs excrémens qui servent d’engrais. On trouve sur le sommet des Alpes, des lacs isolés, formés de l’eau -seule des glaciers ; cependant il y existe d’excellentes truites. D’où ces poissons peuvent-ils avoir été apportés dans ces bassins , séparés par des cataractes et des précipices de toutes rivières, et ignorés quelquefois des hommes? Mais les canards sauvages, les grèbes et plongeons qui fréquentent ces lieux , auront pu avaler des œufs fécondés de truites , et les auront rejetés par hasard dans ces lacs , où ils se seront développés et multipliés. Remarquez, encore , Messieurs , que ces étangs des sommets des montagnes se desséchant parfois dans les grandes chaleurs , tous les poissons y périssent; mais leurs œufs se conservent sous la

boue, pendant long-temps, sans se corrompre, et peuvent, au bout d’un an ou deux, se développer dans les eaux. 11 est même un moyen d’empoissonner un étang presqu’aussi facilement qu’avec du jeune frétin ; c’est d’employer ces œufs, en les plaçant dans des lieux favorables, sous la douce influence du soleil, et entre de féconds herbages.

Comme la laite d’un poisson tombe quelquefois sur des œufs d’une autre espèce que la sienne , il pourrait se former beaucoup de métis ou de mulets, si la nature n’avait pas tellement disposé la pellicule de ces œufs, que la laite d’une espèce étrangère ne puisse les féconder. Seulement les races analogues ou voisines, ayant une sorte de parenté entr elles , peuvent se féconder quelquefois mutuellement. L’on a tenté avec succès de féconder artificiellement les œufs des poissons ; ainsi, en exprimant la laite du saumon ou de la truite sur des œufs de leurs femelles , des poissons en sont nés à l’ordinaire. On a même pris la laite d’un saumon mort depuis trois jours , mais non gâté , et la faculté fécondante survivait encore, puisque les œufs ont été vivifiés. Il se trouve aussi des monstruosités parmi les poissons , comme des individus à deux têtes, d’autres en croix, d’autres soudéspar le ventre, '

etc. Ces monstruosités sont le résultat de la diverse réunion de deux ou plusieurs œufs, comme parmi les monstruosités humaines et celles des plantes.

Les femelles de poissons qui conservent longuement leurs œufs dans leurs ovaires, par le résultat d’une structure particulière, pondent des petits vi-

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▼ans, car ces œufs éclosent dans le sein maternel, de même que chez les vipères; mais dans ce cas, il y a nécessairement accouplement et fécondation intérieure. Ainsi, les squales ou chiens marins, et les raies mâles , ont deux sortes de pieds près de l’anus , pour se cramponner à leurs femelles. Celles-ci pondent plusieurs fois par mois, un ou deux grands œufs carrés et plats en forme de bourse ; elles sont fécondées souvent par plusieurs mâles, et sujettes à la superfétation, c’est-àdire qu’indépendamment de ces œufs qu’elles mettent bas, il en est d’autres fécondés par de nouveaux accouplemens , de sorte que ces femelles produisent presque sans interruption. Chez toutes les espèces qui s’accouplent, la génération ne s’opère que par simple frottement ou affriction , puisqu’on n’a remarqué presqu 'aucun organe extérieur pour s’unir plus intimement, excepté dans l’anablèpe , poisson très-singulier aussi par ses gros yeux , pourvus chacun de deux prunelles , de sorte qu’il a comme quatre yeux, ou plutôt des lunettes naturelles.

Chez un silure , gros poisson paresseux , d’eau douce, les œufs renflent le ventre de la femelle, comme si elle devenait hydropique ( ascite ) ; ce renflement devient si énorme à mesure que les œufs grossissent , que la peau du ventre , ainsi que les tuniques de l’ovaire, se fendent, se déchirent, par une sorte d’opération césarienne toute naturelle , et les petits s’échappent par cette ouverture lorsque les œufs se percent.

Ce n’est pas que ces embryons de poissons reçoivent de leur mère la nourriture et l’accroissement lorsqu’ils éclosent dans son sein , ainsi qu’on pourrait le croire ; car tantôt un poisson garde ses œufs, et tantôt il les dépose avant qu’ils éclosent, de sorte que l’anguille, par exemple, et d’autres espèces (k poisson lune , la chimère ou le roi des harengs), sont quelques fois vivipares, et d’autres fois ovipares. Dans la canicule et l’été, en général, les œufs éclosant plus tôt à cause de la chaleur, les embryons se développent alors dès le sein maternel, et sont déposés vivans ; si la saison est froide, au contraire, les œufs sont pondus avant que les petits soient éclos. Il en est ainsi de plusieurs lézards (les seps , les chalcides ) et de quelques mouches. Tous ces animaux ne produisent donc point de petits vivans à la manière des mammifères; ils ne fournissent donc rien à leur progéniture née, soit dedans, soit hors le sein maternel; il leur est indifférent que les œufs y éclosent ou non : c’est, pour ainsi dire , l’affaire de la nature.

