‹ Histoire des oraclesChapitre 10 sur 112 · PREFACE V · texte numérisé non relu

PREFACE V

eu autant de sçavoir que M. Van-Dale. Comme j'en suis extrêmement éloigné, j'ay pris sa Science, et j'ay hasardé de me servir de mon esprit, tel qu'il est ; je n'eusse pas manqué sans doute de prendre le sien si j'avais eu affaire aux mesmes 5 Gens que luy. Au cas que cecy vienne à sa connoissance, je le supplie de me pardonner la licence dont j'ai usé^, elle servira à faire voir combien son Livre est excellent, puis qu'assurément ce qui luy apartient icy paroistra encore tout-à-fait beau, qiioy qu'il ait passé par mes mains.

10 Au reste, j'aprens depuis peu deux choses qui ont rapport à ce Livre. La première que j'ay prise dans les Nouvelles de la République des Lettres ^, est que M. Moebius, Doyen des Professeurs en Théologie à Leipsic, a entrepris de réfuter M. Van-Dale. Véritablement il luy passe que les Oracles n'ont

1 5 pas cessé à la venue de fesus-Christ, ce qui est effectivement incontestable quand ou a examiné la question ; mais il ne luy peut acorder que les Démons n'ayent pas esté les Auteurs des Oracles. C'est déjà faire une brèche tres-considerable au Sistême ordinaire, que de laisser les Oracles s'étendre au delà

20 du temps de la venue de Jesus-Christ, et c'est un grand préjugé qu'ils n'ont pas esté rendus par des Detnons, si le

1. Van Dale ne fut qu'à moitié satisfait de l'adaptation. Cf. sa Lettre à un de ses amis (Xouvelles de la République des Lettres, mai 1687). Van Dale avait tort : c'est à Fontenelle seul qu'il doit d'être connu aujourd'hui.

2. Dzos les Nouvelles de la République des Lettres (juin 1686), Bayle annonçait ainsi l'ouvrage du » Doyen •». D. Georgii Mœbii Tracta tus Pbilologico-Theologicus de Oraculorum origine, propagatione et duratione, etc.yCum vindiciis adversiis D.Anton. Van Dale,nuiicadmultorumdesiderium, tertia vice editus, etc. C'est-à-dire, de l'origine, du progrès et de la durée des Oracles du Paganisme. Lipsias, sumptibus Justini Brandi, 1685, in-4. — Il l'analyse rapidement, en montre les lacunes et les faiblesses, et pour donner une idée de l'esprit critique de l'auteur, termine son compte rendu en rappelant que, dans ce même livre, Mœbius examine « si les Apôtres ont fait le voyage de l'Amérique, et il soutient qu'oui », parce qu' a il croit que les Apôtres passèrent à pied des Indes en Amérique " ! — Mœbius et le P. Thomassin ont été malmenés aussi par Van Dalj {Lettre à un de ses amis).

Fils de Dieu tie leur a pas imposé silence . Il est certain que selon la liaison que l'opinion commune a mise entre ces deux choses, ce qui détruit l'une, ébranle beaucoup l'autre, ou mesme la ruine entièrement ; et peut-estre après la lecture de 5 ce Livre entrera-t-on encore mieux dans cette pensée ; mais ce qui est plus remarquable, c'est que par l'Extrait de la Republique des Lettres il paroist qu'une des plus fortes raisons de M. Moebius contre M. Van-Dale, est que Dieu défendit aux Israélites de consulter les Devins et les Esprits de Pithon,

lo d'où l'on conclut que Pithon, c'est à dire les Démons, se mêloient des Oracles, et apparemment l'Histoire de l'aparition de Samuel vient à la suite. M. Van-Dale répondra ce qu'il jugera à propos ;pour moy, je déclare que sous le nom d'Oracles je ne pretens point comprendre la Magie, dont il est indubitable

1 5 que le Démon se mêle ' ; aussi n'est-elle nullement comprise

I. C'est le passage qui parait avoir le plus indisposé Yan Dale contre Fontenelle.

« Mais je vous prie, à quoi peut avoir pensé nôtre Auteur de vouloir prouver, que la Magie et particulièrement la Necyomantie s'exerçoient par rinter\-ention du Diable, par l'Autorité des Poètes, surtout de Lucain ? Depuis quand les plus hardies fictions de ces gens-là, à qui tout est permis aussi bien qu'aux Peintres, ont-elles acquis le droit d'entrer en preuve des veritez contestées ? Nôtre Auteur ayant humilié si agréablement et si justement le grave et sage Plutarque, à cause des historiettes fabuleuses dont il a farci ses écrits, peut-il sérieusement canonizer l'Ericto de Lucain, comme une Histoire véritable ? Je dis canonizer, car ce n'est pas sans quelque scandale, que je la voi mettre en parallèle de la Prophetesse d'Endor que le Roi Saiil consulta. En vérité la pieté ne permet aucunement de confondre si légèrement une vérité, avec l'imagination d'un Poëte, >i, etc., etc. Lettre à un de ses amis (NoiavUcs de la Rcpuhlique des Lettres, mai 1687). — Le passage est long, et presque rude à l'égard de ceux qui con fondent, avec tant d'imprudente légèreté, la vérité et la fiction. Il faut le lire, si l'on veut avoir une idée de la gravité, et de la lourde ironie, de Van Dale, dans la polémique.

Le P. Baltus proteste naturellement contre l'interprétation de Fontenelle. Il se livre à une longue discussion sur « le mot hébreu qui signifie un Esprit de Python » et conclut (Réponse, 95) :

« Ainsi Mr. ce que l'Ecriture appelle consulter les Devins et les Pythons, et ce qu'elle defîend et déteste si souvent, comme une abomination exécrable, c'estoit entièrement, quo}' que vous en puissiez dire, ce que les Payens appelloient : aller à l'oracle. Il n'y a de diffe-

Page 1