‹ Histoire des œuvres de H. de Balzac (volume 2)Chapitre 157 sur 195 · HISTOIRE VERITABLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE VERITABLE

Comme quoi des douaniers se lassèrent de prendre des vessies pour... un enfant.

A la barrière de Ramponneau, ils étaient quatre douaniers, aimables, facétieux et babilles de vert, comme sont tous les douaniers et commis d'octroi, par ordonnance du 10 avril dernier.

Nonchalamment assis sur quatre bornes parallèles, les douaniers devisaient et s'entre-narraient leurs exploits. L'un d'eux, qui lisait le Constitutionnel le quatrième jour après sa publication, donnait les nouvelles politiques. Et les douaniers admiraient la faconde de M. Dupin.

i- i une jeune fille, rose el blanche, avec des cheveux châtains s'échappant par boucles, d'un fichu rou^-e attaché négligemment sur sa tète. Ses yeux noirs étaient timidement bai . Et, quand le i>iu> galant des quatre douaniers lui adresse un compliment, la belle enfant rougit et double le pas.

— Voilà une jolie fille! dit l'un des douaniers; mais avez-vous remarqué son

excessif embonpoint et la difficulté de sa démarche? Il est bien malheureux que la jeunesse soit ainsi exposée à la séduction. Cette pauvre petite a été trompée. Et voici venir un pensionnaire pour les enfants trouvés.

Et les douaniers moralisèrent ; car le douanier est moraliseur par essence. — D'aucuns ont remarqué que les gens qui s'ennuient ont une grande propension à la morale ; d'autres prétendent, au contraire, que la morale ne vient pas de l'ennui, mais que c'est l'ennui qui vient de la morale.

Enfin, quoi qu'il en soit, que les sages soient ennuyeux ou ennuyés, les douaniers, après avoir longtemps déploré la perversité du genre humain, s'accordèrent à dire que, faute de pire, le choléra-morbus devrait bien purger la terre et décimer tous les hommes, à l'exception des douaniers.

— Messieurs, dit un autre douanier, je reconnais cette jeune fille. Je l'ai vue un autre jour passer par la barrière de Belleville, légère et svelte; sa taille aurait tenu dans les deux mains, et je vous affirme qu'elle était moins timide qu'aujourd'hui. Elle avait ses grands yeux noirs bien ouverts et elle ne rougissait pas. Messieurs, voyez où mène la perversité ! Jeune et jolie, si elle avait conservé cette belle fleur d'innocence, elle pouvait prétendre au sort le plus brillant ; peut-être même aurait-elle pu devenir la femme d'un douanier.

Alors il faisait presque nuit, les allumeurs descendaient les réverbères et les fenêtres des maisons rouges et vertes des marchands de vin s'illuminaient successivement. Alors, aussi, passa à la barrière une jeune fille, rose et blanche, avec des cheveux châtains s'échappant par boucles, d'un fichu rouge attaché négligemment sur sa tête. Ses yeux noirs étaient timidement baissés.

— Oh ! dit un douanier.

— Ah ! dit un autre.

Et les quatre douaniers s'étonnèrent, car c'était la même ; elle rentrait encore, et ils ne l'avaient pas vue ressortir.

Les douaniers eurent une idée.

Ils entourèrent la jeune fille aux yeux noirs, et la firent entrer à l'octroi. La jeune fille était rouge comme le serait une pêche dans un pays où il y aurait du soleil.

Ils la déshabillèrent avec toute la retenue et la décence dont sont susceptibles les douaniers.

Et l'honneur de la jeune fille fut sauf, car elle était légère et svelte, et sa taille aurait tenu dans les deux mains, après qu'elle eut quitté sa robe et trois énormes vessies pleines d'esprit-de-vin, attachées autour d'elle.

G janvier 1831.

i. — M. Mahieux en société.

C'était un salon éclairé pur des bougies, comme tous les salons du monde qui ne le sont point au moyen de quinquets ou de gaz hydrogène, et meublé, comme tous les salons, par des figures vieilles ou jeunes, mâles ou femelles, insignifiantes ou animées, nulles on importantes. Déjà on avait devisé sur bien des choses, et l'on allait deviser sur beaucoup d'autres encore, quand, les portes ouvertes avec fracas, un valet se présenta, annonçant à haute voix :

— M. Maliieux!

— Hi ! ho ! hé ! hou ! ah ! ah ! ah !

Tel fut le bourdonnement général qui remplaça aussitôt les conversations particulières, par manière d'étonnement et de curiosité ; et deux dames parurent ensemble qui, en se déployant, laissèrent voir entre elles un petit homme intrente-deux, contrefait, et l'air triomphant au possible. C'était M. Maliieux.

— Dieu de Dieu ! mon cher, fait-il chaud dans votre salon, bon Dieu ! dit-il d'un son de voix tout à fait étrange, en savançant vêts le maître de la maison. — Eh bien, comment vont les affaires, les plaisirs, les amours?

