‹ Histoire des oraclesChapitre 43 sur 112 · Van Dale · texte numérisé non relu

Van Dale

}. Dans sa 5mi7« (546-549), Baltus a essayé de répondre à Fontenelle autrement qu'en lui démontrant la fâcheuse confusion que les Oracles avaient commise entre les prêtres et les statues. « Et moy je soutiens que de tous les Paradoxes et de tous les Romans, que l'on a jamais faits pour divertir le public, il n'y en a point où l'on ait gardé moins de vraisemblance, et où l'on trouve plus d'impossibilitez évidentes que dans celuy que Mrs. Van-Dale et de Fontenelle ont débité sérieuse-

Histoire seule devroit décider toute la question en nostre faveur. Il s'agit là d'un des Miracles du Paganisme, qui estoit crû le plus universellement, de ces Victimes que les Dieux prenoient la peine de venir manger eux-mesmes'. 5 L'Ecriture attribuë-t-elle ce prodige aux Démons ? Point du tout, mais à des Prestres imposteurs ; et c'est là la seule fois où l'Ecriture s'étend un peu sur un prodige du

ment. Je dis d'impossibilitez évidentes : car quand on supposeroit les Prêtres des idoles mille fois plus fourbes et plus rusez qu'ils ne l'estoient, et qu'on leur fourniroit encore mille autres moyens plus subtils pour tromper les peuples : je soutiens qu'il est impossible que pendant deux mille ans ils se soient tellement accordez entre eux, et ayent gardé un secret si impénétrable dans toutes les Villes et dans toutes les Provinces du monde, où il y avoit des Oracles, que jamais ils ne se soient démentis en rien. Qu'aucun ne se soit trouvé entre eux d'assez bonne foy et assez homme de bien, pour avoir horreur de ces infâmes ei cruelles fourberies. Qu'il n'y en ait point eu d'étourdi et d'inconsidéré, pour découvrir mal-à-propos tout le mystère, faute de quelques précautions. Que l'on n'ait jamais pu pénétrer dans ces affreux sanctuaires, dans ces chemins souterrains et dans ces cavernes, où [ils gardoient toutes leurs machines. Qu'ils n'ayent jamais eu besoin d'ouvriers pour les raccommoder. Qu'ils ayent eu seuls le secret de composer des drogues propres à donner des songes extraordinaires ; et qu'enfin ils ayent pu se succéder perpétuellement les uns aux autres, et faire passer leurs secrets, leurs machines et leurs tours de soupplesse, à tous ceux qui dévoient les suivre dans les mêmes emplois, de siècle en siècle et de génération en génération, sans que jamais on en ait pu rien découvrir. » D'autant que ces prêtres « estoient ordinairement les plus hon • nétes gens d'entre les payens... Croirons-nous donc qu'un homme comme Plutarque, si raisonnable, si éclairé et si plein de probité, ait été un fourbe et un imposteur de profession ?... En vérité j'ay honte d'estre obligé de réfuter de pareilles chimères. »

I. Van Dale, 245. — Sur cette affirmation de Fontenelle, Battus (196) demande des explications et des références. « Je sçay que les Poètes leur donnent pour nourriture l'Ambroisie et le Nectar : que quelques autres ont crû que la fumée des sacrifices leur estoit fort agréable ; mais je n'en connois aucun qui ait dit, qu'ils venoient eux-mêmes manger la chair des victimes. J'avois crû jusques à présent que tous les Grecs et les Romains estoient fort persuadez du contraire, et convaincus parfaitement que c'estoient les hommes qui s'en nourrissoient, après en avoir fait consumer une petite partie par le feu du sacrifice. » Il cite làdessus Virgile, Porphyre, Ovide et surtout Pausanias, d'autant que Fontenelle dit, d'après ce dernier auteur, que « ceux qui venoient consulter l'oracle de Trophoniusne vivoient que des chairs sacrifiées », et conclut : « Souffrez que je vous prie de vous accorder icy avec vous-même et avec l'auteur que vous faites profession de suivre. »

Paganisme, et en ne nous avertissant point que tous les autres n'estoient pas de la mesme nature, elle nous donne à entendre fort clairement qu'ils en estoient. Combien après tout devoit-il estre plus aisé de persuader aux 5 peuples que les Dieux descendoient dans des Statues pour leur parler, et leur donner des instructions utiles, que de leur persuader qu'ils venoient manger des membres de Chèvres et de Moutons ? et si les Prestres mangeoient bien en la place des Dieux, à plus forte raison pouvoient-

10 ils parler aussi en leur place.

Les voûtes des Sanctuaires augmentoient la voix, et faisoient un retentissement qui imprimoit de la terreur. Aussi voyez-vous dans tous les Poètes que la Pithie poussoit une voix plus qu'humaine ' ; peut-estre mesme

1 5 les Trompettes qui multiplient le son, n'estoient-elles pas alors tout-à-fait inconnues ; peut-estre le Chevalier Morland n'a-t-il fait que renouveller un secret que les Prestres Payens avoient sceu avant luy, et dont ils avoient mieux aimé tirer du profit en ne le publiant pas, que de

20 l'honneur en le publiant. Du moins le Père Kirker* asseure qu'Alexandre avoit une de ces Trompettes avec laquelle il se faisoit entendre de toute son Armée en mesme temps.

Je ne veux pas oublier une bagatelle, qui peut servir

25 à marquer l'extrême application que les Prestres avoient à fourber. Du Sanctuaire, ou du fond des Temples, il

5 dans des temples 1728 — 6 leur parler, leur donner 1742.

1. Van Dale, 244. « Atque ipsa Virgo Pythia per commoda instrumenta in id adaptata etiam suas partes agerepoterat ; sive ut per tubam locutoriam vocem intenderet ut sic humanis majora sonare videretur. »

Page 1