‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 32 sur 113 · CLARISSES · texte numérisé non relu

CLARISSES

Tout ce que l’histoire nous a transmis sur la vie de saint François annonce combien il nourrissait avec scrupule l’éloignement dout la chasteté impose le devoir aux deux sexes, l’un à l'égard de l’autre; appréciant, d’ailleurs, la faiblesse naturelle des femmes, il ne s’occupait pas d’établir des monastères de pénitentes. La mendicité et la prédication , qui étaient les deux fondements de son institut , lui semblaient, avec raison , ne pouvoir convenir qu’à des hommes , et il lui en aurait coûté beaucoup de se départir, en faveur de l’autre sexe, de l’austérité de sa règle.

Cependant, sainte Claire (1193-123.>),

fille d’un des plus illustres seigneurs d’Assise, et qui marquait, depuis son enfance, une grande charité pour les pauvres et une piété extraordinaire , était destinée à convaincre saint François que son sexe est capable delà plus sublime abnégation, et que, quand la grâce est descendue dans le cœur d’une femme, il n’est pas d’elTorts héroïques qui se trouvent au-dessus de ses forces. Depuis longtemps, Claire contemplait, avec une secrète admiration, les exercices si extraordinaires de pénitence que pratiquait saint François; elle les imitait môme, autant que sa position le lui permettait; mais, à dix -huit ans, exécutant tout à coup un

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dessein que sa piété avait prémédité, elle abandonna la maison paternelle, s'enfuit à la Portioncule, où le sacrifice de sa chevelure annonça aussitôt sa vocation. Comme le soin de sa réputation et les convenances lui interdisaient d’habiter sous le même toit que les religieux, elle se fixa dans une petite maison, contiguë à l’église de Saint-Damien, et sa jeune sœur Agnès, à qui la grâce avait également parlé , s’y assujettit avec elle au même genre de vie. Leur famille chercha à les en arracher, employant jusqu’à la violence et aux armes ; mais les généreuses épouses de Jésus -Christ ayant tenu tête à l’orage et étant demeurées fidèles à leur projet , de tous côtes se présentèrent des veuves et des jeunes filles qui venaient se soumettre à la conduite spirituelle de sainte Claire.

Ainsi , l’année 1212 vit le monastère de Saint-Damien donner naissance à l’ordre des Clarisses, qui s’appelle encore des Pauvres-Dames- liccl uses, ou le second ordre do Saint-François. Une règle ne leur avait pas été tracée , mais elles pratiquaient de préférence les plus rudes exercices de la vie monastique; Claire avait seulement fait vœu d’obéissance entre les mains de saint François , à qui la haute direction appartenait naturellement. Il est vrai que Claire, donnant à scs sœurs l’exemple de la mortification la plus extraordinaire, était pour elles un modèle vivant qui rendait superflues les prescriptions d’une règle. Il ne lui suffisait pas d’avoir remplacé ses riches vêlements par une espèce de sac qu’elle attachait autour de son corps avec une corde ; d’ordinaire, elle avait deux cilices qu’elle portait alternativement, l’un de crin de cheval , serré d’une corde à trois nœuds, l’autre d’une peau de porc dont les soies, étant coupées court, lui entraient plus aisément dans la chair, comme autant de pointes qui lui causaient une douleur continuelle; quelquefois elle couvrait de branches la terre sur la-

quelle elle couchait , et n’avait qu’un tronc d’arbre pour oreiller; pendant le carême et l’avent , elle ne vivait que de pain et d’eau , et passait des jours entiers sans rien prendre. Le couvent de Saint-Damien fut le type de monastères semblables, formés en Italie, en Espagne (1219), et en France (1220).

Mais, saint François se refusant avec force à reconnaître dans ces établissements nouveaux des filiations de son ordre , et à en prendre le gouvernement, le cardinal IIugolin intervint, donna aux religieuses le nom de Damianistes, et les soumit à la règle de saint Benoît, mais avec des constitutions particulières qui auraient pù paraître rigoureuses même aux Franciscains. Il leur prescrivit un silence perpétuel, et les obligea de jeûner tous les jours.

