‹ Histoire des œuvres de H. de BalzacChapitre 86 sur 217 · L'agonie · texte numérisé non relu

L'agonie

Conclusion.

Différents fragments de ce roman avaient paru, inédits, dans les journaux avant sa publication en volumes; ainsi l'on trouve, dans la Caricature du 16 décembre 1830, un fragment de cet ouvrage intitulé le Dernier napoléon, que nous allons réimprimer ici; c'est le début de l'ouvrage, mais absolument différent; ce morceau était signé Henri B...

Vers trois heures du soir, un jeune homme descendit, par le Perron, dans le jardin du Palais-Royal, à Paris. Il marcha lentement sous les tilleuls jaunes et

XVI et XVII, portant le millésime de 1836 et le nom de Werdet au titre, chez Delloye et Lecou (noms portés seulement sur la couverture), en juillet 1837 ; tomes VI, VII, VIII, IX etX, sous le titre collectif de : le Livre des douleurs, chez Souverain, en 1840. C'est cette même année qu'on changea les titres des tomes XXII, XXIII, XXIV et XXV en ceux des tomes XIV, XVIII, XIX et XX, de façon à faire un ouvrage complet en vingt volumes. Contenant : — Tomes I à IV. Note de Téditeur. Étude par Félix Davin. La Peau de chagrin (sans préface ni moralité). Adieu. — Tome V. Le Réquisitionnaire El Verdugo. L'Élixir de longue vie. Un drame au bord de la mer. — Tome VI. Gambara. — Tomes VII et VIII. Les Proscrits. Massimilla Doni. — Tomes IX et X. Séraphita. — Tome XI. Maître Cornélius.

— Tome XII. La Messe de l'athée. Les Deux Rôves (le Petit Souper). Facino Cane. Les Martyrs ignorés. — Tome XIII. Le Secret de Ruggieri. — Tome XIV (ancien XXII). Jésus-Christ en Flandre. Melmoth réconcilié. L'Église. — Tome XV. L'Enfant maudit (première partie). — Tome XVI. L'Enfant maudit (deuxième partie, la Perle brisée). Une passion dans le désert. — Tome XVII. L'Auberge rouge. Le Chef-d'œuvre inconnu (Gillotte).

— Tomes XVIII et XIX (anciens XXIII et XXIV). L'Histoire intellectuelle de Louis Lambert. L'interdiction. — Tome XX (ancien XXV). L'interdiction, fin.

Cinquième édilion. Tomes XIV à XVI de la première édition de la Comédie humaine, trois volumes in-8", chez Furne, Dubochet et Hetzel, 1845-1846. Contenant: — Tome I (1846, daté 1840). La Peau de chagrin. Jésus-Christ en Flandre (y compris l'Église). Melmoth réconcilié. Le Chef-d'œuvre inconnu (Gillette). La Recherche de l'absolu (Balthazar Claes).

— Tome II, (1846, daté 1845). Massimilla Doni. Gambara. L'Enfant maudit. Les Marana. Adieu (le Devoir d'une femme). Le Réquisitionnaire. El Verdugo. Un Drame au bord de la mor. L'Auberge rouge. L'Élixir de longue vie. Maître Cornélius. Sur Catherine de Médicis. I. Le Martyr calviniste (les Lecamus). — Tome III (1846). Sur Catherine de Médicis. II. La Confession de Ruggieri. III. Les Deux Rêves (le Petit Souper). Les Proscrits. Louis Lambert (Histoire intellectuelle de). Séraphita. Ce volume est terminé par les Etudes analytiques.

Éludes analytiques. Première édition. Fin du tome XVI de la première édition de la Comédie humaine. Uti volume in-8o, chez Furne, Dubochet et Hetzel, 1846, et tome XVIII des Œuvres de Balzac, premier tome complémentaire, un volume in-S", chez madame Houssiaux, 1855. Ces voluuios renferment : --Tome XVI. Physiologie du mariage. — Tome XVIII. Petites Misères de la vie conjugale.

chétifs de l'allée septentrionale, en levant la tête de temps en temps pour interroger par un regard les croisées des maisons de jeu. Mais l'heure à laquelle les fatales portes de ces antres silencieux doivent s'ouvrir n'avait sans doute pas encore sonné, car il n'aperçut, à travers les vitres, que les employés oisifs et immoliiles, dont les figures, toutes stéréotypées d'après un modèle ignoble et sinistre, ressemblaient à des larves attendant leur proie. Alors, le jeune homme ramena SCS yeux vers la terre, par un mouvement de mélancolie.

