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FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES

La sollicitude de l'Église a toujours eu pour principal objet le soin de la jeunesse et rétablissement de bonnes écoles : c’est un fait qui ressort de toutes les pages l'histoire des ordres religieux. Sans remonter à «les temps trop reculés, saint Charles Borroinéceut singulièrement à cœur de multiplier , dans son diocèse, les écoles chrétiennes. Les assemblées ecclésiastiques , tenues en Italie et en France après le concile de Trente, et les statuts synotlaux, recommandent également le choix de bons maîtres «l’école. On a vu plus haut qu'en établissant la congrégation de la Doctrine Chrétienne , César de Bus eut pour but l’instruction des enfants. Saint Vincent de Paul, saint Jean- François Regis, les plus célèbres missionnaires des trois dernièrs siècles, ne dédaignèrent pas d’enseigner le catéchisme; ils aimaient , d’après l’exemple du divin Maître , « laisser tenir à eux les petits enfants ; c’était leur plus chère récréation. Mais l'enfance, et surtout l’enfance pauvre, manquait d’instituteurs quotidiens, appliquésexclusi-

vemcntà l’instruire. Saint Vincent de Paul , dont nous venons de tracer le nom , pourvut, il est vrai , à l’instruction des tilles en formant la congrégation des Sœurs de la Charité , et sur cet admirable modèle, s’établirent successivement, à Paris et dans les provinces, d’autres associations pieuses pour l’éducation des jeunes lilles. Seulement, les garçons pauvres réclamaient les mêmes secours. L’esprit de piété et de charité devait donc, pour satisfaire à ce besoin, enfanter un institut qui excitât l’attention , l’intérét et la reconnaissance des amis de la religion, de l’ordre et de la morale.

Les premières tentatives en ce genre furent faites par Pierre Tranchol, Charles Démia , Nicolas Barré et Jean- Baptiste de la Salle.

Pierre Tranchot ( 16îii ) , ancien avocat au parlement de Paris , acheta à Orléans une maison qu'il transforma en école de charité; il y enseignait lui-méme, et conduisait ses élèves à l’église en chantant des prières ; un de scs parents, qui l’avait secondé dans

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celle œuvre , la continua après sa mort. Des écoles semblables s’établirent à Blois et à Tours, et un vertueux laïque, animé du même zèle, François Pcrdoulx , en fonda ensuite plus de trente dans les campagnes du diocèse d’Orléans.

Ce que des laïques faisaient pour l’instruclion des pauvres dans cette partie de la France, un saint prêtre, Charles Démia (1689), promoteur de l'oflicialité métropolitaine, l’opéra à Lyon. Démia se préoccupait de l’éducation des enfants des deux sexes, et Camille de Villcroy , archevêque et gouverneur de la province, voyant qu'il avait réussi par son zèle à créer des écoles dans cinq paroisses de Lyon, le nomma directeur général de toutes celles de son diocèse, l'autorisant à déléguer d'autres personnes à sa place, et à dresser tous les règlements nécessaires. En vertu de ces pouvoirs, Démia établit pour les lillcsdcs Sœursdc Saint-Charles, et pour les garçons une espèce de séminaire sous l’invocation du même saint, où l'on formait d'excellents maîtres d’école. Démia plaça cette maison sous la direction d’un Sulpicicn ; car, élève lui-même de Saint -Sulpice, il savait qu’il ne pouvait s’adresser mieux qu’à cette célèbre congrégation: tous les jours, vingtquatre maîtres sortaient du séminaire de Saint-Charles pour aller faire les classes aux enfants dans les divers quartiers de Lyon.

D'autres instituteurs ayant prétendu établir, par spéculation, désétablissements rivaux, Démia obtint, en 1674, un arrêt du conseil qui défendit toute tentative de ce genre qui ne serait point agréée par l’archcvéquc. La bonne œuvre commencée à Orléans lui fut apprise; il voulut l’encourager par sa pré-

cès. Au moment de la révolution , de jeunes ecclésiastiques, qui faisaient en même temps leur séminaire, gratuitement, dans cette maison, étaient chargés des écoles de garçons.

