Tome T. 3a
4gS COMPARAISON DES VERTÉBRÉS AUX INVERTÉBRÉS.
l ai j i mal . Examinons donc la nature de l'animal, pris parmi les vertébrés, ou ceux qui possèdent l’intelligence et l’iustinct. Nous verrons la première venir de l’extérieur, par l’instruction ; le second du dedans, par le jeu de l’organisation.
Si vous accordez, diront Descartes et ses sectateurs, la pensée aux animaux, il s'en suivra qu’ils auront une Âme comme nous. Mais s’ils se conduisaient par raison, ils agiraient avec choix et liberté, et ne feraient pas tous de même dans des circonstances pareilles , ainsi que nous le remarquons. S'ils avaientle raisonnement, ils feraient des abstrac • lions et tireraient des conclusions générales, des axiomes, sans lesquels on ne peut affirmer ou nier. S'ils possèdent la raison, le discours, comme on le soutient, il faut donc leur accorder aussi la science, la prudence et la sagesse qui fait discerner les causes, et le bien du mal. Les voilà donc pourvus du libre arbitre , et capable de pécher, comme de mériter. On a donc tort de leur dénier les vertus de la volonté , telles que justice, courage, tempérance, générosité. Que faut-il de plus? doit-on avec Mahomet, leur faire un Paradis? Et Leibnitz lui-même, dans sa Théodicée ^ ne pense-t-il pas que l’éternelle justice leur doive quelque rémunération de leurs infortunes ?( Voyez Cbr. Sommer, Disserl. de pœnis brutorum, resp. Eberbard. Iena, 1673, in-4 °; et Joh. Frid. Mayer, de Pecoatis et pœnis brutorum. Witteb., 1686, in-.p° ; et Job. Hermanson, Disserl . 1 et a de Peccalis brulor. Upsal, 1723 et 172S , in-8° ; Frid Schrader, Oral, de Sinudachris virtutu rn in brûlis animantib. Helmstadt , 1691, in-4°; et Job. Hermanson, Id. , Resp., Hedenberg. Upsal, 1728, in-8.% et Joh. Frid. Schneider, Dissert, de brutorum religione , resp. Weyhis. Hall., 1702, in-4.°; Job. Gabr. Drechsler, Dissert, de Sermone brulor. resp. Rechtenbach. Lips, 1673, in-4.0, eto.).
Comme beaucoup de personnes instruites refusent encore l’intelligence aux animaux, soit par un louable scrupule de religion, qui redoute de trouver dans ce sentiment la confirmation des hypothèses du matérialisme, ce qui n’est pas; soit par un orgueil philosophique qui croirait nous ravaler , en investissant les bêtes d’une dignité presque humaine, nbus devons citer des exemples bien évidens de cette intelligence sur-ajoutée à l’instinct. Outre qu’ils seront faciles à constater , nous aimons les choisir dans des auteurs qui, loin de se piquer de philosophie moderne, écrivaient au centre de la chrétienté, sous 1« règne même de l’Inquisition, à Rome, au XVII.* siècle.
