A ANTINOUS
15 Le Compagnon des Dieux d'Egipte,
M. Ulpius Apollonius, son Prophète.
Après cela, on ne sera pas surpris qu'Auguste ait aussi
rendu des Oracles, ainsi que nous l'apprenons de
Prudence. Assurément Auguste valoit bien Antinous et
20 Ephestion, qui selon toutes les apparences, ne durent
leur Divinité qu'à leur beauté.
Sans doute ces nouveaux Oracles faisoient faire des reflexions à ceux qui estoient le moins du monde capa-
I. Van Dale, 452. — L'édition de 1701, dont s'est servi Baltus, a ici une faute curieuse. « Vous dites que cet Empereur fit bâtir à ce nouveau Dieu une ville appelée Andriiwpolis. Je ne doute pas que vous n'ayez écrit, Antinopolis. C'est une faute d'impression qui mérite d'estre corrigée parce qu'elle pourroit causer une erreur grossière, et faire prendre mal à propos une ville de Thrace que nous appelons Andrinople, pour Antinople ville d'Egypte. Il est vrai qu'Estienne de Byzance dit qu'elle s'appelloit aussi Adrianopolis du nom de celuy qui l'avoit bâtie, mais je ne crois pas que cela sufEse pour luy donner le nom d'Andrinopolis. » Baltus, 162.
bles d'en faire '. N'y avoit-il pas assez de sujet de croire qu'ils estoient de la même nature que les Anciens, et pour juger de l'origine de ceux d'Amphiaraûs, de Trophonius, d'Orphée, d'Apollon mesme, ne sufïisoit-il 5 pas de voir l'origine de ceux d'Antinous, d'Ephestion, et d'Auguste ^ ?
1. Van Dale, 436. « Quibus iiUquid saltem saliebat laeva siib parte tnamillae, facillimè odorabantur id quod res erat ; similiaque cogitare debebant de Trophonii, Amphiarai, Amphilochi, Orphei... Oraculis. a — « Pourquoy donc aucun Auteur de l'antiquité n'a-t-il pas fait ces reflexions si aisées à faire? Pourquoy aucun ne s'est-il avisé déjuger des anciens Oracles par ces nouveaux, et de produire ceux-cy, pour montrer que ceux-là n'estoient que des fourberies ? Les Chrétiens sur tout ne devoient-ils pas le faire ? Néanmoins Origene qui parle assez au long d'Antinoiis et des honneurs qu'on lui rendoit en Egypte, dit qu'entre les prodiges qu'on lui attribuoit, il y en avoit qui estoient l'effet de l'imposture du démon qui présidoit à son temple. Par où vous voyez que bien loin de conclure de l'Oracle d'Antinoiis, que les plus anciens n'estoient que des fourberies des hommes, il reconnoit même dans celuy-ci l'opération du malin Esprit. » Baltus, Réponse, 165. — D'après Leclerc, les démons ont pu se mêler à l'institution des nouveaux oracles, mais là-dessus « l'on est autant en droit de prendre la négative que l'affirmative ». — « Cela seroit vrai, réplique Baltus {Suite, 302), si toutes choses d'ailleurs estoient égales, et si Mr. de Fontenelle avoit eu des raisons pour prendre la négative, comme les Pères de l'Eglise, et en particulier Origene, en ont eu pour prendre l'affirmative. Or Mr. de Fontenelle n'apporte aucune raison, aucune autorité, pour montrer que ces nouveaux Oracles ont esté l'effet des fourberies des Prestres des idoles; au lieu que les Pères de l'Eglise ayant l'autorité de l'Ecriture Sainte, leur propre expérience, et plusieurs autres raisons, qui leur apprenoient, que les Oracles généralement parlant, estoient l'effet de l'imposture et de la malice du démon ; ils ont eu droit d'attribuer encore ceux-cy à la même cause ; d'autant plus qu'ils y voyoient les mêmes mauvais effets et les mêmes illusions que dans tous les autres. Il y a encore une autre différence; c'est que les Pères de l'Eglise n'ont pas produit ces nouveaux Oracles comme une preuve de leur sentiment ; ce qu'ils en ont dit n'est qu'une suite et une conséquence qu'ils tirent des principes et des raisons sur lesquelles ils s'appuient. Mr. de Fontenelle au contraire les produit comme une preuve même et un principe surlequel il prétend prouver que tous les Oracles n'ont esté que des fourberies humaines. Or que doit-on penser d'une preuve ou d'un principe sur lequel on peut aussi facilement prendre la négative que Vaffirinalive ?... »
2. Van Dale, 454. — « Les Oracles anciens dont vous parlez, ont pu avoir la même origine que ces nouveaux : c'est à dire la flatterie, la superstition, l'idolâtrie ; mais cela n'empêche pas que les démons pour
Nous ne voyons pourtant pas, à dire le vray, que ces nouveaux Oracles fussent dans le mesme crédit que les Anciens; il s'en faloit beaucoup.
