HISTOIRE DE L’ORDRE DES FRÈRES- MINEURS, DEPUIS LA MORT DU FONDATEUR
Ce fut un grand malheur pour l’ordre qu’Élic eût réussi à en imposer à saint François par son hypocrisie , au point que le fondateur l’eût désigné au choix de l’ordre pour lui succéder en qualité de ministre général ; il en résulta des luttes frequentes et des divisions intestines.
Peut-être (mais ce n’est qu’une conjecture très-incertaine), avec la suite des temps , les Franciscains, oubliant l'humilité de leur mission, se seraient-ils fatigués d’une pauvreté qui les assimilait pourtant au Sauveur du monde ; ce que la suite des siècles pouvait amener, Élie l’improvisa dans sa coupable imprudence. Tout rempli des maximes du monde , il laissa introduire divers abus qui n’allaient à rien moins qu'à la ruine entière des constitutions fondamentales de l’ordre. Il fit bâtir une église magnifique ; ce qui était contraire à l'esprit de pauvreté, si expressément recommandé par la règle. Il détournait les revenus des communautés à son usage particulier, se ménageant des adoucissements que les frères ne partageaient point. Si plusieurs des provinciaux et des gardiens applaudis-
saient à sa conduite par respect humain; si d’autres, quoique convaincus que ces innovations ouvraient la porte au relâchement, et qu'elles éteignaient la ferveur qui avait fait jusque-là la gloire de l’ordre, étaient cependant trop lâches pour rompre le silence et pour s’élever contre les désordres qu’ils condamnaient intérieurement ; il en était aussi qui , scrupuleusement attachés aux dernières volontés du fondateur , avaient plus de courage que leurs frères , s’opposaient aux abus , et les improuvaient de la manière la plus forte.
Parmi eux , se distinguait Antoine de Padoue (11015-1231 ). Ce saint, Portugais de naissance, semblait formé par la nature et la grâce au travail des missions ; aussi François, qui reconnaissait son prodigieux mérite , l’avait-il chargé de prêcher la parole du Seigneur; il justifia celle confiance du fondateur, non-seulement parles succès de son éloquence, à laquelle les hérétiques les plus opiniâtres et les pécheurs les plus endurcis ne pouvaient résister, mais encore par les fréquents miracles dont la Providence daignait le faire l’instrument, et qui
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le mirent bientôt en odeur de sainteté.
Saint Antoine de Padoue est encore regardé aujourd’hui comme le patron du Portugal.
C’est lui qui, avec Adam de Marisco, porta ses plaintes à Grégoire IX, et obtint que ce pape déposât Élic du généralat.
Mais la ruse triompha de la vérité. Élic, feignant une conversion véritable , se couvrit d’une apparente humilité et d’un faux renoncement à toutes choses, en sorte que les frères, abusés par ce simulacre d’austérité, le réélurent ministre général en 1236, et le pape, ravi de pouvoir récompenser sa conversion , le confirma dans cet office.
Mais cet ambitieux ne se vit pas plutôt en pleine possession de sa dignité, qu’au lieu d’expier le passé, il ralluma l'opposition par l’égoïsme de sa conduite.
Les zélés, ayant à leur tête le pcrcCésaire de Spire ( d’où leur vint le nom de Césarins ), lui Orcnt des remontrances inutiles, auxquelles il répondit par la persécution ; Césairc, jeté en prison, y périt victime de la barbarie du geôlier. Saint Antoine de Padoue, en retour de scs efforts pour le maintien de la règle, ne reçut que les injures et les mauvais traitements réservés à
1 Religieux institués , l’an 1231 , par saint Silvcstre Go/./.olini , dans la Marche d’Ancône , sous l’étroite observance de saint Benoit. Innocent IV approuva cette réforme en
2 Ces égarements ont produit des Beggards ou Beghards, secte de faux spirituels ou de faux dévots, qui parut en Italie, en France et en Allemagne, sur la fin du xiu® et au commencement du xiv r siècle.
