TIERS -ORDRE DU CARMEL
L' histoire des ordres religieux montre , en plusieurs endroits, que certains instituts ont établi un tiers- ordre où Ton admet des personnes vivant dans le monde, et où l'on suit une règle semblable en quelque chose à celle de l'ordre principal. Ces tiers -ordres ont été pour beaucoup de fidèles un moyen de sanctification , et des personnes du plus haut rang s’y sont quelquefois affiliées. Une association de ce genre a rendu beaucoup de services dans une partie de la Basse-Normandie; c’est le tiers- ordre du Carmel, établi en 1702 au diocèse d’Avranches.
Les lettres d’érection furent accordées par le provincial des Carmes de la province de France, à la date de 26 janvier 1702 , et elles furent visées, le 9 août suivant, par M. de Coetanfao, évêque d’Avranches; ce prélat, successeur du célèbre Iluet , était alors à Barenlon , dans le cours de ses visites. Le premier supérieur du tiers -ordre fut l’abbé Dubois, ancien curé de Saint-Jean-dc-la- Hèsc. Les évêques d’Àvraqchcs, successeurs de M. de Coetanfao (1719), protégèrent tous
cette association. En 1779, M. de Belbouf, dernier évêque, voulut revoir les statuts, et approuva un nouveau règlement en huit articles, qui sert aujourd’hui de règle. Le livre des statuts fait mention d'une bulle de Pic VI, du 27 septembre 1787, qui accorde une indulgence plénière aux Sœurs qui font la retraite.
La révolution, qui a détruit tant de bonnes œuvres , ne put môme interrompre le cours de celle-ci. Dans les temps les plus malheureux, les supérieurs reçurent de nouveaux sujets dans quelques maisons particulières. Quand les églises furent rouvertes, le tiers-ordre du Carmel repritpubliqucment ses exercices. La retraite annuelle, qui avait lieu autrefois à Saint-Laurent-de-Cuves , se fait aujourd'hui à Avranchcs. L’association ne se borne pas à des exemples et à des exercices de piété ; elle forme des maîtresses d’école.
Mademoiselle Audran , supérieure des Sœurs, consacra quarante ans de sa vie à l'éducation de la jeunesse. Ce fut elle qui
CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES, ETC
acheta, près l’cglise Saint-Gervais, une maison pour servir comme de noviciat aux maîtresses. Un vertueux laïque favorisa cette bonne œuvre : M.de Verdun de la Crennc, ancien major général des armées navales pendant la guerre d’Amérique, qui vivait dans les pratiques de la piété, donna douze cents francs de rente sur l’État, pour former et instruire un certain nombre de maîtresses d’école. Il se proposait d’augmenter cette fondation ; mais il mourut il y a environ vingt ans, avant d'avoir pu réaliser son projet. Cette œuvre ayant fait beaucoup de progrès , les fonds se sont trouvés insuffisants, et on admet aujourd'hui , au delà du nombre prescrit, des sujets qui payent une petite somme pour leur éducation. La maison achetée par mademoiselle Audran fut augmentée par mademoiselle Charnel, qui la dirigea ensuite.
Les personnes qui désirent s’affilier au tiers -ordre ne sont pas obligées d’entrer dans cette maison, et font leur noviciat dans le monde. Chaque année, le dimanche le plus proche de la fête de saint Augustin, les Sœurs sc réunissent à Avranches, pour une retraite qui est donnée par des ecclésiastiques du diocèse de Coutauces. Ces retraites
se faisaient avec beaucoup d’appareil , et c’est là qu’ont lieu les cérémonies de la prise d'habit, de la profession, etc. Les Sœurs portent un habit de religion sous celui du monde; on leur recommande un costume simple; du reste, elles s’habillent comme les personnes de leur condition.
Quant aux institutrices , elles vont dans les paroisses où les supérieurs les envoient, et doivent y rester jusqu’à nouvel ordre.
Elles vont seule à seule, sans qu'on leur fournisse de logement, ni qu’on leur fasse de traitement, etc. D’autres instituts n'offrent pas le même avantage. Les Sœurs sc chargen l aussi de soigner les malades.
Ce tiers-ordre ne se borne pas à l’arrondissement d’Avranches , ni même au diocèse; il s’étend dans les diocèses de llcnucs et de Meaux. Les supérieurs, en 1825, étaient MM. Lesplu-Dupré, vicaire général du diocèse, et curé de Saint-Gervais d’Avranches ; Tôlier , curé de Montanel ; Charnel , curé de Saint-James. La directrice de la maison , à qui l’on s’adresse pour avoir des institutrices , est sœur de ce dernier.
La supérieure du tiers -ordre était mademoiselle Surley de Geslon , de Saint-Aubin de Terregattc.