en possession d'un Temple, et faire naître par là
1. On ne rencontre jamais dans Van Dale des réflexions de cette tranquille et redoutable ironie.
2. « Mais enfin voyons donc quels ressorts ils ont fait jouer, pour en imposer si cruellement à tout le genre humain. Entrons dans le détail de ces fourberies si bien concertées, que vous leur avez fournies, pour représenter leurs comédies ridicules et leur sanglantes tragédies. 11 faut sans doute qu'elles ayent esté d'un raffinement et d'une subtilité infinie, pour avoir trompé durant plus de deux mille ans, tous les peuples et toutes les nations de la terre les plus éclairées. Les voicy telles que vous les avez imaginées après M. Van-Dale. » Baltus, Réponse, 175. — C'est le ton ironique d'un triomphateur pour qui la victoire est acquise d'avance, et d'ailleurs facile. Est-il rien en effet de plus aisé que de ruiner les insinuations de Fontenelle ? Et faut-il même se donner la peine de raisonner ? « Je ne m'amuserai point non plus à réfuter en particulier » des « explications si recherchées et si subtiles... Outre qu'elles ne le méritent pas, c'est que je sortirois de mon sujet qui ne regarde que les Oracles proprement dits. D'ailleurs caque je dirai des autres, suffira pour faire voir le ridicule de ces... explications, sans entrer dans un plus grand détail. » 178. Ce n'est pas qu'on ne pût donner « plusieurs réponses particulières à tout ce que l'auteur dit icy sans preuves » ; mais on se contentera « d'une seule réponse générale, qui renversera toutes ces machines données aux Prêtres des idoles, et qui rendra inutiles toutes ces cavernes et ces conduits souterrains ». En effet tout le système de Fontenelle est fondé sur cette erreur, « qui est de croire que les Oracles se rendoient
beaucoup de choses de l'Antiquité assez agréables et assez particulières '.
par les statues ». Or, ils étaient rendus par des prêtres « transportez de cette fureur qu'ils appelloient divine » — voyez, sur cette fureur, Virgile, Lucain, Platon, Cicéron, Aristote, Porphyre, Jamblique, car « il seroit inutile d'accumuler un plus grand nombre de témoignages » — : « il ne reste donc plus rien des accusations et des faits entassés par Fauteur des Oracles ; son échafaudage « tombe de soy-mème », et nous pouvons conclure (191-193): « Cela estant indubitable, je conclus premièrement, que vous vous estes trompé, lorsque vous avez dit, que dans la pluspart des Oracles la fureur n'estoit point nécessaire. Secondement, que les Oracles proprement dits ne se rendant que par des Prêtres et des Prétresses qui paroissoient remplis de fureur et d'enthousiasme, tout ce que vous dites icy des conduits souterrains, des cavernes et des statues où les Prêtres se cachoient, de leurs trompettes et de toutes leurs autres machines, ne sert de rien ; puisque vous ne leur attribuez tous ces artifices et toutes ces fourberies, que parce que vous supposez que c'estoient les statues qui rendoient les Oracles ou les Prêtres des idoles cachez dans les statues. Troisièmement, que n'ayant pas attaqué autrement dans vostre ouvrage cette espèce d'Oracle, qui estoit la plus commune et en même temps la plus fameuse, vous n'avez combattu qu'une chimère, et laissé les Oracles dans leur entier. Quatrièmement, que pour avoir une idée juste de la manière la plus commune dont les Oracles se rendoient, on n"a qu'à se représenter un homme ou une femme véritablement possédez du démon : Puisque tout ce que les Anciens nous disent de cette fureur, dont tous ces Prêtres d'idoles estoient transportez, est parfaitement semblable à ce que nous voyons et à ce que nous lisons des vrais Possédez. Cinquièmement, que les Pères de l'Eglise et les anciens Chrétiens, qui les ont en effet toujours regardez comme de véritables possédez, ont eu raison de conclure que les démons estoient les auteurs des Oracles. Puisque cette fureur qui transporte l'ame, qui la trouble, et qui la met hors d'elle même, ne peut estre que l'effet de l'opération du malin Esprit. » Après ce beau raisonnement, il est plaisant d'entendre dire au jésuite qu'il pourrait s'égayer de Fontenelle et de ses imaginations et de ses trompettes, s'il avait « quelque chose de cet enjouement et de ce sel » dont le philosophe assaisonne tous ses ouvrages; mais il néglige « tous ces agrémens pour ne s'attacher qu'au solide », car « il aime mieux perdre quelque chose de ses avantages » que de donner à son adversaire « le moindre sujet de chagrin et s'éloigner des sentimens d'estime et de considération » qu'il a et qu'il aura toujours pour lui (195).