L’accroissement du poisson , d’abord rapide comme chez tous les jeunes individus, se ralentit ensuite d’autant plus que la vie de l’animal est plus prolongée, et cette vie est fort longue, en général, dans la plupart des poissons; ils peuvent aussi parvenir à une taille très-considérable. A-la-vérité, certaines espèces, telles que la tanche, la brcnie, l’anguille, ne vivent que dix à quinze ans ; mais on a des preuves que la carpe arrive à plus de cent cinquante ans, selon Buffon , ou même au-delà de

deux siècles, d’après d’autres auteurs. En 1 497 * on prit, à Kayserslautern , un brochet long de dixneuf pieds, pesant trois cent cinquante livres; il portait , à l’os plat de ses ouies, un anneau d’airain, avec une inscription grecque, annonçant qu’il avait été mis dans l’étang de Lautern par l’empereur Frédéric II, l’an i23o,ou 2673ns avant detre repêché. L’on conservait son squelette à Manheim. Comme les brochets sont extrêmement voraces et médians, ils parviennent avec 1 âge à un poids considérable, et on en a trouvé, dit-on, qui pesaient jusqu’à un millier. Les requins, bien plus féroces encore , parviennent jusqu’à trente pieds de longueur, et pèsent quarante ou cinquante quintaux. Si l’on calculait , d’après certaines dents de requins qu’on voit pétrifiées, sous le nom de glossopètres, et trois fois plus grandes que celles de nos plus forts requins, il faudrait conclure que, dans les anciens temps, ils parvenaient à l’énorme taille desbaleines , à quatre-vingt-dix ou cent pieds.

Cette puissante taille et cette longue vie des poissons , résultent de plusieurs causes remarquables. La première est que ces animaux restant perpétuellement plongés dans l’eau , leurs fibres, leurs os, le tissu de leurs organes conservent très-long-temps une flexibilité qui leur permet de recevoir de la nourriture ; ils sont presque toujours jeunes, comme le prouve letat cartilagineux de leurs os, la souplesse de leur constitution , l’abondance de leur sang et de leurs humeurs , leur accroissement facile et leur digestion rapide, à la manière des en

fans et des animaux nouveaux-nés. Ainsi , les poissons ne prennent que difficilement la rigidité , la sécheresse, la solidité des parties, tristes caractères de la viellesse , qui durcit toutes les fibres, obstrue tous les vaisseaux ; de là vient que ces animaux meurent plus tard que les autres ; qu’ils peuvent s’accroître pendant toute leur vie. Les quadrupèdes habitant au contraire dans l’air sec, sont bien plus tôtdesséchés et devenus compactes; ce sont des vieillards en comparaison des poissons; aussi leur vie est plus courte , et leur accroissement bientôt borné. Le poisson , à l’égard des espèces d’animaux plus élévées dans l’échelle des êtres, semble rester à l’état du fœtus qui nage dans les eaux de sa mère ( dans l’amnios ); il n’a , comme le fœtus, que des facultés peu développées, des organes peu parfaits, une demi-vie ; il reste long-temps jeune. Mais les quadrupèdes deviennent, après leur naissance, bientôt adultes , usent de toutes leurs facultés , et sont , relativement au poisson, très-avancés dans la carrière de la vie. Nouvelle preuve que la classe des animaux aquatiques représente l’état enfantin et primitif du règne animal , tandis que les quadrupèdes représentent son âge adulte, et l’espèce humaine est, pour ainsi dire, la vieillesse prudente, instruite, de ce même règne animal.

Une seconde cause de la longévité des poissons dépend de l’uniformité de leur existence , de l’insensibilité dont ils sont doués. En effet , éprouvant toujours une température à-peu-près égale, vivant toujours d’une manière semblable, digérant facile,-

ment des nourritures ramollies par l’eau , faisant très-peu de pertés par la transpiration à cause de leur peau épaisse, gluante, écailleuse, et leurs humeurs très-fluides circulant avec aisance , ils ne sont affectés ni des variations de l’air, ni de l’inégalité du genre de vie , ni des pertes de transpirations, ni de difficiles digestions, ni enfin d’aucun dérangement du corps, du sang et des humeurs.

D’ailleurs ils n’ont point , comme l’homme , ces peines du cœur qui rongent la vie , ces chagrins , ces passions qui tourmentent. Ils ne sont consumés nipar des plaisirs trop vifs, ni par des douleurs profondes ; ils ont une nature tempérée et froide comme l’onde qu’ils habitent. Leur existence, plus végétative que sensitive , porte une plus grande insouciance 6ur toutes choses , et délivrés d’inquiétudes par leur propre stupidité , ils ne songent qu’au présent. Ils sont dans un état tel que le demandent les philosophes, excepté que l’ataraxiedu stoïcien et la molle tranquillité de l’épicurien, sont les fruits de la raison , tandis que c’est le résultat du tempérament flegmatique chez le poisson. Mais la raison étant une barrière bien moins sûre contre les passions que l’apathie du corps , l’animal aquatique aura toujours l’avantage sur le philosophe , et jouira d’une existence proportionnellement plus longue.

L’honnne existe moins de temps que ces animaux , ou du-moins est exposé à un plus grand nombre de maladies ; c’est qu’il vit beaucoup en peu de temps: ses ardentes voluptés ne consument

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pas moins sa durée que les plus cuisantes peines ; aussi les hommes les plus vivaces' sont ceux qui se défendent des passions ou des excès , et qui ménagent leurs forces physiques et morales.

Voyons donc si l'existence du poisson est malheureuse. Il n'a d’autre occupation que de manger et de se reproduire ; le reste du temps se partage entre le sommeil et la plus profonde indifférence. Or , n’est-ce point là cette vie épicurienne tant estimée, tant vantée par la plus nombreuse secte de philosophes , chantée dans tant de poésies érotiques et bachiques , depuis Anacréon jusqu a notre temps? Sans doute le poisson peut être dévoré par de plus grosses espèces , ou saisi dans des filets , mais il ne doit pas plus s’en tourmenter que ne font les autres animaux , qui jamais ne songent à la mort. Enfin , la nature n’a pas maltraité ces philosophes des ondes , et peut-être que la somme du bonheur et du malheur est à-peu-près également répartie sur toutes les créatures. Chez la race humaine seule , nous voyons une grande inégalité de biens et de maux : mais aussi ce n’est pas le produit de la simple nature ; c’est le résultat de nos institutions sociales , si souvent extravagantes et si souvent renversées.