François ne s’occupa que du monastère de Saint- Damien habité par Claire, et la forme de vie qu’il imposa, dans la règle qu’il écrivit pour les Clarisses en 1224, n’était destinée qu’à ce couvent. Le zélé fondateur y introduisit des adoucissements , qu’on n’était peut-être pas en droit d’attendre de lui ; il n’attacha une importance toute spéciale qu’à la défense qu’il fit aux religieuses, de retenir ni recevoir aucune propriété, soit par elles-mêmes, soit par d’autres personnes qu’elles auraient pu commettre à cet effet ; comme les religieuses ne pouvaient mendier, il chargea ses compagnons de pourvoir à leurs besoins. Ces prescriptions furent si généralement accueillies par les Damianistes , que , de l’agrément du pape Grégoire IX, toutes les embrassèrent, et dès lors seulement la maison de Saint-Damien, près Portioncule, put être regardée comme le berceau et le chef-lieu de toutes les autres. La réputation de leur sainteté pénétra dans les pays les plus éloignés, car Agnès, fille de Primislaw, roi de Bohême, fonda, dès 123 4, un couvent de Clarisses à Prague.

Les observances pratiquées par ces reli-

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gieuscs , ne dérivant pas d'une source unique, comme on vient de le voir, il ne manqua pas de s’ensuivre de fâcheuses conséquences et une assez grande diversité dans les dénominations , les unes étant appelées Recluses, les autres Pauvres-Dames , d’autres Sœurs-Mincures , d’autres encore Damianislcs , d’autres enfin Clarisscs. C’est à cet inconvénient que voulut parer saint Bonaventure , lorsqu'il entreprit, en 12G4, de réunir toutes ces religieuses sous un même nom (ordre de Sainte-Claire) et sous une même règle qui , bien que tirée de l’ancienne, fût plus proportionnée à la faiblesse du sexe. On adopta assez généralement les mitigations de saint Ronaventurc; mais, comme il se trouva quelques communautés qui préférèrent de vivre toujours dans cette grande pauvreté dont sainte Claire avait fait profession, celles-ci retinrent la dénomination de Clarisscs, pendant que les autres prirent celle A'Urbanistes, empruntant ainsi le nom du pape Urbain IV , qui avait approuvé la règle de saint Ronaventurc. Ces modiiications intérieures n’entravèrent pas la rapide propagation de l’ordre; il y a eu des époques où il comptait neuf cents monastères et vingt-cinq mille religieuses. Les

dames de Sainte - Claire , fondées à Longchamps, près de Paris, par sainte Isabelle, sœur de saint Louis , et auxquelles cette princesse obtint, en 1365, la permission d'assigner des revenus fixes , portèrent le nom d’Urbanislcs.

Sainte Colette Boilct (1380-1447) introduisit une réforme austère dans plusieurs de leurs maisons. Les religieuses de sa réforme furent distinguées par le nom de Pauvrcs-Cla risses.

En 1483, les religieuses du couvent de \' Ave -Maria de Paris embrassèrent la réforme de sainte Colette, et elles surpassaient en austérités toutes les autres réformes du même ordre.

I)'un autre cûté, les religieuses de V Immaculée Conception de la sainte Vierge , fondées à Tolède en 1484, par la vénérable Béatrix de Sylva, et dont Innocent VIII approuva l’institut en 1480, furent, par l'intervention du célèbre cardinal Ximénès, qui était lui-même Franciscain, unies aux Clarisscs, dont elles adoptèrent la règle, mais avec certaines mitigations. Jules II donna , en 1511, une règle particulière aux Conceptionistes, en les laissant néanmoins toujours incorporées aux Clarisscs.

TIKRS-ORDKS.

Par l’institution des Frères-Mineurs et des Clarisses, saint François avaitassuré à l’état monastique une riche moisson dans l’un et l’autre sexe; il semblait, d’ailleurs, avoir accompli tout ce que pouvaient réclamer, sous ce rapport, et le service de l’Église et la sanctification des âmes pieuses. Cependant une illumination de la grâce lui fit ouvrir les yeux sur les moyens d’établir un troisième ordre, et les Ticrtiaires furent instituées.