I.’austérité apparente des Albigeois et des Vaudois leur procurant des sectateurs , les catholiques sentirent que, pour arrêter la défection, il fallait qu'ils embrassassent eux-mèmes des mœurs réellement austères; de là ( comme nous l'avons dit pages 118 et 125), toutes les congrégations, tous les ordres religieux, éclos à cette époque. Il se forma aussi des associa-
it» séditieux. Il est vrai qu’après avoir immolé Césairc à son esprit de persécution , Élic fut déposé pour la seconde fois ; mais le funeste exemple des discordes intestines avait été donné à l’ordre. Non-seulement les Césarins se perpétuèrent, quelque temps encore , dans leur séparation ; mais il se renouvela fréquemment des discussions sur l’observation littérale de la règle.
Aux xui° et xiv° siècles, on vit se distinguer des autres Franciscains les Silvcstrins *, les Pauvres Ermites, les Cèlestùu, les Spirituels, les Clarenins, comme autant de réformes, qui réveillèrent passagèrement l’attention, parce que leur développement fut entravé par de dures persécutions.
Ces religieux, trop souvent égarés par l’excès du zèle, s’indignaient de voir consacrer l’usage de quêter de l’argent ou de recourir à des amis spirituels pour en recevoir; ils s’élevaient contre la construction de magnifiques édifices , et contre les autres abus qu’un grand nombre de leurs frères toléraient avec complaisance. Il leur fut d’autant plus difficile de réussir dans leur réforme, et d’autant plus aisé de s’égarer par excès de zclc 1 2 3 , que les papes, tels qu’In-
tions séculières , mais qui , par le défaut d’instruction, tombèrent d’un excès de piété dans un excès de libertinage.
Les premiers Beggards furent les Spirituels, réforme de l’ordre de Saint-François, et qui s’en sépara par esprit d’indépendance. Ces Spirituels entraînèrent dans leur parti beaucoup de Frères -lais du tiers- ordre, ou Fraticelles ( petits-frères ), nommés en Italie Besaciers, en France Béguins, dans les Pays-Bas et en Allemagne Beggards, dénominations données ensuite à la secte en général. Bien que condamnés en 1311 , ils subsistaient encore au xv e siècle , sous les noms divers de Frères et Sœurs du libre Esprit , de Bigards et Schiccstrioncs en Allemagne, tic Bigards et Picards en Bohème, de Picards et Turlupine en France, enfin sous celui d'jddamites.
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nocent IV, Nicolas III , etc., malgré leur sincère sollicitude pour l’ancienne austérité des cloîtres , étaient forcés par les circonstances d’adopter eux -mômes les mitigations apportées à la règle. Innocent donna, surtout, une solation assez remarquable de la difficulté qu’avait fait naître la possession de biens-fonds entre les mains de l’ordre.
Les Franciscains , dit le souverain pontife ( raisonnant ici dans l’intérêt général de l’Église , à qui il ouvrait par là des ressources inattendues ) , n’ont aucunement dévié de leur règle primitive : car ce qu’ils achètent et ce qu'ils possèdent n'appartient pas à l’ordre , mais se trouve compris dans le domaine de l’Église romaine, et n’est abandonné aux Frères -Mineurs qu’à titre d'usufruit.
La division de l’ordre, c’est-à-dire la séparation du môme corps en deux parties , s'accomplit au milieu du xiv° siècle.
Le bienheureux Paulet de Foligny chercha à renouveler dans les profondeurs de la solitude l’ancienne vie érémilique, et il est d’autant plus admirable que le succès ait couronné sa pieuse ardeur, que l’ermitage de Bruliano étant environné de marais qui exhalaient des brouillards perfides , et rempli d’une multitude de serpents qui pénétraient jusque dans les cellules , tant d’obstacles semblaient devoir décourager les compagnons tentés de se placer sous sa conduite, pour imiter scs humbles vertus.
Paulet ayant reçu l’habit de saint François dès l'àgc de quatorze ans , donna la règle des Franciscains à sanouvcllccongrégation, mais à la condition expresse d’observer cette règle dans toute sa rigueur ‘. C’est en 1368 qu’il jeta les fondements de cette con-
1 Les socques et sandales de bois que portaient les Frères- Mineurs de la réforme du
B. Paulet de Foligny, les faisaient appeler Soccolanls , dénomination qui s’appliquerait
grégation , et, douze ans après, elle comptait déjà douze couvents. Cette propagation rapide était due principalement à leur profonde humilité et à leur prudence ; non -seulement les souverains pontifes les approuvèrent, mais les Frères -Mineurs, d’origine plus ancienne , les souffraient volontiers, parce qu’ils les voyaient agir en toutes choses sans orgueil et avec un esprit de parfaite soumission. Cependant une différence , qui s’était insensiblement introduite dans les dénominations, faisait sérieusement présager une séparation prochaine.