— Bien sensible, monsieur Maliieux... Et vous? Vous voilà donc de retour de votre pays? Avez-vous été satisfait de vos compatriotes ?

— Ah ! oui, mes compatriote-! de fameux farceurs, allez! Je me présente aux ions pour être nommé député ! car, hou Dieu! il est une classe nombreuse

qui n'est pas représentée à la Chambre! C'est un fait constant, que l'infirmité n'.\ apas d'organe ! Et puis, pas du tout, ils vont choisir un colosse, un homme de cinq pii-d-, quatre pouces. Je vous demande si un gaillard comme ça donnera dans la hosse: le plus souvent 1 — Il est vrai de dire gu'il y avait un grand motif contre ma nomination : c'est que. la tribune est plus haute que moi de trois pouces, et qu'alors il fallait, ou que la France fit faire une autre tribune, ou qu'elle se résignât à ne pas me voir parler, comme les souffleurs. — Ah ça ! niais, mon cher, nous ne sommes pas ici dans mon endroit ; amusons-nous donc un peu, bon Dieu ! Jo vois par-ci, par-là des femmes charmantes ; est-ce qu'on ne pourrail pas en faire un tas, de femmes charmantes, pour jouer avec? aux Jeux innocents, pai exemple, c'est gentil.

— M. M'ihirux aime les jeux innocents? demanda, d'un air bien pincé, une dame assise en tapisserie.

— Oui, grosse mère, je les a ion-.

Alors les jeunes filles accourent, les jeunes gens se placent, et on n'attend plus que M. Blahieux pour commencer, quand on l'on tend, dans une salle voisine, jeter des cris et proférer des jurons épouvantables. On se précipite, on s'informe,

et on trouve M. Mahieux mordant furieusement un grand jeune homme blond. On les accable tous deux de questions; mais, comme l'un est Anglais, et que l'autre ne discontinue pas de blasphémer, on ne peut rien savoir, si ce n'est à peu près que M. Mahieux, prenant pour une patère le nez du gentleman, un peu long il est vrai, avait voulu accrocher son chapeau après; que l'Anglais avait défendu son nez, M. Mahieux son chapeau, et qu'il en était résulté un instant de trouble, entièrement apaisé au moyen d'une compresse appliquée sur le genou britannique.

— Allons ! s'écrie M. Mahieux, à présent que l'Anglais a fini de faire le méchant, amusons-nous, belle jeunesse !

(Ici arrivent des verres d'eau sucrée, apportés par une femme de chambre.)

M. Mahieux, à son voisin. — Dieu de Dieu ! voyez donc la belle personne ! Quand on a une taille si intéressante, peut-on porter des verres d'eau sucrée, bon Dieu ! — Petite ! Un rafraîchissement par ici. (M. Mahieux boit un verre d'orgeat. J — Merci, femme superbe! (Il en boit un second.) — Encore un, bobonne, charmeresse ! (Il en boit un troisième.) — Ah ! séduisante Ganymède, va !

Trop occupé de ce qu'il dit pour regarder ce qu'il fait, M. Mahieux, voulant placer son verre, culbute le plateau, et, avec lui, quinze différentes sortes de liquides qui, avant d'arriver à terre, inondent tous les intéressants individus réunis pour faire joujou avec l'innocence Cris, tumultes, verres brisés, robes perdues, habits tachés, rien ne manque à la catastrophe causée par M. Mahieux.

Pour lui, effrayé des suites d'une pareille maladresse, il crie plus fort que tout le monde, en accuse le pauvre Anglais, lequel, se chauffant tranquillement les pieds, répond toujours Yes ! aux impertinentes interpellations du bossu.

— Dieu de Dieu ! a-t-on vu traverser le détroit pour faire des malheurs pareils ! Je suis sûr, bon Dieu ! que ce goddem-lk est payé par son sournois de gouvernement pour casser les verres en France.

— Allons, monsieur Mahieux, calmez-vous, je vous en prie. Pour quelques robes et quelques verres...

— Oh ! homme généreux ! vous êtes bon là, avec vos robes et vos verres ! Ça m'est bien égal, à moi ; c'est le liquide que je regrette : j'ai une soif terrible, moi, d'abord...

Et, là dessus, M. Mahieux va dans la salle à manger, d'où il revient, après cinq quarts d'heure, avec le nez légèrement égratigné.

L'Anglais. — Goddem ! meusieur le baussu, you avoir'pris mon carrick que you salissez biaucoup en le traînant par terre..

M. Mahieux, s'apercevant de sa méprise. — Ah ! c'est que, voyez-vous, l'Anglais, je l'ai pris un instant pour me réchauffer, car j'ai les pieds gelés... Mais soyez tranquille, bon Dieu ! on ne vous le mangera pas, votre carrick.

— Yes!

