‹ Histoire des œuvres de H. de Balzac (volume 2)Chapitre 174 sur 195 · QUELQUES ARTICLES DE LA LISTE CIVILE · texte numérisé non relu

QUELQUES ARTICLES DE LA LISTE CIVILE

Il est des gens qui semblent faire métier de dépopulariser les troncs populaires. Il faut avoir du temps à perdre. C'est ainsi que, pendant longtemps, on a essayé d'insinuer parmi les contribuables que dix-huit millions étaient le taux indispensable du gouvernement au meilleur marché possible; tandis'qu'il est aujourd'hui certain, d'après la demande de ce gouvernement lui-même, que nous en serons quittes pour seulement La bagatelle de 17 millions 996,853 francs.

Dans ce revenu de la royauté bourgeoise, on remarque les articles suivants :

Service médical : 80,000 francs. — Voilà qui dément toutes les apparences el toutes les protestations de constitution solide. I ne pareille acquisition de remèdes annonce un avenir bien malade.

Blanchissage : 100,000 francs. — C'est-à-dire près de 500 francs par jour. Ici l'on s'éloigne considérablement du système adopté par Napoléon, lequel ne consacrait à cet usage que 15,000 francs par an, et prétendait qu'on lavât son linge sale en famille.

Chauffage : 250,000 francs. — Sans savoir précisément de quel bois se chauffe le roi citoyen, on peul supposer qu'il entre beaucoup de fagots dans ce compte-là.

Cuisine: 780,000 francs. —Dans 780,000 francs, que de dîners à vingt-deux sous !

Cave : 120,000 frani s. — Tout doit se trouver dans cette cave-là : eau à boire et bons pots-de-vin.

l 'a lai s de la couronne : 4,450,000 francs. — O peut que se réjouir de voit

une pareille somme consacrée à l'encouragement des beaux-arts, à L'activité îles fabriques, h l'acquisition des produits commerciaux. Cependant, à considérer l'économie qui préside à ce genre de dépenses, il paraîtrait malheureusement que le fosse des Tuileries en a enfoui une grande partie.

Écuries : 900,000 francs. — Los écuries royales sont composées de trois cents chevaux. On n'a pas pu trouver de coursiers qui voulussent s'atteler au char du Juste milieu à moins de mille écris d'avoine. Beaucoup de fonctionnaires publics n'en consomment pas tant.

Menus plaisirs : 4, '208, 000 francs. — Nous sommes fort heureux que la nouvelle cour n'exige point de grosses joies, car, à en juger seulement par les plaisirs menus, Dieu sait ce qu'il en eût coûte! Cependant, avec près de cinq millions, il y a de quoi réjouir tant de monde, que nous espérons que la nouvelle cour daignera bien amuser un peu le peuple à ses dépens.

S décembre 1831.

Page 1