Depuis longtemps déjà, l'on était habitué à distinguer les Conventuels ( c’est-à-dire ceux qui suivaient le relâchement introduit dans l’ordre et qui vivaient dans de grands couvents), des Frères des ermitages ; et ceux-ci, à raison de la manière étroite et consciencieuse avec laquelle ils pratiquaient la règle, reçurent le nom d c Frères de V Observance. Mais, comme ces derniers n’usèrent que trop , au gré des Conventuels , du pouvoir qui leur avait été accordé de recevoir partout des novices, et d'établir des couvents dans tous les lieux où ils seraient appelés et où on leur en offrirait, ce prosélytisme éveilla , d’abord en France 1 2 , et bientôt dans les autres provinces, la jalousie des Conventuels, qui, par leur tiédeur et leur indifférence, ne pouvaient que perdre à être comparés à leurs émules.
Vainement, poussés par un esprit d’intolérance, persécutèrent- ils ces généreux athlètes; vainement invoquèrent -ils leurs anciens privilèges; déjà, en 1413, le concile de Constance consacra par sa décision l'indépendance des Frères de l’Observance, en leur permettant de faire des règlements
aussi bien aux Rccollcts cl aux Carmes.
2 Les Observantins de France ont clé appelés Cordeliers , de la corde qui leur servait de ceinture.
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particuliers pour le maintien de la réforme, et de tenir des chapitres généraux - . La même année, les Observants se mirent aussi en possession du monastère de la Portioncule, berceau de l’ordre. La jalousie des Conventuels à leur égard s’irrita de voir que les deux congrégations étaient traitées sur le pied de l’égalité; les papes employèrent tous les moyens pour apaiser cette haine, car il ne pouvait leur être indifférent que les plus fidèles serviteurs de la religion épuisassent leurs forces dans une impitoyable guerre de parti. Le trouble s’augmenta encore, au sein de l’ordre, parce qu’à côté de ces deux grandes divisions des Franciscains, se perpétuaient aussi beaucoup d'autres congrégations , telles que les Colleta Hts, les Amèdéistes, etc., qu’il faut ajouter à celles dont il a clé question plus haut. Mais, lorsqu’au commencement du xvi° siècle, le pape Jules 11 abolit toutes ces congrégations, et que, contraintes par ses bulles, la plupart d’entre elles se réunirent aux Observants, ceux-ci acquirent extérieurement sur les Conventuels l’avantage décisif dont ils n’avaient joui jusqu’à présent que dans l’esprit des fidèles : leur importance, sous le rapport du nombre, répondit alors au degré d'estime qu'ils avaient su conquérir. Le triomphe des Observants fut complet, quand Léon X , en 1317, leur attribua la prééminence sur tout l’ordre de Saint -François, donnant l’exclusion aux Conventuels, pour l’élection du général et du chef de cet ordre, déférant l'honneur du choix aux réformés seuls, et disposant que le maître général des Conventuels serait à l’avenir confirmé par le ministre général de l’ordre entier, tiré du sein des Observants.
Cependant, quoique la grande majorité des monastères se fut ralliée au parti vainqueur, quoique leur propre influence fût anéantie, les Conventuels ne désespérèrent pas de recouvrer leur importance cl leur crédit ,
jusqu'à ce qu’Urbain VIII eut, eu 1031, imposé un silence perpétuel à leurs réclamations.
Chez les Observants , quelques réformes plus sévères se sont maintenues , malgré l’union faite par Léon X , ou bien se sont établies depuis. On appelle ceux-ci Observant ins de l'étroite observance. Parmi eux se distinguent les Franciscains déchaussés, institués par saint Pierre d’Alcantara, et qui formèrent une congrégation distincte, particulièrement florissante en Espagne ; on les appelle en Italie, Franciscains réformés. Le I\ Jean de Guadalupc établit, en Espagne, la réforme dite des Hécollcts, dans l’année 1300; elle fut reçue eu Italie en 1388.