I. Il y a ici, dans Van Dale, des indications et des aveux bien curieux : « Ut autem haec aliquo cum ordine ac methodo tractemus : considerabimus primo... » Il annonce sept points, ajoute naïvement; « Quibus et alia data occasione interspergam, hue, directe aut indirecte, facientia », et conclut : « Qjuae omnia licet non eodem ordine, uti hîc posui illa, pertractem, mihique libertatem dissertationibus concessair^ reservaverim ; non putoid Lectoribus ullo modo obfuturum. » Mais alors à quoi bon annoncer un plan ? Rien n'était plus inutile (225-226). Et
Les Païs montagneux, et par conséquent pleins d'antres et de cavernes, estoient les plus [abondans en Oracles. Telle estoit la Beotie, qui anciennement, dit Plutarque, en avoit une très-grande quantité. Remarquez 5 en passant que les Béotiens estoient en réputation d'estre les plus sottes gens du monde ; c'estoit-là un bon Pais pour les Oracles, des Sots et des Cavernes '.
Je ne croy point que le premier établissement des Oracles ait esté une imposture méditée, mais le peuple
10 tomba dans quelque superstition qui y donna lieu et dont quelques gens un peu plus rafinez profitèrent. Car les sottises du peuple sont telles assez souvent, qu'elles n'ont pu estre préveuës, et quelquefois ceux qui le trompent, ne songeoient à rien moins, et ont esté
15 avertis par luy-mesme de le tromper. Ainsi ma pensée est qu'on n'a pas mis d'abord des Oracles dans la Beotie parce qu'elle est montagneuse, mais que l'Oracle de Delphes ayant une fois pris naissance dans la Beotie de la manière que nous avons dit, les autres que l'on fit à
20 son imitation dans le mesme pais, furent mis aussi dans des Cavernes, parce que les Prestres en avoient reconnu la commodité.
loii superstition qui donna lieu à des gens un peu plus raffinés d'en profiter 1687 — 15 esté invités 1687 — 15 à le tromper 1687 — 21 furent mis dans des cavernes 1728.
en effet, trente pages plus loin, il s'excuse d'une digression « tamen aliquibus forsan non injucunda ». 256.
I. Van Dale, 226. « Notandum igitur primo tûv ypTiaTTjptcov xà — ÀEÎaTa. iis in regionibus fuisse adornata quae montanae erant, quaeque abundabant speluncis, cryptis ac cavernis, iisque Oraculorum septa fuisse superstructa ; inter quas excellebat Bœotia : quae, teste Plutarcho, antiquitus Oraculorum fuerat feracissima. » Et, 265 : « At cum minus adhuc perspicaces essent homines, plura quoque Oracula ubique terrarum vigebant. Sed in illis praesertim Regionibus quibus
Cet usage ensuite se répandit presque par tout. Le prétexte des Exhalaisons divines rendoit les Cavernes nécessaires, et il semble de plus que les Cavernes inspirent d'elles-mesmes je ne sçay quelle horreur, qui n'est 5 pas inutile à la superstition '. Dans les choses qui ne sont faites que pour fraper l'imagination des hommes, il ne faut rien négliger. Peut-estre la situation de Delphes a-t-elle bien servy à la faire regarder comme une Ville sainte. Elle estoit à moitié chemin de la montagne du
10 Parnasse, bâtie sur un peu de terre-plain, et environnée de précipices qui la fortifioient sans le secours de l'art. La partie de la montagne qui estoit au dessus, avoit à peu prés la figure d'un Théâtre, et les cris des hommes, et le son des trompettes se multiplioient dans les rochers.
15 Croyez qu'il n'y avoit pas jusqu'à ces Echos qui ne valussent leur prix 2.
La commodité des Prestres, et la majesté des Oracles, demandoient donc également des Caverncb ; aussi ne voyez-vous pas un si grand nombre de Temples prophe-
20 tiques en plat pais, mais s'il y en avoit quelques-uns, on sçavoit bien remédier à ce défaut de leur situation. Au lieu de cavernes naturelles, on en faisoit d'artificielles 5,
ingénia erant slupidiora. Unde Bœotia (de qua novimus illud ab omnibus fere decantatum proverbium ; seu versum istum Horatii qui in proverbium cessit, Bceotum in crasse jurares aëre natum ; quippe stupidiora magisque obtusa audiebant Bœotorum pectora), tam ferax fuit olim... » — On voit comment Fontenelle aiguise les armes qu'il emprunte à Van Dale, et comment il les rend plus pénétrantes et plus meurtrières. On voit aussi comment il « raisonne autrement » que Van Dale, comme il dit dans sa Préface. — Baltus, 178.