On ne faisoit rendre à ces Dieux de nouvelle création 5 qu'autant de réponses qu'il en faloit, pour en pouvoir faire sa cour aux Princes, mais du reste on ne les consultoit pas bien sérieusement, et quand il estoit question de quelque chose d'important, on alloit à Delphes. Les vieux Trépiés estoient en possession de l'avenir depuis
10 un temps immémorial, et la parole d'un Dieu expérimenté étoit bien plus sure, que celle de ces Dieux qui n'avoient encore nulle expérience.
Les Empereurs Romains qui estoient intéressez à faire valoir la Divinité de leurs Prédécesseurs, puisqu'une
15 pareille Divinité les attendoit, auroient dû tascher à rendre plus célèbres les Oracles des Empereurs Déifiez comme Auguste, si ce n'eust esté que les Peuples accoutumez à leurs anciens Oracles, ne pouvoient prendre la mesme confiance pour les autres. Je croirois bien mesme
20 que quelque panchant qu'ils eussent aux plus ridicules Superstitions, ils se mocquoient de ces nouveaux Oracles, et en gênerai de toutes les nouvelles Institutions de
augmenter cette même idolâtrie, ne se soient meslez dans les uns et dans les autres. Je sçay que cela vous paroit incroyable : mais cela vient de ce que vous vous estes formé des idées sur ce sujet qui ne sont pas justes. // serait, dites-vous, fort étrange et fort surpretmnt, qu'il n'eust fallu qu'une fantaisie d'Alexandre pour envoyer un démon en possession d'une statue. Il semble que vous ignoriez les raisons qui portoient les démons â s'emparer des temples à Oracles et de ceux qui les rendoient. N'en cherchez point d'autres que leur propre malice, le désir qu'ils ont de perdre les hommes et de les éloigner de la connoissance et du culte du véritable Dieu, l'envie de se faire honorer eux-mêmes comme des Dieux et de s'égaler au Tout-puissant. Vous pouviez apprendre ces raisons des Pères de l'Eglise, qui les ont tirées de l'Ecriture ; et par là vous eussiez reconnu que les démons ont pu et voulu très-fort se mesler de l'Oracle d'Héphestion, ainsi que de tous les autres. » Baltus, Réponse, 167-169.
Dieux. Le moyen qu'on prist l'Aigle qui se lâchoit du Bûcher d'un Empereur Romain, pour l'Ame de cet Empereur qui alloit prendre sa place au Ciel ?
Pourquoy donc le Peuple avoit-il esté trompé à la 5 première Institution des Dieux et des Oracles ? En voicy, je croy, la raison. Pour ce qui regarde les Dieux, le Paganisme n'en a eu que de deux sortes principales, ou des Dieux que l'on supposoit estre essentiellement de nature Divine, ou des Dieux qui ne i'estoient devenus
10 qu'après avoir esté de nature humaine. Les premiers avoient esté annoncez par les Sages ou par les Législateurs avec beaucoup de Misteres, et le Peuple, ny ne les voyoit, ny ne les avoit veus. Les seconds, quoy qu'ils eussent esté hommes aux yeux de tout le monde, avoient
15 esté érigez en Dieux par un mouvement naturel des Peuples touchez de leurs bien-faits. On se formoit une idée tres-relevée des uns parce qu'on ne les voyoit point, et des autres parce qu'on les aimoit ; mais on n'en pouvoit pas faire autant pour un Empereur Romain qui
20 estoit Dieu par ordre de la Cour, et non pas par l'amour du Peuple, et qui outre cela, venoit d'estre homme fort publiquement.