Le Père Barré (1621-1686), Minime, qui s’intéressait vivement à l'instruction de la classe pauvre, entreprit de former à son tour des maîtres chrétiens. Plein de l’esprit de son état , ce religieux voyait avec douleur l’abandon et l’ignorance des enfants du peuple; dès 1666, il avait songé à pourvoir à l'éducation des filles; mais en 1678, celle des garçons le préoccupa également, et c’est alors qu’il chercha à établir des espèces de séminaires où l’on préparerait des maîtres et des maîtresses d’écoles. Ces séminaires devaient être séparés , comme les écoles auxquelles ils fourniraient des chefs. Rouen et Paris possédèrent, grâce au Père Barré, deux sémiuaires pour les maîtresses decolc, sous le nom d’écoles chrétiennes et charitables du Saint-Enfant-Jésus et de Filles de la Providence : cet établissement se répandit dans plusieurs provinces, et il a subsisté jusqu'à nos jours. Par malheur, l'institution pour les hommes n’eut pas le même succès, le Père Barré n’ayant pu y maintenir les principes de charité , de pauvreté et d'abandon à la Ppjfidence, qui sont l’indispensable condition de sa prospérité, et les maîtres n'ayant pu se détacher de leur fortune et de leurs intérêts. Le Père Barré eut, du moins, la consolation de participer , par scs conseils, à l’établissement d’un institut plus heureux ; l'abbé de la Salle, qui eut sur lui l’avantage de fonder des maîtres parfaitement désintéressés, recourut plus d’une fois à son ex-

scncc , la secourir de ses conseils et de scs périence et à ses lumières dans les doutes et dons. Ce voyage date de 1686; il devait avoir . les diflicullés où il se trouvait engagé, pour résultat l’établissement d’un séminaire jj Jean-Baptiste de la Salle (1661- 1719) À de maîtres d’école à Orléans. Ce projet ne Se né à Reims, était fds d’un conseiller au préréalisa point; mais*, en revanche, la maison sidial de celle ville, qui , sur sept enfants.

Saint-Charles de Lvon se soutint avec suc- en vit trois se consacrerai! service de Dieu.

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Jean-Baptiste avait montrédesi bonne heure le goût de la retraite et de la piété, qu’on le pourvut, à 17 ans, d’un canonicat de la métropole de Reims. Comme le vénérableGrignionde Monlfort, il se trouva, au séminaire Saint -Sulpice, où il passa quelque temps, sous la direction d’un homme aussi sage et aussi expérimenté que pieux , Louis Tronson , bien capable de lui inculquer l’esprit de cette maison. De retour à Reims, il entra dans les ordres et reçut la prêtrise en 1678 : ce caractère sacré se conciliait parfaitement avec la modestie , l’application aux devoirs de sa place , et les mœurs graves qui attiraient l’estime générale au jeune chanoine.

Une circonstance toute particulière détermina sa prédilection pour l'instruction de la jeunesse. De la Salle s’était mis sous la direction de l'abbé Roland , théologal , qui avait, dès 1674, fondé à Reims une communauté de Sœurs, dite de l’Enfant-Jésus, pour tenir des écoles gratuites. L’abbé Roland communiqua à de la Salle son goût et son vertueux zèle ; il se déchargeait sur lui du soindediriger sa communauté de Sœurs, et la mort l'ayant enlevé peu après que son élève eut été fait prêtre, il le lui abandonna tout entier. Celui-ci acheva l’œuvre; nonsculemenl il obtintl’agrément de l’archevêque et des magistrats de Reims, ainsi Tfuc des lettres patentes du roi , mais il contribua à l’établissement d’une espèce de séminaire, formé dans la ville, pour préparer les Sœurs à remplir leurs fonctions de maîtresses d’école.