Jean Faber (de l’Académie des Lrncci) , dans son Exposition des Animaux de la JVouvelle-Espagne , de Hernandez, par'e ainsi de l’industrie des chiens. « Les aveugles qui vont mendier, à Rome et ailleurs,
» de porte en porte, sont guidés, la plvnart, au moyen d'un chien d«
» médiocre taille, attaché par une petite chaîne de fer. Il est leur » conducteur dans les rues; dès le matin il les mené dans les different a quartiers de cette grande ville et les ramène le soir à la maison; ce » compagnon, si fidèle, ne les quitte pas de toute la journée, et même » quand on le détache de son lien, après s'être un peu écarté, mais » jamais fort loin, il revient à la moindre voix de son maître et tend » son cou sans murmure à la chaîne. Il dirige ce pauvre au milieu » d’une population si grande, et dans des lieux très-éloignés, par 1# » chemin le plus direct, sans détours, et le ramène sans qu’il craigne » jamais de précipiter son maître en quelque trou. Pour prix de sa » peine journalière, quelle est sa récompense? un peu de pain trempé u et d’eau froide que lui donne le pauvre , et ce qu’il y a de merveil- » leux, il dirige celui-ci jusqu’à des églises situées hors de Rome, à » la distance de plusieurs milles, comme à la Basilique de Saint-Paul, » sur la route d’Ostie. Lorsque l’aveugle, parvenu à une place publique » plus éloignée, trouve plusieurs rues, ou deux à trois, ce qu’il recon- « naît par l’ouïe ( très-fine d’ordinaire chez les aveugles ), ou par l’eau « tombante d’une fontaine, ou par le bruit des boutiques d’artisans , s’il » veut se rendre aux églises de Saint-Pierre et Saint-Paul, ou à Saint- » Jean-do-Latran, éloignées de plusieurs mille pas, et dont la distance » fait un triangle, sans demander le moindrement aux^assans son che- » min, ce pauvre n’a qu’à tirer la corde du cliqpi vers tel ou tel côté, » l'animal comprend ce qu’on veut , et se dirige vers tel ou tel endroit, » puis ramène, sans détour, le soir son maître ».
« Que si l’aveugle, dans une longue rue, a six ou sept maisons dans » lesquelles il va demander l’autyône plusieurs fois la semaine , et dire » ses patenôtes, son chien, arrivé à l’une des places publiques, qu’il » connaît parfaitement, ne manquera pas de conduire ce pauvre à cha- » cune de ces maisons charitables. Pendant que le mendiant fait sa » petite prière, le chien se couche, et à peine entend-il le dernier mot, » qu’il se lève sans qu’on l’avertisse, puis conduit à une autre porte ».
<r J’ai vu, non sans un grand plaisir mêlé d’étonnement, que quaud » l’aveugle chante dans les rues, et qu’on lui jette, du haut d’une fenêtre, » quelque pièce de monnaie, le chien est tellement industrieux, qu’il » court ramasser cette pièce et l’apporte dans la petite lasse ou boîte » que tient son maître, et si par hazard l'animal ne trouvait pas la pièce, » un avertissement delà voix et du bâton du maître, lui fait redoubler » ses recherches pour la découvrir. Si c’est du pain qu’on jette , le » chien, quoique affamé, se gardera bien de manger ce pain, mais le » présentant à son niaÎLre, il attendra qu’on lui en donue sa part »...
» L’un de mes amis avait coutume de venir chez moi avec un gros » chien mâtin, mais l’avant prié de laisser cet animal à la porte, celui-ci
» observa que son maître, pour se la faire ouvrir, tirait le cordon » d'une sonnette; il imagina donc, pendant que son maître était seul » entré, de tirer aussi le cordon de cette sonnette. Comme on ne savait » pas qui sonnait, un domestique vint ouvrir la porte et ne vit q e le >» cbicn qui se faisait fête d’entrer. C’est ce dont nous avons été plu- » sieurs fois témoins , et dont nous avons beaucoup ri en admirant » l’intelligence de l’aiiimal ».
n Ce même chien ayant fourré sa tête dans un grand pot à graisse ,
» pour le lécher au fo id, et se trouvant pris dans ce pot, tâchait de » s’en débarrasser tout doucement avec ses pales, de peur de briser ce » vase de terre; mais inutilement : enfin , impatienté, il le frappa d’un » grand coup pour se dégager en cassant le pot ».
« Cassien Pulei, chevalier romain de Saint-Etienne, m’a dit avoir » vu plusieuts fois chez un prince de la famille des Médicis, à Florence,
» un chien si bien instruit, qu’au moindre signe de son maître, il faisait » tout ce qu’on lui commandait, servait à table, apportait les plats, » rapportait les assiettes, présentait sur une soucoupe d’argent un » verre à pied plein de vin, si droit et avec tant d’adresse, à son maître,
» qu’il n’en faisait pas tomber une goutte, et si celui-ci montait à » cheval, le chien présentait l’étrier, etc. ».
