Retour du père prodigue
La publication de cet ouvrage fut accompagnée dans le Constitu-
tionnel de trois notes que nous allons transcrire ici; la première, publiée dans le numéro du 20 octobre I8Z16, a trait au titre de comte de Forzheira donné par l'empereur au général Hulot (page Zi, ligne 2), et à la situation d'adjoint attribuée à Crevel, changée aujourd'hui en celle di^ancien adjoint (page 3, ligne 10) ; la voici :
Le profond respect que je porte à la grande armée et à l'empereur, m'oblige à répondre à la lettre suivante, qui m'est adressée par la voie du Constitutionnel :
Monsieur,
Dans votre nouveau roman : les Parents pauvres, il vous plaît de faire conférer par Tempereur, au général Hulot, le titre de comte de Forzheim. En vérité, l'empereur n'aurait mieux su s'y prendre pour combler de ridicule un des braves de son armée. Que diriezvous, monsieur, d'un personnage qui se ferait appeler le marquis de la Pétaudière"?
Nous autres Français, nous ne saurons jamais que notre langue. H n'y aurait donc guère d'inconvénient, si vos oeuvres, à juste titre, ne jouissaient d'une vogue européenne.
Veuillez bien agréer, monsieur, ces observations de la part d'un de vos admirateurs les plus sincères.
Je déclare ne savoir aucun mot d'allemand. Il m'est d'ailleurs impossible de me livrer à l'étude de cette magnifique et très-estimable langue, tant que je ne saurai pas parfaitement la langue française; et je la trouve si peu maniable après vingt ans d'étude, que je ne pense pas, comme mon bienveillant critique, que, nous autres Français, nous sachions notre langue ; si nous ne savions que cela, nous le saurions mieux. Venons au reproche qui taxeraifâelégèrete^on Napoléon de la Comédie humaine. Si je ne sais pas l'allemand, je connais beaucoup l'Allemagne, et j'ai l'honneur d'afïirmer à l'auteur de cette lettre que je suis passé environ neuf fois par la ville de Forzheim, située sur les frontières des États de Bade et du Wurtemberg. Cette ville est une des plus jolies et des plus coquettes de cette contrée, qui en compte tant do charmantes. C'est là qu'en 1809 le héros des Chouans a livré le brillant conibat en souvenir duquel, après Wagram, Napoléon le nomma comte du nom de cette ville, selon son habitude de rattacher sa nouvelle noblesse h de grands faits d'armes. Cette affaire est le sujet d'une de mes Scènes de la Vie militaire. Si mon critique anonyme sait l'allemand, je suis fâché de voir qu'il n'est pas plus fort en géographie, que moi sur la langue germanique. Subsidiairement, si Forzheim veut dire Pétaudière, Bicoque en Italie a immortalisé ce nom bizarre; puis nous avons eu les ducs de Bouillon, et nous comptons, nous autres amateurs des vieilles chroniques, plus de vingt noms, célèbres au temps des croisades, qu'on ne peut plus imprimer aujourd'hui, tant ils sont ridicules ou indécents. Cinq familles françaises (entre autres, les Bonnechose) ont été autorisées par lettres patentes à changer quelques-uns de ces noms qui, dans le vieux temps, avaient bien leur prix. Enfin, Racine, Corneille, Lafontaine, Marot, les deux Rousseau, Cuvier, Picolomini, Facino Cane, Marceau, Cœur, Bart, etc., ont surabondamment prouvé que les noms deviennent ce que sont les hommes, et que le génie, comme le courage, transforment en auréole les vulgarités qui les touchent.
Une observation, plus grave que celle-ci, et qui m'oblige à grossir cette note, est celle relative à M. Crevel. Ce personnage a dû donner sa démission d'adjoint pour être capitaine de la garde nationale. Ce défaut de mémoire légale sera réparé.
Je remercie, d'ailleurs, mon critique de l'intérêt qui ressort pour un écrivain, de toute observation, même erronée.
L'Ali'lELR.