Sa marche indolente l'ayant conduit au jet d'e.iu, dont le soleil illuminait en ce moment les gerbes gracieuses, il en fit le tour, sans admirer les jeux colorés de la lumière, sans même contempler les mille facettes de l'eau qui frissonnait dans le bassin. Toute sa personne accusait une insouciance profonde des choses dont il était entouré. Un sourire amer et dédaigneux dessinait de légers plis dans les coins de sa bouche. Son extrême jeunesse donnait un intérêt pénible à l'expression de froide ironie fortement empreinte dans ses traits, et c'était un étrange contresens dans un visage animé de brillantes couleurs, dans un visage resplendissant de vie, étincelant de blancheur, un visage de vingt-cinq ans. Cette tête captivait Tattention. Il y avait, sur ce front pâle, quelque secret génie. Les formes étaient grêles et fines, les cheveux rares et blonds. Un éclat inusité scintillait dans ces yeux, tout endormis qu'ils étaient par la maladie ou par le chagrin...

A voir ce jeune homme, les poètes auraient cru à de longues études, à des nuits passées sous la lueur d'une lampe studieuse ; les médecins auraient soupçonné quelque maladie do cœur ou de poitrine en remarquant la rougeur des joues, le cercle jaune qui cernait les yeux, la rapidité de la respiration ; les observateurs l'eussent admiré; les indifférents lui auraient marché sur le pied...

L'inconnu n'était ni bien ni mal mis. Ses vêtements n'annonçaient pas un homme favorisé de la fortune ; mais, pour surprendre les secrets d'une profonde misère, il fallait un physiologiste sagace, qui sût deviner pourquoi l'habit avait été fermé avec tant de soin !...

Le jeune homme alla s'appuyer sur un des treillages en fer qui entourent les massifs; et, se croisant les bras sur la poitrine, il regarda les bâtiments, le jet d'eau et les passants d'un air triste mais résigné. Il y avait dans ce regard, dans cet abandon, bien des efforts trahis, bien des espérances trompées; et, dans la contraction des bras, un bien puissant courage. L'impassibihté du suicide siégeait sur ce visage. Aucune des curiosités de la vie ne tentait plus cette âme, tout à la fois turbulente et calme.

Lé jeune homme tressaillit soudain ! Il avait, par une sorte de privilège infernal, entendu sonner l'heure, ouvrir les portes, retentir les escaliers... Il regarda les fenêtres de la maison de jeu. Des têtes d'homme allaient et venaient dans les galons... 11 se redressa et marcha sans empressement; il entra dans l'allée, sans fausse pudeur, monta les escaliers, franchit la porte, et se trouva devant le tapis vert, plus tôt peut-être qu'il ne l'aurait voulu, tant les âmes fortes aiment une plaidailleuse incertitude!...

L'assemblée n'était pas nombreuse. Il y avait quelques vieillards à tète chenue, à cheveux blancs, assis autour de la table; mais bien des chaises restaient

vides... Un ou deux étrangers, dont les figures méridionales brûlaient de désespoir et d'avidité, tranchaient auprès de ces vieux visages experts des douleurs du jeu, et semblables à d'anciens forçats qui ne s'effrayent plus des galères... — Les tailleurs et les banquiers immobiles jetaient sur les joueurs ce regard blême et assuré qui les tue... Les employés se promenaient nonchalamment. Sept ou huit spectateurs, rangés autour de la table, attendaient les scènes que les coups du sort, les figures des joueurs et le mouvement de l'or allaient leur donner. Ces désœuvrés étaient là, silencieux, attentifs... lis venaient dans cette salle comme le peuple va à la Grève. Ils se regardèrent des yeux les uns les autres au moment où le jeune homme prit place devant une chaise, sans s'y asseoir.

— Faites le jeu!.., dit une voix grêle.

Chaque joueur ponta.

Le jeune homme jeta sur le tapis une pièce d'or qu'il tenait dans sa main, et ses yeux ardents allèrent alternativement des cartes à la pièce, de la pièce aux cartes. Les spectateurs n'aperçurent aucun symptôme d'émotion sur cette figure froide et résignée pendant le moment rapide que dura le plus violent combat par les angoisses duquel un cœur d'homme ait été torturé. Seulement, l'inconnu ferma les yeux quand il eut perdu, et ses lèvres blanchirent ; mais il releva bientôt ses paupières, ses lèvres reprirent leur rougeur de corail, il regarda le râteau saisir sa dernière pièce d'or, affecta un air d'insouciance et disparut sans avoir cherché la moindre consolation sur les figures glacées des assistants.