Enfin , les facultés sont très-puissantes chez les poissons, et annoncent un grand fond de vie; la digestion , la circulation , la nutrition s’opèrent en eux avec une extrême facilité ; leur immense fécondité atteste qu’ils ont reçu des forces organiques très-vigoureuses , et par une prudence admi-

table , la nature a su multiplier leurs produits sans augmenter à proportion leurs passions. C’est qu’en général , les animaux trop ardens sont beaucoup moins féconds que les espèces plus tempérées. Les premiers recommençant toujours l’œuvre , détruisent ce qu’ils ont ébauché. Ils défont sans cesse , suivant l’expression des Anciens , le tissu de Pénélope , tandis que les tempéramens moins impétueux , les habitans du Nord , par exemple , les espèces d’animaux à sang froid , moins amoureux , produisent en général un plus grand nombre d’individus.

La vie d’ailleurs est très-tenace chez les poissons. Des tanches gelées et roides de froid , reviennent à la vie en se dégelant. Des carpeaux du Rhin se transportent au loin dans de la mousse humide , sans périr. On a vu des anguilles avalées par des cigognes , des hérons , traverser leurs intestins sans être digérées , et en ressortir vivantes. Il est vrai que les maquereaux , les barbottes , l’alose , la truite, etc. , meurent bientôt hors de l’eau; mais c’est parce que l’air les comprimant moins que ce liquide, détermine l’afflux du sang et une hémorrhagie à leurs branchies , tout de même que sur de hautes montagnes où l’air est prodigieusement raréfié , nos poumons étant moins comprimés, le sang s’y précipite abondamment, ses petits vaisseaux se rompent, et l’on crache souvent le sang. Aussi les maladies de poitrine deviennent très-dangereuses et fréquemment mortelles dans un air trop vif et trop léger.

Cette longue vie des poissons résulte-t-elle aussi de leurs nourritures ? Presque tous ont un appétit violent pour la chair, et cet instinct du sang leur est même nécessaire, car s’ils ne s’entre-détruisaient pas , leurs innombrables générations auraient depuis long-temps comblé les abîmes de l’Océan.

Parmi les races terrestres , le fond primitif de la nourriture vient des végétaux ; les carnivores n’immolant à leurs besoins que des espèces herbivores ou frugivores , la destruction retombe toujours sur le règne végétal , puisque ces herbivores ne sont , pour ainsi dire , que des végétaux transformés en chair. Parmi les poissons , il n’en est point de même ; tous , ou presque tous vivent de substances animales ; car quelques fucus , quelques conferves, ou d’autres végétations rares, suffisent à peine aux petites espèces , qui comptent pour peu dans l’immense empire des mers. Ilfaut donc que la chair suffise à la chair , que le poisson vive de poissons ou de mollusques, d’insectes, de coquillages que nourrit le sein fertile de l’Océan. Otei de la terre le règne végétal , bientôt les animaux herbivores disparaissent , et avec eux les carnivores , et l’homme lui-même : le monde reste désert ; mais en ôtant aux poissons le peu de végétaux dont quelques espèces se nourrissent , on ne détruit rien , on n’anéantit rien ; ils vivent sur eux-mêmes, ils tirent leur substance de leur propre fonds. Ceci nous conduit à cette vérité remarquable, que le règne végétal a dû précéder nécessairement l’existence du règne animal dans les parties sèches du globe ,

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et que les espèces aquatiques ont dû exister avant les races terrestres; en sorte que ces derniers animaux sont probablement les desccndans des poissons.

Qui pourrait dénombrer les guerres , exprimer les ravages perpétuels qu’exercent entreux ces peuples aquatiques ! Tant de races insatiables, tant de férocités et de haines , tant de sang répandu journellement, fbnt de l’Océan un vaste théâtre de carnage , où chacun est vainqueur et vaincu tour-àtour ; où le faible se ligue au faible pour résister au puissant , où la ruse triomphe souvent de la force , où l’agilité et l’audace suppléent au défaut de la taille , où tout est mis en usage pour obtenir la victoire , enfin où la mort se présente sous tous les aspects et à tous les instans de la vie. Cependant ces animaux s’accoutument à cette existence précaire , au travers des malheurs , et tandis que les plus sanguinaires s’entre-déchirent , de paisibles familles se retirent dans les grottes solitaires de l’Océan , vivent sobrement de vermisseaux et de menue proie. Satisfaites de leur repos , heureuses dans leur obscure pauvreté , elles n’ambitionnent pas ces grandes proies , alimens du luxe , qui ne s’achettent qu’à prix de sang et par de grandes conquêtes. Elles ne se mêlent point dans ces atroces querelles des tyrans de la mer. Elles laissent le requin et la baleine se disputer l’empire des ondes. Ainsi le pristis portant au bout de son museau une longue scie armée de fortes dents , attaque avec rage les plus fiers cétacés, les déchire avec fureur, leur plonge son arme meurtrière dans les flancs ,

et se repait à loisir de leur chair huileuse. Le grand xiphias , tel qu’un spadassin , ayant pour mâchoire supérieure une épée longue et pointue , s’en vacspadonner dans les eaux , et défier au combat les plus valeureux guerriers de l’Océan.