Il semble que la Providence n'attribua à l’abbé de la Salie la direction de cette communauté qu’afin de le préparer à entreprendre une œuvre analogue pour les garçons.

On se rappelle ce que nous avons dit des écoles du Père Barré. Une dame de Reims, mais établie à Rouen (Charlotte Roland, dame de Maillefer), avait été des premières à la porpager; elle en avait fondé une de filles à

Darnetal, en Normandie, et elle s'était entendue avec l’abbé Roland, en 1673, pour en établir une de garçons à Reims. La mort du vertueux théologal ne fit que retarder l’exécution de ce projet. En 1679, madame de Maillefer envoya à Reims un pieux laïque, Adrien Niel, pour le réaliser. Grâce au concours de l’abbé de la Salle, la première école gratuite fut établie à Reims, cette année même, sur la paroisse Saint-Maurice; les libéralités d’une riche veuve , madame de Croyères, permirent d’en fonder uneseconde sur la paroisse Saint-Jacques. Dans le principe, l'abbé delà Salle nepensaitqu’à seconder une œuvre utile, sans prétendre la diriger. Mais, quoique Niel eût d’ailleurs beaucoup de zèle pour l'établissement des écoles chrétiennes, son inconstance força le saint prêtre à s’en occuper d’une manière plus active. Celui-ci donna donc des règles aux nouveaux maîtres d'école ; il tâchait de leur inculquer un esprit de piété, il allait présider à leurs exercices, enfin il les reçut chez lui et en forma une véritable congrégation, vers la fin de 1681 : c’est ainsi qu’il devint naturellement le supérieur des Frères.

Jusqu’alors les établissements de ces Frères n’avaient eu lieu qu’à Reims; mais, la réputationdcsnouvcllesécoles se répandant, les villes de Rhétel et de Guise en demandèrent en 1682, et Laon en 1683. Celte même année l'abbé delà Salle, pour être librede consacrer tout son temps à l’œuvre des Frères, se démit de son canonicat. A ce sacrifice, il joignit celui de son patrimoine dont il distribua le prix aux pauvres, au lieu de le consacrer au soutien des écoles naissantes , car il annonçait par là qu'il ne comptait que sur la Providence pour les faire prospérer. L’année 1684 avait été d’ailleurs l’époque d’une affreuse disette dans le royaume , et surtout en Champagne ; les aumônes de l’abbé de la Salie ne pouvaient venir plus à propos. Libre alors de toute soilici-

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ludc, le saint prêtre se dévoua tout entier à la direction des écoles. De nouveaux sujets venaient augmenter les ressources de l’œuvre ; mais elle se fortifiait moins encore par l’adjonction de ces Frères que par l'exemple d’une vie pauvre et dure que leur donnait l'abbé de la Salle, qui avait à cœur de transformer scs disciples en hommes intérieurs, purs et sanctifiés. C’est encore en 1684 qu’ils commencèrent à faire des vœux pour trois ans, à adopter un habillement particulier, à s'appeler Frères des Écoles chrétiennes. L’abbé de la Salle ne dédaignait point de faire l’école lui-même; il résigna pendant quelque temps les fonctions de supérieur, et ne les reprit que forcé par les grands vicaires de Reims. Indépendamment de la communauté des Frères, il en forma deux autres bientôt après. S’étant fait une loi de n’envoyer jamais de Frère seul , de peur qu’il ne perdit , ainsi isolé, l’esprit de la congrégation , cette loi l’emjH*chail d’en envoyer dans les lieux où il ne pouvait pas en entretenir deux : pour coml»cnser cet obstacle, il fonda une communauté de maîtres d’école pour la campagne, puis il en établit une d’enfants propres àdevenirdes Frères. Tant qu’il resta à leur tête à Reims, ces deux communautés prospérèrent : elles se dissipèrent bientôt, dès qu’il fut parti.