Le saint prêchant au |>euple la nécessité de la pénitence, il se présenta de tous eûtes un si grand nombre de convertis qui demandaient à expier dans le cloître et la solitude les péchés de leur vie, que François éprouva un invincible scrupule à les enlever au inonde. Alors même qu’il eût été sûr de leur bonne volonté et de leur persévérance, il eût craint de priver les villes et les campagnes de bras utiles , et de provoquer le mécontentement des princes : appréhension

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raisonnable, sans doute, mais qui s'effacait devant la crainte, plus légitime encore, que les liens du mariage et de la famille ne reçussent une fâcheuse atteinte par sa condescendance. Le saint prédicateur de l’Évangile, sachant qu’il y est défendu à l'homme de séparer ce que Dieu a uni , fit comprendre au peuple qu’on peut mener une vie chrétienne, sans prononcer des vœux solennels et sans se séparer absolument du inonde, pourvu qu'on garde une intention droite , qu’on renonce aux plaisirs dangereux et à la dissipation , qu’on sanctifie ses occupations dcchaquejour par des pratiques de piété, la prière et le jeûne. Il promit enfin de déterminer une forme de vie qui s’adapterait à l’état où Dieu avait placé chacun, et qui rendrait, en quelque façon, ceux qui la suivraient semblables aux religieux, sans avoir toutes les rigueurs de la vie monastique.

Il s’organisa de cette manière, dans la campagne, une congrégation de fidèles qui avaient en abomination la fréquentation des spectacles, des bals, des festins, l’usage du luxe et des éblouissantes vanités du monde, cl qui , tout à la fois, par leur amour de la paix , par leur empressement à se réconcilier avec leurs ennemis, par leur scrupule à éviter les plus légers jurements comme les plus grossières imprécations , donnaient l’exemple des plus rares vertus. Saint François disposa avec beaucoup de sagessequ’on ne pourrait être admis dans ce tiers-ordre, qu'autant qu’on justifierait d’une fortune ou d’une expectative de propriété suffisantes pour que l'on ne devint pas à charge aux autres pénitents.

Les critiques, néanmoins, ont adressé un reproche à cet institut. Quelle que fût l’influence, disent-ils, que letat monastique eût exercée jusqu’alors , du moins il était circonscrit dans certaines bornes extérieures, qui le faisaient brusquement et vive-

ment trancher avec le monde; mais les Tierliaires ne connaissaient pas ces limites, en sorte que c’est au milieu même du monde et incessamment mêlés à scs habitants, que se multipliaient ces espèces de moines ou de religieuses, nuisibles au bien-être de l’État, de la cité, de la famille, parce qu’ils étaient dans la dépendance des cloîtres....

Singulier reproche , vraiment , et qui suppose comme un vice de l’institution ce qui en formait le plus précieux avantage! Les Tierliaires étaient extérieurement confondus avec le reste de leurs concitoyens; donc il ne leur en était que plus facile de faire toucher au doigt la religion aux incrédules, et de les parfumer, pour ainsi dire, de leurs propres vertus. Le vrai motif du blâme est l’analogie de ces semi-religieux avec les religieux véritables, qu’on accuse d’avoir exploité la piété libérale des pénitents au profit des monastères ; mais cette accusation , à force d’être banale, est depuis longtemps reconnue pour calomnieuse. L'institut des Tierliaires devait être agréable à l’autorité politique, à qui elle assurait des sujets religieux, sans les distraire de l’accomplissement des devoirs du citoyen; aussi n’est-ce que sous l’influence de suggestions perfides et manifestement contraires à leur intérêt, que des princes ont protesté avec violence contre son établissement. Il est faux que la règle donnée par saint François' à son troisième ordre (1221) et que l’organisation des Tierliaires accrussent outre mesure l’influence des eloitres. Elles ont eu, sans doute, pour résultat la conservation , désormais plus généralement assurée, des droits du saint-siège; mais le maintien de l’unité catholique est la base de l'édifice religieux, et jamais l’autorité pontificale n’a prévalu au détriment des peuples.