Le nom de Récollcts fut donné à ces religieux parce qu’ils vivaient dans des couvents solitaires, et qu'ils se faisaient une loi plus spéciale de la retraite et du recueillement. En France, les Récollcts possédèrent près de cent cinquante couvents, et ils v rendaient de grands services, soit dans les missions des (les, soit dans la fonction d’aumôniers des armées.
Les combats intérieurs que nous avons indiqués plus haut, quoique incessamment renouvelés, n’empéchèrcnt pas que l’ordre ne conservât pendant des siècles une puissance inébranlable; car, d’un côté, les services fidèles qu'il rendait à la religion lui assuraient la protection des papes, et, d’un autre, la pauvreté de son extérieur, éveillant la sympathie des âmes pieuses, lui acquérait une précieuse popularité. Il ne lui fallait rien moins que d’aussi puissants alliés, car derrière lui immédiatement s’élevaient de redoutables rivaux , qui cherchaient à lui disputer la faveur publique, nous voulons parler des Dominicains; d'ailleurs, indépendamment de cette rivalité, les prétentions des Franciscains les placèrent, plus d’une fois , dans de fâcheuses occurrences. L’occasion s’offrira plus loin de faire re-
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marquer que les Franciscains soutinrent ces traverses avec courage , et qu’à d’injustes reproches ils opposèrent toujours un front sereiu et une rare patience. Pour cire à même de mieux faire tête à l'orage, c'est moins dans la faveur des princes et des grands que dans l'affection du peuple qu'ils cherchaient de l’appui. Dans le fait, ils ne tardèrent pas à voir leurs prédications et leurs confessionnaux assiégés par la foule des fidèles; l’on se persuadait avec complaisance que la miséricorde divine était acquise au chrétien assez heureux pour mourir revêtu de l’habit de saint François. Le peuple pouvait d’autant moins hésiter à croire à l'excellence de cet ordre, qu’il voyait les papes l’orner tous les jours de privilèges extraordinaires.
Les quatre ordres mendiants étaient, aux yeux des souverains pontifes, les quatre colonnes sur lesquelles s’appuyait la chaire de saint Pierre; car les papes comptaient beaucoup moins sur les autres instituts monastiques, quoique plus anciennement fondés, parce que ces instituts, ou bien étaient tombés dans une inaction qui ressemblait au sommeil de la mort, ou bien ne se rattachaient pas d'une manière assez étroite au trône pontifical. Mais, des quatre ordres mendiants, celui des Franciscains fixait cependant les complaisances de l'Église, qui le comblait de marques non équivoques de faveur, et l'entourait, pour ainsi dire, d’un rempart de prérogatives. Aucun institut ne pouvait se glorifier d’avoir reçu autant d’indulgences, cl Clément VU appliqua, à la fois, aux Franciscains tous les privilèges dont un ordre monastique, quel qu'il fût, avait jamais joui. Us méritaient bien ces récompenses par le reconnaissant enthousiasme et la chaleureuse conviction avec lesquels ils défendaient l'infaillibilité du pape: l’on a cru leur prêter un ridicule en les accusant de soutenir que, chez lui, comme
dans la divinité , la volonté tient lieu de la raison, et l’on ne s’est pas aperçu que, l’Esprit-Saint parlant par sa bouche en matière dogmatique, la raison se confond ici, nécessairement, avec la volonté. Le lien ‘ étroit établi entre les Franciscains et le souverain pontife se révélait avec non moins d’éclat dans l’économie extérieure de leur organisation. Un cardinal fut chargé, sous le titre de Protecteur de l'ordre, de surveiller les intérêts des Frères -Mineurs, et de défendre leurs droits dans le cas où ils seraient attaqués; en outre, le pape leur donna des procureurs qui devaient, en leur nom, recevoir et administrer les dons et legs qui leur seraient faits, puisque le vœu de stricte pauvreté, que prononçaient les membres de l'ordre, leur interdisait des soins de cette nature.