On aurait peineà se persuader de quelle incroyable gloutonnerie les brochets , les dorades , et les requins surtout sont transportés, si l’expérience ne la confirmait pas. Ils n’épargnent souvent ni leur femelle ni leurs petits; ce besoin atroce leur ôte tout sentiment naturel. L’audace, la méchanceté, la rage infernale de nuire se caractérisent dans toutes leurs actions ; l’on a trouvé dans un grand chien marin deux thons et un homme tout habillé ; un autre requin pêché vers les parages de Marseille, contenait en son estomac un soldat encore avec son sabre. tTn grand squale pesant plus de i5oo livres , avait dans son ventre un cheval tout entier. Au combat naval du 12 avril 1782 , le feu ayant pris au vaisseau Français le César , plusieurs matelots qui s’étaient jetés à la mer , furent déchirés par des requins rangés entre les deux flottes , et ces poissons voraces se disputaient leur proie avec acharnement , au milieu des décharges du canon et des bordées de l’artillerie tonnant de toutes parts. Ces monstres de la mer suivent les flottes au milieu de l’Océan , comme les loups et les vautours forment un long cortège à la suite des armées ; ainsi le sang des braves , prodigué trop souvent par l’ambition , engraisse encore les bêtes féroces de la terre et des mers. Ces mêmes poissons, lorsqu 'ils ont pris trop

de nourriture , la revomissent , pour engloutir de nouvelles proies, et détruire ainsi le plus qu’ils peuvent, afin d’assouvir leurs insatiables barbaries. Les femelles surtout de ces carnivores, plus grandes, plus robustes que les mâles, et ayant besoin, à cause des œufs nombreux qu’elles produisent , de se nourrir abondamment , se montrent les plus voraces , les plus implacables dans leur faim dévorante.

Cependant , d’autres espèces faibles s’attachent en parasitesà la suite de ces souverains des ondes; le pilote épinoche ( gasterostée ) marche , dit-on , à la découverte au-devant du requin , lui dénonce les lieux abondans en proie , et obtient pour prix de son espionage protection et sûreté. Des sucets .ou rémora s’attachent au corps des grands chiens de mer ; semblables aux domestiques des princes , ils vivent des restes de leurs maîtres , et en suçent même la propre substance. Les espèces très-carnassières ne souffrent point de rivaux dans l’étendue de leurs domaines ; retirées près de quelque roche sous-marine , comme d’anciens seigneurs châtelains dans leur donjon , elles tombent à l’improviste sur le voyageur qui traverse leur Etat. Il est différens ordres dans cette grande république des poissons ; les uns plébéiens obscurs , tels que les harengs , les sardines , travaillent sans cesse à peupler l’Etat 5 les autres , patriciens turbulens , tels que les ésoces , les saumons, les loups marins,, maîtres impérieux , forment des ligués sanglantes, des divisions , se proscrivent tour-à-tour , et dans Tome I. 28

leurs dissentions éternelles, laissent quelquefois du repos aux classes indigentes et timides de merlans, de maquereaux , dont ils se disputent avec acharnement la conquête. Au reste les poissons tres-carnivorcs vivenft solitaires ; semblables aux tyrans , personne n’ose les approcher , pas même leur femelle , soit qu’on les redoute ou qu’on les haïsse à cause de leur caractère sanguinaire et insociable. Au contraire les familles plus douces, telles que les carpes, les aloses, les esturgeons, aiment à vivre dans un agréable commerce, à rassembler autour d elles leurs petits, à se prêter, dans leur union, des secours mutuels; leur humeur est plus sociable, elles sont plus capables d éducation ; aussi sont -elles moins cruelles, l’aspect du sang les fait même reculerd’horreur : c’est pour cela que les pêcheurs versent quelquefois du sang dans la mer , afin de faire précipiter les harengs dans leurs filets.

A-la-vérité , tous les poissons ne manifestent pas une égale voracité ; il en est même de très-sobres , comme ces petits poissons dorés de la Chine , conservés dans des vases remplis d’eau ; mais cette eau, quelque pure qu’elle paraisse, contient des millions

d’animal mleaet de très-petites plantes invisibles, que

le poisson avale sans cesse. D’ailleurs, ces espèces tranquilles font peu de pertes et ne transpirent presque point ; elles ont donc moins besoin d’une nourriture abondante que ces races violentes et actives qui traversent les grands espaces des mers; en outre , le froid ralentissant le jeu vital chez les poissons, ils mangent peu en hiver ; mais leurs déprédations

deviennent furieuses dans les lieux et les temps chauds. Aussi les poissons très^voraces, tels que les tiburons , les lamies et autres squales ou requins , des ésoces ou brochets , les dorades , etc. , vivent dans les eaux de la zône torride , comme pour y retrancher l’exubérance des générations qui s’y multiplient, et pour maintenir ainsi un équilibre et une subordination entre les espèces.

Quoique moins intelligens et moins sensibles que les autres races d’animaux , les poissons ne manquentpas de tout instinct. Les uns , comme les turbots, les limandes, savent sillouner lesable,ou s’enterrer comme 1 ’équille (ammodyte) , ou se creuser des asiles au fond des eaux pour se mettre à l’abri de leurs ennemis ; les autres , plus fiers et-plus audacieux , tels que les dorades , les spares , les ésoces, s’élancent dans les hauteurs pélagiennes, et suivent les vaisseaux au milieu de l’Océan , comme une grande proie dont ils recueillent tous les restes. Tantôt l’anguille serpentant dans les eaux troubles des étangs , sort de nuit du fond de sa fange , et «'avance dans leshumides prairies pour y surprendre des vermisseaux endormis. Le beau silure ( calliehtliys ) , semblable au mineur , creuse la terre pour y chercher quelque source d’eau vive, et lorsqu’on le met dans quelque vivier , il a bientôt percé un trou par lequel il s’évade avec ses compagnons , comme un prisonnier qui s’échappe des mains de la justice , et délivre des innocens dévoués à la mort. Plusieurs espèces , tapies dans les fonds obscurs, redoutent l’éclat du jour qui blesse leurs

4^6 DES PO ISS ON Si

I yeux; ou semblables aux voleurs, elles rôdent de nuit et troublent le Sommeil des paisibles citoyens des mers ; telles sont les chimères , lespleuronectes * les murènes et anguilles , etc.

