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Histoire des oracles

En 1683, un médecin hollandais, Van Dale, avait publié, sur les oracles, deux longues dissertations latines ' dont les Nouvelles de h République des Lettres avaient rendu compte '. FonteneUe lut le volume — qu'il n'est pas téméraire de supposer que le journal de Bayle lui avait révélé — et la pensée lui vint aussitôt de faire profiter Français et Françaises d'une lecture « si agréable et si utile » . Mais, pour en retirer sûrement de l'utilité, il fallait d'abord que le public y rencontrât de l'agrément ; et c'était bien la chose du monde dont s'était le moins soucié Van Dale. Rien de prolixe et de confus comme les deux compactes dissertations . C'est plein d'érudition et de science, et c'est parfaitement rebutant, n/i 25 indigestaque moles i. Résolument, Fontenelle supprima, abrégea, arrangea, relevant le tout de réflexions piquantes et de fine ironie +. D'ennuyeuse et d'illisible qu'elle était, l'œuvre devint intéressante 5. Mais aussi et du même

1. « Antonii Van Dale M. D. | de | Oraculis ( Ethnicorum | disser- Utiones duae : | quarum prior de ipsorum duratione ac | defectu, posterior de eorundem | Auaoribus. | Accedit et | Schediasma | de | Consecrationibus | Ethnicis. | — Amstelaedami, | apud Henricum et Viduam Theodori \ Boom. Anno MDCLXXXIII. »

2. Mars 1684. — L'ariidede Bayle est intéressant, et l'œuvre de Van Dale y est résumée avec autant d'exactitude que de clarté. Il est même curieux de remarquer que c'est par ce compte rendu que s'ouvre le premier fascicule du journal.

3. C'est au point que le P. Baltus lui-même se plaint de « cette confusion extrême qui y règne partout, et qui désespère le Lecteur le plus ardent et le plus attentif, qui se perd à tout moment dans un labyrinthe de digressions, de parenthèses et de citations inutiles, entassées les unes sur les autres ». Réponse, 2.

5. Cf. Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Oracles; Bayle, Kou-

P INTRODUCTION

coup elle devenait dangereuse, et il fut visible qu'il faudrait un jour songer à en prévenir les pernicieux effets.

a L'entreprise » de Fontenelle, en effet, « étoit assurément des plus hardies ». Il attaquait « presque seul et tout à la fois, non seulement les anciens Payens, qui attribuoient les Oracles à leurs faux Dieux, mais aussi les Chrétiens de tous les siècles, qui les ont attribuez aux Démons » ; il attaquait encore, et surtout, « un parti soutenu du préjugé favorable de la longue possession, et d'un autre préjugé encore bien plus à craindre, sçavoir que l'opinion commune touchant les Oracles fortifie les preuves du Christianisme » ' ; d'un mot, au nom de la raison humaine, il faisait œuNTre de polémique religieuse : imprudence grave, même à l'aurore du siècle de la philosophie et malgré les précautions minutieuses dont s'était entouré l'auteur — qui n'avait certainement pas encore oublié tout à fait les suites qu'avait failli avoir sa fameuse Relation del'Isîe de Bornéo — imprudence grave », et on le lui fit bien voir .

Q.uelque vingt ans après, quand le parti des dévots se fut fortifié à la cour, et que Louis XIV fut complètement tombé sous les influences que l'on sait, on se rappela que VHistoire des Oracles n'était peut-être pas fort orthodoxe, et le P. Baltus se chargea d'en faire la démonstration ' .

velks de la République des Lettres, fév. 1687 ; Baltus, Réponse, p. 18, et Journal de Trévoux, août 1707, p. 1386.

1. Nouvelles de la République des Lettres, mars 1684. — Nous avons essaj'é d'indiquer ailleurs (Fontenelle. L'homine, Vœuvre, Vinflueiice. Paris, Plon-Nourrit, 1906) la nature de l'Histoire des Oraeles, sa véritable portée, et quelle place doit lui revenir dans l'histoire des idées.

