‹ Histoire des œuvres de H. de BalzacChapitre 166 sur 217 · UN PROCÈS DE CARICATURE · texte numérisé non relu

UN PROCÈS DE CARICATURE

Lolo Phiphi à la Cour d'assises.

C'est lundi 22 que Lolo Phiphi a fait son entrée dans le monde judiciaire. 11 s'est présenté avec armes et bagages devant MM. les jurés, soutenu par M*' Ktiennc Blanc, cet ami, défenseur de la Caricature, qui ne l'a point oubliée dans le jour du danger.

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Lolo Phiphi est un plaisant croquis dont nous avons àé]h eu l'occasion de parler. Il représente le Pouvoir, grotesqtiement fi:;urt'' par un voyageur en tournée, muni d'échantillons quasi républicains, tels que seringues, cocardes, croix d'honneur, etc., etc. Au bas on lit : Lolo Phiithi, commis voijayeur de la maison Casimir Pompier, Canule et Compagnie.

M. Fonrouge, père putatif de Lolo Phiphi, a déclaré qu'il ne reconnaissait point cet enfant comme issu de ses œuvres, qu'il n'était que son père adoptif. Selon M. Fonrouge, Lolo Phiphi serait né à Londres (à London), l'an de grâce 1831, pendant le voyage d'un roi dans ses provinces. Mais, comme père adoptif, il se déclare responsable des méfaits de son nourrisson, et renvoie la cour à maître Blanc, chargé de disculper les prétendus écarts de Lolo Phiphi.

M' Partarieu-Lafosse, substitut de M' Persil, avait mission de prouver que Lolo Phiphi était un insolent. Il s'est contenté de dire : a Voyez cette figure grotesque, messieurs les jurés, et, en conscience, décidez si une pareille figure est admissible dans un gouvernement constitutionnel. »

M* Blanc, persuadé qu'on ne doit pas juger les gens sur la mine, a soutenu, lui, que, sous un gouvernement libre, toutes les figures sont libres de se montrer, attendu qu'il n'y a pas encore de loi somptuaire sur la beauté, et que tout le monde n'est pas ooligé d'être aussi joli que M. Mill.... M. Desmor.... M. Casimir Pompier et autres beautés de premier ordre de notre époque de perfectionnement.

M' Etienne Blanc, enfin, a prouvé clair comme le jour que l'accusé Lolo Phiphi n'est pas si méchant qu'on le dépeint ; que M. Fonrouge avait pu l'adopter sans se compromettre, puisqu'il était le second de la famille, et que son frère aîné, le souffleur de bulles de savon, avait obtenu de MM. les jurés la permission d'exister, ww*"V avic sa f.gure, ce qui, par le temps qui court, est une faveur insigne. Or, comme il n'y a pas encore de droit d'aînesse, MM. les jun^s n'ont pas voulu déshériter le cadet quand l'aîné avait été comblé de caresses. Après une demi-heure de délibération, qui s'est passée sans doute à rire bien fort du procès, MM les jures ont dit: «Lolo Phiphi est un bon enfant, qu'il existe et poursuive son tour de France ; » ce oue Lolo Phiphi ne s'est pas fait dire deux fois, remerciant M* Etienne Blanc de ses spirituels efforts. — Et de deux I

25 août 1831

THÉÂTRE DE l'aMBIGU-COMIQUE .

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