Il descendit les escaliers en sifflant le Di tanti palpiti, si bas, si faiblement, que lui seul, peut-être, en entendait les notes; puis il s'achemina vers les Tuileries d'un pas lent, irrésolu, ne voyant ni les maisons, ni les passants, marchant comme au milieu du désert, n'écoutant qu'une voix, — la voix de la mort, — et perdu dans une méditation confuse, où il n'y avait qu'une pensée...

Il traversa le jardin des Tuileries, en suivant le plus court chemin pour se rendre au pont Royal ; et, s'y arrêtant au point culminant des voûtes, son regard plongea jusqu'au fond de la Seine...

Dans la Revue des Deux Mondes de mai 1831 parut un autre fragment intitulé une Débauche; il était accompagné de la note suivante, qui se rapporte à la page Zi6, ligne 30, aux mots « et Canalis? » nom auquel, dans la première édition, était substitué celui de Victor Hugo :

Obligé de donner de l'actualité à son livre, l'auteur. a fait parler dans ce banquet les convives avec la liberté que supposent le vin et la bonne chère ; mais il espère que son opinion sur des hommes dont il estime sincèrement les ouvrages ne sera pas suspectée.

Il faut remarquer que, dans la première version de ce fragment, qui va de la page 37, dernier paragraphe, à la page 53, ligne 10, tous les noms cités étaient des noms de personnages réels que Balzac remplaça plus tard par ceux des acteurs de la Comédie humaine;

il a fait ce même changement chaque fois que cela fut possible dans toutes ses premières compositions lorsqu'il les fit entrer dans son œuvre complète, réunie et enchaînée.

Enfin, un autre fragment de cette œuvre parut dans la Revue de Paris du 27 mai 1831, sous le titre de : Le Suicide d'un poète. Il commence dans l'édition définitive aux mots « La vie de dissipation » page lùO, ligne 20 et se termine aux mots « furent protestées », page l/i7, ligne 36. Il était précédé, dans la Revue de Paris, des lignes suivantes :

Nous sommes heureux de pouvoir, par ce fragment, venir en aide à l'impatience publique, dès longtemps préoccupée de l'apparition de ce livre. Quelques lectures de salon lui ont donné, avant sa naissance, une immense renommée, que ne paraît pas devoir démentir le commencement de publicité qu'il reçoit ici. Vingt fragments pour le moins aussi remarquables étaient à notre disposition.

Un jeune homme, voué d'abord à une vie studieuse et solitaire, est tout à coup tiré de sa mansarde par le despotisme d'une première passion. Sa maîtresse est une femme du monde, vaine, opulente; et lui, pauvre, sensible, naïf surtout, comme les hommes d'étude et de poésie qui ne se sont point encore usés par le frottement de la société. Son cœur, plein d'enchantements et riche d'illusions, se heurte à tout moment contre l'âme insensible et froide de la coquette. Dédaigné, déchiré, Raphaël de Valentin se décide à mourir. Une consultation mélancolique a eu lieu chez l'un de ses amis, homme de plaisir ; et, après avoir discuté les avantages, les inconvénients de tous les genres de mort volontaire, l'homme de dissipation propose à l'homme de solitude de périr en abusant de toutes les jouissances de la vie, en s'abrutissant. Mais, se trouvant sans argent tous deux, l'ami de Valentin va risquer au jeu leurs dernières ressources.

Par un artifice de composition qui oblige notre collaborateur à empreindre son œuvre d'une verve extraordinaire, Raphaël raconte ses malheurs au milieu d'une orgie. Ce récit de désespoir, tour à tour fantastique et réel, agité, coloré, brûlant, enivrant comme les flammes du punch, à la lueur duquel il est confié à un cœur compatissant, doit représenter une ivresse qui croît, qui grandit à chaque phrase.

Cette explication était nécessaire pour l'intelligence du fragment suivant, qui appartient à ce récit.

Nous publions ici un curieux article de Balzac lui-même sur la Peau de chagrin; il parut signé du pseudonyme du comte Alexandre de B..., dans la Caricature du 11 août 1831 :

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