« Tout le moufle sait qu’on instruit les chiens â s’en aller, avec de » l’argent, soit au marché, soit à la boucherie, ou chez le restaura- » tetir pour rapporter (Us objets à la maison; combien d'autres cherchent » un objet perdu, avec la plus grande sagacité, et le trouvent, ou sau- » lent en mesure, ou tournent la roue ou la broche, etc. Combien de » perroquets, de pies et d’autres oiseaux instruits à parler, chanter, etc. ».
Pour preuve que l’animal réfléchit, foyez un de ces chiens coureurs on qui vont devant leur maître. Si le chemin se partage, et que l'animal ignore lequel ori doit suivre , il s’arrête pour ne pas prendre une fausse route qui l’obligerait à retourner sur ses pas Qu’un fleuve soit trop large , qu’une proie soit trop haute pour que les sauts de l’animal lu1 permettent ou d'y atteindre, ou de traverser, il ne se fatigue point en vain; mais si la distance lui parait franchissable, il mesure ses effortsil fait un bon si juste, la plupart du temps, qu’il atteint son but d’uu seul coup. Qu’il agisse ainsi sans quelque perception et réflexion, cela paraît de toute impossibilité, â moins qu'on ne suppose, dit Jean Ral (fynops. melh. animal. Ixind. , 1(193, in-8.° , page 10. ), qu’il juge des distances par quelque opération innée de trigonométrie.
« J’en ay ueu , dit Montaigne, le long d’vn fossé de uille, laisser un » sentier plain et vni et en prendre un pire, pour eslongner son maistre » du fossé. Comment pouunit-on auoir faict conceuoirà ce chien, que » c’osfoit sa charge de regarder seulement â la seurcté de son maistre
COMPARAISON DES VERTÈBRES AUX INVERTEBRES. 5ol » et tnespriscr ses propres commodités pour le scruir? Et comment a auait-il la cogoeissance que tel chemin luy estait bien assez large , » qui ne le serait pas pour vu aueugle ? Tout cela se pcult-il com- » prendre sans ratiocination » ?
.lMutarque rapporte qu’au temps de Vcspasien, il vit lui-même à Home , au théâtre de Marcellus, un chien savant qui contrefaisait le mort, qui marquait, en frappant la terre de sa pâte, combien IW ou le sou valait de deniers, etc. Mais celui que nous avons vu à Paris , en 1817, paraissait plus habile encore. Les chevaux s’apprennent à faire aussi des tours d’adresse et d'intelligence, dont ou remplirait des in-folios. (\ oyez Pères de Porlillu . de Cane, lib s in gu la ris , et de Efjttoj et J. Lip*sius , de Elephantis , cent. 1. ep. 5o. Ger. Meyer, Diss. de Cgicd brufor uni , resp. Stahl. Hambourg , 1^)97, in-J.°; et Stepli. Andr. Miller, de yinimalium sy llogisrno. Wiiteberg , i(h)7, in-/|.o).
Personne, assurément, n’ignore combien le chien prend d’attachement, de fidélité, souvant inviolable, à son maître, jusqu’à se précipiter dans les ondes, dans les gonflées les plus périlleux pour le sauver , et mourir de regrets ou de faim sur son tombeau. N’a-l-011 pas vu à Paris, il y a plusieurs années , un chien succomber de froid , de faim , de douleur, en hurlant continuellement sur un glaçon de la Seine, près duquel son maître s'etait englouti dans les flots ? Rien ne put l’arracher de ce poste de fidélité, de dévouement .héroïque , et la débâcle du dégel entraîna enfin, après trois jours cl deux nuits, ce généreux animal, dans les mêmes eaux où il avait vu disparaître celui qu’il regrettait avec tant de constance. Combien ont retiré, par leur courage et leur zîle, un maître d'entre des brigands ? Combien ont vengé sa mort, par leur persévérance à poursuivre , attaquer, lacérer sans relâche les meurtriers, et livrer aiosi aux recherches de la justice, par des aboi mens répétés » dépositions irréprochables dans leur sincérité, ces assassins de son maître ? Et cependant ce même maître fut souvent sévère pour cet animal; souvent il étendit une main douloureuse sur lui, et le frappa du fouet. N'importe, la reconnaissance l’emporte chez lui sur l’injure; il caresse celui qui vient de l’outrager ; il ne se venge qu’en lui prouvant son attachement inaltérable à la vie et à la mort.
