PRÊTRES DES MISSIONS DE FRANCE
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Les chapitres precedents ont montré que le zèle pour les missions étrangères ou intérieures anima beaucoup d’ecclésiastiques pendant les dix -septième cl dix- huitième siècles : au commencement du dix-neuvième, plusieurs des anciens établissements se rouvrirent, mais on désirait généralement, en 18115 , qu’uue société de missionnaires, formée sous les auspices d’un pouvoir plus religieux , embrassât toutes nos provinces dans sa sollicitude.
En effet, il n’y avait alors aucun chrétien qui ne gémit des atteintes portées en ces derniers temps à la religion , aux mœurs , au bon ordre des familles, comme à la paix cl à la stabilité de l'État, et qui ne s’épouvantât de cet héritage de désordres et de vicesque la génération qui s'en va laisse aux générations qui lui survivent. Le moyen de remédier aux funestes suites de notre révolution politique ne pouvait se trouver que dans celte autre révolution toute religieuse que produit presque toujours , dans les villes et les campagnes, l'apparition de ces enrobés extraordinaires , qui viennent replanter la foi là où elle a été arrachée, et qui ,
nouveaux apôtres, annoncent les vérités chrétiennes à des peuples que le dénùinent de tout secours religieux conduit insensiblement à un oubli du nom de Dieu, plus affligeant que l'idolâtrie.
C’est dans cette pensée qu’un homme, dont on bénira éternellement la mémoire, l'abbé Lcgris-Du val, secondé par MM. Ilausan, de l'orbin-Janson, etc., concourut à l'établissement d'une société de missionnaires, placés sous la protection du grand aumônier de France, et dont l’archevéché de Paris approuva les statuts.
En se présentant dans les paroisses , qui les appelaient comme des ministres de réconciliation et de paix, les missionnaires ne voulurent point que leurs services pussent jamais devenir une charge pour le peuple; ils n’oublièrent pas qu’ils venaient, à l’exemple de leur divin Maître , évangéliser les pauvres. Mais, pauvres eux -mêmes, ils demandèrent aux fidèles à qui leur fortune permettait quelque sacriûce , de s'associer au mérite de celte bonne œuvre , et d’en favoriser l'accomplissement par leurs secours.
CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES D’HOMMES, ETC
La maison des Missions de France reçut tous les sujets qui, ayant terminé leurs études en théologie, se présentèrent, avec la permission de leur évêque , pour se former à cet important ministère. Ces travaux furent momentanément interrompus par la catastrophe du 20 mars 1815 ; mais les missionnaires se rallièrent après l’orage dans leur chef-lieu, rue Notre-Dame-des-Champs, à Paris.
Indépendamment des missions qu’ils allaient donner sur les divers points de la France, ils reçurent, en 1816, la jouissance du Mont-Valérien , rendu à la destination à laquelle l’avait voué le cardinal de Richelieu; un Calvaire y fut rétabli, de pieux exercices et des pèlerinages y recommencèrent. Les chapelles , autrefois placées vers le nord , sont maintenant placées sur la pointe méridionale de la même côte , vis-àvis Saint-Cloud. A l’extrémité d’un murqui longe la route de Surène, on a pratiqué une grille qui sert d’entrée principale. Un chemin très -large y aboutit, et les sinuosités adoucissent beaucoup la roideur de la montée. Par leur développement même sur le penchant de la montagne , elles font successivement passer devant les sept premières stations, cl conduisent ainsi jusqu'à la grande plate-forme où sont placées les trois dernières. Le Calvaire est érigé vis-à-vis la grande façade du bâtiment élevé sur remplacement qu’occupaient jadis les trois croix. L’espèce de rocher qui supporte le Christ et les deux larrons forme , dans sou intérieur, la grotte du tombeau. C’est de la chaire , pratiquée en arrière et au pied de la croix, que le missionnaire annonçait les vérités du salut à la foule immense qui se pressait autour du rocher ; c’est de là que souvent, les bras étendus vers le Ciel et faisant face à la capitale, il priait le Seigneur d’attirer à lui cette ville coupable , le centre et comme la source de tant d'iniquités.
Le 25 septembre 1816 , une ordonnance royale autorisa la société des Prêtres des Missions de France, en se fondant sur ce que le petit uombre des ecclésiastiques attachés aux églises particulières ne pouvait suffire aux besoins des diocèses , et sur ce que cette société offrait un puissant secours aux cures et succursales privées de pasteurs. Les ministres decelte association devaient exercer leur ministère sous l’autorisation des archevêques et évêques; leurs établissements ne pouvaient être formés que sur la demande de l’ordinaire des diocèses où ils devaient être placés, et d'après l’autorisation du roi ; ils avaient droit à tous les avantages accordés aux institutions religieuses cl de charité.
A Paris, la basiliquede Sainte-Geneviève, patronne de la capitale, fut remise aux missionnaires; un nouveau local leur fut d’ailleurs afTecté.
Mais la révolution de 1830 n’a pu laisser subsister cet utile établissement. Dans les journées de juillet , la maison de la rue d’Enfer avait été entièrement dévastée, et le supérieur, M. Kausan, y avait couru de grands dangers. Vint ensuite une suppression totale, et celte suppression des missionnaires de France offre ceci de remarquable , que .
non-seulement le gouvernement ne voulut plus reconnaître leur existence, non-seulement il leur enleva et l’église Sainte-Geneviève cl le Mont-Valérien , mais que les ennemis de la religion, enhardis par les dévastations de Saint-Germain-l’Auxerrois et de l’Archevêché, se portèrent, en février 1831, au Calvaire, dont ils détruisirent les monuments avec d’exécrables blasphèmes. El (rapprochement de triste augure ! ) les croix furent abattues par le fils de celui qui avait, il y a 38 ans, renversé dans le même lieu celles qui y étaient érigées avant la révolution, comme si sou père lui avait laissé en héritage celle fureur iconoclaste.