Dans le numéro du 28 octobre, nouvelle note sur le même sujet ;
Quand on a passé souvent par cette ville (Forzheim), on ne peut pas ne point avoir lu sur les poteaux Pforzheim (sic). Mais nous avons jugé cette orthographe incompatible avec la prononciation française, et nous avons mis Forzheim comme nous disons Mayence pour Mainz. D'ailleurs, Forzheim, m'écrit un Allemand, ne veut pas dire Pétaudière, il faudrait Furzheim. Pforzheim n'est pas un mot de la langue germanique. Les Romains (au temps de Jules-César) fondèrent cette ville et la nommèrent, à cause de sa situation : Pointa Hercinœ, c'est-à-dire : Porte de la forêt Noire. Au moyen âge, on a dit PJiorcœ, par abréviation ; puis le peuple a donné une terminaison germanique au mot latin abrégé ; de là Pforzheim ! En tous pays, les noms sont le résultat de ces bizarres transformations. La Ferté-sous- Jouarre et Aranjuez sont, dans chaque pays, la corruption à' Ara Jovis, Autel de Jupiter.
Pforzheim, célèbre d'ailleurs par ses trois cents soldats qui, dans la guerre de Trente ans, succombèrent à la manière des trois cents Spartiates de Léonidas, a vu naître Reuchlin et Gall.
J'ajoute cette note pour en finir sur ce point, car j'ai reçu onze lettres à ce sujet. La géographie a ses périls.
La dernière note est relative au fait d'armes raconté page 290, ligne 30 de cette édition; la voici, extraite du numéro du 18 novembre 18Zi6 :
Pour éviter les récUmations, nous mettrons ici en note que cet admirable fait d'armes appartient 'ây gonéraï Legrand, qui alla vers cette triple redoute comme à une fête, ayant au cou une chaîne des cheveux blonds de sa femme, aujourd'hui madame J... de F... Il y a des héroïsmes qu'on ne peut pas inventer, il faut les prendre tout faits. Napoléon fut jaloux de cette affaire. Il vint et dit: « On aurait pu tourner la position; vous avez pris le taureau par les cornes. «Après une longue disgrâce, Masséna, dit le général Pelet, qui a rapporté ce mot de Napoléon dans son Histoire de la campagne de 1S09, avait un commandement en chef; il voulait stupéfier les Allemands par un coup d'éclat, et ce fut le prélude de ses exploits à Gross-Aspern et à Wagram.
Cette précaution oratoire, mise en avant uniquement à cause de l'immense publicité de ce journal, est nécessaire pour prévenir les critiques. On aurait ('galemont tort de prêter à l'auteur l'intention de viser au portrait. Le maréchal Cottin,
prince de Wissembourg, le Directeur du personnel, etc., sont des personnages nécessaires dans la Comédie humaine; ils y représentent des choses et ne seront jamais des personnalités. Quand Molière introduisit un monsieur Loyal dans Tartufe, il faisait l'Huissier, et non tel huissier. C'était le fait et non un homme.
Voici maintenant les divisions de la Cousine Bette en volumes :
Où la passion va-elle se nicher?
De beau-père à belle-mère.
Josépha.
Attendrissement subit du parfumeur.
Comment on peut marier les
belles filles sans fortune.
Le capitaine perd la bataille.
Une belle vie de femme.
Hortensc.
Un caractère de vieille fille.
L'amoureux de Bette.
Entre vieille et jeune fille.
M. le baron Hector Hulot
d'Ervy.
Le Louvre.
Où l'on voit que les jolies femmes se trouvent sous les pas des libertins comme les dupes vont au-devant des fripons.
Le ménage Marneffe.
La mansarde des artistes.
Histoire d'un exilé.
Aventure d'une araignée qui trouve dans sa toile une belle mouche trop grosse pour elle.
Comme on se quitte au treizième
arrondissement.
Une de perdue, une de retrouvée.
Le roman de la fille.
Laissez faire les jeunes filles.
Une entrevue.
Où le hasard, qui se permet souvent des romans vrais, mène trop bien les choses pour qu'elles aillent longtemps ainsi.