Chacun n'était pas indistinctement admis dans ce tiers-ordre. O 11 examinait, auparavant, si l'aspirant était fidèle catholique et

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obéissant à l’Église romaine, s’il n'était noté d’aucune infamie; on s’informait de son état , de son office, ou de sa condition , particulièrement s’il n’était point engagé dans les liens du mariage, ce qui eût formé obstacle à sa réception, s’il n’avait eu le consentement de sa femme, et réciproquement la femme celui de son mari. On le soumettait ensuite à une année de noviciat, pendant laquelle on s’assurait avec soin de la sincérité de ses intentions, et on ne l’admettait ensuite à faire profession qu’en l’obligeant à promettre de garder toute sa vie les commandements de Dieu, et de satisfaire, pour les transgressions de la règle , à la réquisition du visiteur. Après la profession, on ne pouvait plus sortir du tiers-ordre, sinon pour entrer dans un monastère. Par une précaution bien sage, mais qu'on a dénaturée eu lui assignant la cupidité pour principe , le Ticrtiairc était obligé de faire son testament dans les trois mois après sa profession , afin, sans doute , que cet acte mit le sceau à son détachement des biens terrestres et le livrât tout entier à la salutaire préoccupation de la mort. L’habit devait être de drap vil, de couleur ni tout à fait blanche, ni tout à fait noire, sans aucun ornement mondain ; il était permis, selon les circonstances , de le porter sous des vêtements d’une étoffe et d’une forme moins sévères, pourvu que l'étoffe ne fût pas d’une couleur éclatante et que la forme n’annonçât pas trop de recherche.

Cet ordre fit, en peu de temps, de grands progrès, car il était bien séduisant de pouvoir, sans abandonner le monde, participer à tous les privilèges, grâces et induits, accordés aux Frères-Mineurs par les souverains pontifes. Quoique, dans certains pays et à certaines époques, le tiers-ordre ait été opprimé et persécuté , on a vu des empereurs et des rois se faire gloire de l’embrasser. Pour ne parler que de la France ,

nous citerons saint Louis; la reine Blanche, sa mère ; Marguerite de Provence , son épouse; sainte Isabelle, sa sœur; Élisabeth de France , femme de Philippe IV d’Espagne; les reines Anne et Marie-Thérèse d’Autriche, celle-ci femme et l’autre mère de Louis XIV ; on a même conservé l’acte de profession de cette dernière, daté du jour de Noël 1643, et conçu en ces termes:

Al) NOM DE HOTRE-SElGîtEUR JÉSUS-CHRIST.

Moi sœur Anne (V Autriche, par la grâce dicitie reine de France, fais vœu et promesse à Dieu tout-puissant , à la bienheureuse Vierge, au bienheureux père saint François , et à tous les saints , et à rous , mon pcrc, de garder tout le temps de ma vie les commandements de la loi de Dieu , et de satisfaire, comme il convient, pour les transgressions de la forme et manière de rie de la règle du troisième ordre de saint François ou de la Pénitence, confirmée par le pafte Aicolas IV, et autres papes ses successeurs, lorsque j'en serai requise, selon la volonté et le jugement des supérieurs.

Plusieurs des instituts dont nous nous sommes occupés dans les chapitres précédents (les Trinilaires, les Prémontrés ) se modelèrent, sous ce rapport, d’après celui des Frères- Mineurs , et ils eurent dès lors des tiers- ordres.

Nous placerons ici une observation générale sur la différence qu’il y a entre ces tiers-ordres et les confréries.

Quoique le mot de confrérie soit fort honorable, et qu’on entende par là plusieurs personnes réunies par les liens de la charité pour s’employer à de bonnes œuvres ; quoique ces sortes de confréries soient approuvées par le saint-siège ou par les évêques des lieux où elles sont établies; cependant, les règlements et les dispositions qui servent

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à y maintenir une observance uniforme ne portent que le nom de statuts, et il suffit, pour y entrer, de se faire enregistrer sur la liste des confrères. Au contraire, les dispositions qui servent à maintenir l’observance parmi les Tiertiaires portent le nom de règle, et il faut que ces Tiertiaires soient éprouvés par un noviciat d’un an , au bout duquel ils font profession avec des vœux simples. Bien qu’on ne puisse pas dire qu’ils soient religieux , à moins qu’ils ne soient engagés par des vœux solennels (comme les religieux pénitents du tiersordre de Saint-François , et les religieuses du tiers-ordre de Saint-Dominique), néanmoins leurs associations sont de véritables ordres, parce que, dans le cas dont il s’agit, le mot d'ordre signifie une manière de vivre ordonnée sous certaines règles et cérémonies pratiquées par ceux qui s’y engagent , et cette manière de vivre a été approuvée par plusieurs papes, comme l’attestent les bulles de Nicolas IV en faveur des Tiertiaires de saint François, d’innocent VII pour ceux de saint Dominique, de Martin V pour ceux des Servîtes, d’Eugène IV et Martin V pour ceux des Augustins, de Sixte IV pour ceux des Carmes , et de Jules II pour ceux des Minimes. Lorsqu’au contraire , les papes ont parlé du cordon de saint François , du scapulaire des Carmes, etc., ce n’a été que sous le nom de confrérie.