Quant aux Oracles, leur premier établissement n'est pas non plus fort difficile à expliquer'. Donnez-moi une
22 homme publiquement 1728 — 24 non plus difficile 1728.
I. A l'explication de Fontenelle, Bal tus oppose la sienne. « Il est difficile de déterminer précisément le temps de la naissance des Oracles. 11 est fort probable qu'ils ont commencé presque aussitost que l'idolâtrie. C'est le sentiment des Pères de l'Eglise et des Théologiens qui attribuent le progrès de l'idolâtrie à ces sortes de prestiges du Démon. Ce qui est de certain, c'est que les Oracles estoient déjà en usage dez le temps de la guerre de Troye, comme on le voit dans Homère. Ovide fait consulter l'oracle de Themis par Deucalion et Pyrrha, après le déluge qui
demy douzaine de personnes, à qui je puisse persuader que ce n'est pas le Soleil qui fait le jour, je ne desespereray pas que des Nations entières n'embrassent cette opinion '. Quelque ridicule que soit une pensée, il ne faut que 5 trouver moyen de la maintenir pendant quelque temps,
arriva de leur temps. L'Ecriture Sainte dèz le temps de Moyse les deffend aux Israélites, entre les autres sortes de Divinations qui estoient en usage parmy les payens, elle les deffend, dis-je, tantôt sous le nom de Pythons et tantôt sous d'autres termes, qui signiffient la même chose, que ce que l'on entend par les Oracles. » Baltus, Réponse, 172, en note. — Ovide cité comme une autorité en la matière, et son autorité mise sur le même rang que celle de l'Ecriture Sainte : il fallait être Baltus pour servir si naïvement une si étrange mixture !
I. C'est la phrase que les ennemis de Fontenelle jugèrent « perfide » entre toutes. « Je ne sçay pas trop Monsieur, ce que vous prétendez par là, ni si c'est aux Oracles seuls que vous en voulez. Ce qui est de vrai, c'est que je connois une personne trés-habile et trés-éclairée, qui ayant vu cet endroit de vostre livre, y a trouvé je ne sçay quel venin caché qui luy a déplu infiniment. Mais sans m'arrêter à vouloir pénétrer vos intentions, je vous prie de me dire, si vous avez vu dans l'histoire quelque exemple d'une erreur semblable, et qui se soit établie de la manière que vous dites. Assurément vous comptez beaucoup sur la Stupidité des hommes. Il me semble néanmoins qu'ils ne se rendent pas si facilement à tout ce que l'on veut leur persuader, particulièrement si ce sont des choses contraires à leurs sens et à leur expérience. Pour peu qu'ils ayent d'esprit et d'intelligence, ils demandent des preuves et des raisons. Ce n'est pas tout, ils veulent encore dans ces occasions, des prodiges et des miracles, ou vrais, ou au moins qui leur paroissent tels. Ce seroit en vérité une chose fort curieuse, de voir comment vous vous y prendriez, pour persuader à cinq ou six personnes, que ce n'est pas le soleil qui fait le jour. Et quand vous en seriez venu à bout, ce seroit encore une chose plus curieuse à voir, comment ces cinq ou six personnes s'y prendroient, pour persuader la même erreur à des nations entières. Il faudroit pour cet effet qu'elles fussent en même temps infiniment stupides et infiniment habiles : infiniment stupides pour donner dans une erreur si grossière et si palpable ; infiniment habiles pour la persuader à des nations entières. » Baltus, Réponse, 169- 171. — On sait que ce commentaire et ce « venin » ne furent pas du goût du Journal de Trévoux, où on pouvait lire (août 1707): « L'auteur de la proposition (Donnez-moi une demy-douxaine...). Homme au-dessus de pareils soupçons, parle d'une opinion spéculative, qui n'intéresse en rien la cupidité, et dont l'expérience ne puisse juger. Les faits que les Apôtres ont crus et qu'ils ont persuadez, sont d'une autre nature : Il étoit également difficile que les Apôtres les crussent sans évidence, et qu'ils les persuadassent sans miracle. Une croyance qui doit coûter le repos et la vie, qui humilie l'esprit, qui gêne toutes les passions, est toujours difficile à recevoir. » p. 1405. — Cf. encore Baltus, Suite, 282, sqq.