Il n’entrait pas , sans doute, dans le plan que saint François s’était tracé, que ses disciples cherchassent surtout à se distinguer par leur savoir; mais il y a une bien niaise injustice à prétendre que les Franciscains semblaient avoir fait vœu de pauvreté d’esprit autant que de renoncement aux richesses. Il est, en effet, sorti de leur ordre, des hommes savants, des écrivains célèbres, au point que Wadding en a dressé le catalogue qui compose un volume in-folio, et qui serait susceptible de bien nombreuses additions depuis l’an 1650 qu’il fut imprimé à Rome. Les luttes des Frères-Mineurs avec les Dominicains, beaucoup plus lettrés du reste, rendaient de jour en jour plus sensible la nécessité où était l’ordre de s’enrichir de sujets exercés à l’art de la dialectique ; aussi les Franciscains ne tardèrent-ils pas à figurer avec honneur parmi les savants qui cultivaient la théologie scolastique au moyen âge.
Alexandre de Haies (1243), le premier Frère-Mineur qui prit à Paris un grade académique, y enseigna la théologie et la phi-
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losophie avec beaucoup d'cclat; ses contemporains lui prodiguèrent les litres de Docteur irréfragable et de Fontaine de vie '. Dans les ouvrage^ théologiques de saint Bonaventurc (1221-1274), disciple d’Alexandre, et surnommé lui -même le Docteur séraphique, on remarque beaucoup de solidité et la plus exacte orthodoxie.
Bonaventurc et son maître Alexandre ne différaient .pas de principes scientifiques avec les Dominicains ; mais Duns Scot( 1308), appelé Docteur subtil, parce qu’il se distingua par sa subtilité à expliquer les plus grandes difficultés de la théologie et de la philosophie de son temps , voulut se frayer une route particulière, et donna naissance, dans l’école, aux deux partis des Thomistes et des Scotistes, qui se livrèrent , pendant des siècles, une guerre opiniâtre. A ce sujet, nous ferons remarquer, avec AI. de Maistre 1 2 , que les théologiens scolastiques sont beaucoup trop méprisés. Un publiciste qui, dans une Introduction, encore inédite, à une législation universelle 3 , fait à grands traits l'histoire de l’école logique, pense, comme cet illustre écrivain, qu'il y a une souveraine inconvenance dans les reproches généralement adressés aux scolastiques du moyen âge. D est injuste de dire que, tant que les religieux se sont préoccupés de spéculations inutiles sur les sujets de la théologie, sans briser le prestige de la superstition qui captivait le peuple, ils n’ont mérité ni approbation , ni reconnaissance ; car , alors que la prétendue inutilité de leurs discussions serait hors de doute, il faudrait encore convenir que ce choc des opinions, que ce frottement des esprits , devaient tùl
1 Gloria doclorunifdccusct flnx philosophorutn.
2 Soirées de Saint-Pétersbourg, t. I, p. 131.
ou tard produire des étincelles éblouissantes de clarté.
Le personnage le plus remarquable dans les sciences que puissent citer les Franciscains, est Roger Bacon (1214-1291), dont le nom peut être mis à cùlé de ceux de Newton et de Leibnitz , et à qui scs contemporains rendirent une justice complète en l'appelant le Docteur admirable. En présence de cette réparation solennelle , on a mauvaise grâce d'insister sur l'ingratitude de son général , qui , craignant d'abord qu'il ne fit un mauvais usage de ses talents, lui défendit d’écrire et le tint même en prison quelque temps après. Avec un très-beau génie, Bacon ne sut pas sc mettre au-dessus de quelques puérilités de sou siècle , et il s'occupa de la pierre philosophale, de l’astrologie judiciaire , de la baguette divinatoire ; ce qui donna occasion à ses confrères de l’accuser de magic , reproche dont Naudé a pris la peine inutile de le justifier. Bacon dissipa l’inquiétude prématurée de ses supérieurs, et les convainquit de sa prudence comme de son orthodoxie. Les grands progrès qu’il fit dans l’astronomie, la chimie et les mathématiques , ne permettent pas aux détracteurs du moyen âge de déverser sur lui le blâme qu’ils répandent, à pleines mains, sur les scolastiques.
L’ordre des Franciscains, justement fier des savants qu’il a produits, peut, avec plus d’orgueil encore, nombrer scs martyrs, scs confesseurs, les quarante-cinq cardinaux et les cinq souverains pontifes qu’il a donnés à l’Église. Nicolas IV, Alexandre V, Sixte IV, Sixte V, Clément XIV, appartenaient à l’ordre de Saint- François.
3 De la Corruption et de la Nécessité d'une réforme fondamentale.