Chacun des poissons a d’ailleurs ses habitudes * ses mœurs particulières. Considérez ces spacieux et profonds abimes où cent peuples divers ont établi leur demeure. Ici la lamproie s’attache fortement aux rochers battus des vagues ; là , une affreuse baudroie ou diable de mer , cachée entre les herbages, attend, la gueule béante, le passage des petits poissons , qu’attirent ses barbillons , en forme de vers ou d’appàt ; l’histrion ou crapaud de mer , se renfle et agite , comme un baladin , toutes les parties de son corps lorsqu’on le saisit. Le flascopsaro ( tetraodon hispidus ) , arrondi en boule , présente à scs ennemis une masse hérissée d’épines ; les poissons-coffres (ostracion) , armés de cornes menaçantes , en percent leur victime. Ailleurs , les scorpions de mer ( cotlus scorpius ) et les rascasses ( scorpœna ) , quoique petites , mais cuirassées de plaques osseuses et épineuses, poursuivent avec audace de grosses morues ^tdes saumons, atteignent, déchirent dans leur fuite vagabonde , ces poissons vingt fois plus grands qu’eux. Lorsqu’un pêcheur saisit le baliste vieille , ou la loche ( cobitis ) , un cri plaintif se fait entendre ; il semble que ces innocens animaux trouvent des voix inconnues pour gémir , et que les néréides soupirent dans les eaux ; les sciènes au contraire , la vive ( trachinus draco ) et des scares relèvent les rayons piquants de leurs

nageoires et percent la main imprudente qui les saisit. Ces dards barbelés en dents de scie, causent, ainsi que les crochets de la raie pastenague , de douloureux déchiremens dans la chair, et des blessures qui s’enflamment ; mais aucun poisson n’a d’armes venimeuses. Ilestdestrigles, des ostracions , des diodons couverts d’une cuirasse osseuse et épineuse; la perche, armée d’arêtes aigues sur le dos, résiste avec vigueur aux brochets ; ils n’osent pas la dévorer avant quelle soit entièrement morte , et le petit épinoche lui-même , dresse ses stylets acérés pour poignarder ces tyrans des eaux , pour maintenir contre eux avec courage sa liberté et sa vie. Le barbier anthias ( labrus ) se voyant arrêté dans des filets , relève sa nageoire du dos qui tranche comme un rasoir , et coupe les mailles pour se débarrasser; et le berglax ( corypkœna rupeslrit) se trouvant pris, ouvre une gueule énorme, s’enfle teL lement , que ses gros yeux lui sortent de la tête , de manière qu’il semble rempli d’une fureur épouvantable, et que son aspecthorrihle effraie ses ennemis.

D’autres espèces montrent des ruses particulières. Un spare ( imidiator ), nouveau filou, demeure immobile au fond des eaux, affecte un air débonnaire qui attire autour de lui de petits poissons ; ils y jouent sans défiance ; mais quand il les voit à sa portée, soudain ilalonge son museau extensible, et gobe à l'instant celui qui y songe le moins. La bandoulière à bec alongé et le zée rusé s’approchent en tapinois des mouches qui se posent sur les eaux tranquilles; là , sans être vus, ils seringuent sur

ces insectes un filet d’eau , les noyent et en font leur pâture. Leur adresse est si grande , qu’ils ne manquent jamais d’atteindre ainsi leur proie.

Lorsque le ciel chargé de nuages menace d’un orage , les habitans des eaux paraissent agités , inquiets; ils viennent à la surface de l’onde. Le cobite misgurn , prévoyant de loin la tempête , fouillé la vase, trouble les eaux et remonte, tandis que le saumon, effrayé du roulement du tonnerre, se retire dans les fonds, et nage avec lenteur; l’alose, l’esturgeon, tremblent d’épouvante, et d’autres espèces meurent même , soit de frayeur , soit plutôt de l’influence de l’électricité; qui fait périr tant de,,fretin, et empêche tant de frai de poisson d colore dans les secousses orageuses de l’été.

Qui penserait cependant que la nature arma des poissons de cette foudre électrique pour en frapper leurs ennemis? L’antique poésie fit l’aigle dépositaire de la foudre de Jupiter; l’Histoire naturelle, plus véridique, en démontre aujourd’hui l'existence dans la torpille, dans l’anguille tremblante de Surinam, dans le silure trembleur des fleuves d’Afrique, et d’autres espèces encore ( trichiurus indicus , tetraodon eleclricus , etc.). Peutêtre cette faculté s’étend-elle à beaucoup de poissons mous, inactifs, habitans de la fange, qui se tiennent, comme ces races électriques, dans les bas-fonds, entre les fucus et les roseaux. Trop lents, trop faibles pour attaquer, poursuivre, vaincre une agile proie au milieu des ondes, la nature a su les dédommager par une propriété étonnante, qui

' DES*POISSONS. /p9

les égale aux plus fortes espèces; ils attendent celles-ci au passage , et l’étourdissent soudain d’une décharge foudroyante. L’animal frappé se renverse sur le dos , tournoie, tombe et périt.

