Van Dale
3. Van Dale, 55, 66, 205-207, 261. — Fontenelle a réuni, on le voit, plusieurs passages de son modèle, et en discutant sur les mêmes textes est arrivé à une conclusion tout opposée. — C'est à la page 66 du De Oraculis qu'on trouvera la petite discussion de Van Dale sur le passage de Ciceron.
manifeste que Pirrhus eust dû s'en apercevoir... mais ce qui est le principal, poiirquoy y a-t-il déjà longtemps qu'il ne se rend plus d'Oracles à Delphes de cette sorte, ce qui fait qu'il n'y a présentement rien de plus méprisé ?
5 C'est sur ces dernières paroles que Ton s'est fondé pour dire que du temps de Ciceron il ne se rendoit plus d'Oracles à Delphes.
Mon Auteur dit qu'on se trompe, et que ces mots, pourquoy ne se rend-t-il plus d'Oracles de cette sorte,
10 marquent bien que Ciceron ne parle que des Oracles en vers, puis qu'il estoit alors question d'un Oracle renfermé en un Vers '.
Je ne sçay s'il faut estre tout à fait de son avis ; car voicy comme Ciceron continue immédiatement. Icy
1 5 quand on presse les Défenseurs des Oracles, ils répondent que cette vertu qui estoit dans l'exhalaison de la terre, et qui inspiroit la Pithie, s'est évaporée avec le temps. Vous dirie^ qu'ils parlent de quelque vin qui a perdu sa force. Quel temps peut consumer ou épuiser une vertu toute divine ? Or
20 qu'y-a-t-il de plus divin quune exhalaison de la terre qui
fait un tel effet sur l'ame, qu'elle lui donne et la connois-
sance de l'avenir, et le moyen de s'en expliquer en Vers ^ ?
Il me semble que Ciceron entend que la vertu toute
entière avoit cessé, et il eust bien veu qu'il en eust toù-
25 jours deu demeurer une bonne partie, quand il ne se fust plus rendu à Delphes que des Oracles en prose. N'est-ce donc rien qu'une Prophétie, à moins qu'elle ne soit en Vers ?
Je ne croy pas qu'on ait eu tant de tort de prendre ce
2. Van Dale, 261. — Ciceron, De Divinatione, II, lvii. — Fontenelle, surtout dans la seconde moitié de la citation, résume le texte latin plutôt qu'il ne le traduit.
passage pour une preuve de la cessation entière de l'Oracle de Delphes ; mais on a eu tort de prétendre en tirer avantage pour attribuer cette cessation à la Naissance de Jesus-Christ ■. L'Oracle a cessé trop tost, puis que 5 selon ce passage, il avoit cessé longtemps avant Ciceron. Mais il n'est pas vray que la chose soit comme Ciceron paroist l'avoir entendue en cet endroit. Luy mesme, au I. 1. de la Divination fait parler en ces termes Quintus son Frère qui soutient les Oracles. le m'arresie sur ce
10 point. lamais VOracle de Delphes neust .esté si célèbre, et jamais il neust reçeu tant d'Offrandes des Peuples et des Rois, si de tout temps on n^eust reconnu la vérité de ses Prédictions. Il n'est pas si célèbre présentement. Comme il l'est moins parce que ses Prédictions sont moins vray es, jamais si elles
15 n'eussent esté extrêmement vray es, il n'eust été célèbre au point qu'il Va esté'^.
Mais ce qui est encore plus fort, Ciceron mesme, à ce que dit Plutarque dans sa vie, avoit dans sa jeunesse consulté l'Oracle de Delphes, sur la conduite qu'il devoit
20 tenir dans le monde, et il luy avoit esté répondu qu'il suivist son génie plustost que de se régler sur les opinions vulgaires 5. S'il n'est pas vray que Ciceron ait consulté l'Oracle de Delphes, il faut du moins que du temps de Ciceron on le consultast encore.
1. « D'abord vous prétendez qu'il (le passage de Ciceron) doit s'entendre de toute sortes d'Oracles, tant en vers qu'en prose. Ensuite vous êtes obligé, après cet effort inutile, de vous rendre à son sentiment. Vous avez raison, l'Oracle de Delphes rendoit encore des réponses du temps de Ciceron: on en a un grand nombre de preuves. Aussi le Sauveur du Monde n'avoit-il pas encore paru. » Baltus, Réponse, 528. — Cf. encore Suite (25-51), et Réponse, 365.