Tout le reste do la soirée, M. Mahieux fut d'une amabilité délicieuse, charmant par sa gaieté tous ceux qu'elle ne scandalisait pas, faisant rire aux éclats toutes les jeunes personnes qu'il ne faisait point crier en les pinçant, et ne s'occupant absolument que de la société, si ce n'est quand on apportait des rafraî-

chissements. Malheureusement, une dame, qui jouait à la bouillotte, laissa tomber son mouchoir, et tout fut fini. M. Mahieux, que la galanterie a toujours perdu, se précipite sous la table pour le ramasser ; la daine, effrayée, jette un cri; Mahieux, ne croyant pas qu'un genou délicatement pressé puisse causer tant de bruit, se relève pour savoir ce qu'il y a ; mais son brusque mouvement enlève la table, qui, après s'être balancée quelque temps en l'air, se renverse avec fracas, entraînant, dans sa chute, joueurs, chaises et bougies. Tout tombe, roule et se groupe sur le parquet, tandis que la cire brûlante, qui voltige sur les physionomies, arrache de toutes parts des cris de douleur et de malédiction.

Oh ! pour ce dernier coup, arrivé en un clin d'œil, à cette culbute générale et instantanée, à ce bouleversement subit des idées et des individus, plusieurs crurent à la chute de la maison, entre autres les joueurs de bouillotte, et principalement le pauvre Anglais, qui articulait du langage national, autant que pouvait le lui permettre une énorme dame placée en travers sur la partie supérieure de son estomac.

Enfin il en fallut finir avec les douleurs et les gémissements, et, après un quart d'heure accordé à la mutuelle confidence des contusions reçues, quelqu'un s'avisa de demander la cause première de tant de vacarme ; mais personne ne put le dire, car M. Mahieux n'était plus là pour accuser l'Anglais; il avait disparu avec le carrick de ce dernier, n'ayant jamais pu retrouver son petit habit.

G janvier 1831.

n. — .1/. Mahieux au bal de l'Opéra.

Le roi y était ; le roi, sa famille, des princes, des ministres, des célébrités russes, anglaises, françaises, à n'en plus finir ! Coup d'œil somptueux, ravissant, éblouissant ! Des lumières, des lustres, des feux partout. L'or et la soie, les fleurs et puis les sons précipités, joyeux de la musique, électrisant les danseurs, enivrant les danseuses ; — les danseuses, dont le cou brille de sueur et de diamants, dont le sein bondit de désirs, dont l'œil noir luit de volupté ; les danseuses avec des fleurs sur leur tête, des fleurs à leur côté, blanches comme leurs robi -, fraîches comme leurs bouquets ! — Oh ! quel bal ! quelle cohue ! quelle richesse !

\\ez-vous pu — bravant coups de pied, de coude, de ventre, de dos, affrontant liquides, punch, glaces, sorbets suspendus sur votre tète comme jadis l'épûe de Damoclès — avez-vous pu vous glisser jusque dans L'intérieur de la salle? Oh ! alors, voua avez du rire et rire aux larmes, car les daines riaient, le roi, tout le monde.

(/'•tait lui, c'était M. Mahieux...

0 grand petit être ! 6 juron fait Christ ! o génie tricorne comme le chapeau de l'homme à la tablature, sublime comme le Coran de Mahomet ! nul ne t'a compris, nul ne B'eat inspiré a ton àme, carton amc, c'esl la poésie; 't qu'ils sont

prosaïques, les malheureux ! Ils t'ont donné de> formes vulgaires, ils t'ont vêtu de

haillons, ils t'ont fait laid, ignoble, repoussant, stupide, que sais-je? Ils t'ont

rapetissé, raccourci, mutilé à leur taille, toi géant d'intelligence et de progrès !

Les profanes ! Oh ! s'ils t'avaient vu !

Tu faisais les délices de cette belle fête nationale! en gants blancs, culottes blanches, bas de soie blancs, gilet blanc, habit de drap vert-pomme doublé de soie, doublé de velours ; — et puis un claque à pluche, et puis des breloques, des chaînes, des lorgnons et puis, et puis...

Tu jures, mais quel parfum ! tu pousses, tu renverses, tu sautes, tu déchires, tu mords, tu cries, tu ris, tu bondis, mais que de grâce ! que de pétulance ! que de gaieté !

— Dieu de Dieu, baron, quel panorama de houris ! ô vingt dieux, baron, je les adore, je les adore toutes... Dieu! la belle brune! Oh! quelle blonde! Elles me fixent, bon Dieu !... Oh ! vingt dieux !

Un bond, deux bonds, uue suite non interrompue de bonds.

Voix de femmes, ensemble et séparément. — Quelle horreur ! on déchire ma robe... — On m'écrase les pieds... — On me mord les jambes... — Aie, aïe, aie ! le mollet l

M. Prldhomme, à ses voisins. — D'où peut venir cette émeute populaire? Messieurs, je vous prends à témoin!... je proteste contre toute insurrection, pacifique ou non, qui aurait pour but la violation de la monarchie et de la brave garde municipale.

