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QUAND IL SE PRÉSENTA A L'ACADÉMIE FRANÇAISE

(Récit du 2 mars 1877.)

Je passais en voiture dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré, quand devant l'Elysée j'aperçus M. de Balzac qui me faisait signe d'arrêter. Je voulus descendre, mais il m'en empêcha et me dit en me prenant les mains :

— Je voulais aller vous voir. Vous savez que je me porte à l'Académie?

— Non. ,

Eh bien, je vous le dis. Qu'en pensez-vous?

— Je pense que vous arriverez trop tard. Vous n'aurez que ma voix.

— C'est surtout votre voix que je veux.

— Êtes-vous tout à fait décidé ?

— Tout à fait.

Balzac me quitta. L'élection était déjà à peu près convenue; des noms trèslittéraires s'étaient ralliés, pour des motifs politiques, à la candidature de M. Vatout. J'essayai de faire de la propagande pour Balzac, mais je me heurtai à des idées arrêtées et n'obtins aucun succès. J'étais un peu contrarié de voir un homme comme Balzac réduit à une seule voix, et je songeais que, si j'en obtenais une seconde, je créerais dans son esprit un doute favorable pour chacun de mes collègues. Comment conquérir cette voix?

Le jour de l'élection, j'étais assis auprès de l'excellent Pongervillc, le meilleur des hommes, et je lui demandai à brûle-pourpoint:

— Pour qui votez-vous?

— Pour Vatout, comme vous savez.

— Je le sais si peu, que je viens vous demander de voter pour Balzac.

— Impossible.

— Pourquoi cela?

— Parce que voilà mon bulletin tout préparé. Voyez : Vatout.

— Oh! cela ne fait rien.

Et, sur deux carrés do papier, de ma plus belle écriture, j'écrivis : Balzac.

— Eh bicu? nie demanda Pongervillc.

— Eh bien, vous allez voir.

L'huissier qui recueillait les votes s'approcha de nous. Je lui remis un des bulletins que j'avais préparés. Pongerville tendit à son tour la main pour jeter le nom de Vatout dans l'urne, mais une tape amicale que je lui donnai sur les doigts fit tomber son papier à terre. Il le regarda, parut indécis, et, comme je lui offrais le second bulletin sur lequel était écrit le nom de Balzac, il sourit, le prit, et l'expédia de bonne grâce.

Et voilà comment Honoré de Balzac eut deux voix au dépouillement du scrutin de l'Académie française.

XXXI. Balzac et sa queue, par Jules Levallois. Le Correspondant, 10 août 1877.

XXXII. Balzac en robe de chambre, par Paul Siraudin. Le Figaro, 2 mai 1878. La pièce la Vendetta, par Paul Siraudin, a été représentée pour la première fuis le 23 octobre 18/j2.

XXXIIL La \tort de Balzac, anonyme. Le Figaro, 2Zi août 1878.

Pour compléter les sources à consulter sur Balzac, il faut signaler encore l'article du Dictionnaire de la Conversation, signé d'abord V. Caralp, aujourd'hui rétabli au nom de son véritable auteur, Philarète Chasles; celui delà Nouvelle Biographie générale, qui est

anonyme; la notice que M. Larousse lui a consacrée dans son Dictionnaire; la France littéraire de Quérard, et sa suite; le Catalogue bibliographique d'Otto Lorentz, et le Catalogue général de la librairie française au xixe siècle, par M. Paul Chéron, dont malheureusement il n'a paru que les deux premiers volumes.

Enfin nous allons terminer ce travail par la publication de quelques documents inédits des plus intéressants relatifs à Balzac.

H. DE BALZAC AD COLLEGE i.

Monsieur, Vendôme, 20 juillet 1855.

C'est avec un bien vif regret que je me trouve oblige de répondre si tard à la lettre dont vous m'avez honoré le 20 du mois dernier. Mais diverses circonstances, et principalement l'absence de condisciples plus au fait que moi des détails que vous demandez, m'ont forcé au silence, bien malgré moi.