la voilà qui devient ancienne, et elle est suffisamment prouvée. Il y avoit sur le Parnasse un trou d'où il sortoit une exhalaison qui faisoit danser les Chèvres, et qui montoità la teste. Peut estre quelqu'un qui en fut entesté se 5 mit à parler sans sçavoir ce qu'il disoit, et dit quelque vérité. Aussi-tost il faut qu'il y ait quelque chose de Divin dans cette exhalaison, elle contient la science de l'avenir, on commence à ne s'approcher plus de ce trou qu'avec respect, les Cérémonies se forment peu à peu. Ainsi
10 nasquit apparemment l'Oracle de Delphes, et comme il devoit son origine à une exhalaison qui entestoit, il faloit absolument que la Pithie entrast en fureur pour prophétiser '. Dans la pluspart des autres Oracles, la fureur n'estoit pas nécessaire. Qja'il y en ait une fois un
15 d'estably, vous jugez bien qu'il va s'en establir mille. Si les Dieux parlent bien là, pourquoy ne parleront ils point icy ? Les Peuples frappez du m.er\'eilleux de la chose, et avides de l'utilité qu'ils en espèrent ^, ne demandent qu'à voir naistre des Oracles en tous lieux,
20 et puis l'Ancienneté survient à tous ces Oracles, qui leur fait tous les biens du monde ?. Les nouveaux
1. « Je m'étonne que Mr. Van Dale n'ait point parlé de certains Fanatiques d'Angleterre, que l'on assure écumer, rouler les yeux, trembler, et faire mille autres postures violentes, lorsqu'ils s'imaginent, ou qu'ils veulent que l'on s'imagine que l'esprit de Dieu descend sur eux. Il est donc possible que la Prétresse de Delphes ait été secouée d'une manière furieuse, sans qu'aucun Démon s'en mêlât. Outre qu'il y a bien de l'apparence que les Poètes ont exagéré la chose, la trouvant très-propre à de pompeuses descriptions. » Bayle, Nouvelles de la République des Lettres, mars 1684. — Baltus, 184.
2. Van Dale, 440. « Adde quod et incolae et eorum circumjacentes vicini, inde vitam lucrosam agerent ac jucundam. »
3. « Premièrement tous les Oracles ne se sont pas établis en même temps, répond Baltus (171): on peut vous en montrer qui ont été établis dans les siècles les plus éclairez, et pour cela je n'ay besoin que de vostre témoignage. Vous reconnoissez que les Oracles d'Héphestion, d'Antinous et d'Auguste ont esté de véritables Oracles semblables aux anciens, à cela près qu'ils n'estoient pas si fameux. » Mais les autres « n'ont-ils-
n'avoient garde de réussir tant, c'estoient les Princes qui les établissoient, les Peuples cro5'ent bien mieux à ce qu'ils ont fait eux-mesmes '.
Ajoutez à tout cela, que dans le temps de la 5 première Institution et des Dieux et des Oracles, l'ignorance estoit beaucoup plus grande qu'elle ne fut dans la suite. La Philosophie n'estoit point encore née, et les Superstitions les plus extravagantes n'avoient aucune contradiction à essuyer de sa part. Il est vray lo que ce qu'on appelle le Peuple, n'est jamais fort éclairé ^ ;
pas subsisté durant les siècles les plus éclairez » ? Or, comment n'a-t-on jamais reconnu leurs fourberies ? Surtout comment ont-ils pu commander tant de cruautés et d'horreurs ? exiger par exemple des victimes humaines ? « Est-ce que les hommes se livroient ainsi aveuglément à une mort cruelle, sans s'assurer auparavant de la vérité de l'Oracle, sans ouvrir jamais les yeux aux fourberies barbares, à la faveur desquelles les Prêtres des Idoles se joûoient ainsi de leur vie? On a vu des peuples entiers abandonner leur patrie et leurs biens pour éviter d'estre obligez de se soumettre à ces Oracles sanguinaires, et jamais la pensée ne leur seroit venue de se deffier de l'imposture de leurs Prêtres? O! Mr. si l'on peut croire que des hommes ont pu se joiier ainsi de la vie des autres hommes pendant des siècles entiers, sans que l'on ait pu jamais découvrir leur fourberie, que ne peut-on pas croire après cela? » Ibid., 125.