Un militaire, à M. Mahienx. — Corbleu ! méchant bossu, finirez-vous de sautiller?

— Dieu de Dieu ! on a dit bossu ! — Qu'est-ce qu'a dit bossu? — Bossu!

Bossu vous-même, militaire; vous êtes un inconvenant !

Éclats de rire. — Ah ah ah ! oh oh oh ! hi !

— Je veux réparation d'honneur ; je l'aurai, bon Dieu !

Le militaire hausse les épaules, Mahieux se pend à son bras gauche, il lui mord les cuisses. Le militaire fait un brusque mouvement et lance M. Mahieux sur un garçon chargé d'un plateau de punch, de glaces, de sorbets. Le garçon chancelle, le plateau tombe sur Mahieux.

— Aïe, aïe! j'ai une glace dans la poitrine! Ouf! j'ai un punch dans le dos î Oh ! vingt dieux ! j'ai une bavaroise dans mon claque... Aïe, aïe! militaire, bon Dieu! votre procédé est indélicat, on ne lance pas un galant homme comme une balle, sans le prévenir, vingt dieux !

(S'inclinant avec grâce.) Serais-je assez heureux, belle dame, pour être

votre cavalier à la suivante ?

La demoiselle, en se mordant les lèvres. — Avec plaisir, monsieur.

— Votre toilette est délicieuse ; je suis passionné pour vos rubans.

— En avant doux, la chaîne des dames!

— Oh ! vingt dieux ! ce devrait être la chaîne de toute la vie!

— Vous êtes galant, monsieur.

— C'est vrai, belle dame! pour la galanterie, la nature ne m'a pas tourné le dos, je suis son enfant gâté, moi ! j'idolâtre les dames, vrai Dieu !

Il se hisse de volupté sur la pointe des pieds et va presque à l'épaule de sa danseuse.

— Tiens, ce gros député qui danse, oh! la bonne charge; délicieuse, vingt dieux ! je l'ai vu sauter pour l'ex-roi, le voilà qui saute pour les pauvres; toujours sauteur, bon Dieu!

— Que vous êtes méchant, monsieur Mahieux?

— Vous trouvez, belle dame? Oh! j'adore l'épigramme! adorez-vous l'épigramme, vous?... Dieu de Dieu! je vois le prince! je vois les basques de son habit! bon Dieu! ce grand diable de commissaire me cache son buste! je vois ses jambes, vingt dieux! elles sont un peu courtes; c'est égal; c'est un bien bel homme !

Mahieux se penche de tous cotés, prend toutes les poses dans sa pétulance enfantine et se marche sur la main gauche; il pousse un cri, s'agite, se débat el se marche sur la droite...

— Aïe, ni", ;ii" ! on nie foule!

Mouvement, agitation universelle.

M. Prddbomme, à ses \oisins. — 11 paraîtrait que toutes les laves du volcan carliste ne sont point encore éteintes! Mais, monsieur, je réitère mes protestations...

Sortie de l'Opéra.

— John, mê calech!

— L'équipage de M. le comte !

— Voilà une voiture, messieurs.

— Demandez une voiture!

Mmiii i \. sautillant, grelottant. — Cocher! cocher!

— Voilà, monsieur.

— Mène-moi rue de Clichy, cocher! mène-moi rondement, bon Dieu! jeté donne trente-cinq sous?

— Mais, monsieur, c'est une course de nuit.

— C'est égal, bon Dieu ! je, ne marchande pas! va, j*ai le moyen, je ne me dédirai pas : trente-cinq sous!

— Mais, monsieur, il me faut trois francs.

Mahiei \. s'élançant hors de la portière. — Trois francs! cocher, tu abuses de ma position ! je te signalerai à la police, vingt dieux !

— Mais, monsieur...

P idatuti stte discussion, un monsieur et une dame entrent dans le flacre, le cocher fouette, el Mahieux reste sur le pave. — Des voitures se croisent s'entrecroisent.

— Cocher! cocher !

— Monsieur, c'est pris. — Monsieur, c'est un équipage bourgeois.

— Oh ! vingt dieux ! Dieu de Dieu ! lion Dieu !

I \ i.vii \is. impatienté des cris et du bruit que fait Mahieux. — Mais aura-t-il bientôt fini, le DOSSU?— Attends, crapaud manqué, je va te placer.

Il saisit Mahieux par son infirmité, et, d'un tour de main, le pose suc l'impé-

rialc d'an coupé qui part au grand trot... Mahi eux pousse des cris de détresse, des cris lugubres, les chevaux n'en galopent que plus vite... Au bout de vingt minutes, h cinq heures du matin, la voiture s'arrête dans une rue située près de la barrière d'Enfer.

3 février 1831.

