I. GuretOD, p. 4S et suiv
[A# ifiO] MARC-AURiLS. i9l
des torts envers leur souverain, et les uns envers les autres. Ainsi, grâce à la connaissance et à la crainte de Dieu, tout le mal peut être supprimé de l'État.
Si le souverain, en effet, n'agit pas injustement envers 8es sujets, et si ses sujets n'agissent pas injustement envers lui, ni les uns envers les autres, il est clair que tout le pays vit en paix, et il en résulte de grands biens ; car, de la sorte, le nom de Dieu est loué entre tous. Le premier devoir du souverain, ce qui le rend le plus agréable à Dieu, est donc de délivrer de Terreur le peuple qui lui est soumis. Tous les maux, en effet, viennent de Terreur, et Terreur capitale est de méconnaître Dieu et d*adorer à sa place ce qui n'est pas Dieu.
On voit conibien Méliton est peu éloigné des dangereux principes qui domineront à la fin du ly* siècle et feront Tempire chrétien. Le souverain érigé en protecteur de la vérité, enoployant tous les ofioyens pour faire triompher la vérité, voilà Tidéal que Ton rêve. Nous retrouverons les mêmes idées dans TApologie adressée à Marc-Aurèle*. L'intolérance dogmatique, Tidée qu'on est coupable et désagréable & Dieu en ignorant certains dogmes est franchement avouée. Méliton n'admet aucune excuse pour l'idolâtrie. Et ceux qui disent que l'honneur rendu aux i(Joles se rapporte à la personne qu'elles représentent,
4 . C'est ici la meilleure preuve de Tauthentiaité du traité con* serve en syriaque.
188 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 165]
et ceux qui se contentent de dire : « C'est le culte de nos pères », sont égalennient coupables.
Eh quoi I ceux à qui leurs pères ont laissé la pauvreté slnterdisent-ils de s'enrichir? Ceux que leurs parents n'ont pas instruits se condamnent-ils à ignorer ce que leurs pères ignoraient^ ? Les fils d'aveugles ne refusent pas de voir, ni les fils des boiteux de marcher... Avant d'imiter ton père, cherche s'il a été dans la bonne voie. S'il a été dans la mauvaise, prends la bonne, pour que tes fils t'y suivent à leur tour. Pleure sur ton père, qui est engagé dans la voie du mal, pendant que ta tristesse peut le sauver encore. Quant à (es fils, dis-leur : « Il y a un Dieu, père de toute chose, qui n*a pas commencé, qui n'a pas été créé, qui fait tout subsister par sa volonté. »
• Nous Terrons bientôt la part que prit IMéliton &
la controverse de la Pâque et à l'espèce de mode qui porta tant d*esprits distingués à présenter des écrits apologétiques à IMarc-Aurële. Son tombeau se montrait à Sardes, comme celui d*un des justes les plus sûrs de ressuscitera Tappei du ciei '. Son nom resta très respecté chez les catholiques, qui le tinrent pour une des premières autorités de son siècle'. Son éloquence surtout fut vantée, et les morceaux que nous avons de lui sont» en effet, très brillants^. Une
4. MélitOD semble ici se souvenir de saint Justin, Apol. I, 4 S.