On le désirait depuis longtemps dans la capitale. Knl688, il vint s’établir avec deux Frères à l’école de la paroisse Saint -Sulpicc , et en 1690 , il en fondait déjà une autre sur cette même paroisse. Les maîtres séculiers , ne songeant point que le titre de gratuites de ces institutions annonçait assez qu’il ne cherchait point à leur enlever leurs élèves , n’épargnèrent point les contradictions au fondateur, qu’ils accusaient de blesser leurs privilèges. L’an 1691, l’abbé de la Salle , qui jusqu’alors n’avait point eu de noviciat distinct, en ouvrit un à Vaugirard.

C’était le plus sûr moyen qu’il pût employer pour introduire l’esprit de zèle et de piété dans la congrégation : il le dirigeait en personne, et y appelait, pendant les vacances, les Frères des différentes écoles pour y faire une retraite. La disette de 1693 et de 1694, en plongeant de la Salle dans une extrême détresse , ne fit que ménager un nouveau triomphe à son esprit de pauvreté et de pénitence. Tous les Frères se lièrent, en 1694 , par des vœux perpétuels. Peu après , une troisième école s’établit sur la paroisse Saint- Sulpice , une autre sur la paroisse Saint- Hippolytc. L’abbé de la Salle revint encore à son projet de former des maîtres pour les campagnes; la mauvaise conduite de celui qu’il avait placé à la tête de l’entreprise en empêcha la réussite. Le fondateur fut consolé en recevant dans sa maison cinquante jeunes catholiques Irlandais , qui étaient passés en France pour conserver leur religion. Il le fut encore en voyant un des plus pieux prélats de l’époque, Godet -Dcsmarcls , évêque de Chartres, lui demander des sujets pour fonder des écoles chrétiennes dans son diocèse. Il lui accorda six Frères, en 1699. La congrégation se chargea en outre , vers le même temps , des écoles de Calais.

Au commencement du dix-huitième siècle, les Frères furent appelés successivement à Troycs, à Avignon, à Marseille, à Darnctal , à Rouen. En 1703 , on transporta le noviciat de Vaugirard dans cette dernière ville, et on l'établit dans la maison de Saint- Ton, qui devint depuis si importante et qui fut le chef- lieu de la congrégation. Évêques, curés , magistrats , les personnes pieuses de toutes les classes s'intéressaient à la propagation des écoles chrétiennes. Il s’en formait à Dijon, à Mende, à Alais, à Saint- Denis, à Versailles, aux Vans près Alais, à Moulins, à Boulogne. Mais la jalousie des maîtres séculiers, l’opposition de quelques

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outres personnes , les difficultés inséparables de tous les etablissements , mêlaient beaucoup de soucis à la joie du fondateur.

En 1709, ilvitson œuvre près de succomber sous les calamités qui désolaient la France; scs prières et sa patience vinrent à bout de tant de misères et d’épreuves. Courses, travaux , services de toute espèce avaient rempli sa vie; retiré à Saint-Yon, l’an 1719, il y reçut son immortelle récompense.

La mort du fondateur ne ruina point l’esprit qu’il avait cherché à introduire parmi les Frères. En son absence , même union , même zèle , même obéissance à leurs règles, mais aussi même providence. L’établissement des Frères à Saint-Yon fut assuré par des lettres patentes de 1724 : Ilenolt XIII , par une bulle de 1725, autorisa l'institut et ses règles. La même année, une assemblée générale de Frères se tint à Saint -Von.

L'abbé de la Salle eut pour premiers successeurs Joseph Truffet (1720), dit le Frère Barthélemy, qui avait gouverné la congrégation de son vivant , et Guillaume-Samson Bazin (1752), dit le Frère Thimothéc, qui se démit de ses fonctions en 1751. Sous lui de nouveaux bâtiments accrurent la maison de Saint-Yon ; la nouvelle chapelle, dédiée à l'Enfant-Jésus , reçut en dépôt le corps du fondateur. On admettait dans cette maison trois espèces de pensionnaires: des enfants libres et volontaires qu’on y envoyait pour y être instruits et élevés , des jeunes gens dérangés et indociles que les Frères avaient mission de corriger et de ramener à de meilleurs sentiments , d’autres enfin qu’on y enfermait par lettres de cachet ou par arrêts, jusqu'à ce qu’ils donnassent des espérances d’amendement. Ces trois sortes de pensionnaires formaient une première communauté ; une seconde se composait des novices , et une troisième des Frères servants et autres. L’ensemble de ces trois communautés constituait la maison de Saint-

