‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 78 sur 113 · FILLES DE LA CROIX · texte numérisé non relu

FILLES DE LA CROIX

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Les Filles de la Croix doivent, apres avoir travaillé à leur propre perfection , en s'attachant inviolablement aux maximes de l'Évangile , contribuer aussi de tout leur pouvoir au salut des persotities de leur sexe, instruire les pauvres petites filles , et même former des filles et des veuves pour aller remplir en différents endroits cet auguste ministère. Elles doivent encore servir à l’Église dans des temps difficiles, et elles sont comparées, dans leurs constitutions , à ces personnes vertueuses que l’Église employait autrefois dans les exercices de sa charité .

Marguerite Senaux , femme de -Rémont <lc Garibal, conseiller au parlement de Toulouse , qui s’était fait Dominicaine pendant que son mari sc faisait Chartreux, fonda un couvent de Filles de la Croix , rue de Charonne, à Paris, dont elle prit possession en 1G41. Mais il ne faut pas confondre celle communauté avec d’autres qui se répandirent bien plus. L'an 1623, quatre dames de Royc, en Picardie, y avaient forme une as-

sociation de filles pieuses pour travailler à l'instruction des jeunes personnes. L’an '1636, les chances de la guerre les ayant forcées de se retirer à Paris , elles y furent accueillies par Marie Lui Hier (lGüO), dame de Villeneuve, l’une de celles qui , par amour pour les bonnes œuvres , secondaient saint Vincent de Paul dans scs entreprises. Saiut François de Sales l'avait déjà plusieurs fois pressée d'établir une communauté de Filles séculières, qui s’employassent à l’instruction des personnes de leur sexe. Cédant à une si haute impulsion , elle abandonna à la communauté de lloye une maison qu'elle avait à Bric- Comte -Robert, et obtint, en 1640, l’autorisation de l'archevêque de Paris pour cet établissement. Mais , comme elle voulut assujettir ces Filles à faire des vœux, cellesci sc divisèrent. L’abbé Guérin, curé de Royc, qui avait été leur premier directeur, n’ayant pas approuvé ce changement, les Sœurs de Bric- Comte- Robert continuèrent à suivre les règles qu'il leur avait données. Cette branche de Filles de la Croix forma des

CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES, ETC

maisons à Roye , à Rouen , à Barbezieux , et ensuite à Paris, sur la paroisse Saint-Gervais. L’autre branche, protégée par madame de Villeneuve, avait pour supérieur Louis Abelli , évoque de Rodez, qui donua la dernière forme à celle œuvre des saints; elles s’établirent à Paris, hôtel des Tournelles, rue Saint-Antoine, et, en province, à Ruel, Moulins, Narbonne, Tréguicr, Aiguillon, Saint-Brieux , Saint-Flour et Limoges. Toutes, soit qu’elles fissent ou non des vœux, s’exercaient aux œuvres de charité spirituelle envers les personnes de leur sexe, etsurtout envers les pauvres. Après la mort de madame de Villeneuve, le manque de ressources eût fait supprimer la congrégation , si saint Vincent de Paul n’eùt pas déterminé Anne Petou, dame de Traversai, à la souteuir de sa fortune et de son crédit.

Au milieu des désastres qui ont privé la France d’une multitude de pieux établissements, on retrouve encore avec consolation des trésors qui, cachés sous des ruines , ont échappé à l’orage cl doivent un jour enrichir la patrie : c’est ainsi que les Filles de la Croix ont traversé, pures et sans taches , toute la révolution. Après avoir été dispersées quelque temps , elles se réunirent aussitôt qu'elles le purent sans imprudence.

Depuis lors, elles remplirent paisiblement , dansd’inlérieur de leur maison, les devoirs de leur vocation , en instruisant de jeunes tilles et faisant l'école gratuite de leur paroisse. Mais leur inviolable fidélité, pendant vingt-cinq ans d’épreuves, leur méritait

une plus grande récompense. Dieu , voulant qu’elles accomplissent toutes les intentions de leurs saints fondateurs , semble les avoir choisies pour replanter la foi dans les campagnes et coopérer ainsi aux travaux des missionnaires français. Une personne zélée pour l’instruction des pauvres, ayant conçu le projet de former des maîtresses d’école pour les petites villes et les villages , entendit parier des Filles de la Croix, leur communiqua son dessein, et vit ces Sœurs, animées de l’esprit de saint Vincent de Paul, l’adopter avec toute l’ardeur de la charité. Le 9 octobre 1816, elles reprirent leur ancien costume, dont leur extrême pauvreté les avait privées jusqu'alors; une quête suffit pour leur procurer ces modestes vêtements. La simplicité de cette cérémonie , le dénùment de la maison et de la petite chapelle annonçaient l’humilité des apôtres de la foi qui , au sortir de ce réduit, allaient dans nos campagnes former des enfants soumis et des mères chrétiennes. C’est après deux ans de noviciat que les Filles de la Croix sont envoyées, par leur supérieure, pour exercer leur apostolat dans les endroits où elles sont demandées. Quand leur âge ou leurs inûrmités exigent du repos , elles rapportent dans la maison de Paris les leçons de l’expérience pour former de nouveaux sujets. Cette maison, autrefois impasse Guéménéc, est maintenant place Royale :

son extrême utilité lui a fait accorder quinze cents francs par an par l'administration des hospices.

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