CÉLESTINS. - FEUILLANTS. — ORDRE DE LA TRAPPE
L’ordrcchronologiqucsuivant lequel nous avons tour à tour mentionné les instituts monastiques qui s'élevaient successivement, et qui étaient pour la plupart des rejetons du grand arbre des Bénédictins , cet ordre de la chronologie nous amène à l’époque où, par rétablissement d’une règle nouvelle, s'ouvrit la série des religieux mendiants, qui portèrent aux Bénédictins et à leurs ramifications un si notable préjudice, en s’appropriant une considération et une influence que ces instituts semblaient avoir
prescrites; puis, avec le progrès des années et le concours des circonstances, en les reléguant , petit à petit , dans l’ombre du tableau. Mais il suflit que nous soyons sur le point de prendre congé des Bénédictins, pour que nous n'hésitions pas à anticiper sur des temps postérieurs , afin de présenter, dans un même cadre, quelques essais qui furent tentés plus tard dans le but de reconquérir, à force d’austérité , à la règle de saint Benoit , ses antiques privilèges.
CÊlESTIÎtS.
Pierre Célestin (1221-1296) acquit dans les rigueurs de la vie érémitique une haute réputation de sainteté. En 1246, il se retira sur le mont Morroni dans l'Abruzzc; là, comme sur le mont Magellc, qu’il habita quelque temps, il traitait son corps en ennemi dont il fallait dompter la rébellion, il se faisait violence pour ne pas lui refuser les plus indispensables aliments. Un cilice
de crin de cheval, rempli de nœuds, et une chaîne de fer sur la chair nue entretenaient constamment chez lui le sentiment de la douleur physique ; l’habitude des prosternations avait formé sur ses genoux un dur calus; une pierre ou une bûche lui servait de chevet. Au milieu de ses exercices contemplatifs et de scs jeûnes répétés , Pierre recul des communications célestes et fut en
proie à d’horribles illusions. Le démon cherchait à contre-balancer par ses stratagèmes les faveurs accordées au serviteur de Dieu. Il ne parait pas, au reste, que saint Pierre, dans sa solitude, ait eu l'intention de fonder un nouvel institut, car, bien qu’un assez grand nombre de disciples accourussent vers lui, depuis 1284, pour le suivre dans le chemin étroit de la perfection, il ne songeait point à donner plus de consistance à cette réunion naissante en l’assujettissant à une règle et à des observances déterminées, niais il se contentait de lui offrir incessamment l’exemple de ses austérités extraordinaires.
C’est Urbain IV qui, en approuvant cet insliLut l’an 1264, lui donna en même temps la règle de saint Benoit , afin , sans doute , qu'on ne le considérât point comme un nouvel ordre, et que celte source, naguère ignorée , vint ajouter à la majesté d'un fleuve antique en lui apportant le tribut de ses eaux. Depuis .longtemps, déjà, les papes trouvaient imprudent de trop multiplier les ordres monastiques , et ils ne négligeaient aucun moyen de réunir ce qui s’était jadis divisé. Aussi, les Ermites de saint Damien ou de Morroni, n’étaient - ils , eu réalité, qu’une réforme de l’ordre de Saint-Benoît ; Unuphrc de Côme, troisième général, dressa leurs constitutions. Le nombre des monastères s’accrut au point qu’on tint le premier chapitre général en 1287, et qu’on y élut un abbé général.