Yon. La discipline, la régularité, rharmunic qui subsistaient entre des gens d’âge, d’état et d’humeur si différents , d’où résultait un ordre admirable, étonnaient le premier président du parlement de Normandie, de Pontcarré.

Le Frère Timothée eut pour successeur le Frère Claude (1775), démissionnaire en 1 770 et remplacé alors parle Frère Florence (1800), démissionnaire lui-même en 1777 et prédécesseur du Frère Agathon(1797). La maison de Saint-Yon avait continué d’être la maison du chef d’ordre jusqu’en 1770 , que le supérieur fixa sa résidence d’abord à Paris et huit ans plus tard à Melun. Jusqu’à la révolution, l'institut des Frères, fondé sur des principes de détachement , de pauvreté et de pénitence, qui ne permettaient pas au temps d'avoir la moindre prise sur lui , multiplia ses précieuses acquisitions. Mais l'assemblée nationale, en suspendant, par son décret du 29 octobre 1 789, l'émission des vœux dans les communautés, avait porté aux ordres religieux un coup mortel ; elle consomma son ouvrage, le 13 février 1790, en supprimant toutes les congrégations. II fallut bien alorsquc l'institut des Frères, qui depuis plus d'un siècle rendait d’importants services à la société, fût dispersé comme les autres corps religieux :

il avait alors cent vingt- une maisons, occupées par mille sujets.

Les Frèress’associèrentà la gloire duclcrgé par leur refus du serment impiedemandé à tous les pensionnaires religieux ; ils curent aussi, à son exemple, leur part dans les persécutions. Le Frère Salomon périt, massacré en 1792 , avec taut d'illustres confesseurs ; d’autres subirent la déportation ; le vénérable supérieur général fut, pendant quelque temps , emprisonné. Quel abaissement pour une congrégation naguère si florissante!

Proscrits en France , les enfants de M. de la Salle résolurent d’aller au moins en Italie,

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où ils possédaient trois maisons, établir d’autres écoles de charité: avec l'assentiment du Frère Agathon, ils eurent bientôt fondé une nouvelle maison à Omette. Le danger des relations avec la France avait fait même accorder par Pie VI un vicaire général aux Frères d’Italie. L’invasion des Français en 1798 amena une seconde dispersion , et il ne restait en 1799 de tout l’institut que les deux seules maisons de Fcrrare et d’Orvictte, composées d’environ quinze Frères !

Mais l’ascendant réparateur de Bonaparte prévalut enfin. En 1800, on put rouvrir les deux maisons de Rome. Après la conclusion du concordat, des écoles se reformèrent également en France. L’établissement de Lyon était le principal ; il y en avait d’autres à Saint-Germain-en-Layc, à Toulouse, au Gros -Caillou à Paris. Le Frcre Frumence (1810), vicaire général d’Italie, quitta alors Rome pour revenir en France, en 1801 ; tous les membres de l’institut l’assurèrent de leur obéissance. En retrouvant un chef, ils obtenaient un médiateur actif auprès de l’autorité; dès 1805 , ils reprirent leur ancien habit religieux, multiplièrent leurs écoles et leurs noviciats, et l’archevcque de Lyon, qui ne cessa de leur donner des marques d’un sincère attachement, fit assurer le privilège de l’exemption du service militaire aux jeunes gensqui se consacreraient à cette pieuse vocation , circonstance qui leur procura un grand nombre de novices. F)nfin, lors de l’organisation de l’université, en 1808, l’existence de l'institut fut légalement reconnue etapprouvéc. Tous ces événements signalèrent l’administration du Frère Frumence.

