ROMAN PHILOSOPHIQUE
Par M. de Balzac.
Deux volumes in-S", avec des dessins de Tony Johannot. Prix 15 francs, chez Ch. Gosselin, rue Saint-Germain-des-Prés, n° 9.
Si nous dérogeons à nos habitudes satiriques , et si nous abdiquons le pouvoir de la moquerie en faveur de ce livre ;
Ce n'est pas parce qu'il a le plus brillant succès ;
Ni parce qu'il tire violemment le lecteur de l'époque actuelle, de ses misères, de ses grandeurs, de la politique boiteuse, de la propagande qui marche;
Ni parce qu'il a une haute portée de morale et de philosophie ;
Ni parce que, suivant l'admirable expression du premier critique qui en ait parlé, «t notre société cadavéreuse y est fouettée et marquée en grande pompe sur un échafaud, au milieu d'un orchestre tout rossinien » ;
Ni parce que la vie humaine y est représentée, formulée, traduite, comme Rabelais et Sterne, les philosophes et les étourdis, les femmes qui aiment et les femmes qui n'aiment pas la conçoivent; drame qui serpente, ondule, tournoie, et au courant duquel il faut s'abandonner, comme le dit la très-spirituelle épigraphe du livre.
(Steknb, Tristam Shandy, chap. 322.)
Ni parce que le style le plus éblouissant encadre ce conte oriental, fait avec nos mœurs, avec nos fôtcs, nos salons, nos intrigues et notre civilisation, oui tourne sur elle-même, et augmente l'intensité de son tourbillon sans y mettre plus de bonheur qu'il n'y en avait hier, qu'il n'y en aura demain ;
Ni parce que l'amour y est ravissant comme l'amour, l'amour jeune, l'amoup trompé, l'amour heureux;
Ni parce que la vie du jeune homme riche de cœur et pauvre d'argent y est jetée comme un brandon entre l'insensibilité de la coquetterie et la passion réelle de la femme.
Mais nous recommandons cet ouvrage à ceux qui aiment la belle littérature et les émotions, parce que nous avons autant d'amitié que d'admiration pour M. de Balzac.
Si ce n'est pas do Tadrcsso, au moins il y a dans cet aveu de la franchise, ce qui est rare en fait de journalisme.
La Peau de chagrin reparut deux fois encore en 1831 , sans la préface, et augmentée de douze contes, sous le titre de Romans et Contes philosophiques, trois volumes in-8° avec préface de Philarète Ghasles, signée seulement C..., chez Ch. Gosselin; et les douze contes furent publiés à part en deux volumes in-8°, 1832, sous le titre .de Contes philosophiques, avec une note de l'éditeur, datée de Paris,^1832 (voir tome XXII, page Zi05), et la préface de Philarète Chasles, signée cette fois en toutes lettres. Les deux éditions que cette version fut censée avoir, en 1831, ne furent qu'un seul tirage de l'œuvre, ainsi que le constate la note de l'éditeur placée en tête de la véritable quatrième édition (voir tome XXII, page /i06). C'est à l'édition publiée sous le titre de Romans et Contes philosophiques que se rapportent les deux morceaux suivants, écrits en 1831 par l'auteur lui-même sur son œuvre, et que nous empruntons, le premier à la Caricature du 13 octobre 1831, et le second à f Amateur d'autographes du 15 mai 1865, qui l'a publié sur le manuscrit autographe.
ROMANS ET CONTES PHILOSOPHIQUES
Le nombreux tirage d'une première édition de la Peau de chagrin n'a pu suifire à l'empressement du public, et une seconde édition de cet ouvrage remarquable vient de paraître, enrichie d'un troisième volume, composé de douze nouveaux contes, dont quelques-uns ont paru dans la Revue de Paris. Un pareil succès renferme tous les éloges que nous n'avions pas osé accorder, dès son apparition, à l'œuvre d'un ami. Aujourd'hui, redire des louanges passées en proverbe, et présager aux trois nouveaux volumes de M. de Balzac le même sort qu'ont eu les deux premiers, c'est rendre un juste hommage à la plume d'un écrivain que réclame la bibliothèque de tout lecteur de goût. Les nôtres retrouveront dans l'édition que nous annonçons, le Dialogue des Morts i, qui parut dans l'un des premiers numéros de la Caricature, et dont la piquante originalité révélait assez cettç vraie modestie du talent qui se cache sous l'anonyme'.
ROMANS ET CONTES PHILOSOPHIQUES
Trois volumes. Ch. Gosselin, 1831.
Les Contes philosophiques de M. de Balzac ont paru cette semaine chez le