La commotion de la torpille ressemble beaucoup à celle de la bouteille de Leyde, et fait éprouver la même douleur que celle qu’on ressent en frappant le coude contre un corps dur. La soudaine compression du nerf brachial cause un engourdissement propagé aussitôt jusqu’aux doigts; mais la commotion de la toqûlle s’étend dans tous les membres, suspend la respiration, fait violemment palpiter le cœur, et même tomber en syncope; il semble que toutes les jointures des os aient craqué; on est tout tremblant, 011 sent un coup à l’estomac; et ce trémoussement général étourdit de telle sorte , qu’on ne s’expose pas volontiers à une seconde épreuve. E11 touchant même la torpille avec une longue verge de fer, on ressent encore beaucoup d’engourdissement, et si on la touche du pied, malgré l’épaisseur de la chaussure, la jambe s’engourdit assez poûr empêcher de marcher pen-, dant plusieurs heures. Cependant on a vu des IScgfes manier la torpille, sans en éprouver de commotion, et en retenant leur haleine; mais ce préservatif n’est nullement sûr, et il' paraît plutôt que les personnes phthisiques sont moins sensibles que d’autres à cette commotion. Les femelles de torpille sont , dit-on , plus électriques que les males, et cette vertu s’épuise avec les forces et la vie de ces animaux. La commotion de l’anguille ou gvm-

note de Surinam, est bien plus violente, et suffit pour abattre des chevaux qui entrent dans un ruisseau , ou même pour les tuer. Il est très-dangereux de s’y baigner; une chaîne formée de vingt-sept personnes reçut , par ce poisson , une commotion aussi forte que celle de la bouteille de Leyde : en isolant cette anguille sur une plaque de verre , on a même obtenu des étincelles électriques. Ce qui prouve surtout l'identité de cette électricité avec toute autre, c'est qu'on l’intercepte avec des corps idioélectriques , tels que le verre , la résine , la cire à cacheter , la soie , tandis que les métaux conduisent très-loin cette électricité animale, toute semblable à celle du galvanisme. Il n’est point démontré, comme oh l’a dit, que l'aimant trouble et suspende cette électricité.

Des auteurs ont tenté d’expliquer cette propriété par l'influence des nerfs sur certaines aponévroses, certains muscles du dos de la torpille; car en coupant ces nerfs et ôtant le cerveau de ce poisson, il a cessé d'être électrique; tandis qu’en enlevant le cœur et les vaisseaux, cette propriété subsistait encore. On a dit aussi que le frottement réciproque de plusieurs aponévroses et tendons musculaires du dos de ces poissons , les électrisait, tout de même qu’on électrise les corps idioélectriques en les frottant. Du reste , la chair de ces poissons n est pas différente de celle des autres espèces."

Une autre qualité presque aussi surprenante est l’éclat pliosphorique dont plusieurs poissons rayonnent pendant les nuits. Non-seulejncnt la peau

huileuse de ces animaux s’imprègne facilement des rayons du grand jour, comme on l’observe chez les squales ou chiens de mer, qui jettent souvent une lueur pale au fond des ténèbres de la mer ; mais , de plus , la graisse huileuse des poissons se putréfie aisément , ' à cause des substances muqueuses qu’elle contient, et se rancissant à l’air qui l’oxyde ou la brûle, elle devient alors très-phosphorescente. Lorsqu’on tire de l’eau les maquereaux, tout leur corps répand une lueur bleuâtre , comme le phosphore ; eu laissant putréfier des poissons , ils brillent d’une douce lumière dans l’obscurité, comme le ver luisant qu le bois pourri. C’est qu’il existe , dans tous les poissons , beaucoup de matière phosphorique qui brûle à l’air d’une combustion lente lorsque leurs chairs se corrompent. Le phosphore en nature est contenu dans la laite de ces animaux , et la propriété vivement excitante de ce phosphore, ainsi que l’abondance et la délicatesse de la chair des poissons, deviennent la cause de la grande fécondité , de la disposition très-amoureuse qu’on remarque généralement parmi les nations maritimes , ou qui vivent surtout de la pêche.

Cette propriété phosphorescente produit des spectacles merveilleux à la surface de l’Océan. L’on a vu mille fois les mers des tropiques, pendant ces nuits ardentes, resplendir des reflets, des accidens de lumière les plus variés et les plus pittoresques. Tantôt leurs ondes paraissent semblables à une flamme liquide immense, et le sillage du vaisseau y trace des traînées de feu pareilles à

la queue d’une comète qui voyage dans les cieux; des gerbes, des sillons de lumière, s’étendeut sur la plaine mouvante des ondes , avec les bancs de harengs, de thons, qui la parcourent; une pellicule huileuse, éclatante comme une nappe d’argent, se déroule et suit les diverses troupes de poissons au travers des solitudes de l’Océan. Si l’on ajoute à ces scènes nocturnes, des myriades de vers marins luisans ( nereisnoctiluca ) , des pennatules phosphoriques, des zoophytesqui paraissent de loin comme des brandons de feu nageans sur 1’abime des eaux, et des astéries qui ressemblent à des étoiles détachées de la voûte céleste , et, tombées dans l’Océan; si l’on contemple vers les pôles le ciel illuminé d’aurores boréales, décoré de mille tapisseries ondoyantes et enflammées, on reconnaîtra que la nature n’offre pas de tableaux moins magnifiques pendant la nuit que dans le jour, et sur les mers que sur la terre.

Toutes les eaux n’offrent pas aux poissons des demeures indifférentes ; elles leur présentent diverses patries. Ainsi il y a des eaux limpides ou limoneuses, vives ou dormantes, sablonneuses ou caillouteuses , profondes ou superficielles , légères ou pesantes ; il en est de crues ou d’aérées , de douces ou de salées , de chaudes ou froides , ou tempérées, qui, chacune , influent beaucoupsur le poisson , parce que chacune de ces eaux nourrit d’ailleurs des «productions particulières , et fournit des alimens divers à ses habitans. Ainsi l’on a trouvé à l’dede Luçon, une des Manilles, une source d’eau

thermale dont la chaleur était de 69 degrés de Réaumur : elle bouillait , et l’on n’y pouvait pas mettre la main ; cependant on y voyaitbeaucoupde poissons , qui ne paraissaient nullement incommodés de cette chaleur , par l’effet de l’habitude ; et même des arbrisseaux ( un agnus castus ) y végétaient fort bien.