2. Le compte rendu du De Oraculis, par Bayle, se terminait par cet avertissement : « Le lecteur sçaura, s'il lui plaît, qu'en rapportant, ou les raisons, ou les sentimens de ^L Van Dale, je n'ay pas prétendu déclarer que j'en étois persuadé. J'agis en Historien et non pas en homme qui adopte les sentimens des Auteurs dont il parle. On me fera grand plaisir de se souvenir de cette déclaration dans la suite .» Nouvelles de la République des Lettres, mars 1684. — Et Van Dale constate simplement : « C'est peut-être un malheur pour la cause qu'il [Fontenelle] soutient avec moi, qu'il ne soit pas dans un pais de liberté : car je ne peux imputer à autre chose le silence qu'il a gardé, ou les déguisemens qui semblent l'avoir commandé dans des faits de conséquence. » Lettre de Monsieur Van Dale à un de ses amis au sujet du livre des Oracles des Payens, composé par l'Auteur du Dialogue des Morts (Nouvelles de la République des Lettres, mai 1687).

3. « Réponse | à | l'Histoire | des | Oracles | de Mr. de Fontenelle,

INTRODUCTION C

Sa Réponse semble avoir excité d'assez vives espérances chez les ennemis de l'écrivain philosophe. L'ouvrage leur paraît « très bon et d'un homme très maître de sa matière » ' ; il est « regardé avec beaucoup d'estime » * ; Fontenelle y est « bien étrillé » 5, etc. Tout au plus peut-on regretter que le livre du Jésuite ne soit pas « plus vif et plus éveillé, car la matière estoit belle » ♦, et après tout « un peu de sel et d'espices » n'eût rien « gasté » 5. Mais « il fait voir l'impiété, l'ignorance et la hardiesse de celuy qu'il réfute d'une manière incontestable » ^. . . Autant d'éloges par îrop évidemment intéressés : il faut en rabattre. Le seul mérite de Baltus — et de ses instigateurs — est d'avoir flairé, dans l'Histoire des Oracles, « le détestable venin, le funeste poison de l'impiété », et d'avoir pensé que, l'œuvre de Fontenelle une

j de l'Académie françoise. | Dans laquelle on réfute le Système de | Mr. Van-Dale, sur les Auteurs des Ora | des du Paganisme, sur la cause et le temps de | leur silence ; et où l'on établit le sentiment | des Pères de l'Eglise sur le mê | me sujet. | A Strasbourg, | chez Jean Renauld Doulssecker. | MDCCVII. » — Le livre de Baltus (xxii-374 pages, avec table des matières initiale et index final) se compose de trois parties. La première (1-129) comprend vingt chapitres et « réfute les fausses raisons supposées aux Pères de l'Eglise et aux anciens Chrétiens », en rapportant « les véritables qui les ont persuadez, que les Oracles des Payens estoient rendus par les démons ». Dans la seconde (150-247, quatorze chapitres), « on répond aux autoritez et aux raisons que l'Auteur apporte, pour prouver directement, que les Oracles du Paganisme n'ont pas esté rendus par les démons ». Dans la troisième (248-374, seize chapitres), « on montre que les Oracles du Paganisme ont cessé après la naissance de Jesus- Christ, parle pouvoir de sa croix et l'invocation de son nom; et l'on répond aux raisons alléguées au contraire par l'Auteur de l'Histoire ». Il n'a donc pas fallu à Baltus moins de deux ir parties » et de trentequatre chapitres pour répondre à la première dissertation de Fontenelle, la première « partie » réfutant les chap. i-vi et la seconde « partie » répondant aux chap. vii-xviii.

1. Lettre de Renaudot au duc de Noailles, du i" juillet 1707, publiée par M. L.- G. Pélissier, dans la Revue d'histoire littéraire de la France, 1902, p. 147.

2. Lettre de Le Verrier au duc de Noailles, du 5 sept. 1707. Ibid., 1899, p. 624.

3. Lettre de Renaudot au duc de Noailles, du 15 juil. 1707. Ibid., 1902, p. 284.

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