CHAPITRE XL Nouveaux élablissenieus cT Oracles
Les Oracles qu'on établissoit quelquefois de nouveau, 20 font autant de tort aux Démons que les Oracles corrompus '.
I. Van Dale, 432. — « Il est manifeste selon vous, que ces nouveaux Oracles n'ont pu estre que des impostures des hommes ; d'où vous concluez qu'on ne peut pas se dispenser de porter le même jugement des plus anciens. Je doute Monsieur, que la comparaison que vous faites de ces nouveaux Oracles avec les anciens, soit tout à fait juste, et quand elle le seroit, il me semble qu'elle ne prouveroit pas grand'chose. Premièrement il n"est pas trop seûr qu'Héphestion, Antinoiis et Auguste
Après la mort d'Ephestion, Alexandre voulut absolument pour se consoler, qu'Ephestion fust Dieu '. Tous les Courtisans y consentirent sans peine. Aussi tost voilà des Temples que l'on bastit à Ephestion en plusieurs 5 Villes, des Pestes qu'on institue en son honneur, des
ayent rendu des Oracles dans les temples qui leur ont esté consacrez après leur mort ; et les Auteurs que vous citez pour le prouver, nous laissent au moins en liberté d'en douter.
En effet Lucien dit seulement que les flatteurs d'Alexandre voyant jusqu'où alloit sa passion pour Héphestion, n'oublioient rien de tout ce qui estoit capable de l'entretenir et de l'augmenter, en rapportant je ne sçay combien d'apparitions de ce nouveau Dieu, en luy attribuant des guérisons et en vantant ses Oracles. Qui ne voit que Lucien ne donne tout cela que pour des mensonges, que ces Courtisans débitoient hardiment, pour mieux faire leur cour à leur maître ? Il se mocque de la lâche complaisance de ces indignes flatteurs, et de la sotte présomption d'Alexandre, qui se crût non seulement un Dieu luy-même, mais encore assez puissant pour en faire d'autres. » Baltus, Réponse, 159-161. — De même pour Antinous. « Spartien en estoit si persuadé, qu'il n'a point fait de difficulté d'ajouter, que les réponses en vers que l'on faisoit courir sous le nom de cette nouvelle divinité, passoient pour estre de la composition d'Hadrien même, bien loin que l'on crût qu'elles eussent esté rendues par Antinous ou par ses Prêtres. » Ib., 160. — « L'Oracle d'Auguste n'est pas plus certain que ceux d'Héphestioii et d'Antinous. Ce qui vous a donné lieu de l'établir, c'est un petit mot du poète Prudence (1. I, contra Symmachum) qui dit pour se mocquer des Dieux du paganisme, qui avoient tous esté faits par des hommes, que les Romains en suivant cet exemple, avoient aussi fait Dieu l'Empereur Auguste, en luy élevant un temple, luy consacrant des prêtres, luy offrant des sacrifices, se prosternant devant son autel et luy demandant des réponses. Il me semble que ces réponses pourroient bien estre celles que les Aruspices rendoient touchant le succès des sacrifices, après avoir examiné les entrailles des victimes ; et non pas des Oracles tels que les faux prophètes des idoles en rendoient par la voye de la fureur et de l'enthousiasme. Q.uoy qu'il en soit, c'est un Poète qui parle, et qui par plusieurs périphrases qui signifient toutes à peu près la même chose, veut seulement donner à entendre qu'Auguste fût reconnu pour une divinité. » Ibid., 162-164. — Au surplus, même confirmés, ces oracles ne prouveraient rien pour l'imposture des oracles en général, « parce que je ne vois pas ce qui auroit pu empêcher les démons de s'emparer des temples de ces nouvelles divinitez, et d'y étaler leurs impostures et leurs prestiges, comme dans les autres où ils rendoient des oracles depuis tant de siècles. Ont-ils coutume de s'endormir sur leurs intérêts et de négliger les occasions qui se présentent de séduire les hommes, et d'étendre leur empire ? » Ibid., 164-165.