Veut-on voir le combat de l'instinct et de l’intelligence dans ce même animal, battu pour avoir dérobé un lopin de chair? Observez-le, tenté par la faim ou la convoilise d’un morceau friand. Il contemple cet aliment avec des yeux ardens de désir; l’instinct de l’appétit se fait vivement sentir, Peau lui vient à la bouche; le voilà prêt à saisir le morceau . Son maître est absent: personne ne le menace: niais au moment du crime, 1 idée terrible du fouet se reveille dans son cerveau ; alors il baisse la queue entre les jambes: il détourne tristement!:; tête et s’éloigne avec un chagrin manifeste.
502 comparaison des vertébrés aux invertébrés.
Que s’il fallait prouver encore une intelligence d'acquisition cliez les animaux à deux ordres de système nerveux ( le cérébral et le ganglionique) ou les vertébrés, on verrait qu'ils la perdeat tout comme l’homme, soit par l’ivresse, soit par des névroses. Ainsi, des chevaux, des chiens, des perroquets, des poules peuvent être enivrés par le vin et les spiritueux, ou par des narcotiques; alors ces bettes deviennent gaies ou comme folles, ne craignent plus les objets qui les effrayaient auparavant. Tous les pécheurs savent qu’on enivre facilement aussi le poisson , et qu’il se laisse prendre. Donc alors les sens sont émoussés, le sensorium intérieur est engourdi; l'on n’aperçoit plus les objets extérieurs sous le même aspect, ainsi qu’il arrive aux hommes pris de vin.
Pour dompter les faucons, l’on a soin de les forcer à veiller plusieurs nuits de suite; alors devenus tout hébétés, on les apprivoise, on les dresse sans peine à la fauconnerie. On mêle de même de Fivraie à la nourriture de plusieurs herbivores, des oies et canards sauvages, pour les stupéfier, les habituer à l'esclavage de la domesticité. Or, l’on sait que l’opium et tous les narcotiques portent principalement leur action assoupissante sur le système nerveux cérébral.
L’animal qui reconnaissait son maître , le caressait ou lui obéissait , le chien, le cheval, le bœuf, s’ils deviennent enragés, sont alors furieux, cherchent à dévorer ou fuient les personnes qu’ils affectionnaient auparavant : donc, ils tombent dans un état analogue à celui de Phomme hydrophobe, maniaque, etc. S’ils perdent leur sens commun, ils en avaient donc un précédemment; sans-doute, celui-ci ^rsl incomparablement moins parfait que dans l’homme; c’est, en quelque sorte, un œil terni, ridé, myope à coté de l’œil perçant de l’aigle; mais il est si manifeste que ces animaux jouissent de quelque intelligence, qu’elle se mesure à-peu-près par le volume de leur cerveau et l’étendue de ses hémisphères, comparativement au volume de leur corps.
Cette raison factice, dont noos nous énorgueillissons tant, qu’est-elle auprès d’un instinct toujours «ûr et fidèle ? Ne se trouble-t-elle pas à la moindre émotion d’amour, de Laine et de mille autres affections? Ne s’obscurcit-t-elle pas par Fivresse du vin, celle du plaisir , celle plus dangereuse encore, de l’ambition et du pouvoir, de telle sorte qu’aucun homme peut-être ne sut y résister pleinement?
