‹ Histoire des œuvres de Stendhal: IntrodChapitre 34 sur 74 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

GENÈSE ET COMPOSITION

... Lorsque fut décidée eu 1845 la publication de l'œuvre posthume de Henri Beylé intitulée Mémoires sur Napoléon, R. Colomb... n'osant assumer à lui seul la responsabilité d'une pareille entreprise, fît un choix rapide parmi les chapitres du manuscrit et les porta à Prosper Mérimée... Mérimée, qui édifiait déjà sa fortune future, traita le Napoléon de Stendhal, comme M. Pinard, lui-même, n'eût osé traiter Madame Bovary, si le texte en avait été soumis à sa censure. La comparaison est exacte. Une partie du manuscrit légué à la Bibliothèque de Grenoble, après la publication du volume Fragments et portant la trace évidente du travail de Mérimée, en témoigne éloquemment.

On éprouve, à le parcourir, l'impression de quelque exécrable devoir d'écolier corrigé, rageusement, par un maître exaspéré. Rien n'y nianque : ni les annotations prodiguées, sous forme de sentences, ni les mots biffés d'un

violent coup de plume, ni les fautes matérielles redressées avec une patiente minutie, ni les exclamations lourdement ironiques. Quelque part, en marge d'un feuillet, Stendhal rappelle le mot de Napoléon au maréchal Berthier:

« J'ai cent mille hommes de rente! » D'un trait qui déchire la page, et qui semble aujourd'hui encore, malgré les distantes années, un outrage fait à la pensée de l'écrivain, Mérimée sabre le mot tragique — le mot tragique et superbe dont l'imagination de Stendhal dut rêver si longtemps — et il ajoute au-dessous,* d'une solennelle et officielle écriture : « Cette parole ne fait honneur ni à celui qui l'a prononcée, ni

à celui qui l'a rapportée » Et le manuscrit,

ainsi mutilé, dénaturé, rendu inintelligible, à force d'avoir subi des remaniements, est porté à l'éditeur qui par les soins du timide et confiant Colomb, en fait ce volume de Fragments plus nuisible à la mémoire de Stendhal, a dit un commentateur chagrin, que les pires attaques de ses ennemis....

Les nombreux papiers posthumes réunis sous le titre de Mémoires sur Napoléon^ publiés et inédits, ne forment point... une œuvre complète, définitive.

Nous n'en possédons que Tébauche... Les pages qui suivent, extraites d'une série de cahiers déposés à la Bibliothèque de Grenoble, font partie des Mémoires sur Napoléon et furent écri-

tes par Beyie, durant son consulat de Civita Vecchia. Colomb fut seul à les connaître.

Lesjugca-t-il indignes d'être portées à Mérimée? Certains détails l'obligèrent-ils à les laisser inédits?

On ne sait. Le hasard qui nous les a fait découvrir est d'autant plus heureux que nulles corrections, nulles remarques niaises n'en déparent le texLe. (Jean de Mitty. Commentaire, passifu,)

ÉDITIONS

Le Figaro, — Fragments dans le Supplément litléraire ir des 25 février, 16, 30 décembre 1893, 14 janvier 1S94.

Edition originale. — Stendhal (œuvres posthumes) Napoléon — de F Italie — Voyage à Brnnswiek — de l'Angleterre — les Pensées — Commenlaires sur Molière. — Notes et Introduction par Jean de Mitty.— Paris. Editions de la lievne Blanche, 1, rue Laffitte, 1897. — 1 vol. in- 12, contient:

L — M. de Stendhal. Etude par Jean de MiTTV; dédicace pour Gaston Lagrange ; ornée de 3 portraits de Henri Beyle, par Félix Valloton, pp, III-XXIl.

II, — Napoléon. Commentaire par Jean de MïTTY, pp- 1-10.

1. Napoléon par de Stendhal, De la Cour j de VArmée^ des Minislres, du Conseil d'Etat, de V Administration, pp. 13-88.

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