DF.S POMPES ET DE S CH E FS-D'OE U V P. E DE SATAN, TOURNÉS AU PROFIT DE LA CHRÉTIENTÉ.

Adonc, le pape mort, sans que l'Église ait été malade, et le conclave se devant assembler, sans pour cela que l'Église en doive aller mieux, ce fut pour l'architecte du palais Quirinal affaire aussi importante de convenablement caserner le régiment catholique-apostolique-romain, que pour la statue de Pasquin de le harceler de ses méchantes plaisanteries condamnables d'impiété.

Or, ce étant, M. Valadier, chevalier et architecte, — car une profession n'empêche pas l'autre, — M. Valadier, aussi fort sur son histoire romaine que M. Villemain sur celle d'Angleterre, s'avisa de penser que, de toutes les restaurations, l'impériale n'était pas la plus médiocre, et que, somme toute, il pouvait trouver une réputation toute faite en appropriant aux nouvelles circonstances les localités préparées autrefois pour l'impératrice Marie-Louise et son fils, alors souverain de Rome sans conclave.

Mais M. Valadier, que son titre de chevalier élève de beaucoup, comme on le pense bien, au-dessus des capacités d'architectes ordinaires, s'aperçut, aux ornements mondains qui révélaient la destination première de ces lieux, de la difficulté qu'il éprouverait dans l'accomplissement de sa transfiguration architecturale. En ingénieur bon chrétien, il jugea prudent, pour le salut de son âme, de s'éclairer des lumières de quelque cardinal en odeur de sainteté, de celui, par exemple, que l'on suppose généralement devoir être élu.

Aussi, avant de parcourir avec l'Éminence les galeries profanes, M. le chevalier de l'ordre des architectes avait repassé quelques ouvrages moraux, tel celui de la Rochefoucauld sur les pantalons appliqués aux danseuses, et, fort de ses auteurs, il se proposait de faire des prodiges religieux et romains.

Quant au luxe, rien ne fut à redire, si ce n'est pour enrichir encore ces immenses salles, phénomènes de splendeur et de somptuosité. Mais, quand advint le chapitre de ces secrets de la vie privée, embellis chez les grands des charmes de la mollesse, des recherches de la volupté, l'architecte s'empourpra comme un pilastre de granit et commença son discours de réformes.

D'abord, il offrit de détruire ces mystérieux boudoirs, séjour de rêveries, à la lumière douteuse, à l'air parfumé et aux moelleuses ottomanes. Mais le cardinal l'en empêcha bien, prétendant qu'un futur pape aimait à se reposer tout comme monarque de Rome ou de France.

Et le chevalier s'inclina

De même fut pour les étuves des bai as, ces salles élégantes et solitaires, que l'architecte jugeait inutiles pour le conclave, dont Les membres, au contraire, paraissent des messieurs fort propres.

De même alors le chevalier s'inclina.

Mais quelle fut sa surprise, quand, offrant de remplacer par un tableau d'église celui de Diane surprise au bain, sa demande ne fut acceptée qu'à la condition d'y faire succéder Suzanne, vue dans l'eau belle et ravissante, par les deux vieillards ravis.

Néanmoins, il s'inclina encore.

Quand il vit aplanies dans l'esprit du cardinal les difficultés qu'il redoutait le plus, l'architecte, apercevant encore çà et là quelques peintures bien mondaines, proposa simplement de les vêtir à la grecque ou à la romaine, costumes, comme on sait, beaucoup plus convenables que les pantalons collants. Heureusement, le cardinal, ami des arts autant que de TÉglise, s'opposa de même à la mutilation de fort belles natures, et consentit seulement à ce que des auréoles, placées sur quelques têtes, fissent autant de saints ou de saintes de quelques divinités trop égrillardes.

Pour le coup, le chevalier s'inclina d'une façon tout architecturale.

Puis, comme il s'en revenait au Vatican avec Son Éminence, le complimentant des murmures approbateurs qui l'accueillaient à son passage, ce qui, disait-il, en chevalier poli, était un hommage populaire à la tiare, tous deux purent apercevoir sur la statue de Pasquin un mauvais quatrain dont le sens était que, quel que fût le pape, la voix de Dieu ne serait point la voix du peuple.

Aussi, deux jours après, lors de la procession du conclave, on remarqua que les tentures du palais Braschi couvraient, à dessein sans doute, la statue de l'hérétique Pasquin.

13 janvier 1831.

DE LA LIBEJtTÉ DRAMATIQUE AU POI.NT DE VUE HISTORIQUE ET MILITAIRE.

— Embêtant, Pacot! Vlà-t-il pas qui suppriment le plus bel agrément de la garnison, le spectacle historique et militaire !

— Vraiment, l'ancien !... Qu'est-ce que c'est que ça, le spectacle historique et milit.

— Eh bien, une supposition que t'es bête, Pacot...