Que la nature a donc sagement fait de confier au seul instinct les actes les plus importans de l’économie et de la reproduction! Laissez I homme maître de diriger les impulsions naturelles à son gré, vous le Verrez bientôt en abuser étrangement; il ne mettra plus de frein à ses delices et à ses passions; il bouleversera tout. Cet être insatiable et dominateur, dans son avidité, ne saura s’arrêter sur rien, et dans scs maladies, fruits inévitables de tant de débauches, la crainte de la mort,
COMPARAISON DES VERTÉBRÉS AUX INVERTÉBRÉS. 5o5
le tourment de la douleur, l’impatience le précipiteront dans l’abîme meme qu’il voulait éviter. V,
Il fallait donc que la nature nous garantît de nous-mêmes, ou de l’incapacité de notre raison, dans ces choses capitales qui concernent notre conservation. Il en dut être de même dans la reproduction de l’espèce. Aussi la femme, la mère, est l’être le plus instinctif de la nature, puisc^i'elle fut chargée d'un dépôt sacré, de la perpétuité des races. Voyez quels nouveaux sentimens germent lout-à-coup dans cette jeune fille qui semblait si indifférente, et dans cette fauvette volage que rien ne pouvait fixer. La voilà qui prépare d’avance un nid cbaud et mollet ; elle y dépose ses œufs, et pleine d’une douce espérance, elle les échauffé sous sa poitrine; elle périrait plutôt de faim que de les abandonner. A peine sa couvée est éclose, quelle tendre sollicitude pour ses petits! comme elle leur distribue la becquée! comme elle a soin de les garantir de la pluie', ou des animaux nuisibles, de les soustraire aux regards de l'homme , et si celui-ci lui dérobe une si chère famille, comme elle remplit les bocages de ses gémissemeus!
Pourquoi donc, répliquera quelqu’un, voit-on des truies, des lapines et d’autres mères qui dévorent leurs petits naissans , et qui même en contractent assez souvent l'habitude ? Ce fait n’est-il pas ennemi de tout instinct de maternité ? Pas autant qu’on le pense.
Nous avons remarqué d’abord que ces mères ne dévorent leurs petits qu’après avoir été inquiétées ou épouvantées, dans l’état de domesticité ( car nous ignorons si les mêmes faits ont lieu dans l’état sauvage). Or, il est reconnu que cette frayeur d’une mère tarit sou lait; le désespoir succède à l’extrême sollicitude; incapable de garantir une nombreuse lignée de toute atteinte, elle devient barbare par excès d’amour maternel. S’il est vrai que des sauvages préfèrent de manger leurs vieux pères, plutôt que de les abandonner à de féroces ennemis, je dis que c’est encore un de ces sacrés instincts de la nature qui pousse les êtres, dans les grandes calamités, à choisir entre un moindre mal et un plus terrible. Il est moins crue) pour une mère de donner à son enfant ses entrailles pour tombeau, que de le voir périr de faim, ou abandonné: tout ce qui ne peut pas servir à l’espèce, doit retourner à l'individu, selon l’ordre naturel. <
L’état de gésine et tout ce qui se rapporte à la reproduction, est d'ailleurs ce que la nature revendique, elle seule, avec le plus d'énergie, et ce qu’il est plus dangereux de contrarier. Il existe même des destructions particulières qui ne sont encore que des développemens de l’instinct. Ainsi les poules d'Inde, cl d’autres gros oiseaux quidoivent couver beaucoup d'oeufs pendant plusieurs semaines, sans être aidées par les miles, comme chez toutes les races polygames, ne pourraient pas, dans l’étal
5o4 COMPARAISON DES VERTÉBRÉS AÜX INVERTÉBRÉS, sauvage, pourvoir à leur nourriture alors; elles mangent donc, au besoin, quelques-uns de leurs œufs. On dit aussi que parmi les œufs d'autruche, ceux qui n'éclosent pas encore serveut de première pâture aux jeunes autruches écloses au milieu des arides déserts. Ainsi la nature proportionne les choses avec prévoyance, par d'autres instincts qui semblent contraires à ses lois régulières, mais qui u’cn sont qu’une voie plus détournée. ^