Chaque famille de poissons établit donc sa demeure dans une région des eaux , de même que les quadrupèdes et les oiseaux sur les continens ; car bien que toutes ces espèces puissent voyager , elles préfèrent certaines contrées; il faut aux poissons visqueux , de la bourbe et des eaux dormantes , comme aux anguilles et murènes, aux lamproies, aux barbottes , aux silures , etc. 11 faut au contraire des eaux vives et des pierrailles à la truite , à la perche , à la loche , au saumon , au goujon î la carpe , le barbeau , le brochet se plaisent dans les étangs dont le lit est sablonneux. Les spares préfèrent les fonds de mer remplis de fucus et de coraux ; les muges, les merlus sont littoraux; plusieurs poissons-coffres et autres branchiosteges se multiplient dans la mer Méditerranée, la mer Rouge ; les exocets , dorades , les stromates , une foule de beaux poissons pélagiens se tiennent dans les hautes iners entre les tropiques ; mais les eaux septentrionales engendrent des multitudes inouies de sardines , de harengs , d’aloses , de morues, de cabéliaux , de merlans, d’esturgeons , de maquereaux, de saumons, qui émigrent la plupart dans des mers plus tempérées.

Quelle est la cause de ces émigrations annuelles des habitans de l’Océan ? Pourquoi viennent-ils nourrir de leurs abondantes dépouilles tant de nations maritimes ? Par quelle voie inconnue l’éternelle Sagesse leur a-t-elle appris à se diriger sans boussole au travers des vastes mers ? Pourquoi quittent-ils leurs retraites pour s’exposer aux hasards qui les attendent sur des bords étrangers ?

Si l’on fait attention que tous ces poissons voyageurs habitent les mers du Nord , et que l’époque ordinaire de leurs émigrations et de leurs retours arrive au printemps et en automne ; si l’on observe que les mêmes transmigrations s’opèrent dans la classe des oiseaux des régions septentrionales , et vers les mêmes époques , on reconnaîtra qu’elles sont dues à des causes générales bien différentes de celles qu’on s’est contenté d’exposer jusqu’à présent.

Deux principales causes paraissent forcer les poissons à sortir de leurs asyles et à se rapprocher des rivages. D’abord le besoin de la nourriture , ensuite le besoin de frayer. En effet , des troupes aussi nombreuses d’animaux épuisent nécessairement les parages quelles fréquentent. Elles sont donc obligées de chercher ailleurs de nouvelles nourritures ; et tandis que ces immenses peuplades désertent leur patrie , elles lui donnent le temps de s’enrichir de nouvelles substances pour leur retour. C’est ainsi que des hordes de Tartares et d’Arabes nomades, ayant épuisé un canton, passent dans un autre, et reviennent successivement dans leurs pre-

nvièlres contrées lever les tributs des richesses végétales dont la nature a renouvelé l’abondance.

Les poissons n’éclosant facilement que dans des eaux bien aérées et réchauffées du soleil , leurs parens ont soin de choisir les rivages bien exposés des mers plus tempérées , et où les agitations légères des vagues littorales amassent, avec le limon fertile des terres, une immense quantité de vermisseaux, de plantules, nourriture abondante et convenable au jeune fretin.

Les harengs ont toujours été les plus renommés des poissons pour leurs voyages. Ils arrivent en masse vers nos côtes au printemps , y restent pendant l’été , et s’en retournent en automne. Il en est de même des sardines , des aloses , qui remontent même par grandes troupes dans les fleuves; les anchois s’approchent de nos rivages depuis décembre jusqu’en mars. Les nombreuses colonnes de saumons arrivent au printemps, sur deux files, à l’embouchure des fleuves , s’avancent à grand bruit , parleur nage précipitée , dans l’intérieur des continens, et franchissent même les cataractes ; ils bondissent comme un ressort , en se courbant en arc et se déployant vivement. Les lavarets marchent en doubles phalanges triangulaires, dirigées par un chef qui les conduit et qui les ramène dans l’Océan aux approches de l’hiver ; les éperlans s’assemblent aussi par longues cohortes au printemps , avec des bandes d’autres poissons du genre des truites et des ombres-chevaliers , dans les fleuves et les lacs. Aux approches du printemps , on voit foisonner

des millions de maquereaux près des rivages : d’immenses armées de thons, disposées en bataillons parallélogrammes, accourent avec bruissement sur les côtes de la Méd iterranée ; les grèves sablon neuses delà Gascogne voient se rassembler le germon , espèce particulière de maquereau. À pareilles époques, les mers du Nord sont tout-à-coup remplies d’innombrables peuplades de morues , de cabéliaux , de lingues , degrèlins , de merluches, de colins, et d’une foule de merlans. Il semble que mille générations pullulent, sortent partout , et que l’Océan épuise les trésors de ses abîmes pour les répandre , les parsemer en tous lieux. Dans les fleuves du Nord, des bancs énormes d’esturgeons , de sterlets , de saumons , entrent avec tant d’abondance, qu’ils font soulever les eaux , et que leurs épaisses colonnes obstruent presque les passages des rivières. La multiplication de ces poissons estsi extraordinaire , que des peuples entiers de la Sibérie n’ont pas d’autre aliment pendant toute leur vie ; que lés quadrupèdes , jusqu’aux vaches et aux moutons, s’en repaissent dans l’hiver , et qu’on en répand sur les champs au-lieu de fumier.