A sa mort, en 1810 , le chapitre général

1 C’est ainsi que les Frères se sont établis h Metz depuis 181 G ; ils y sont au nombre de treize, et y tiennent quatre écoles, divisées chacune en deux ou trois classes ; chaque classe contient 80 h 100 enfants. Les Frères oc-

asscinblé à Lyon élut pour supérieur général le Frère Gerbaud (1769-1822), dont l’activité extraordinaire contribua à étendre de plus en plus la congrégation ; le roi ayant donné à l’institut, en 1819, la grande maison du Saint- Enfant- Jésus, au faubourg Saint- Martin à Paris, le Frère Gerbaud songea ci y transférer sa résidence , car l’éloignement «le Lyon du centre des affaires entravait ses correspondances avec le gouvernement : ce projet fut exécuté en 1821. L’institut nepossédait que trente-six maisons à l’époque de la nominationdu Frère Gerbaud comme supérieur général ; à sa mort , on en comptait jusqu’à cent quatre-vingts, composées de douze cents sujets. Cela s’explique par l’ascendant que la religion avait retrouvé sur les esprits, à dater de la restauration. Bonaparte la protégea d’abord, et peut-être plus que ne le firent les Bourbons à leur retour, mais il la persécuta ensuite. Sous les Bourbons, la mauvaise volonté de leurs ministres suscitait encore des obstacles; mais enfin les ministres passaient, et les services d’une administration compensaient les torts de l’autre ‘.

Deux ans plus tard, sous le gouvernement de Guillaumcde Jésus (1748-1830), qui lui succéda, tel était l’accroissement qu’avait encore reçu la congrégation, qu’elle comptait deux cent dix maisons, savoir : cent quatrevingt-douze en France, deux à Pile Bourbon, une à Cayenne, cinq en Italie, cinq en Corse, une en Savoie et quatre en Belgique.

Ces deux cent dix maisons contenaient plus dedix mille Frères, dont trois centcinquantc distribués en dix noviciats, plus de seize cents occupés à instruire chaque jour envi-

cupent une maison construite sur l’emplacement d’une ancienne église, qui avait etc aliénée par le domaine, et qu’un prêtre, M. l’abbé Claudin, racheta et abandonna à la ville pour la destination qu’elle a aujourd’hui.

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ron cinquante -deux mille enfants, ou les autres employés au soin du temporel ou au gouvernement des maisons. C'est que, dans le fait, les autorités ecclésiastiques , les administrations municipales, les particuliers rivalisaient de zèle pour confier la jeunesse à ces maîtres respectables. En vain l’esprit de parti cherchait-il à contre-balanccr ce succès en faisant prévaloir la nouvelle méthode d'enseignement , dite de Lancaster : les esprits sages répondaient que celle-ci , négligeant V éducation pour ne s’occuper que de l'instruction, pouvait meubler l’esprit sans former le cœur; celle des Frères, au contraire , s'attache surtout à développer le sentiment religieux , à inculquer de bonnes mœurs , et ce n’est qu’en faisant contracter à la jeunesse des habitudes saines qu'elle éclaire son intelligence , dont les écarts se

trouvent ainsi prévenus ou balancés par l’amour de la religion et les pieuses exigences de la morale.

Par malheur, l’esprit de parti , se prévalantdes événements de 1830, et favorisé dans beaucoup de localités par les autorités nouvelles , a porté enfin une funeste atteinte à l’ascendant si bien établi des disciples de l’abbé de la Salle. On les écarte des lieux où on les appelait naguère; aux encouragements on fait succéder les dégoûts, l’uni- .

versité revient sur ses concessions , et peu s'en est fallu que l'obligation du service de la garde nationale , qu’on prétendait leur imposer à Cherbourg, ne mil les Frères dans le cas de fermer leurs écoles, si nécessaires pour l'instruction des enfants pauvres. On n’eût pas reculé devant l'injustice ; on n’a point osé affronter le ridicule.

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