IVous vovons dans notre csp.'ce, l’instinct s'affaiblir , Surtout apres l’époque de la jeunesse et de l'amour, comme si la nature nous préparait â notre destruction eu nous confiant désormais à notre seule expérieéc.* acquise. Chez l’animal, le corps maîtrisant l’esprit, c’est l’instinct qui dirige principalement la vie jusqu'à son terme; mais l'homme, surtout celui qui a le plus d’intelligence, se sert de celle-ci pour dompter le corps dans ce que ses inclinations instinctives peuvent avoir de contraire à ses vues. Ainsi, Socrate était né, selon le physionomiste Zopyre, stupide et voluptueux, ou porté à l'incontinence; il sut cependant se vaincre te-lemcnt, que ces propensions ne paraissaient plus audeliors , bien que le philosophe avouât qu’il en sentait les germes audedans. L’animal ne saurait se dominer par ses propres ellorts, et ne le tente pas ; c’est par les coups, les privations et les menaces, que nous le forçons seulement à changer ; mais toujours le naturel se ressuscite dans l’intérieur, et si l’on cesse de comprimer le ressort de la crainte , l'instinct primitif se relève de nouveau.
Natnram c.rptllas furcâ tamen risque recurret.
Chassez le naturel , il revient au galop.
Tout homme ne sent que trop souvent en soi, le combat de ces deux natures , dans toutes les contrariétés : il se sent double , avec Platon , saint Augustin, Bacon, Leibnitz, Buflon, etc. Ainsi Mcdée entraînée an crime, voit le bien et l’approuve sans être assez forte pour le suivre, et saint Paul se plaint de la loi de ses membres qui s’oppose à celle de son esprit. #
La plus forte compression que l’homme puisse donner à son instinct est celle du mépris de la mort; aussi est-i! le seul être de la nature susceptible d’un suicide volontaire. On conçoit que des animaux s'entrebattent, soit par rivalité de nourriture, soit pour les jouissances d’amour, et même qu’ils s’exposent à la mort , soit par attachement pour leurs petits, soit pour ce qui les nourrit. Mais aucun d'eux ne place, comme l’homme, l'estime publique ou l'honneur et d'autres motifs plus frivoles, au-dessus de sa vie , volontairement et par héroïsme. Aussi , qu’ou affaiblisse l’intelligence ou la volonté qui opprimait cet instinct de conservation, il ressuscite aussitôt, il reprend les rênes de la machine
COMPARAISON DES VERTÉRRÉS AUX INVERTÉBRÉS. 5o5
organique pour empêcher sa destruction. Dans ces jours de deuil de la Saint-Barthélemy , des assassins emrenl pour massacrer l'amiral Colignj; ce vieillard vénérable s'avance eL leur découvre hardiment sa poitrine ; il ne craignait point la mort; le seul Besmc, qui ose frapper ce héros sans défense, veut ensuite précipiter son cadavre par la fenêtre; mais à ce montent, un reste d'instinct naturel se réveille, par la perte de connaissance du cerveau ; les jambes se roidisseut, s’accrochent avec force à la croisée , pour éviter une chute meurtri.' re. En concluera-ton, comme le firent les assassins, que Colignj- n’avait qu’un faux courage ? Il ne pouvait être le maître , dans la défaillance , des mouvement automatiques de la nature; mais il avait montré toute la fermeté morale qui peut dépendre de l'homme, tant qu’il posséda sa volonté.
Telles sont les dilférences entre l’instinct conservateur ou directeur de l’économie et de l'intelligence. En un mot, l’intelligence connaît qu’elle ignare , et l’instinct ignore qu’il connaît.
Le premier nous avons donné de plus amples développemens à ces vérités nouvelles en métaphysique, dans nos articles sur I’instinct du Nouveau Dictionnaire d’Uisloire naturelle ( a.c Édition, Deterville) , et du graud Dictionnaire des Sciences médicales.