Quels admirables mouvemens s’exécutent ainsi aux temps des équinoxes dans le règne animal ! Tandis que les oiseaux fendant les airs en longues bandes, traversent les forêts, les montagnes et les mers, des hordes de poissons sillonnent le sein des ondes , s’élancent en corps d’année comme pour envahir les continens, et apportent des nourritures inépuisables aux habitans de la terre. En venant

donner la vie à de nouveaux êtres , ils rencontrent souvent la mort : comme si la nature avait voulu tempérer cette épouvantable multiplication , de peur que l’empire des eaux ne puisse bientôt suffire à l’immensité de cette engeance. Et ce qu’il y a de plus merveilleux dans cet itinéraire si constant, si régulier, c’est que chaque espèce semble se donner le mot pour se rassembler , pour choisir sans tumulte les lieux qui lui sont favorables , y revenir exactement chaque année, à moins qu’on ne les épouvante trop ; comme si quelque main divine les conduisait , leur traçait d’avance la route qu’ils doiventparcourir,et les ramenait ensuite dans leurs antiques et profondes demeures , jusqu’à la saison prochaine de leurs amours. Ainsi les êtres suivent avec respect les lois qui leur sont dictées par cette éternelle Providence.

Combien ne pourrais-je pas encore vous entretenir des usages que nous tirons de la classe des poissons , de leurs huiles , de leur chair salée ou fumée , des colles quon en extrait , de leurs peaux , des perles factices obtenues de leur matière nacrée , des arts delà pèche, des moyens de former des étangs et de les empoissonner avec l’alvin ou fretin ; des diverses préparations anciennes et modernes tirées de tous ces animaux ; de leurs maladies , des appâts employés pour les attirer , pour les enivrer et étourdir ; de leurs races perdues et enfouies par diverses catastrophes , dans des couches de terre , comme au montBolca, près de Vérone, etc. Enfin, il est une foule de particularités sur un grand nombre

d’espèces singulières , qui exciteraient encore notre curiosité ou notre admiration , si nous ne nous étions pas prescrit les bornes de nous arrêter aux mœurs des animaux. Qu’elle est riche , qu’elle est inépuisable la nature ! Qu’elle est remplie de grâce et d’étonnans spectacles ! C’est la gloire et le bonheur de la vie de s’adonner à sa noble étude : elle agrandit le génie , elle épanouit l’âme par les plus douces affections ; elle seule peut consoler et enchanter nos derniers jours au milieu même des révolutions et des malheurs ; et ses beautés , partout répandues , sont à la portée de tous les hommes sur la face <J(u globe , au milieu des continens et des mers.

NOTES ET CLASSIFICATIONS Des onzième et douzième Leçons.

Les poissons composent la quatrième classe des animaux vertébrés; ce sont des espèces ovipares à sang froid, respirant, non pas l’eau elle-même dans laquelle ils sont plongés, mais plutôt l’air qui s’y trouve mêlé ( car ils sont étouffés sous la glace ) au moyen des branchies ; celles-ci sont des feuillets rouges faits comme des peignes ; le sang que le cœur y envoie s’y oxygène et revient dans une artère musculeuse qui , faisant fonction de ventricule gauche du cœur, le distribue, par sa contrition, à tout le reste du corps. Des nageoires pectorales, ventrales ou abdominales, ou jugulaires (placées sous la gorge) ou anales (après l’anus) , ou dorsales, soutenues par des rayons osseux, servent à la natation. Une peau muqueuse, couverte d’éçailles, défend le corps ; l’animal peut / remonter sur l’eau, au moyen d’une vessie d’air qui l’allège.

Les bras sont représentés par les nageoires pectorales, comme les pieds par les ventrales. Les espèces à rayons mous se nomment malacoptcrygiens , et celles à rayons épineux ou osseux, acanthoptérygiens ; on appelle chondroptérygiens les poissons à squelette cartilagineux ; les branchiostèges n’ont pour ainsi dire, point d’os aussi , mais des cartilages durs et une peau épaisse ou solide, soutenant en grande partie les muscles, comme dans quelques reptiles.

Le cerveau des poissons se compose de six principaux tubercules, qui sout placés à la file l’un de l’autre, comme chez les reptiles , et de plus , ils ont des sortes de renflemens nerveux à la base des nerfs olfactifs; leur odorat est assez étendu, et il y a des narines au bout du museau. Le crystallin de l’œil est globuleux, mais il n’y a pas d’humeur aqueuse dans l’œil , parce que le poisson est dans l’eau ; c’est tout l’opposé dans l’oiseau.

On trouve une grande variété de formes de dents, d’estomac, de cæcums et d’intestins parmi eux ; on voit aussi des reins et une vessie. Les mâles ont d’énormes testicules nommés laite , comme les femelles ont deux ovaires remplis d’œufs en nombre étonnant. Il y a des espèces qui sont vivipares et s’accouplent; le plus grand nombre ne s’accouple pas; les œufs pondus sont fécondés par le mâle.

On ne peut guère établir, dans cette classe, des familles naturelles aussi distinctes que dans les autres vertébrés, à cause des rapprochemens singuliers des mêmes formes dans des espèces d’ailleurs éloignées. Nous avons profité de plusieurs classifications modernes pour perfectionner la nôtre,

A. CIION OltOPTKRYGIENS :

squelette cartilagineux.

(Ceux a branchies Ji-xes.)

I Cvceostomes : suceurs , ayant la bouche en cercle; des verti brus tendiucuses.

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