— Mais, mon ancien, pourquoi donc que vous choisissez toujours cette supposition-là?

— C'esl qu'elle esl historique, vois-tu. Eh bien donc, une supposition que t'es . Pacot, que t'es farceur, que tu es bon à jouer un rôle n'importe, dans une

pièce quelconque; eh bien, alors, tu es obligé de décéder, et ce n'est plus que

vingt-cinq ans après ta mort que tu peux reparaître sur la scène, à condition encore que tu n'aurais pas laissé à la payse des méchants marmots qui viendront s'opposer à ce qu'on joue monsieur leur père.

— Oh ! c'te bêtise !

— Que c'est même immoral, en ce que ça peut porter des jeunes auteurs à prématurer des linales d'existence pour se ménager des sujets sur leurs vieux jours.

— Ah! c'est bien féroce; mais c'est égal, ça nous débarrassera des pièces de circonstance, où, dans l'ordre du jour, on nous envoie applaudir gratis. Toujours une corvée de moins, l'ancien.

— Que c'est ensuite détruire le charme et la poésie du quartier Popincourt, où chaque affiche de spectacle est le programme des situations dramatiques et équivoques de l'Empire; ce qui distrait pendant la faction et permet d'apprendre pas cher aux particuliers qui ont l'amour de l'instruction.

— C'est vrai; aulieur qu'à présent, vu les difficultés que vous venez de dire, y aura toujours un siècle ou deux entre les spectateurs et le spectacle, ce qui sera fastidieux, vrai, l'ancien, car, en fait d'anciens, moi, j'aime que les vrais anciens, mais j'aime pas les vieux anciens qui n'ont pas d'aigles sur leur bonnet à poil.

— Bien dit, Pacot! Tiens, regarde-moi ça, mon ami.

— Oui, l'ancien. Quoi?

— Cette superbe affiche !

— Ah! c'est vrai : laquelle, s'il vous plaît?

— Eh ! pardieu, la celle du théâtre des circonférences olympiques, où on prétend que sont alignés, on peut l'dire sans affront, les plus fameux grognards de l'Europe à pied et à cheval.

— Pour lors, mon ancien, votre nom est dans les fantassins.

— Oh! Pacot! quelle idée ! pourquoi pas, au fait, puisque j'étais avec Vautre ? Oh ! vertueux Pacot! consolation des anciens, toi que tu sais écrire, vois donc si, dans le 5e régiment, 3" bataillon, 6e compagnie, tu ne rirais pas en effet : Jean.' François Drutignon, dit le Crâne?

— Volontiers, l'ancien.

Après cinq minutes d'attente.

— Eh bien, Pacot?

— De quoi, mon ancien?

— Eh bien, m'as-tu trouvé, mon ami?

— Non, caporal, je suis encore qu'à la première ligne, où il y a l'Ern... pé... l'Empereur.

— Le chef de file d'abord, c'est juste. Après ?

— Après, j'ai beau me baisser, mon ancien, j'peux pas épeler, l'affiche est trop haute.

— Cré coquin, Pacot, ne te gêne pas, jeune ami. Fais comme moi quand je veux subtiliser un baiser à la payse à travers les barreaux de l' entre-sol.

— Vrai, l'ancien, vous m'autoriseriez à me permettre une licence pareille avec mon respectable caporal?

— Allons, un temps, deux mouvements! saute, farceur, et lis couramment.

3 février 1S31.

C HARGE S.

Au dernier des rares concerts donnés cet hiver, un beau jeune homme et une femme charmante se trouvaient assis l'un près de l'autre, comme si le hasard les avait réunis pour entendre l'admirable symphonie qu'on exécutait en ce moment. «.'était un morceau de Beethoven, partition aussi pleine de charme (pic d'éclat.

Il y a un moment où tous les instruments s'arrêtent d'un mouvement spontané. L'effet est merveilleux. Vous n'en avez pas idée, si vous ne l'avez pas entendu. C'est un crescendo, crescendo, crescendo... Puis, tout à coup, silence complet.

— Or, cette fois, on entendit distinctement le son d'une petite voix flùtée, qui. prise au dépourvu par le jeu des instruments, modulait distinctement la fin d'une phrase d'amour :

— Tu m'aimeras toujours?

— Oh! toujours! répondit une basse-taille. Et la symphonie reprit son train.

10 février 1831.

I i s b \ <:< il \ \ .\ LES DE 1831.

Si l'on vous avait demandé de mettre seize caricatures sur une seule feuille de papier, d'y exprimer une révolution consommée, d'en indiquer une nouvelle, de n'oublier ni les doctrines ni les personnes <pii les représentent, de composer un carnaval politique et de nous faire trembler d'avoir ri,... croiriez-vous la chose possible?... L'entreprise était difficile; mais la Caricature se devait à elle-même de dominer la bouffonnerie des rues, celle des affaires publiques Bl celle des orateurs... Pour réussir, il a suffi de regarder, d'entendre et de copier.

