‹ Histoire des oraclesChapitre 101 sur 112 · Van Dale · texte numérisé non relu

Van Dale

2. Van Dale, 53 et 256 sqq. — Plusieurs pages de ce chapitre ne sont que la répétition du chapiue précédent. Serait-ce parce qu'ilsagit^ de vers, et que Fontenelle n'aimait pas la poésie î — Cf. sur le même sujet, Bayle, Kouvelhs de la République des Lettres, mars 1684.

Cela est tres-vra}'. Mais aussi du temps d'Alexandre,

,„^^et un peu avant Pirrhus, il se forma dans la Grèce de grandes Sectes de Philosophie qui se moquoient des Oracles, les Ciniques, les Peripateticiens, les Epicuriens. 5 Les Epicuriens sur tout ne faisoient que plaisanter des méchans Vers qui venoient de Delphes ; car les Prestres les faisoient comme ils pouvoient, souvent mesme pechoient-ils contre les règles de la Mesure, et ces Philosophes railleurs trouvoient fort mauvais qu'Apollon, le

10 Dieu de la Poésie, fust infiniment au dessous d'Homère, qui n'avoit esté qu'un simple mortel, inspiré par Apollon mesme '.

On avoit beau leur répondre, que la méchanceté mesme des Vers marquoit qu'ils partoient d'un Dieu, qui avoit

15 un noble mépris pour les règles, ou pour la beauté du stile. Les Philosophes ne se payoient point de cela, et pour tournercetteréponseen ridicule, ils rapportoient l'exemple de ce Peintre, à qui on avoit demandé un Tableau d'un cheval qui se roulast à terre sur le dos. Il peignit un

20 cheval qui couroit, et quand on luy dit que ce n'estoit pas là ce qu'on luy avoit demandé, il renversa le Tableau et dit. Ne voila-t-il pas le cheval qui se roule sur le dos ^ ?

X. Van Dale, 257-259. — Nous avons donné le passage de Van Dale au chap. précédent, et on trouvera la comparaison du « tableau renversé » dans Plutarque, Cur Pythia..., v.

2. D'après Baltus (Réponse, 549-350), Fontenelle aurait mal compris le passage de Plutarque. « Voicy ce que c'est. Il [Plutarque] introduit dans un de ses dialogues un Epicurien, qui répond à ceux qui disoient, qu'il ne falloit pas s'étonner, si les vers des Oracles péchoient contre les règles ordinaires de la poésie, puisqu'ils vendent d'Apollon qui estoit au dessus de toutes les règles : que ces defFauts et cette négligence même, estoient une preuve qu'il en estoit l'auteur. A quoy l'Epicurien réplique, que d'autres peut-estre en renversant cet argument, pourroient conclure avec plus de raison, que les Oracles ne viennent pas d'Apollon, puisqu'ils sont si défectueux et si contraires aux règles de la poésie. Les premiers argumentoient ainsi. Ces vers viennent d'Apollon, donc il n'est pas surprenant qu'ils pèchent contre

C'est ainsi que ces Philosophes se moquoient de ceux qui par un certain raisonnement qui se renversoit, eussent conclu également que les Vers estoient d'un Dieu, soit qu'ils eussent esté bons, soit qu'ils eussent 5 esté méchans.

Il falut enfin que les Prestres de Delphes accablez des plaisanteries de tous ces gens-là, renonçassent aux Vers, du moins pour ce qui se prononçoit sur le Trépié ; car hors delà, il y avoit dans le Temple des Poètes '

10 qui de sang froid mettoient en \''ers ce que la fureur Divine n'avoit inspiré qu'en Prose à la Pithie. N'est-il pas plaisant qu'on ne se contentast point de l'Oracle, tel qu'il estoit sorty de la bouche du Dieu ?Mais apparemment des gens qui venoient de loin, eussent esté honteux de ne

15 reporter chez eux qu'un Oracle en Prose ^.

Comme on conservoit l'usage des Vers le plus qu'il estoit possible, les Dieux ne dédaignoient point de se servir quelquefois de quelques Vers d'Homère, dont la versification estoit asseurément meilleure que la leur»

20 On en trouve assez d'exemples ; mais, et ces \'^ers

les règles de la poësie, parce qu'Apollon est au-dessus de toutes ces règles. L'Epicurien renversoit l'argument et disoit : Ces vers pèchent contre les règles de la poësie, donc il est visible qu'ils ne viennent pas d'ApolloUj le père et le Dieu de la poësie. Prenez la peine de relire cet endroit de Plutarque : vous reconnoîtrez, si je ne me trompe, que vous n'avez pas pris sa pensée, ny bien conçeû ce que c'est qu'un argument renversé... Mai^ ce n'est là qu'une bagatelle. » Et c'est tout ce qu'on trouve dans Baltus relativement à cette question, qui a si vivement intéressé Fontenelle, du rôle de la poésie dans les oracles.

1. Van Dale, 263. « Hos igitur antistites sibi adsciverant ; ut quae prosa oratione à Pythia prolata erant, versibus quasi circumvestirent : eaque occasione (quem equidem puto praecipuum scopum ipsis fuisse) si non essent quae Pythia illa protulerat, satis obscura, ambigua, aut alia ratione illorum fallaciis obtegendis apta, ea hocce admiuiculo corrigèrent. Et sic tamen, licet oracula sua Pythia non amplius funderel versibus, versibus tamen constabant Oracula, neque ita irridendi eos dabatur, ut olim, occasio. » Cf. encore 242 et 256.

2. Van Dale, 103-105, en donne des exemples d'après Dion Cassius. Cf. encore 309, 363, 367 et iio.

empruntez, et les Poètes gagez des Temples, doivent passer pour autant de marques que l'ancienne Poësie naturelle des Oracles s'estoit fort décriée.

Ces grandes Sectes de Philosophes contraires aux 5 Oracles, durent leur faire un tort plus essentiel, que celu}' de les réduire à la Prose. Il n'est pas possible qu'ils n'ouvrissent les yeux à une partie des gens raisonnables, et qu'à l'égard du Peuple mesme ils ne rendissent la chose un peu moins certaine qu'elle n'estoit auparavant '. 10 Quand les Oracles avoient commencé à paroistre dans le monde, la Philosophie n'y avoit point encore paru.

CHAPITRE VII. Dernières Causes particulières de la décadence des Oracles.

La fourberie des Oracles estoit trop grossière pour 1 5 n'estre pas enfin découverte par mille différentes avantures.

Je conçoy qu'on reçeut d'abord les Oracles avec

avidité et avec joye, parce qu'il n'estoit rien plus

commode que d'avoir des Dieux toujours prests à

20 répondre sur tout ce qui causoit de l'inquiétude ou de

la curiosité ; je conçoy qu'on ne dût renoncer à cette

II dans le monde, heureusement pour eux, la Philosophie 1687 — 18-19 "^n de plus commode 1687.

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