Toutefois , à l’exemple de ces congrégations , si étonnamment multipliées , mais dont l’histoire n’offre rien d’extraordinaire, à peine aurions-nous fait une légère mention
de cet institut, si, par un admirable décret de la Providence, saint Pierre n’avait point été, en 1294, appelé au trône pontifical, qu’il occupa sous le nom de Célestin V. On dirait qu’il n’envisagea son élévation que comme un moyen d'affermir l’institut qu'il avait fondé, et qui lui empruntait la dénomination d'ordre des Cèlestins; car il obligea des monastères, celui du Mont-Cass in , par exemple, à embrasser sa réforme, même contre leur gré. La conduite du nouveau pape suscita des mécontents, et le collège des cardinaux accueillit avec empressement l’offre que fit Célestin d’abdiquer un fardeau qu’il n'avait porté que pendant cinq mois et quelques jours : l’éclat de la tiare ne dérobait point aux yeux du serviteur de Dieu le mérite des déserts. Pétrarque proclame que l’abdication de Célestin <■. suppose une grandeur d’âme toute divine , qui ne peut se rencontrer que dans un homme parfaitement convaincu du néant de toutes les dignités du monde; que le mépris des honneurs vient d'un courage héroïque , et non de pusillanimité ; qu’au contraire le désir des honneurs ne possède qu’une âme qui n’a pas la force de s’élever au-dessus d’clle-méme.
L’ordre, qui était redevable de son établissement à ce généreux pontife, se. maintint avec tant de succès, que les papes, successeurs de Célestin V, l’ornèrent de privilèges et favorisèrent sa propagation. Il pouvait se glorifier de l’existence de cent cinquante monastères, aux plus beaux jours de sa prospérité :1a plupart n’ont point survécu aux efforts de l’hérésie en Allemagne, et, en France, à l’influence des derniers événements.
FEULLAXTS.
Un ne pouvait voir avec indifférence l’ordre de Clteaux , le plus noble rejeton des Bénédictins, flétri à son tour par le souffle de la corruption générale; aussi s’élevail-il, de temps en temps, au sein de celte famille jadis si pure, des hommes qui cherchaient, par des tentatives de réforme, à la mettre à l’abri du mal. De là, tant de congrégations diverses; celle de Feuillants est la plus répandue.
Jean de la Barrière (11544-1600), qui tenait en commcnde l’abbaye de Feuillants, près de Toulouse, ne sc borna point à jouir des fruits de son bénéfice; il songea sérieusement à faire refleurir dans son monastère l'ancienne régularité des Cisterciens. Mais, comme l’expérience n’avait appris que trop souvent qu’il ne suffisait pas, pour réussir, de recommander l’observation de la règle primitive, il soumit scs religieux à des mortifications plus rigoureuses et presque excessives. Ces moines allaient nu-pieds, sans sandales, avaient toujours la tète nue, prenaient. leur réfection à genoux sur le plancher, s’abstenaient de vin même dans les maladies. Us reprirent les travaux manuels, qu’on avait oubliés à mesure que l’ordre de Clteaux s’était agrandi ; c’est autant pour éviter l’oisiveté, qui est la ruine des âmes
religieuses, que pour grossir leurs faibles revenus, que les religieux de Feuillants s'appliquaient à divers métiers.
Les anciens Cisterciens, se refusant à suivre cet exemple, recoururent aux persécutions; mais ils ne firent, par leurs démarches, qu’accélérer un résultat avantageux pour les Feuillants, dont la congrégation fut, en 11592, dégagée de toute dépendance envers Clteaux et commise aux soins d’un vicaire général. Un ennemi plus redoutable menaçait encore les religieux réformés; leurs forces n’étaient pas à l’épreuve de leur règle trop rigoureuse, et la mort en avait moissonné quatorze, dans l'abbaye de Feuillants, en une semaine. Cela rendit quelques adoucissements nécessaires dès 1 15915, et l'on permit de boire du vin. desc couvrir la tête et de porter des sandales de bois.
Les Feuillants curent beaucoup de maisons en France et en Italie. Urbain VIII les sépara en deux congrégations, l’an 1630, et ceux d’Italie prirent le nom de Ilertiardim réformés. Leur corps a produit plusieurs grands hommes , entre autres le pieux et savant cardinal Bona, qui mourut en 1671.
Jean de la Barrière avait aussi fondé en France des religieuses Feuillantines, de concert avec Anne et Marguerite de l’olastron.