Il y a dans la caricature de Grandville une traduction si vive de l'histoire contemporaine', quo l'on croit lire une page où Molière, Juvénal et Tacite ont déposé tour à tour leurs pensées diversement originales.

Ouest l'article de journal qui ait plus artistemenl Btigmatisé la politique de notre diplomatie 'pic ce costume de Polonais loué: à notre ministère?

Un habit d'arlequin est réclame par un pair de France!... Quoi, un seul?... Ah ! l'honnête homme. Eh! qui ne pouffera de rire envoyant un avocat célèbre déguisé en homme de courage et M. G..., en carmagnole, lui disant : « Tu as beau faire, tu as peur !... »

Puis l'Académie enveloppée dans les bandelettes d'une momie restant immobile dans une sorte de statu quo metterniquois... Oh ! comme on voit bien qu'elle a dû élire Viennet et refuser Benjamin Constant...

La Liberté sort de l'hôpital, soutenue par V Avenir en charlatan, et par un vétéran dont la dégaine historique est si admirablement bien rendue, qu'il y a dans cette figure toute une biographie inexorable. Ne rend-elle pas le dévouement sénile d'un amant fidèle jusqu'au tombeau?

Le pape et la papesse dansant une valse sont de ces figures que rien ne saurait payer. La ravissante papesse ayant un vieux pape qui défaille entre ses bras et se retient de galoper... est peut-être une double épigramme : est-ce Rome qui chancelle devant un nouveau culte étourdi ?

Mais voyez les ruines de la Contemporaine, déguisée en Amour, faisant reculer un célèbre abbé revêtu des insignes de la folie, et qui néanmoins conserve assez de bon sens pour apercevoir, derrière lui, l'antagoniste de Lisfranc, le plus célèbre de nos chirurgiens qui redoute pour l'Avenir les suites de cette rencontre. Tout est là, même Rossini, qui joue un air à réveiller les morts.. Mahieux prend le costume de Napoléon, et le plus gros citoyen de France considère la défroque de Charles X, pendue à un clou!...

Mais voici la création la plus prophétique ! Six jours avant les vengeances populaires, l'impitoyable dessinateur montrait l'archevêque tenant d'un bras la palme du martyre, de l'autre un verre de vin de Champagne, et faisant la nique aux vainqueurs de Juillet qui ont de grands nez.

Il y a dans tout cela des leçons pour tout le monde, et nous ne savons pas si l'expression du temps présent, lithographiée d'une manière si incisive, suggérera quelque pensée utile aux pantins politiques; s'ils s'occuperont de redresser les griefs; s'ils voudront voir ce qu'il y a entre les saint-simonions et l'abbé de Lamennais, entre l'abbé de Lamennais et l'archevêque de Paris... l'anarchie, la royauté, les saturnales populaires!... un croque-mort!

Napoléon devenant la proie de Mahieux est la satire des déplorables tentatives que les vaudevillistes ont fait de mettre la colonne en pièces de six liards.

Nous sommes de notre avis, de l'avis decette honnête et bonne Caricature, qui rit tant, tant et tant d'un député du centre laissant tomber ses brioches à l'approche de M. Mauguin, dont les discours l'effrayent, qu'elle laisse tomber ellemême son fouet et son bonnet. — Rideamus quoque!

17 février 1831.

Nous avons ri... et nous rirons encore, puisque, grâce à l'esprit observateur de Grandville,les ridicules du jour viennent se grouper par douzaines sous son vitriolique crayon.

Au costume polonais loin': à M. Sébastian! ont succédé ceux de deux grands peuples dignes de l'indépendance. Ce sont des fers. Car ces chaînes égoïstes qui retiennent aujourd'hui un généreux dévouement dégénéreront peut-être en instruments d'esclavage et d'oppression!

C'est grâce à des enfants dénaturés que la Franco, jadis si puissante, et si belle encore aujourd'hui, traîne tristement les lambeaux de la misère. Sa pénurie n'arrête pas l'avidité du pauvre millionnaire qui quête une liste si i ile.

M lis ce n'est point tout avec la finance. On n'en finit pas sitôt sur un pareil sujet. Quoi de plus vrai que cet arracheur de dents qui, après les plus belles promesses, souffle, souffle et gonfle tant qu'il peut le budget de 1831?

Et M. D..., en bonne fortune, qui, du coin de l'œil, lorgne l'entrée du sac, comme s'il voyait là un confortable fromage de Hollande, quand il songera à s, • retirer du monde...

Avoir la Charte, costumée de pièces et de morceaux, se traîner estropiée, on dirait la constitution affaiblie d'un malade qui, pour avoir confié sa force et sa virilité à de fameux opérateurs, ne sort plus de leurs mains qu'amputé et réduit de moitié.