Nous ferons une seconde observation , non moins importante , sur l’origine des religieux pénitents des tiers-ordres.

Quoique saint François n’cùt établi son troisième ordre qu’en faveur des personnes de l’up et l’autre sexe qui , ne pouvant rompre leurs engagements avec le monde ,

voulaient néanmoins embrasser un état de vie pénitent et distingué du reste des hommes , il se trouva aussi, et dès le commencement des tiers-ordres, de zélés contempteurs du monde , avec lequel ils n’avaient point contracté d’engagement, et qui , par surcroît de dévotion , voulurent joindre à cet état de pénitence volontaire celui de la retraite , en vivant en communauté et en se soumettant aux vœux de religion. C’est ce qui donna naissance au troisième ordre régulier , qui , du moment qu’on a commencé à y faire des vœux solennels , a constitué un corps séparé dans l’Église. Il y a eu des religieux du tiers-ordre de saint François, du temps des papes Nicolas IV et Clément V.

C’est à différentes époques et en différents lieux que plusieurs personnes du troisième ordre se sont ainsi réunies en communauté, qu’elles ont gardé la clôture, et qu’elles ont fait les vœux solennels de pauvreté , de chasteté et d’obéissance. Elles regardent comme leur fondatrice sainte Élisabeth de Hongrie , duchesse de Thuringe, qui mourut en 1231. Cet institut se compose de personnes de l’un et de l’autre sexe ; il se divise en plusieurs classes, dont quelquesunes se vouent au service des malades dans les hôpitaux.

Les dénominations de Beghards , Béguins , Béguines 1 , ont été attribuées aux religieux du tiers-ordre de Saint-François; mais il ne faut pas les comprendre dans les anathèmes lancés contre les Beghards et les Béguins , sorte de faux spirituels ou de faux dévots dont nous parlerons plus loin.

Pour compléter cette matière, nous ajouterons que les religieuses appelées en Flan-

• Dans les Pays-Bas on appelait Béguine» béguinage : ces béguinages étaient quelquefois des filles ou veuves qui , sans faire des vœux , si vastes , qu ils formaient comme de petites se rassemblaient pour mener une vie dévote et villes dans la cite, réglée. Le lieu de leur habitation s’appelait

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dre Sœurs-Grisés , portaient autrefois un habit gris ; mais elles échangèrent celte couleur, en divers endroits, contre le blanc, le noir ou le bleu foncé. Elles faisaient , dans quelques maisons, les vœux solennels de religion ; maintenant elles s'en tiennent aux vœux simples.

La B. Angèle ( 1377-1 455) , comtesse de Civitcllc, institua à Foligno , en 1397 , les religieuses de ce troisième ordre , qu’on nomme Pénitentes , et qui étaient en fort grand nombre ; il y avait , dans les Pays- Bas, une réforme de ces religieuses, sous la dénomination de Rècolectines.

Les religieux du troisième ordre de Saint- François, qui se vouèrent au service des fous et des autres malades, ne font pour la plupart que les vœux simples de chasteté , de pauvreté et d'obéissance aux évêques dans les diocèses desquels ils sont établis ,

en y ajoutant celui de servir les malades. Ils observent la troisième règle de saint François, et vivent dans les hôpitaux ou dans des sociétés qu’ils appellent familles. Tels sont, en Espagne, les Minimes infirmiers * nommés aussi Obrégons , de Bernardin Obrégon , leur fondateur ; tels étaient, en Flandre, les Bons- Fieux ou Bons-Fils , que cinq pieux marchands établirent à Armentières, à Lille , etc.

Parmi les pénitents du tiers-ordre, occupés de l’instruction du peuple et des autres fonctions du ministère, on distinguait la congrégation dite de Picpus, instituée, l’an 1393, par Vincent Mussart. Elle emprunta son nom à l’un de ses monastères, situé dans un lieu nommé Biepus, au faubourg Saint- Antoine , à Paris. Ces pénitents avaient en France plus de soixante maisons, qui formaient quatre provinces.

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