Je répondrai par ordre à vos huit questions.

1° En quelle année, etc.

— Le vieux registre d'entrée que j'ai conservé porte textuellement :

« Honoré Balzac, âgé de huit ans et cinq mois, a eu la petite vérole, sans infirmités ; caractère sanguin, s'échauflfant facilement, est sujet à quelques fièvres de chaleur. Entré au pensionnat le 22 juin 1807.

» S'adresser à M. Balzac, son père, à Tours. »

» Sorti le 22 avril 1813. »

2U Quelle classe, etc.

— 8e, 7e, 6e, 5e, 4% 3e et partie de la 2e. 3° Avait-il un goût réel pour l'étude ?

— ■ Pendant les deux premières années, on ne pouvait rien tirer de lui, ni leçons, ni devoirs, répugnance invincible à s'occuper d'aucun travail commandé. Il a passé une partie de ce temps en pénitence, soit dans sa cellule, soit dans un bûcher où il fut emprisonné une semaine entière. On le regardait comme l'inventeur, du moins pour le collège de Vendôme, de la plume à trois becs avec laquelle il avait coutume de faire ses pensums.

— Il lui vint ensuite la pensée de devancer les occupations des classes de grammaire, par des compositions anticipées telles qu'il en voyait faire ou en entendait lire aux séances publiques parles seconds et les rhôtoriciens. Aussi dès la 4e, son pupitre était comble de paperasses; sa réputation d'auteur était faite par ceux de sa classe ou des classes inférieures, mais contestée par les classes

1. Cette lettre do M. Mareschal-Duplessis, directeur du collège de Vendôme, alors que Balzac y était élève, a été adressée à M. Armand Baschet, en réponse à quelques questions qu'il lui avait adressées.

plus élevées, qui se plaisaient à répeter un essai malheureux qu'il avait fait d'un poème sur les Incas, dont le vers suivant est resté :

O Inca, 6 roi infortuné et malheureux !

4° Se faisait-il remarquer sous un point de vue quelconque?

— Ce qui précède était le plus remarquable.

5° Y avait-il de son temps au collège de Vendôme, etc.

— Je ne vois dans ses condisciples les plus proches, que deux personnages de quelque célébrité, bien distincte d'ailleurs, Dufaure le ministre, et Jouslin de la Salle, gendre de Brunet.

6° A-t-il écrit le Traité de la volonté?

— Je l'ignore. Mais je ne le crois pas plus que je crois à Lambert, condisciple imaginaire, à coup sûr.

7» En quelle année cst-il sorti?

— Répondu plus haut, en 1813.

8° Sa tournure et son caractère?

— Gros enfant joufflu et rouge de visage. L'hiver couvert d'engelures aux doigts et aux pieds. La férule, alors quelque peu encore en usage, fut obligée de l'épargner assez souvent en raison de cette incommodité, et la peine était commuée en détention. Grande insouciance, taciturnité, pas de méchanceté, originalité complet''.

J'ai revu souvent, et je connais encore deux hommes qui l'ont constamment suivi dans ses classes, tous deux hommes d'esprit et d'une mémoire telle, que rien ne leur a échappé. Ils sont fort obligeants et vous en diront beaucoup plus que je ne puis le faire. Je vous engage à leur écrire de ma part. Alphée Duthil, négociant à Bordeaux ; — Fontémoing, avocat à Dunkerque.

Je n'ai revu Balzac qu'une seule fois depuis sa sortie. Il passait à Vendôme en compagnie d'une Anglaise avec laquelle, ou plutôt avec l'argent de laquelle il allait, me dit-il, fouiller le Tibre. Il n'avait encore fait paraître que ses deux premiers petits volumes de romans qu'il me laissa. L'un d'eux portait en épigraphe : Una files, etc.

J- n'ai plus entendu parler de son entreprise, pour laquelle il allait effectivement à Borne.

Vous engageant à compter beaucoup sur les deux sources que je vous indique, i s prie d'agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.

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