Jamais don Quichotte n'a servi a figurer une chimère mieux conditionnée <|u celle de Saint-Simon. Le voyez-vous, armé de l'émancipation du beau sexe, de l'égalité des fortunes, de la répartition suivant les œuvres, de la division des capacités par numéros? le voyez-vous bouleverser le monde civilisé, dont la topographie intellectuelle n'offre que préjugés à sa lance régénératrice? — Malheureusement pour la conversion des adeptes, il laisse derrière lui Sancho, drôle imbu d'un préjugé généralement commun : c'est que la panse ne s'emplit pas de préceptes; et, pendant que son maître court à la bataille, lui s'occupe de la pèche aux écus. Don Quichotte est spiritualiste, Sancho est matérialiste. Sancho perdra la cau>>', mais il gagnera son fromage.

Costume de muet, loué à M. Royer-Collard, — de poissarde, à M"1' A..., — un mannequin de sauveur de la patrie. — Costume d'enfant loué à Mllc .Mars. — Voilà de- gens bien babilles à leur taille.

I ii monstre déguisé en ME. Geoff... S. -H., et une vertu sauvage en actrice des Nouveautés sont de ces rôles heureux qu'il est rare rie créer.

Et le Commerce, qui le délivrera? Qui donc prendra pitié de ce pauvre morir

bond? Comment se r<inettra-t-il jamais de ses secousses, menacé comme il esl delà lancette guerrière, des bouillons de la Gazcltr. des prières de la Quotidienne, descomplots du carlisme étranger el ries machinations «le certain clergé? I n garde national proposerait comme remède de disperser L'attroupement meurtrier...

La police fait autrement : sourde, muette et aveugle, elle '■route sans entendre,

parle pour ne rien dire, regarde sans voir, marche timidement à tâtons, mais graisse la patte à un limier pour avoir flairé une révolution dans une colonne du Figaro, ou pour avoir saisi une bulle de savon.

10 mars 1831.

DES JAMBES DE CAVE ET DES BRAS DE MOR E Al" -SA IX Tl.

Cave ne sera point réengagé, dit-on, par la nouvelle direction de l'Opéra- Comique. Un journal effraye son abonné par cette phrase en lettres italiques : On ne le remplacera jamais! Et, pour la première fois, on se demande ce que c'est que Gavé.

Sous le rapport vulgaire du chant et de la diction, on l'ignore encore. Il sera suffisamment remplacé tant que son emploi restera vacant. Mais il est une fraction de Cave qui offre un mérite rare, qui à elle seul6 serait digne de la plume d'un historien : ce sont ses jambes. Là s'est réfugiée toute la fougue du talent lyrique, dramatique et champêtre de l'acteur.

Un ami de Cave lui conseillait un jour d'entrer en scène sur la tête. Il espérait beaucoup du jeu plein d'expression de ses tibias intelligents.

Mais pour n'avoir pas su utiliser ainsi un talent subversif, tant de mérite n'est devenu qu'un fléau scénique.

On ne se figure pas la foule de petits malheurs occasionnés par la pantomime gigottante de Cave. Et si de grands effets n'ont souvent que de petites causes, attribuons-lui, pendant que nous y sommes, la ruine du théâtre qui a le bonheur de le posséder.

Qui n'a cru découvrir, en effet, la solution du mouvement perpétuel dans le balancement poétique de cet acteur, dont les jambes sont en état continuel de crispation; qui jette toujours son corps en avant pour ramener ingénieusement ses jambes, chacune à leur tour, sur le premier plan ; qui danse un couplet, trépigne une ariette, et est parvenu à remplacer une roulade par une gambade !

Talons écorchés, cors écrasés, chevilles compromises, souffleur démoralisé, tels sont les résultats de la méthode innovatrice de Cave. Aussi, terreur unanime quand il occupe la scène. Fuite de ceux qu'il poursuit, précaution de ceux qu'il approche, douleur de ceux qu'il endommage, toutes ces impressions particulières doivent singulièrement nuire à l'ensemble de l'exécution et à la satisfaction générale.

Si Cave est si redoutable dans les moments de confiance tranquille où il répond par le sourire de la satisfaction intime aux rires moqueurs du parterre, jugez de ce que ce doit être quand lui-même est à son tour agité d'une crainte légitime ; quand il se trouve en face de Moreau-Sainti. dont les bras harmonieux ont le même inconvénient que ses jambes sagaces, et qui, si vous n'y prenez garde, ne vous

enfonce pas moins son doigt dans l'œil, bien que ce soit le plus moelleusemcut du monde, suivant les règles de l'art et avec plus de grâce que quiconque.

Aussi, quand ces deux messieurs sont en scène, à voir les battements effrayés

de l'un et les embrassements interminables de l'antre, le compositeur s'informe d se qu'est devenu sa musique, le souffleur se réfugie dans son arrière-trou, le public se demande où il est, el tout le inonde a l'air prodigieusement satisfait.

3 mars 183).

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