I Tous ces raisonnements et ces remarques malicieuses ne sont que de Fontenelle.
2. « Le Peuple est très-facile à tromper: cela est vray, si l'on entend par-l.i, que l'on peut facilement persuader au peuple des erreurs de spéculation et de créance, et l'y entretenir après l'avoir séduit : cela dis-je, est facile, sur tout lorsque ceux qui entreprennent de le tromper, ont soin de luy ostcr de devant les yeux la seule règle sensible, évidente et infaillible qui pourroit le retirer de son égarement; et viennent à bout de lui persuader qu'il doit estre luy-mème la règle de sa créance, et s'en tenir à son sens particulier: source funeste de tous les égaremens de l'Esprit humain en matière de Religion. Mais si en disant que le peuple est facile à tromper, nostre Critique veut dire, comme en effet il le prétend, que l'on peut facilement par des tromperies, des tours de soupplesses et des impostures de charlatans, en imposer à ses yeux, à ses sens, à son expérience; et qu'il n'y a rien de si facile que de faire durer de pareilles fourberies, je luy soutiens que le peuple n'est pas plus facile à tromper en cette manière que les plus sçavans et les plus habiles; puisqu'il a d'aussi bons yeux que les autres hommes, et qu'outre cela, il est ordinairement plus deffiant et plus soupçonneux; parce que sentant sa faiblesse et son ignorance, il appréhende toujours que 1 on n'eu abuse pour le surprendre. » Baltus,
cependant la grossièreté dont il est toujours, reçoit encore quelques différences selon les Siècles ; du moins il y en a où tout le monde est Peuple, et ceux-là sont sans comparaison les plus favorables à l'établissement 5 des Erreurs. Ce n'est donc pas merveille si les Peuples faisoient moins de cas des nouveaux Oracles que des anciens ; mais cela n'empeschoit pas que les anciens ne ressemblassent parfaitement aux nouveaux. Ou un Démon alloit se loger dans la Statue d'Ephestion pour
10 y rendre des Oracles, dés qu'il avoit plù à Alexandre d'en faire élever une à Ephestion comme à un Dieu, ou si la Statue rendoit des Oracles sans ce Démon, celle d'Apollon Pithien pouvoit bien en faire autant. Or il seroit, ce me semble, fort étrange et fort sur-
15 prenant qu'il n'eust fallu qu'une fantaisie d'Alexandre
9 dans un temple d'Ephestion 1728 — 11-15 élever un à Ephestion comme à un Dieu ; ou s'il se rendoit des Oracles dans ce Temple sans Démon, il pouvoit bien s'en rendre de même dans le Temple d'Apollon Pithien 1728.
Suite, 532. Et le bon Père met au défi qu'on lui montre « un seul de tous les fourbes, de tous les charlatans, de tous les joueurs de gobelets et de marionnettes qui ont jamais esté, qui ait trompé une Ville entière par ces sortes de tours, durant un an, un mois, ou même un jour, et qui soit venu à bout de lui persuader que tout cela estoit surnaturel et divin ». — En vain Leclerc lui prouve qu'il y a eu de « longues et universelles tromperies », par l'exemple des Bramines, des Talapoins, des Bonzes, et de l'Indoustan, et du Royaume de Siam, et de la Chine : « A tout cela que puis-je autre chose ? — répond avec charité le bon Père — sinon porter compassion à nostre Faiseur de Remarques, de tant de voyages entrepris inutilement, et d'une si belle érudition débitée en pure perte. » — Au surplus, « qui ne sçait de quoy l'Esprit humain est capable dèz-là qu'il n'a point de règle sûre en matière de Religion et de créance, et qu'il s'abandonne à ses propres idées? Qui ne sçait combien il est aisé, lorsqu'il est dans cet estât, de le faire tomber dans les erreurs les plus grossières, sur tout lorsqu'elles favorisent l'incrédulité naturelle ou la corruption du coeur? Qui ne sçait enfin avec combien de facilité ces sortes d'erreurs se communiquent à des peuples entiers, se soutiennent et se perpétuent plusieurs siècles? «Suite, 313.
pour envoyer un Démon en possession d'une Statue, qui fust devenue par là une éternelle occasion d'erreur à tous les hommes '.